‹ Histoire de la Garde nationaleChapitre 15 sur 17 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Adhésion motivée de la garde Bational*'. — Ordre dn joar do conman- ' dant en chef, comte Dcaaoles. — Retour dea Bonrbooa. — La garde nationale pendant Ici Cent-Jonn et la Rctuuratioo.

Courageuse dans le combat, la garde parisienne eut» après la défaite, une attitude calme et digne. Bien qu'elle fût Tune des victimes de Tabsolutisme impérial, elle ne mêla point sa \oii à celle des fanatiques qui insultaient à Napoléon, et criaient vive Alexcauirel en baisant les genoux des vainqueurs. Ce fut seulement le 10 avril 1814, quand la déchéance de l'Empereur eut été prononcée par le sénat, que les offlciers de rétat*major de la garde nationale firent parvenir leur adresse d'adhésion au gouvernement provisoire.

a La garde nationale a dâ attendre, pour exprimer les sentiments dont elle est animée, que Tacte consti*

tutionnel qui assure le bonheur de la nation française, eût été adopté par ses représentants (!].

a Le sénat et le gouvernement provisoire viennent de couronner leur généreuse entreprise, en proclamant ce prince dont Tantique race fut, pendant huit cents ans, rhonneur de notre pays. Un peuple magnanime, que des malheurs inouïs n'ont pu abattre, va recouvrer les droits que le despotisme n'avait pu lui faire oublier.

m La garde nationale se glorifie d'avoir suivi jusqu*iti la seule direction qui fût vraiment utile à ses concitoyens. Dans Tinstant où chacun d'eux parait manifester son vœu et son opinion, elle a dû faire taire des sentiments particuliers, et ne s'occuper que df l'intérêt commun à tous, celui de l'ordre et de la tranquillité publique.

« A peine échappée à d'inutiles dangers, elle s'est occupée d'utiles travaux, elle a cherché à seconder votre zèle qu'elle partage, et vos succès qu'elle admire. Exempte, par sa composition de toute rivalité de rang, et, par son existence passagère, de toute ambition, elle n'aspire qu'à remplir l'honorable but auquel elle est appelée, et à donner à la France entière lexemple du dévouement pour son prince et de l'amour pour son pays.

c C'est ainsi qu'elle adhère avec empressement à l'acte constitutionnel qui rend le trône de France à Louis-Stanislas-Xavier et à son auguste famille. )»

(t) Il fut décrété pur le Séuat, le « avril 1814.

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Ou voit, par Â^e document, que la garde nationale attendait de Louis XVllI les libertés confisquées par Napoléon. Plusieurs jours après l'entrée des alliés à Paris elle portait encore les couleurs tricolores. Ce fut Tobjet du premier ordre du jour de son nouveau commandant, le comte DessoUes, nommé le 3 avril par le gouvernement provisoire ( 1 ).

a Du 9 avril, à onze heures du soir.

« Le gouvernement provisoire, par arrêté de ce soir, ordonne à la garde nationale de prendre la cocarde blanche, qui redevient, dès ce moment, la cocarde nationale et le seul signe de ralliement des Français. En conséquence, MM. les chefs de légions sont invités à donner les ordres nécessaires pour que la garde nationale prenne de suite la cocarde blanche.

a La cocarde uniforme est en bazin blanc plissé ; s'il ne s'en trouve point de faites en assez grand nombre, on pourra porter ^provisoirement la cocarde en ruban blanc.

« Le présent ordre sera imprimé et transmis de suite à MM. les chefs de légion, distribué . dans toutes les compagnies, et affiché dans tous les postes. » a Le général, commandant en chef, c( le comte Dessolles. »

(1) JeaiwJosepb-Paul'AugiisUn, comte DessoUes, capitaine en 1792; adjudant général, le H Tendémiairc an II; général de brigade, le 12 prairial an Y; général d'une division de Tarmée

Les Bourbons, à leur retour, s'eSbreèrent de se concilier la garde nationale. Monsieur, frère du roi, entra dans Paris le 12 avril; un détachement, pris dans les six premières légions, alla au devant de lui jusqu'à Livry, et le prince daigna dire aux gardes nationaux, avec ce ton de bonté et de courtoisie qui distingue les descendants d'Henri IV (\) :

« J'aime Thabit que vous portez, il est celui d'un grand nombre de bons Français. J'en ai fait faire un pareil dans la bonne ville de Nancy; je n'en aurai point d'autre pour mon arrivée à Paris. » En effet, il se revêtit de l'uniforme, qu'il décora du cordon bleu en sautoir. Dès son installation dans la capitale il passa successivement en revue les douze légions, leur distribua force rubans blancs, aux sons de la musique militaire qui jouait à satiété : Vive Henri /F et oà peut-on être mieux qu'au sein de sa famille.

