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CHAPITRE XIII

Rétablisgement de la garde nationale de Paris. — Noms des officiers. — Leur entrevue avec l*Einpercur. — Ordre du jour de Moncey. — Préparatifs de la défense de Paris. — La garde nationale, le 30 mars 1814. — Entretien de TSlmpereur avec le général Belliard.

Le décret parut le 8 janvier 1814.

« La garde nationale de notre bonne ville de Paris est mise en activité.

a L'Empereur la commande en chef.

a L*état-major général est composé d'un major général commandant en second, de quatre aides-majors généraux, de quatre adjudants commandants, et de huit adjoints capitaines.

«t La garde nationale de Paris se compose d'une légion par arrondissement ; chaque légion , de quatre bataillons, et chaque bataillon de cinq compagnies, dont une de grenadiers et quatre de fusiliers. Les qua-

tre compagnies de grenadiers d'une légion forment un baraillon d'élite, qui porte le nom de bataillon d'élite de telle légion.

a Chaque légion est commandée par un colonel et un adjudant major. L'adjudant major est choisi parmi les officiers en retraite. Chaque bataillon est commandé par un chef de bataillon et par un adjudant.

a Chaque compagnie est composée de la manière suivante : Un capitaine, un lieutenant, deux souslieutenants, un sergent-major, quatre sergents, un caporal fourrier, huit caporaux, deux tambours et cent cinq hommes.

a Total de la compagnie, cent vingt-cinq hommes.

a Les généraux et les colonels prêteront serment entre nos mains ; les officiers des autres grades prêteront serment entre les mains de notre cousin le vice-connétable.

« Les officiers et sous-officiers sont tenus d*être habillés en uniforme de garde nationale ; les grenadiers sont tenus de s* armer, de s'habiller et de s*équiper à leurs frais.

« Notre ministre de l'intérieur nous' présentera la nomination des officiers.

« Nul ne pourra se faire remplacer dans le service de la garde nationale, si ce n'est le père par le fils, le beau-père par le gendre, l'oncle par le neveu et le frère par son frère.

<c Sont nonmiés :

c< Major général commandant en second, le maréchal duc de Conégliano (t).

<c Aides-majors généraux : le général de division, comte Hullin; le comte Bertrand, grand maréchal; le comte Montesquiou, grand chambellan ; le comte de Montmorency.

« Adjudants'commandants : le baron Laborde, adju^ dant commandant de la place de Paris ; le comte Albert de Brancas, le comte Germain, le sieur Tourton.

« Adjudants capitaines : le comte de Lariboissière, le chevalier Adolphe de Maussion, les sieurs Montholon fils, Collin fils jeune, Lecordier fils, Lemoine fils, CfiTrdon fils, Mallel fils.

« Chefs de légions : le comte de Gonlaut, le comte Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, le baron Hottinger. le comte Jaubert, les sieurs Dauberjon de Murinais, Defraguier, Le Pileur de Brevannes, Richard-Lenoir, Devins de Graville, le duc de Cadore, le comte de Ghoiseul Praslin, le sieur Salleron. »

Les vices de ce décret sont sensibles. «Napoléon n'armait qu'avec répugnance une force ennemie de son pouvoir absolu et prenait toutes les mesures pour qu'elle ne pût maîtriser le gouveraement (2). » Les

(1) Hose-Adrien-Jeannot deMoncey, né à Besançon le 31 Juillet 1754, soldat en 1773, général en avril 179A, maréchal de France le 19 mal 1804.

(2] Mémoiret pour servir à Vhistoire de la campagne de 1814, par F. Koch, chef de bataillon d'état-major^ 1819, ia-S^ t. Il, p. 431.

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d'attendrissement et d*enthousiasme, crièrent : Vive fEmpereurl vive l'impératrice! vive leroide Rome (l) / Napoléon quitta Paris le 26 janvier, en laissant le gouvernement à Timpératrice régente. Elle reçut le lendemain, dans la salle du trône, une députation de la garde nationale de Paris. Le duc de Conégliano présenta une adresse que les douze légions venaient de voter, et supplia Marie-Louise de vouloir bien transmettre à TEmpereur les expressions de leur dévouement, c J'agrée, répondit-eUe, les sentiments que vous m'exprimez; je mets, comme TEmperéur, toute ma confiance dans la garde nationale de Paris, et je donnerai des ordres pour que son adresse soit mise sous les yeux de Sa Majesté, d D'autres adresses, pleines d'ardeur patriotique, furent remises à Fimpératrice par les gardes nationales de Chartres et de Rouen.

