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CHAPITRE II

une espérance ; la duchesse de Chevreuse allait incessamment arriver à la cour, et cette ancienne amie si fidèle, compagne de tant de persécutions, confidente de tant de secrets, disposerait sans doute, comme autrefois, de la confiance et de la faveur de la Reine. Le duc de Beaufort, bien informé des dispositions de madame de Chevreuse , attendait son retour avec impatience; Mazarin le redoutait, et la Reine elle-même en éprouvait plus d'embarras que de satisfaction. Décidée à ne pas sacrifier sa politique à ses affections, et voulant, s'il était possible, ne pas rompre avec la personne qu'elle avait le plus aimée , Anne d'Autriche chargea le prince de Marsillac d'aller audevant de madame de Chevreuse , de la prévenir de l'état des affaires , et de la disposer à la prudence et à la modération.

Le prince de Marsillac ' , depuis duc de La Rochefoucault, était alorsle plus brillant jeune

* François de La Rochefoucault, prince de Marsillac , né lei5 décembre i6i3 , mort en 1680, eut pour femme , André de Vivonne de la Chdtaigneraje. Il était fils de François V, duc de La Rochefoucault, et deGabrielledu Plessis-Liancourt , qui eurent douze enfans, ' Le prince de Marsillac est l'auteur des Maximes.

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homme de la cour. Aussi distsngué par l'agrément que par la solidité de son esprit, il avait tous les moyens de persuader et de convaincre. Les persécutions qu'il avait souft'ertes sous Richelieu pour des services rendus à madame de Chevreuse , donnaient plus de poids à ses paroles; il lui représenta « qu'elle ne devait » pas trop compter sur son ancien crédit; » d'autres temps demandaient d'autres me- » sures ; la Reine était entièrement résolue à >» conserver le cardinal Mazarin ; et elle ( ma- » dame de Chevreuse ) se perdrait imman- » quablement si elle annonçait le dessein de >» Ja contrarier sur ce point. A la vérité Ma- » zarin étant créature du cardinal de Riche- » lieu, on devait craindre qu'il n'autorisîU ses w maximes de gouvernement; mais aussi il )» n'avait eu aucune part à ses violences. D'ail- » leurs, il était le seul qui eût connaissance M des afl'aires, et on ne voyait pas qui la Reine » pourrait mettre utilement à sa place. »

Marsillac conseillait surtout à madame de Chevreuse « de ne point effrayer la Reine en » affectant la prétention de la conduire, de » chercher à regagner son amitié et sa con- » fiance avant de prendre un parti ; elle in-

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» terviendrait avec plus de sûreté, lorsqu'elle » aurait reconnu elle-même la position géné- » raie des affaires et sa position personiielle » auprès de la Reine. » Madame de Chevreuse écouta avec réserve le prince de Marsillac, et se hâta d'arriver à Paris , ne pouvant croire que sa faveur eût souffert la moindre diminution de son absence.

Toute la cour observait curieusement la Reine quand elle reçut sa favorite. L'accueil qu'elle lui fit fut tendre et caressant ; cependant son cœur était changé. Madame de Chevreuse ne s'en aperçut point, ou peut-être chercha à le déguiser aux autres. Elle affecta une grande confiance, releva le courage des Importans et promit de défendre leurs intérêts.

Le cardinal Mazarin, usant modérément de la fortune , fit de grandes avances à madame de Chevreuse. Le lendemain de son arrivée , il l'alla voir, lui dit (( qu'il n'ignorait pas que )) les assignations de l'épargne arrivaient len- >» tement; qu'après un si long voyage, elle » pouvait avoir besoin d'argent, et qu'il lui )» apportait cinquante mille écus. )> Deux jours après il lui demanda nettement « si elle voulait

» être de ses amies, protestant quVn ce cas M il n^épargnerait rien pour lui complaire. » Sans rejeter absolument ces offres, madame de Chevreuse mit à haut prix son alliance et celle de son parti; elle demanda dVbord « que MM. de )> Chavigny et de Bouthillier fussent éloignés )» du conseil ; ils avaient eu une si grande part )• aux mesures violentes du dernier règne, que » leur retraite seule pouvait calmer les haines » et les désirs de vengeance. » Les sacrifices ne coûtaient guère au cardinal Mazarin quand il les pouvait faire aux dépens de ses amis : Chavigny fut remplacé par M. Le Tellier comme secrétaire-d^Etat, et M. d'Emery fut nommé surintendant des finances à la place de Bouthillier.

Madame de Chevreuse demanda ensuite « que » Sedan fût restitué au duc de Bouillon, le » gouvernement de Bretagne au duc de Ven- » dôme, le gouvernement de Guyenne au duc » d'Epernon ; et que le gouvernement du » Havre fût donné au prince de Marsillac. » La Bretagne avait alors pour gouverneur le maréchal de La Meilleraye; la Guyenne, le comte d'Harcourt, et le Hâvre-de-Gràce était entre les mains de la duchesse d'Aiguillon ,

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