CHAPITRE II
ment quM était le plus honnête homme du royaume, et recommanda à ses serviteurs de lui parler librement de ses intérêts. Le duc de Beaufort manquait de sagesse et d'expérience, mais il était beau, brave de sa personne et petit-fils d''Henri IV, Les seigneurs du parti de la Reine le choisirent pour leur chef. On les nomma les Importans ^ parce quMls débitaient des maximes d'État , déclamaient contre la nouvelle tyrannie et prétendaient rétablir les anciennes lois du royaume. Persécutés et dépouillés par Richelieu , le fond de leur politique était de rentrer en possession des charges et des emplois qu'ils avaient perdus, de ressaisir l'influence dont ils avaient joui. Ces vues toutes individuelles aboutissaient cependant à un plan général de gouvernement; le succès des Important eût amené la chute des formes nouvelles de l'administration et le rétablissement de l'indépendance féodale.
Louis XIII , au moment de quitter la vie, voyait ainsi prêt à tomber en ruine l'édifice de puissance absolue si laborieusement élevé sous son règne. II ne lui restait pas même l'autorité nécessaire pour écarter de ses apparte-
i06 IIISTOIIJE DR LA FRONDE.
mens, celle foule de princes et de seigneurs que la mnin puissante de Richelieu avait repousses hors du royaume. En les voyant s^^pprocher de son lit avec un regard curieux , « ces gens- » ci, disait-il, viennent voir si je mourrai » bientôt ; ah ! si j''en puis revenir je leur ferai » payer cher le désir qu'*ils ont que je meure. >» 11 se reprochait ensuite ces mouvemens de haine et ces désirs de j^engeance. Mais il regardait comme un devoir de ne point livrer TEtat aux dangers dont il le croyait menacé après lui, et d'assurer la durée des règles cl des maximes de gouvernement établies par son ministre.
L'aversion du Roi pour sa famille était toujours la même. La Reine lui ayant fait porler en ce temps des paroles de tendresse et de respect, le suppliant surtout de ne pas croire qu'elle eûtjamais conspiré contre sa personne ; i « En l'état où je suis, répondit-il, je dois lui 1 » pardonner, mais je ne dois pas la croire. >» Le malheureux Louis avait contre le duc d'Orléans, son frère, plus de haine et plus de méiiance encore que contre son épouse. Cependant personne en France, depuis la mort du cardinal de Richelieu , ne montrait assez