‹ Histoire de la FrondeChapitre 46 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

comme tutrice du jeune duc de Richelieu, neveu et héritier du Cardinal.

Pour bien comprendre l'importance de ces demandes, il ne faut pas oublier en quel état l'autorité royale était alors. Si trente ans plus tard Louis XIV avait ôté le gouvernement de Bretagne au duc de Chaulnes, pour le donner à tel autre de ses courtisans , ce changement indifférent aux principes généraux de l'administration , n'aurait touché que les familles intéressées et se serait perdu dans le flot des intrigues de la cour. Mais au commencement » de la régence d'Anne d'Autriche, les changemens réclamés avaient de bien autres consé- ' quences.

Dans les maximes de la haute aristocratie française, pour laquelle madame de Chevreuse stipulait en ce moment, l'influence politique des princes et des grands de l'Etat était essentielle à la monarchie. Conséquemment a cette doctrine et par tradition du ' système féodal , les gouverneurs se considéraient dans leurs provinces plutôt comme de grands vassaux que comme de hauts j f-f fonctionnaires , et s'y fortifiaient de ma- j ' nière à ne pouvoir en être évincés que par '

la guerre. Aussi le cardinal de Richelieu avaitil adopté pour maxime constante de ne confier les gouvernemens de provinces et de places fortes qu''à des hommes nouveaux ou à ceux

; des grands seigneurs qui avaient, ainsi que le comte d"'Harcourt , donné de longues garanties d'aune aveugle soumission. C'était le désaveu formel , Tabandon complet de ces prin-

\ cipes d'administration qu'exigeait madame de ' Chevreuse.

Rendre la Guyenne au duc d'Epernon, dont le père avait gouverné pendant cinquante ans cette province avec une telle indépendance qu'on pouvait presque dire qu'il y avait régné ; ôter la Bretagne à M. de La Meilleraye, petitfîls d'un bourgeois de Parthenay, dont la fortune, toute nouvelle, ne pouvait se soutenir que par la faveur de la cour, pour la donner au duc de Vendôme, fils de Henri IV, chef du parti qui défendait, par système comme

, par intérêt , l'indépendance des grands de l'Etat : c'était recréer les entraves que Richelieu avait détruites,et,pour ainsi dire, donner

; de nouveau l'investiture des duchés de Guyenne et de Bretagne. Enfin indépendamment des motifs de reconnaissance et d'honneur qui dé-

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