CHAPITRE I. l
temps pour Perpignan, afin de faire comprendre à Cinq-Mars que sa sûreté et celle de ses amis ne permettait plus de délai. A Farrivée de Fontrailles, le danger se montrait en effet pressant. Le Roi avait depuis plusieurs jours avec le cardinal Mazarin et M. de Chavigny de longues conférences, auxquelles le grand-écuyer n'était plus admis. Il avait écrit à Richelieu des lettres qui annonçaient le retour de sa confiance ; un orage se formait sur la tête des conjurés; Fontrailles le vit prêt à éclater, et s'efforça de déterminer le malheureux Cinq-Mars à prendre la fuite avec lui. Par un aveuglement qui semble la condition de la faveur des rois, Cinq-Mars méconnut le danger : Fontrailles partit seul. Quelques jours après , le Roi quitta Tarmée pour revenir à Narbonne; les symptômes de sa colère éclataient d'heure en heure avec plus de violence ; le lendemain de son arrivée à Narbonne, le grand-écuyer et M. de Thou furent arrêtés.
Un paquet que le cardinal de Richelieu reçut à Tarascon, et qu'il envoya aussitôt à M. de Chavigny, détermina cette catastrophe. Le paquet contenait une copie du traité conclu
à Madrid. Celle pièce mise sous les yeux du Roi produisit tout Tefiet qu^on en devait attendre. Depuis plusieurs jours, Richelieu ne doutait plus des intelligences de ses ennemis avec TËspagne; des insinuations habilement faites sur ce point, par le cardinal Mazarin et M. de Chavigny» avaient excité la méfiance et la colère du Roi contre son favori ; mais les indices recueillis jusqu^alors n'avaient pas suffi pour le déterminer à des résolutions extrêmes. Il hésitait encore après avoir reçu la copie du traité, ne pouvant croire à Tauthenticité de celte pièce : convaincu enfin par les raisons de Mazarin et de Chavigny el par Tinfluence de son confesseur, il signa en pleurant Tordre d'arrêter Cinq-Mars, de Thou et le duc de Bouillon.
Le comte de Charot chargé d'exécuter cet ordre, n'ayant pas trouvé le grand-écuyer dans l'archevêché où il logeait auprès du Roi, les portes de la ville furent aussitôt fermées et des perquisitions ordonnées dans toutes les maisons. Le lendemain Cinq-Mars , découvert chez une femme du peuple dont la fille était sa maîtresse, fut conduit * avec M. de Thou
' i3 juin.