Un ordre du jour, en date du 25, invitait les chefs de légion à s'entendre avec les maires a pour compléter les désignations et la formation des compagnies. Les fusiliers prirent la qualification de chasseurs. Le 6 février, la garde nationale commença à occuper les postes. Pendant plusieurs semaines, on ne s'occupa à Paris que de la garde nationale. Les chansons populaires étaient : La ronde de nuit de la garde nationale; la Demande d'admission dans la garde nationale j ou V Héroïsme de Cadet-Bvteux. Un Manuel du garde no-

(I) Mim»iMi de Jtmngo, t VI, p* tO%

tiond eut six éditions coup sur coup (1). Une estampe représentait un enfant à genoux, en uniforme de garde national, priant Dieu pour la France et pour son père (2).

Le 1 1 février, le roi Joseph, lieutenant général de FEmpereur, passa, dans lacour des Tuileries, la revue des compagnies de grenadiers; les officiers et sousofQciers des compagnies de fusiliers y assistèrent ; le roi de Rome s'y présenta en uniforme de la garde natio* nale. Pendant le défilé un courrier apporta la nouvelle de la défaite de douze régiments russes, près de Sezanne, et des cris prolongés retentirent : Vive l'Empeseurl vive V impératrice! vive le roi de Romei II semblait que la France entière fût personnifiée dans une seule famille. Après la revue, Moncey publia l'ordre du jour suivant :

«c Paris, Il février 1814.

« Le roi, lieutenant général de l'Empereur, commandant en chef la garde nationale, charge le major général de faire mettre à l'ordre du jour les heureuses nouvelles qu'il vient de recevoir. Le roi s'est félicité

(1) Manuel du garde national, on Catéchisme militaire , avec quatre planches qui représentent toutes les pièces d*ua fusil, la charge en douze temps, toutes les positions du garde, et une compagnie de gardes nationaux rangés en bataille.' Paris, veuve Lepetit, in-18.

(2) PariSy chez Bance aîné, me Saint-Denis, n. 314.

d'avoir reçu ces nouvelles au milieu de la garde nationale et d'avoir été le témoin de ses acclamations et de ses vœux, pour que la victoire hâte les négociations et ramène bientôt dans nos murs TËmpereur et la paix.

« Sa Majesté charge le major général d'exprimer la satisfaction que lui a fait éprouver, dans la revue d'aujourd'hui, la tenue, la contenance et le patriotisme de la garde nationale.

a Le major général, par ordre du roi, annonce aux grenadiers de la garde nationale qu'ils peuvent occuper de suite le poste d'honneur qui leur est destiné dans l'intérieur du château des Tuileries. Le service se fera par légions, suivant l'ordre des numéros; la première légion fournira le poste dimanche à midi. »

<( C'est ainsi que se vérifient et s'appliquent immédiatement, après la première revue de la garde nationale, ces mots adressés par l'Empereur au corps des officiers : a Je pars, je vais combattre Tennemi et je vous confie ce que j'ai de plus cher , '^'impératrice ma femme, et le roi de Rome, mon fils.

ce Les gardes nationaux sont invités à se procurer eux-mêmes des fusils de chasse et des munitions. Ils les garderont pour leur service personnel et en conserveront la propriété. Les chefs de légion qui auront un nombre suffisant de gardes nationaux exercés à la chasse, et munis de fusils à deux coups, pourront en former, dans chaque compagnie, une ou plusieurs sections de tirailleurs.

« Les tirailleurs porteront les épaulettes et le pompon vert. Ils pourront être habillés en veste ou en capote, pourvu que Thabillement'et le chapeau soient uniformes dans la même section.

(( Les chefs de légion pourront former de même, pour marcher à la tête de la légion, un détachement de sapeurs avec la hache.