Le 21 avril I8I4, le commandant Dessoles, l'étatraajor, des détachements de la garde nationale à pied el h cheval (2) allèrent à Saint-Denis au-dévarit du duc de Berry, qui les reçut en criant : Vive la France! vive la garde nationale! Le 24, le duc et son auguste père, Monsieur, réunirent tous les officiers au nombre

. du Hanovre en 1803 ; gouverneur de» royaumes de Gord^uç et de Jaen en 1808. II était rentré dans la vie privée depuis 1812.

(1) Journal de Paris du 13 avril 18 IH.

(2) Cette dernière avait été organisée, le 16 avril, sous les ordres du comie Charles de Damas, émigré, ancien commandant de la légion de Mirabeau (armée de Coudé) .

de douze cents dans la grande galerie du Louvre, et daignèrent i^ entretenir de la manière la plus affable avec la plupart d'entre eux. Par un ordre du jour du 36 avril, le comte DessoUes annonça que les gardes nationaux à mesure qu'ils auraient passé la revue, recevraient une fleur de lys en argent^ suspendue à un ruban blanc moiré (l); qu'il leur serait délivré un brevet de cette décoration, et que les conseils de discipline pourraient en priver, pour un temps plus ou moins long, les gardes nationaux coupables de graves infractions au service , ou de fautes tendant à compromettre la sûreté publique et Thonneur de la garde nationale.

A Saint-Ouen, Louis XVIII s'entoura de détachements de la garde nationale de Paris. Celle de Versailles s'y joignit, apportant un magniAque drapeau blanc aux armes de France, présent des dames de la ville, et solennellement béni lel 9 avril, par monseigneur révéque. Lorsqneledigne héritier du bon HenrievXéU réinstallé sur le trône de ses ancêtres, un nouvel ordre du jour résuma la conduite qu'avait tenue la garde nationale, et lui traça ses devoirs.

Paris, 4 mai 1814.

« C'est au milieu de la garde nationale que le roi est entré à Paris, a traversé la capitale, et, de la mé-

(i) Une ordonnance du 5 août 1814 y ajoate un liséré hieu de roi.

tropole, est venu se reposer enfin dans le palais de ses pères.

a Paris a offert le spectacle intéressant de toutes les familles réunies, les pères, les époux et les fils sous les armes, animés d'une joie vive mais calme, et contenant leurs transports pour assurer Tordre autour de Sa Majesté ; derrière eux, au-dessus d'eux, les mères, les épouses, les enfants, se livrant, avec Fabandon d'un cœur dégagé de tous soins, à Fenthousiasme qu'inspirait la présence du roi et de la famille royale.

a Ce jour termine avec gloire une période honorable, et commence, pour la garde nationale, une nouvelle série .de services.

a Dès l'origine, elle s'est constituée suivant le but véritable de son institution, pour défendre, contre tous les ennemis de l'ordre, les personnes et les propriétés.

a Dans la journée du 30 mars elle a défendu l'enceinte jusqu'à ce qu'une convention et Tordre de ses chefs lui aient prescrit de remettre les barrières.

« Dans la nuit du 30 au 31 mars, à mesure que Tannée et la garnison évacuaient la capitale, la garde nationale occupait tous les postes; ses patrouilles dissipaient tous les attroupements; sur tous les points de Tenceinte elle contenait les troupes irrégulières; partout le désordre a été arrêté dans sa naissance, et la capitale sauvée par elle-même.

« Depuis, la garde nationale a soutenu avec constance tout le poids d'un pénible service, et n'a cessé, dans sa conduite, d'unir la fermeté à la modération*

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a Dans cette révolution inopinée, où Tesprit 4e . parti pouvait donner lieu à des débats, germes fâcheux d'une guerre intestine, Paris a vu la garde nationale attendre avec calme le signal de ses chefs, forcés d'attendre eux*-memes qtt*une lumière égale éclairât tous les esprits; et quand le signe antique dé ralliement des Français est redevenu celui de la nation, av^

- gfielle unanimité toute la garde nationale, prenant au promier ordre la cocarde blanche, a jeté dan$ la ba-^*

- lance de Fopinion le poids de son exemple, et donné à son tour le signal à Tarroée I

a Dans la Journée d'hier, en maintenant Totdre, elle a repoussé dans son propre se!n les mouvements d*un 2ële inconsidéré. Le petit nombre de ceux que le désir de voir plus longtemps le monarque avait entraîné» hors des rangs, les ont repris de suite, ou d'eux-niémes, ou à la voix de leurs chefs; en un mot, elle i^est montrée digne de la confiance noble et touchante avec laquelle Sa Majesté lui a remis le dépôt sacré de sa personne et de sa famille.

