‹ Histoire de la FrondeChapitre 37 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

avait prostitué son ministère aux vengeances de Richelieu ; Popinion , trop souvent indulgente pour les excès du pouvoir et les services qu'on lui rend, reste cependant inexorable pour les complaisances de ce genre ; elle flétrit le magistrat qui a manqué d'indépendance comme le militaire qui a manqué de courage.

• Ces hommes , appelés à recueillir un inîmense héritage de puissance et de haine, ne trouvaient d'appui à la cour que dans la maison de Coudé, intéressée par le mariage du duc d'Enghien avec Clémence de Maillé à défendre la famille et la mémoire de Richelieu. La maison de Vendôme, au contraire, longtemps persécutée, avait des indemnités à réclamer et des vengeances à poursuivre. Un grand nombre de princes et de seigneurs , unis par les mêmes intérêts , faisaient cause commune avec elle.

La cour se trouva ainsi divisée en deux partis : celui des ministres soutenus par la maison de Condé , et celui des mécontens à la tête desquels se plaçaient le duc de Vendôme et ses fils.

Ce dernier parti devint plus nombreux et plus redoutable , à mesure que les ministres se relâchèrent de leur système de sévérité. In-

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quiets de 1 avenir, cherchant à calmer des haines et à se ménager des protecteurs, chacun d'eux se faisait un mérite d'arracher ou de surprendre au conseil la grâce d'un opprimé. Peu à peu les prisons s'ouvrirent , les exilés reparurent à la cour. Les maréchaux de Bassompierre ' et de Vitry ' sortirent de la Bastille. Les princes de Vendôme, le duc et la duchesse d'Elbeuf , les trois princes leurs fils , le duc de Guise et son frère , le duc d'Epernon , les ducs de Bellegarde , de Sully, , de Retz, MM. de Fiesque % de la Châtre '' , de

' François de Bassompierre, né en 1679, mis à la Bastille en *63i , mort sans postérité en 1646. Il était fils du baron de Bassompierre, grand-maître d'hôtel de Lorraine , et de Louise Pica^l de Radeval.

' Nicolas deUHôpital, marquis , puis duc de Vitry; mis à la Bastille en iG^y, mort en i644) âgé de 63 ans. Il avait épousé Lucrèce Bouhier , fille d'un trésorier de l'épargne.

La famille du maréchal de L'Hôpital n'avait aucun rapport avec celle du chancelier.

' Charles-Léon , comte de Fiesque , épousa , en i643 , Hélène d'Harcourt; il était de la branche aînée de la maison de Fiesque qui vint s'établir en France après les mauvais succès de la conjuration de Jean-Louis de Fiesque. Les cadets demeurèrent à Gênes.

^Ednie, marquis de la Châtre, colonel-général des

CHAPITHli II. 1643. lo3

Montrésor, de Chandenier ' , une foule d^autres exilés, proscrits, condamnés à mort, se montrèrent publiquement à Paris et bravèrent quelquefois jusque dans la galerie de Saint- Germain le monarque mourant qui n^avait pas autorisé leur retour.

Tous ces princes et seigneurs , anciens amis de la Reine, revenaient décidés à soutenir ses droits. « Unis à elle depuis bien des années » par les services qu'ils lui avaient rendus, ?) par la liaison que le malheur forme d'ordi- » naire entre des personnes persécutées, ils » espéraient sous la régence une récompense « proportionnée à leur ambition. La Reine, » leur ayant promis toutes choses, ils ne » doutaient pas qu'elle ne conservât dans la )» souveraine autorité les mêmes sentimens

Suisses, inoil en iG45. Il avait épousé Françoise de Cugnac, et était fils d'Henri de la Châtre , comte de Nançay, et de Marie de la Guesle, fille du procureur-général au Parlement de Paris. Celte famille a donné deux maréchaux de France.

• François de Rochechouart , mar(]uis de Chandenier, né en iGii , mort en 1696 sans laisser de postérité. Il était fils de Jean-Louis de Rochechouart et de Louise de Monlbron. Il fut premier capitaine des garde^-du-eorp.*.

» qu'elle avait eus dans la disgrâce '. « Anne d'Autriche , forte de tels secours , délivrée de son redoutable ennemi , et encouragée par le dépérissement de la santé du Roi , prit ouvertement des mesures pour soutenir ses droits à la régence. Elle plaça d'abord sa confiance particulière dans l'évêque de Beauvais ', son grand aumônier, dont la famille puissante dans la magistrature lui assurait les chefs du parlement de Paris , et dans le duc de Beaufort , second fils du duc de Vendôme.

Au retour de ce jeune prince qui s'était sauvé en Angleterre après la découverte de la dernière conspiration , la Reine l'accueillit avec une grande faveur. Elle dit publique-

' Mémoires de La Rochefoucault.

' Augustin Potier , évêque et comte de Beauvais , succéda à son frère aîné en cet évêché, en 1617, mourut en i65o. André Potier de Novion , père des évèques de Beauvais , était président à mortier au Parlement de Paris , et René Potier , seigneur de Blancmesnil , son neveu , était président de la première Chambre des enquêtes de ce même Parlement.

Les ducs de Gesvres et de Tresmes étaient de cette famille.

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