« Le major général prie la garde nationale d'agréer ses remerciements du zèle éclairé avec lequel elle a exécuté et souvent prévenu toutes les mesures d'ordre et d'organisation. Il se félicite de ne trouver dans ses rangs que des âmes fermes et des cœurs vraiment français. »

c< Le major général commandant en second, c( Maréchal duc de Conégiiano. »

Outre les tirailleurs on créa des compagnies de gardes à cheval; un corps d'artillerie de la garde nationale, desservi par trois cents élèves de l'école Polytechnique et quatre cent quatre-vingts canonniers invalides ; un corps du génie de la garde nationale de Paris, ayant un uniforme spécial, et composé d'architectes du gouvernement et d'ingénieurs des ponts-elchaussées. Des chevaux de frise hérissèrent les routes ; les barrières furent garnies de palissades, dans lesquelles on ménagea des embrasures pour le service' du canon. Douze maisons, voisines des murs d'enceinte, furent réservées aux états-majors des douze légions.

Un décret du 1 5 mars ordonna la levée de toutes les gardes nationales de la Seine, mais il venait trop tard, et, avant Theure du péril, les gardes de Belleville, de Bercy, de Saint-Denis et des élèves d'Alfort eurent seules le temps de s'organiser.

Malheureusement, les armes manquaient : sur douze mille hommes inscrits dans les douze arrondissements, moitié à peine avaient quelques fusils de calibre, des mousquetons, des carabines, des fusils de chasse, ou de mauvaises lances àbanderolles. Il y avait plus d'un mois que la garde nationale demandait avec instance qu'on lui délivrât des fusils de munition. Le duc de Rovigo en avait écrit à l'Empereur , qui répondit : a Vous me faites une demande ridicule ; l'arsenal est plein de fusils; il faut les utiliser, d Néanmoins, Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, refusa de livrer des fusils, en alléguant qu'il en avait trèspeu, et qu'il les conservait pour l'armée. Ce ne fut que lorsque l'étranger fut sous les murs de Paris, que le duc de Feltre consentit à remettre à la garde nationale quatre mille fusils, au lieu de vingt mille dont elle avait besoin.

Les munitions furent également distribuées en quantité insuffisante. On assure même qu'une partie des cartouches distribuées ne contenaient que des cendres, ou du charbon pulvérisé; et pourtant il y avait au magasin de Grenelle deux cent cinquante milliers de poudre en barils, cinq millions de cartouches dlnfan-

DE Là garde nationale. 319

teric, vingt-cinq mille cartouches à boulets, et trois mille obus chargés (1).

Le 29 mars, au soir, Tempereur de Russie, le roi de Prusse, et le généralissime, le prince de Schwartzemberg, étaient arrivés à Bondy. Leur armée , di* visée en trois colonnes, comprenait cent dix-neuf mille fantassins et vingt-six mille cinq cents hommes de cavalerie (2). Les troupes françaises ne présentaient qu'un effectif de vingt-trois mille cincj cent quarante hommes (3). Le maréchal Mortier, duc deTrévise, couvrait La Chapelle , Pantin et Belleville, à la tête

(1) Hist. des campagnes de\%\^et\ 81 5, par le généra! de Vaudoncourt, 1826, in-S, t. II, p. 370.

(2) Colonne de droite, marchant sur Montmartre et commandée parle maréchal Blûcher : corps d'York, 12,000 fant, 3,500 cav. ; corps de Kleist, 11,000 fant., 3,000 cav. ; corps du comle Langeron, 14,000 fant., 0,000 cav.; corps de Woronzow, 15,000 fant. Total, 52,000 fant., 11,500 cav.

Colonne du centre, arrivant sur Belleville et Pantin, par la route d'Allemagne ; général en chef, le comte Tolly de Barkiay : corps de Rajewski, 16,000 fant., 3,000 cav. ; réserves des grenadiers et des cuirassiers, 6,000 fant., 3,000 cav.; gardes, 15,000 fant., 10,000 cav. Total, 37,000 fant, 10,000 cav.

Colonne de gauche, se portant sur Charenton et Vincennes; général en chef, le prince royal de Wurtemberg : corps de Wurtemberg, 10,000 fant., 2,000 cav.; corps du comte de Giulay, 15,000 fant., 3,000 cav.; grenadiers autrichiens, 5,000. Total, 30,000 fant., 5,000 cav.

