‹ Histoire de la FrondeChapitre 98 sur 155 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La couF quitte Paris. — MM. de Chûteauneuf et de Chavignj sont arrêtés. — Remontrances du Parlement. — La Reine le menace. — Il se prépare à la guerre. — Les princes proposent une conférence. — Elle est acceptée. — Débats sur l'article de la sûreté publique. — Violence de M. le Prince. — Toutes les propositions de la chambre de Saint-Louis reçoivent la sanction royale. — Zèle des bourgeois de Paris. — Déclaration du 24 octobre. — Triomphe de la cause populaire.

Du 38 août au a4 octobre 1648.

Un arrêt du Parlement ayant ordonné « que » chacun rouvrît sa boutique et retournât à « ses exercices ordinaires, » les chaînes furent détendues et les barricades abaissées avec une étonnante promptitude. Peu d^heures après le retour de Broussel, les voitures roulaient sans obstacle dans les rues , et il ne restait aucune trace d'un tumulte si extraordinaire. La capitale fut redevable de sa conservation aux colonels des quartiers et aux compagnies bourgeoises, dont Pexacte surveillance prévint toute violence particulière. « Jamais

» désordre ne fut. mieux ordonné. » Cependant , ajoute madame de Motteville , «( ces » bourgeois , qui avaient pris les armes pour ■» empêcher que la canaille devînt trop absolue, w et qui se montraient si zélés pour sauver la )) ville du pillage, n'étaient guère plus sages » que le menu peuple. Ils demandaient Brous- » sel d'aussi bon cœur , bien que plus grave- » ment que le crocheteur , et juraient qu'ils ne » désarmeraient pas qu'ils ne l'eussent vu de » leurs yeux. »

De tels symptômes auraient dû convaincre la Reine que les troubles de l'Etat tenaient à des intérêts généraux et puissans que la sagesse commandait de satisfaire; mais Anne d'Autriche , « incapable de comprendre ce que c'était que le public', » ne se croyait qu'un devoir et ne se proposait qu'un but, le maintien de l'autorité absolue : elle y travailla avec une persévérance et un courage dignes d'une meilleure cause.

Attribuant le mauvais succès de son entreprise à la difficulté de faire mouvoir des troupes dans une ville telle que Paris, aux

* Mémoires du cardinal de Retz,

intrigues de quelques hommes accrédités parmi les magistrats , et surtout à la faiblesse de ceux sur qui elle avait compté pour la seconder, la Reine résolut d^emmener le Roi à Saint-Germain, de faire emprisonner MM. de Chavi^y et de Chàleauneuf, et d''appeler '^ auprès dV41e le prince de Condé , qui lui provjiimettait , au moment du danger , un appui plus sûr et des conseils plus énergiques que ceux du duc d^Orléans et du cardinal Mazarin.

Les courtisans, avertis des projets de la Reine , firent enlever les meubles et effets précieux de leurs maisons dont ils prévoyaient le pillage, et quittèrent Paris en secret. Le matin du jour fixé, le -jeune Roi sortit du Palais- Royal comme pour sa promenade accoutumée , et la Reine fut au Valde-Grâce, où elle sWrêta plusieurs heures à converser avec les religieuses. Pendant ce temps , le cardinal Mazarin l'attendait impatiemment hors la ville. Inquiet d'un si long relard, il envoya l'avertir que le peuple concevait des soupçons, s'ameutait sur les places, et qu'elle n'avait plus un moment à perdre. Anne d'Autriche, toujours intrépide, ne pressa

Page 1