‹ Histoire de la FrondeChapitre 22 sur 155 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De son côté, Richelieu se croyait perdu. Craignant d^être assailli dans la ville de Narbonne par les troupes du grand-écuyer, il résolut de s'éloigner davantage de la cour et de Tarmée, et partit après avoir fait son testament , sans savoir où trouver un asile. Il marchait à Taventure par des chemins détournés, s'arrêtant le soir dans des lieux où il n'était pas attendu. Le comte d'Alais , gouverneur de Provence, lui ayant alors offert' une retraite à Tarascon, il Paccepta et s'achemina vers cette ville.

Pendant ce temps , Monsieur vivait paisible à Chambort, gardant, sans l'avoir signé , Poriginal du traité de Madrid que lui avait apporté Fontrailles , et ne s'inquiétant de prendre aucune mesure; MM. de Fontrailles , d'Aubijoux ', de Brion % de Montrésor %sei-

* François d'Amboise , comte d'Aubijoux, mort en i656 , le dernier de la maison d'Amboise , fils de Louis d'Amboise et de Blancbe de Lévis.

' François de Lévis, comte de Brion, puis duc de Damville, mort en i66i. Il eut pour femme Anne le Camus.

' Claude de Bourdeilles, comte de Montrésor, mort on i663, fils d'Henri de Bourdeilles et de Madeleine de la Châtre , petit -neveu, de Brantôme.

gneiirs attachés à sa personne, lui représentaient vainement les dangers de son indolence; Monsieur trouvait de bonnes raisons pour la justifier : « Les troupes promises par » les Espagnols ne devaient entrer en France )» qu''au premier juillet; et le dépérissement )> de la santé du Cardinal, le mauvais état de » celle du Roi, la faveur toujours croissante » du grand-écuyer , pouvaient avant cette » époque changer la face des affaires. » Il eût été sage d'attendre en effet,si un profond mystère eût couvert le traité conclu avec TEspagne; mais ce traité, désormais connu de tant de personnes, devait être bientôt connu du Roi lui-même^ et la perte des conjurés devenait alors imminente, car Louis XIII pouvait tout pardonner excepté une alliance avec les ennemis de TEtat.

Monsieur, se réveillant enfin, se décida à sortir de France et à se retirer à Sedan , pour y attendre les troupes et l'argent promis par TEspagne. Il envoya le comte d'Aubijoux à Tarmée d'Italie , avertir le duc de Bouillon que le moment était venu de se déclarer, et lui demander l'autorisation nécessaire pour être reçu dans Sedan. Fontrailles partit en même

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