CHAPITRE H. 1643. Il
conseil. Le Cardinal parut peu surpris de la visite du prince de Condé ; il accepta après quelques résistances, protestant quMl ne resterait en place que jusqu'à la conclusion de la paix générale, et se rendit auprès de la Reine , suivi des autres ministres qui reprenaient avec lui Fadministration des affaires.
Cette nouvelle fut un coup de foudre pour le parti des Importans. On peut juger, ditPun d'eux dans ses Mémoires ' , <( quelle surprise ce » fut pour nous tous, qui croyions le Cardinal )) prêt à passer les monts, lorsqu'en arrivant j) sur le soir au Louvre nous apprîmes cette » belle nouvelle. » Rien en effet n'était plus inattendu que de voir la Reine, si hautaine, si implacable, si constante jusqu'ici dans ses amitiés et dans ses haines, adopter une administration contre laquelle elle avait montré l'opposition la plus constante , se confier à des hommes dont elle avait reçu de sanglans outrages, se séparer d'amis éprouvés dans le malheur, unis à elle par les liens d'une disgrâce commune, et dont elle venait au moment mèm e de recevoir de si importans serv ices.
* Mémoires de la Chaire.
H6 HiSTOIRK DE LA FRONDE.
On nV jamais connu précisément le détail des négociations secrètes, qui avaient précédé la démarche publique du prince de Condé auprès du cardinal Mazarin. On sait seulement que, peu de temps avant la mort du Roi, une alliance avait été ménagée, par le prince de Marsillac, entre la Reine et le duc d'Enghien qui, alors à peine âgé de vingt-un ans, commandait Tannée de Flandre, et justifia bien-^ tôt à Rocroy ce choix imprudent de la faveur. La Reine avait promis au jeune héros, « si elle » obtenait la régence, de le préférer à M. le » duc d'Orléans pour tous les emplois dont » elle pourrait exclure celui-ci sans le porter » à une rupture ouverte. Le duc d'*Enghien, » de son côté , avait promis d'être inséparau blement attaché aux intérêts de la Reine, et » de ne prétendre que par elle à toutes les grâces » qu'il désirerait de la cour. » Cette alliance de la Reine avec la maison de Condé la rapprochait des ministres successeurs de Richelieu , et sans doute le prince de Condé avait ménagé la réconciliation qui trompait en ce moment tant d'espérances.
Si Von recherche aujourd'hui les motifs qui purent décider la Reine à changer ainsi sa po-