‹ Histoire de la FrondeChapitre 90 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dame. Les soldats rangés en bataille sur la rive droite de la Seine, pour couper la communication entre les quartiers de la ville, étaient trop peu nombreux pour défendre une ligne si étendue. La sédition gagna parla rue Saint- Honoré jusqu''aux environs du Palais-Royal , et des cris forcenés, entendus delà chambre de la Reine , y glaçaient d'effroi les courtisans. Quelques-uns commencèrent à parler de la nécessité de rendre les prisonniers : Anne d'Autriche, plus intrépide, ordonna au maréchal de La Meilleraye de prendre avec lui deux cents gardes et d'aller châtier les mutins. Le maréchal poussa la foule devant lui jusqu'au Pont-Neuf. Arrivé en cet endroit, il se trouva entouré d'un si grand nombre de femmes, d'enfans et de gens de toute sorte, qu'il ne pouvait plus avancer ni reculer. Sa situation devenait de moment en moment plus critique, quand le coadjuteur de Paris ', averti

' Jean-Franoois-Paul de Gondi , coadjuteur de Paris , cardinal en i652 ; né en i6i3 , mort en 1679. Il était fils de Marguerite de Silly, dame de Commercy , et de Philippe-Emmanuel de Gondi, baron de Montmirel, général des galères, qui se retira parmi les pères de l'Oratoire et mourut en réputation de grande piété en 1662.

de son embarras, sortit de Tarchevêché en rochet et en camail, et arriva à son secours. Un grand courage, une imperturbable présence d"'esprit assuraient le crédit du jeune prélat sur le peuple : oubliant trop souvent luimême le respect dû à sa profession , il savait admirablement tirer parti de celui qu''elle inspirait aux autres. LorsquMI parvint à joindre le maréchal, celui-ci venait de lâcher imprudemment un coup de pistolet dont la balle alla frapper un vieil homme chargé d^une holte. Le Coadjuteur se précipita dévotement à genoux dans le ruisseau pour confesser le mourant, et détourna, par ce spectacle, la fureur populaire. Il monta ensuite sur le parapet du Pont-Neuf, harangua la multitude , et parvint, à force d"'exhortations et de prières , à dégager le maréchal. Tous deux retournèrent au Palais-Royal pour avertir la Reine que rémeute prenait un caractère plus alarmant qu'elle ne le paraissait croire.

La Reine soupçonnait le Coadjuteur d'intelligence avec les séditieux 5 aussi interrompitelle brusquement le récit qu'il commençait à lui faire. « Il y avait, lui dit-elle, de la ré- » vol te à imaginer qu'on pût se révolter,

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