CHAPITRE II. 1643. Itl
ciation à tous les droits que la déclaration avait dû leur assurer, et s'estimèrent heureux (le quitter Saint-Germain sans insulte. Le cardinal Mazarin annonça son départ pour ritalie , et ne parut plus occupé que des préparatifs de son voyage.
Cependant le Roi touchait au terme de sa lente et douloureuse agonie; il ne craignait pas la mort et répétait souvent depuis plusieurs mois les paroles de Job : Tœdet anima meavitœ meœ (mon ame s'ennuie de vivre); mais superstitieux et despot jusqu'à la fin, il ordonna pendant ses derniers momens qu'on fît retirer de sa chambre le maréchal de Chàtillon ' parce qu'il était huguenot, et quelques jours auparavant, le jeune Dauphin ayant ditenjouant qu'il se nommait LouisXIV, son père s'en montra fort irrité et répondit avec colère : Pas encore.
Aussitôt que le Roi eut fermé les yeux *, le duc de Beaufort prit le commandement des
' Gaspard de CoHgny, duc de Chàtillon, né en i584, mort en 1646. Il avait épousé Anne de Polignac, et était petit-fils de l'amiral de Colignj.
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troupes dans rintérieur du château, et fit par les ordres de la Reine les dispositions que nécessitaient les circonstances. On remarqua qu^en s'acquittant de cette mission, le duc de Beaufort ayant eu à avertir le prince de Condé de se retirer dVn appartement, celui-ci répondit: «(Qu''il obéirait aux ordres qui lui se- )) raient transmis par un capitaine des gardes , »» mais quMl n'en avait pas à recevoir du duc » de Beaufort. » Cette brusquerie du prince de Condé fut attribuée à une ancienne jalousie contre la maison de Vendôme. On s^étonna cependant quMl se montrât si peu soigneux de faire sa cour à la Reine , et osât déjà s'attaquer au plus favorisé de ses serviteurs.
Rien en etfet ne paraissait mieux établi que le crédit du duc de Beaufort. Ce fut lui qui conduisit à Paris la Reine régente et le jeune Roi. Leur marche fut une pompe triomphale. Le cortège était si nombreux qu'il semblait une armée. On y voyait tous ces princes et ces grands si long-temps persécutés et humiliés par Richelieu ; délivrés de son joug de fer, ils relevaient fièrement la tête et regardaient avec complaisance une femme et un
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enfant placés sous leur protection. Le duc de Montbazon', gouverneur de Paris, reçut Leurs Majestés au haut du Roule, à la tête des échevins , du prévôt des marchands et d^un peuple nombreux toujours impatient de saluer un pouvoir nouveau, parce que toujours il a eu à se plaindre de Pancien.
Trois jours après Tarrivée de la Reine à Paris , elle mena le Roi tenir un lit de justice au Parlement. Le chancelier y donna lecture d'une déclaration qui cassait toutes les dispositions par lesquelles le feu Roi «ivait prétendu limiter Tautorité de la régente. La plénitude des pouvoirs attachés à ce titre était, par la déclaration nouvelle , conférée à Anne l d'Autriche. Le duc d'Orléans , nommé lieutenant-général du royaume, ne recevait qu'une autorité subordonnée à la sienne. Cette décla- 1 ration fut acceptée à l'unanimité par le Parle- | ment, heureux de voir commencer le nouveau règne par un hommage rendu à son pouvoir 1
• Hercule de Rohan , duc de Montbazon , mort en i654, âge de 86 ans. Il épousa en premières noces Madelon de Lenoncourt, veuve de son frère ; puis Marie d'Avaugour de Bretagne. De son premier mariage il eut Marie dcRolian, duchesse de Chevreuse.