(3) Âile droite : général en chef, le duc de Raguse. Divisions de cavalerie, Bordesoulle, Chastel et Merlin, 8,350 ; divisioai

de onze mille cinq cent tinquante combattants. Un corps de douze mille trois cent quatre-vingt-dix hommes, commandé par le maréchal duc de Raguse, campait aux Prés-Saint-Gervais et à Montreuil , et appuyait sa droite sur la Marne. Le peu de troupes de ligne disponibles à Paris rejoignit l'un ou l'autre de ces corps, et la garde nationale occupa seule les postes de l'intérieur et des barrières. Le 30 mars, dès le point du jour, au bruit du tambour qui retentissait de tous côtés, les citoyens coururent au mur d'enceinte. Les l'« et 4* légions étaient chargées de le garder depuis la barrière de Passy jusqu'à celle de Clichy, exclusivement. La ligne centrale, depuis la barrière de Clichy jusqu'à celle de Charonne, fut occupée par les 2% 3% 6% 6« et 7« légions. Les 8' et 9' s'étendirent à droite, depuis la barrière de Charonne jusqu'à celle de la Bapée. Sur la rive gauche de la Seine, la 11» légion se plaça entre la rivière de Eièvre et la barrière des Fourneaux, ayant la 10* à sa droite, et la 12" à sa gauche.

Ces trois dernières légions , étant moins menacées par l'ennemi, fournirent à l'hôtel de ville une forte réserve, destinée à se porter au secours des barrières attaquées, et sur les points de l'intérieur où l'ordre pud'infanterie du duc de Padoue, Ricard, Lagrange, 3,370 faïU. ; divisions d'infanterie, Couipans, Ledru, Boyer, 5,670.

Aile gauciie : général en chef, le duc de Trévisc. Divisions d'infanierie, Michel, CbarpenUer, Gurial,'Chrisiiani, 8,950 ; division de cavalerie, Ornano et Roussel, 2,200.

blic serait troublé. A toutes les barrières principales fut placé un piquet de cinquante gardes nationaux , grenadiers ou chasseurs; douze grand'gardes, de cent hommes chacune, se tenaient prêtes à servir de renfort, et gardaient les petites barrières.

Moncey, tout en limitant le rôle de la garde nationale à la défense du mur d*enceinte, rengagea à mettre des avant-postes sur les hauteurs de Montmartre et de Saint-Chaumont. a Je ne veux point en donner Tordre, dit-il aux chefs des légions; mais je verrais avec la plus vive satisfaction des officiers, sous-officiers, grenadiers et chasseurs de bonne volonté se présenter pour occuper cette ligne d'avant-postes. »

L'action s'engagea dès six heures du matin, et la garde nationale y participa glorieusement. A l'extrême droite, deux patrouilles de la 9* légion, et les compagnies de Bercy, se retranchèrent dans le château de ce village, et y soutinrent longtemps le feu des Wurtembergeois. La 8^ légion , établie à la barrière du Trône , garnit d'habiles tirailleurs les vignes ou jardins de Gharonne et de Montreuil , pendant que les élèves de Fécole Polytechnique mettaient en batterie, près de Saint-Mandé , vingt-huit pièces de Tartillerie de la garde nationale. Ces pièces, chargées par les lanciers russes, furent sur le point de tomber en leur pouvoir ; mais quatre cents hommes de la 8^ légion, guidés par le chef de bataillon Saint-Romain et par le capitaine Caluer, s'avancèrent au pas accéléré, et protégèrent la retraile.

Sur la butte de Fontarabie , quatre boucbes à feu enlevaient des rangs entiers de Cosaques. Le chef de la 7« légion, M. Lepileur de Brévannes, s'y trouvait avec un bataillon entier, qui conserva sa position toute la journée. Quatre autres pièces étalent placées sur la butte Saint-Chaumont, servies par des élèves de PÉcoie , et appuyées de détachements des 6^ et 6^ légions ; et ce ne fut qu'après une lutte sanglante , que les troupes légères russes parvinrent à les débusquer.

