CHAPITRE
de force et d\iudace pour s'emparer violemment de la régence au mépris des droits de toute la famille royale. Le cardinal Mazarin non moins habile que son prédécesseur, aussi pénétré que lui des maximes du pouvoir absolu, nVûtosé se charger seul d'un tel fardeau ; mais habile à faire prévaloir sa politique par des voies détournées et sous des formes conciliantes, il proposa au monarque d'accorder à lu Reine le titre de régente , au duc d'Orléans celui de lieutenant-général du royaume, en leur imposant néanmoins de telles conditions que l'autorité réelle demeurât aux ministres formés à l'école de Richelieu et imbus de ses principes.
Cet expédient ayant été agréé par le Roi, / une déclaration fut dressée portant création d'un conseil de régence, composé de la Reine, du duc d'Orléans , du prince de Condé , du cardinal Mazarin, du chancelier Séguier, de MM. de Bouthillier et de Chavigny. Toutes les affaires de la paix , de la guerre et des finances, devaient être décidées dans ce conseil à la pluralité des voix; il nommait aux charges de la couronne, aux principaux emplois militaires et civils, aux gouvernemens
lo8 HISTOIRE DE LA FRONDE.
de provinces et de places fortes , enfin à toutes les dignités importantes. Un article exprès de la déclaration portait que madame de Chevreuse ne rentrerait point en France pendant la minorité du Roi. Au moyen de ces dispositions les ministres , successeurs de Richelieu, étaient des espèces de co-régens; et la Reine ainsi que le duc d^Orléans, dépendans de la majorité, ne conservaient aucune autorité réelle.
Des Noyers ne faisait point partie du conseil de régence. Serviteur déclaré de la Reine, il s^était opposé vivement à cet acte attentatoire à ses droits, et n'ayant pu faire prévaloir son avis, il se retira dans ses terres. Sans doute il crut que sa retraite pour un tel motif serait un titre auprès delà Reine qui ne manquerait pas de Ten récompenser un jour; mais les princes sont en général disposés à Toubli du passé; la préoccupation du présent leur laisse peu de place pour le souvenir des bons ou des mauvais offices; Des Noyers ne fut point rappelé dans le cabinet et ne parut même pas à la cour.
Aucune précaution ne fut oubliée pour donner à la déclaration toute l'autorité possi-
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ble.LeKoi voulait qu'elle fut irrcçocable^ aussi ferme que la loi salique; il la signa en présence des princes, des pairs, des ministres, des officiers de la couronne et des députés du Parlement. Il écrivit au bas : Ce que dessus est ma très - expresse volonté que je veux être exécutée. Il obligea la Reine et le duc d''Orléans à la signer aussi, et la remit ensuite au premier président Mole en lui disant : (( J''ai disposé des affaires de mon )) royaume. C'est la seule satisfaction que » je puisse avoir en mourant. » Le lendemain le duc d'Orléans porta, par Tordre du Roi, cette déclaration auParlementpour y être enregistrée.
Le Parlement eût volontiers saisi cette occasion d'intervenir dans les affaires d'Etat, en refusant son assentiment à une mesure du pouvoir absolu qui perpétuait l'administration de Richelieu. Mais la Reine, jugeant plus prudent d'attendre la mort du Roi, employa ses amis à contenir le zèle des magistrats. Elle témoigna cependant beaucoup de colère contre les ministres ; jura qu'elle ne pardonnerait jamais à ceux qui avaient concouru à cet acte, et protesta devant deux notaires «contre
no HrsToniE de la fronde.
» la signature quVUe avait donnée par obéis- » sance pour le Koi. »
I Les Importans se montrèrent plus sensibles que la Reine elle-même à son injure ; ils rompirent avec les ministres, et affectèrent de leur donner des marques publiques d'inimitié. Chacun réunit ses parens, ses amis, ses serviteurs, et, selon la coutume du temps, se fit suivre par un grand nombre de gens , armés. Le duc de Beaufort marchait accompagné de cinq cents gentilshommes; et les . deux partis en présence dans le château de 1 Saint-Germain, comme sur un champ de ba- ^ taille, semblaient près d'en venir aux mains. Un tel état pouvant amener de sangians désordres, deux jours avant la mort du Roi , la Reine , alarmée pour la sûreté de ses fils , les remit publiquement entre les mains du duc de Beaufort et lui en confia la garde.
Tous ceux qui voulurent se faire honneur de leur sollicitude pour les héritiers du trône, vinrent alors ofFrirleur épée au duc de Beaufort et demander ses ordres. Le mouvement fut celte fois si général , que les adversaires de la Reine renoncèrent à lui rien disputer; les ministres lui envoyèrent leur renon-