CHAPITRE VI
par quelques grands du royaume ^ avaient souvent osé braver la puissance et le génie du cardinal de Richelieu , il semblait difficile que son successeur pût résister à la formidable coalition d^un si grand nombre de princes et de seigneurs unis àlamagistrature et à la bourgeoisie de Paris. Bientôt cependant il fut aisé de prévoir que tant de prétentions rivales et d^ntérêts opposés s'accorderaient difficilement ensemble.
La naissance du prince de Conti lui donnait des droits au commandement suprême des forces du parti ; mais la veille de son arrivée à Paris, le duc d''Elbeuf, s'étant présenté au Parlement, y avait reçu le titre de général, et prétendait le conserver. Après des débats assez vifs entre les deux princes, le Parlement intervint comme médiateur , et régla que M. le prince de Conti serait généralissime ; que les ducs d'Elbeuf , de Bouillon et le maréchal de La Mothe , généraux sous ses ordres , commanderaient à tour de rôle pendant vingt-quatre heures. Le duc de Beaufort, le prince de Marsillac et le marquis de Noirmoutiers furent nommés lieutenans-généraux. Le duc de Longueville retourna dans son
3oO HISTOIRE DE LA FRONDE.
gouvernement de Normandie pour s''opposer au comte d'Harcourt, qui menaçait Rouen avec un corps détaché de Tarmée royale.
Les troupes du Parlement, commençant les hostilités, sortirent de la ville pour protéger l'arrivage des convois de subsistances. Elles jx)rtaicnt écrit sur leurs drapeaux : Quœrimus Regein nostrum ( nous cherchons notre Roi ). Les compagnies bourgeoises attaquèrent la Bastille, où la Reine avait laissé garnison, et s'en emparèrent en peu de jours. Le sieur de la Louvières, fils du conseiller Broussel, en fut nommé gouverneur. De son côté, M. le Prince poussa la guerre avec son activité et son génie ordinaires. Violemment irrité contre sa famille et les amis qui Tavaient abandonné, il voulait les en faire repentir. Il enleva successivement, presque sans coup férir, Lagny, Corbeil, Saint-Cloud, Saint- Denis. A Charenton, il rencontra plus de résistance *. Un brave officier, nommé Clanlue , y commandait pour le Parlement. Attaqué avec impétuosité , il tint long-temps dans de mauvais retranchemens , et y fut
* 8 février.