Des tirailleurs de toutes les légions, même des 9e et iO^f s'étaient donné rendez-vous à Montmartre. C'étaient presque les seuls défenseurs de cette formidable position, où l'on n'avait monté que neuf pièces, deux au Moulin-Neuf, et sept au moulin de la Lancette. Tant de négligence était d'autant plus inconcevable^ que le roi Joseph avait convoqué le conseil de défense au pied de la butte, dans le pavillon du Château- Rouge. D'une des fenêtres de cette maison , AUent , chef d'état-inajor de la garde nationale et directeur du dépôt des fortifications (l), étudiait la marche des assiégeants; leurs progrès étaient rapides ; leurs masses supérieures accablaient Tarmée française. Vers midi , un aide de camp de Marmont vient annoncer au conseil de défense que toute résistance est inutile. Le roi Joseph répond aussitôt :

0) Pierre-Alexandre Joseph Allent, né à Salnt-Omer, le h août i772>

Paris, le 30 mars 1814.

c( Si M. le maréchal duc de Trévise et M. le maréchal duc de Raguse ne peuvent plus tenir leurs positions, ils sont autorisés à entrer en pourparlers avec le prince de Schwartzemberg et Tempereur de Russie, qui sont devant eux,

a Joseph.

Montmartre, à midi un quart.

(( Ils se retireront sur la Loire. »

Joseph s'enfuit, après avoir expédié cette lettre, et le duc de Raguse se met immédiatement en communication avec les souverains alliés. Néanmoins le combat continue. Le maréchal Blucher, débordant la gauche de Farmée française, dirige ses troupes sur les BatignoUes. Les gardes nationaux de la 2« légion, embusqués dans les vignes etles plâtrières, accueillent Favant-garde.par une vive fusillade, et se replient sur la barrière de Clichy. Là, Moncey avait établi son quartier général. Comme Textrême gauche de Farmée française ne s'étendait que jusqu'à Montmartre, il dirigeait, en qualité de commandant de la garde nationale, toutes les forces défensives depuis la barrière Blanche jusqu'à Chaillot. En voyant le corps du comte de Laiigeron s'approcher parle chemin de Saiat-Ouen, il sort de Paris, fait avancer deux pièces d'artillerie légère, et ordonne aux tirailleurs qui descendaient de

Montmartre de se poster dans les maisons. Ceux-ci répondent d'abord : a Nous n'avons pas peur, nous ne voulons pas nous cacher.» Le général Lapointe, chef d'état-major, parvint à triompher d'une susceptibilité honorable, mais funeste en des circonstances aussi critiques. « Croyez-vous, dit-il, que le doyen des maréchaux vous conseille une lâcheté? »

En revenant à la barrière de Clichy, Moncey apprend la défection du chef de la 2* légion, le comte Regnault de Saint -Jean-d'Angély (l); il lui donne pour successeur le chef de bataillon Odiot; puis il va visiter les autres barrières. Par ses ordres, des postes de gardes nationaux se placent sur les monticules qui dominent les Thèmes et la plaine du bois de Boulogne; Tartillerie est conduite en avant de TArc de Triomphe, et couverte d'abattis. Le maréchal retourne à la barrière de Clichy, où sa présence anime les • gardes nationaux. Les uns construisent un retranchement intérieur avec des charçettes et les bois d'un chantier; les autres, du haut de la plateforme et des fenêtres du bâtiment de l'octroi, font un feu nourri sur les Russes. Des pièces de canon, placées aux em-

(0 Nous avons appris que M. Regnault avait paru à la tétc (l'un détachement de sa légion sur la butte Montmartre ; mais qu'après avoir vu les premiers boulets, sa prudence, l'emportant SU4* son courage, l'avait entraîné loin du champ de bataille, où il avait été dégradé et remplacé provisoirement psr M. Odiot. {La régenct à Blois, par un habitant de Paris. Paris, Lenormant 1514, in-8, p. 6.

brasures des palissades, balayent la grande rue des Batignolles. L'avant-garde du corps de Langeron recule; mais à cinq heures, le son de la trompette annonce un parlementaire, et un armistice est proclamé. Les hostilités cessent, tant à la barrière de Glichy qu*à la barrière de TËtoile, où la 1" légion était aux prises avec la cavalerie du général Emmanuel. Toutefois, quelques tirailleurs russes ayant fait une démonstration, les gardes nationaux ripostèrent, et le feu recommença pendant quelques instants.

L'article 5 de ]a capitulation portait : «La garde nationale, ou garde urbaine, est entièrement distincte des troupes de ligne ; elle sera tenue sur pied, ou désarmée, ou licenciée, suivant les dispositions ulté* rieures des puissances alliées. Dans la nuit, MM. Alexandre de Laborde et Tourton, adjudants-commandants de la garde nationale, se rendirent auprès du prince de Sch\(rartzemberg, et obtinrent de lui que la garde nationale conserverait, à Fintérieur ou aux barrières, tous les postes utiles à la tranquillité publique.

