CHAPITRE III. 1645, i
n passer pour le plus criminel des sujets du » Roi. Chacun restait ainsi exposé à Tenvie et )) à la haine. L^ordre public, enfin, ne vou- » lait pas qu^un officier du Roi , ni aucune » autre personne pût être emprisonné au- » trement que par les voies publiques qui » instruisent les juges de la vérité des » actions , et qui sont introduites pour » venger les crimes et garantir de la calom- » nie. »
La Reine était loin d'admettre de tels principes; le chancelier répliqua par son ordre )» que Sa Majesté était bien informée des me- » nées et pratiques secrètes du président » Barillon ; que si elle se décidait à lui faire » son procès , elle n^ emploierait pas de » commissaires , mais le renverrait devant le )) Parlement pour être jugé dans les voies or- )) dinaires ; qu'en attendant elle avait pu et » dû le mettre en lieu de sûreté , ainsi qu'il » s'était pratiqué en d'autres rencontres quand )» la nécessité de l'Etat l'avait requis. » — « Et » quoi donc ! ajouta la Reine , nous avons vu » les plus grands du royaume emprisonnés , » exilés, personne ne s'en est ému; et au- » jourd'hui, parce que j'ai fait prendre deux
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n conseillers, il semble qu'on veuille me faire M mon procès. »
Les temps étaient bien changés en effet; le refus de la Reine provoqua d'itératives remontrances qui, également sans succès, furent renouvelées encore. Pendant trois mois le cours de la justice demeura suspendu; les conseillers des enquêtes et des requêtes n'entraient plus dans leurs Chambres; les audiences de la grand'Chambre se passaient à rédiger des remontrances , ou à entendre le rapport des députés envoyés successivement à la Reine. Enfin , il devenait impossible de prolonger plus long-temps l'emprisonnement du président Barillon , quand sa mort mit fin aux débats. Des bruits sinistres circulèrent à l'occasion de cette mort et de celle du président Gayant , qui eut lieu à la même époque. On répandit qu'ils avaient été empoisonnés, et ces accusations sans vraisemblance trou- ^'èrent cependant quelque crédit , tant la haine contre le gouvernement devenait violente !
Depuis ce jour, les démêlés de la grand'- Chambre et des Chambres des enquêtes furent oubliés; tous les membres du Parlement réu-