Moncey, obligé de suivre l'armée, remit le commandement au chef de Tétat -major Allent; mais celui-ci déclina cet honneur et le réclama pour le comte de Montmorency (1).

(t) Anne-Charles-François, comte, puis duc de Montmorency, né le 28 juillet 1768 ; émigré; rentré en France sous le Consulat ; commandant de la garde nationale d'Eure-et-Loir ; nommé, le 8 Janvier 1814, aide-niajor général de la garde nationale de Paris.

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Toutes les mesures prises par le maréchal avant son départ furent scrupuleusement exécutées, pendant la nuit du 30 mars, a Sur quelques points, rivresse ou b fatigue des tambours de planton empêcha les ordres de parvenir ; sur d*autres, il survint des incidents que les ordres n'avaient pas prévus ; mais le zèle et Tintelligence des officiers et des gardes nationaux remédia à tout. Aux Tuileries, le chef du poste, de concert avec Farchilecte, lui-même officier supérieur de la garde nationale (l), prit les dispositions nécessaires pour conserver et défendre au besoin le château. Dans quelques prisons, les détenus profitèrent, pour s'échapper, de rintervalle qui s*écoula entre le départ des postes de la ligne et Farrivée de la garde nationale : elle ramena Les uns et contint les autres. Les maraudeurs et les gens à la suite de Tarmée furent conduits ou dirigés sur ses colonnes ; les Cosaques qui pénétrèrent par dessus les pnlissades furent, suivant la consigne, saisis à Tinstant même, et gardés en lieu sûr jusqu'au lendemain. A l'intérieur, de continuelles patrouilles prévinrent les rassemblements. Beaucoup de maisons étaient barricadées, et dans presque toutes, les habitants conservaient de la lumière jusqu'au dernier étage. Le moindre bruit attirait aux croisées les femmes, les enfants, les vieillards. Quoique la population fût inquiète et debout, néanmoins les rues semblaient désertes; leur profond silence n'était iuter-

(1) M. Fontaine» chef de bataillon de la première légion.

rompu que par la marche des patrouilles. Si, profitant de leur éloignement, quelques figures d'un aspect sinistre paraissaient se grouper comme des ombres, presque aussitôt d'autres patrouilles les écartaient ou lés mettaient en fuite (l).

La défense de Paris est Tune des plus belles pages de rhistoire de la garde nationale. Si Ton eût secondé le zèle des citoyens, exalté leurs sentiments patrio* tiques, soulevé la population, employé les ressources matérielles dont on pouvait disposer, les coalisés auraient été anéantis. Napoléon avait compté sur une victoire, et il fut altéré en apprenant cet échec décisif. Il le sut par le général comte BelUard, qu'il ren-? contra à la Cour-de-France, avec un corps de cavalerie qui avait vaillamment combattu dans la plaine Saint-Denis. L'Empereur était en voiture, accompagné du prince de Neufch&ter et du duc de Yicence, U mit .pied à terre, prit la main de Belliard, et Temmena sur la grande route, en lui disant : «Eh bien! qu'est-ce que cela? Comment étes-vous ici avec votre cavalerie? Ouest Tennemi?

— Aux portes de Paris.

— Etrarmée?

— Elle me suit.

— Et qui garde la capitale?

r— La garde nationale parisienne*

(») Mém. de F< Kock, t II, p. 518.

-— Que sont devenus ma femme et mon fils? Où est Mortier? Où est Marmont?

— L'impératrice et le roi de Rome sont partis avant-hier pour Rambouillet, et de là je pense pour Orléans. Les maréchaux sont sans doute encore à Paris, pour y terminer leurs arrangements.

Là dessus Belliard, tout en suivant TEmpereur, qui marchait à grands pas, fit une narration succincte des événements. Le prince de Neufch&tel et le duc de Yicence arrivèrent au moment où il la terminait.

— Eh bien ! messieurs, reprit Napoléon, vous entendez ce que dit Belliard. Allons, je veux aller à Paris, partons ! Caulaincourt, faites avancer ma voiture.

— Mais, sire, dit Belliard, il n'y a plus de troupes à Paris.

— C'est égal; j'y trouverai la garde nationale; l'armée me rejoindra demain ou après-demain, et je rétablirai les affaires.

— Mais je répète à Votre Majesté qu'elle ne peut aller à Paris. La garde nationale, d'après le traité, occupe les barrières, et quoique les alliés ne doivent y entrer qu*à sept heures, il serait possible qu'ils eussent passé outre, et qu'elle rencontrât aux portes ou

sur les boulevar Js, des postes russes ou prussiens. i

— N'importe, je veux y aller ; ma voiture ! Suivez- | moi avec votre cavalerie.

— Mais, sire. Votre Msgesté s'expose à se faire prendre, et à faire saccager Paris ; plus de cent vingt

mille hommes occupent les hauteurs environnantes. i

Quant à moi, j'en suis sorti en vertu d'une convention, et je ne puis y rentrer.

— Quelle est cette convention? qui Ta conclue?

— Je ne la connais pas, sire ; seulement, le duc de Trévise m'a prévenu qu'elle existait, et que je devais me porter à Fontainebleau.

— Que fait Joseph? Où est le ministre de la guerre?

— Je l'ignore; nous n'avons reçu aucun ordre de l'un ni de l'autre, pendant toute la journée. Chaque maréchal agissait pour son compte. On ne le3 a point vus aujourd'hui à l'armée, du moins au corps du duc de Trévise.

— Allons, il faut aller à Paris; partout où je ne suis pas, on ne fait que des sottises. Ma voiture !

La voiture était en arrière; le prince de Neufchàtel et le duc de Vicence profitèrent de ce retard pour essayer de dissuader l'empereur.

a II fallait tenir plus longtemps, reprit-il, et tâcher d'attendre l'armée. Il fallait remuer Paris, qui ne doit pas aimer les Busses, mettre en action la garde nationale qui est bonne, et lui confier la défense des fortifications que le ministre a du faire élever et hérisser d'artillerie. Elle les aurait sûrement bien gardées, tandis que les troupes de ligne auraient combattu en avant, sur les hauteurs et dans la plaine.

-— Je vous répète, sire, dit BelUard, qu'on a fait plus qu'il n'était possible. L*armée entière, forte de quinze à dix-huit mille hommes, a résisté à plus de eent mille jusqu'à quatre heures, e^iérant

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que vous alliez venir de moment en moment. Le bruit s'en étant répandu dans Paris, et ayant pereé jusqu'à Tarmée, elle a redoublé d'ardeur, et forcé les ennemis à tourner la ville par la plaine de Neuilly et le bois de Boulogne. La garde nationale s'est aussi fort bien montrée, soit en tirailleurs, soit en défendant les méchante tambours qui couvraient les barrières. ^ Mais Montmartre fortifié, garni de gros canon, devait faire une vigoureuse résistance.

— Heureusement, sire, Tennemi Ta cru comine vous, et voilà pourquoi il s'en est approché avec tant de circonspection. Cependant il n'en était rien, et il n'y avait que neuf pièces de 6.

— Qu'îht-on fait de mon artillerie, je devais en avoir plus de deux cents pièces à Paris, et des munitions

. pour les alirnenter pendant un mois.

— La vérité, sire, est que nous n'avons eu à oppo* ser à l'ennemi que de l'artillerie de campagne, dont encore à deux heures» il a fallu ralentir l'action, faute de munitions.

<— Allons ! je vois que tout le monde a perdu la tête; voilà pourtant ce que c'est que d'employer des hom-* mes qui n'ont ni sens commun ni énergie 1 Eh bien! jlosepb s'imagine cependant être en état de conduire une armée, et le routinier Clarke a tout l'orgueil d'un

bon ministre I mais l'un n'est qu'un c , et l'autre

mj*.. fM*«M ou un traltre« car je comm^nee à croiif ce que m'ea disait Savanr (0- »

(4> IféfiAfM â« F. K^i t. u, p..^^».

Cette conversation, qui porte tous les caractères de rauthenlicilé, vaut un volume de considérations. Napoléon y montre ce qu'on aurait dû faire, et condamne crûment des hommes incapables ou perfides. Belliard est rinexorable écho du fait accompli. Tous deuxrenilenl iiomniage à la garde nationale, dont Napoléon dut alors regretter d'avoir si longtemps méconnu T importance.

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