« Tant que la garde qui doit environner le prince ne sera pas constituée telle que l'exigent la majesté du ^Ône et les lois de la monarchie, la garde nationale continuera le même service près les fils de saint Louis et de Henri IV, et n'oubliera point qu'elle en répond à la France.

'(( Le général en chef témoigne à la garde nationale sa vive satisfaction. Il se félicite devoir son nom mêlé à de 9i grands services, s* attacher avec gloire à cette

mémorable révolution /Il le doit à la garde nationale^ il s'honore de la commander, et la remercie d'avoir, par une si noble conduite, honoré son commaa-» dément.

ff i.e général commandant en ch«f,

« DfiSSOLLES. »

Les douze légions, en grande tenue, furent passéeè en revue par le roi, le 8 mai, du haut du balcon des Tuileries. Le 13, «Sa Majesté voulant donner un témoi* gnage éclatant de sa satisfaction particulière aux gardes nationales de son royaume, et notamment de sa bonne ville de Paris, ayant une entière confiance dans leur zèle et leur fidélité pour sa personne, » nomma Monsieur, comte d'Artois, colonel général de toutes les gardes nationales de France, a Ce beau titre, disait une prcclamation du 15 mai, signée par l'abbé de Montesquiou, ministre de l'intérieur, et par le comte Dupont, ministre de la guerre : ce beau titre était dû au prince qui, doué de qualités éminemment nobles et toutes françaises, s'est présenté à la nation sous l'habit national, et a offert à tous les yeux un gage assuré de ses sentiments affectueux, que manifestait encore sa touchante affabilité. L'uniforme des gardes nationales, déjà si honorable parlui*méme, l'est devenu dèslors davantage, et une généreuse émulation a soudain enflammé toutes les classes de l'État, pour entrer dans les rangs à la tête desquels brille un prince digne de servir de guide à r honneur français, et au dévouement de tous

S40 SISTOIRI

le$ cœurs pour Sa Majesté. Ce noble empressement (jui a éclaté dans Paris s*est montré non moins vif dans les grandes cites et sur tous les points du royaume. Les hommes qu*une haute naissance fait remarquer, ceux que l'éducation et la fortune distinguent, et ceux qui se consacrent à des arts libéraux et à une utile industrie, tous se pressent' sous des drapeaux qui présentent au roi Télite de son peuple, et une force immense pour le maintien de Tordre intérieur. Quels agitateurs, s'il en pouvait exister, se permettraient de le troubler en présence de tant de nombreuses phalanges de citoyens essentiellement dévoués à Fautorité souveraine? Quel empire les lois n'auront-elles pas sous l'égide de tant de bras armés pour l'intérêt des fa^ milles et des propriétés!»

Le comte DessoUes reçut le titre de msyor-général des gardes nationales du royaume (l); il conserva celui de commandant en chef de la garde parisienne. Mais à partir du 16 juin, il fut subordonné au commandant de la place. Le retour des troupes de ligne à Paris réduisit le service de la garde nationale aux postes des Tuileries, de l'état-msyor, de l'hôtel de ville, des mairies, du Trésor et de la Banque. A la revue passée aux Tuileries, le 16 juin, M. de Montesquiou (3] exprima au comte Maison, général en chef

(t) Ordonn, du tO mal.

{%) Elisabeth-Pierre, comte de Montesquiou-Fczenzac, né & Paris, en 1764, grand cliambellan, aide-major de la garde nationale de Paris.

DE LA GARDE NATIONALE. s«t

de la garnison nouveHe, « la joie que lui faisait éprouver le retour si désiré de ces braves défenseurs de la France» ; et cette joie était sincère, car si la Garde parisienne était comblée d*honneurs, elle était aussi accablée de* fatigues, a Les troupes de ligne, répondit le comte Maison, s'efforceront de mériter Testime et rafifection des habitants de la capitale ; nous ambitionnerons surtout celles de la garde nationale, dont tout bon Français a su apprécier les services et admirer la conduite pendant les grands événements qui viennent de se passer. »

Les postes intérieurs des Tuileries, que la garde nationale avait conservés, lui furent enlevés, le 26 juin, par les gardes-du-corps récemment créés. Le ministre de la maison de Louis XVilI, M. de Blacas, s*empressa de pallier, par une lettre au général Dessolles, ce que cette mesure pouvait avoir de désobligeant, a S. M. était vivement touchée du dévouement de ces braves Français, assujétis aux devoirs de la discipline la plus exacte, comme aux fatigues de la vigilance la plus assidue. » Louis XVIIl ordonna qu'on assignât, dans la salle des maréchaux, aux grenadiers et chasseurs de service, une place distincte d'où il leur fut possible de le contempler quand il se rendrait à la chapelle. Les gardes nationaux et les gardes-du-corps firatemisèrent, le 18 juillet, dans un grand banquet donné à Tivoli, sous la présidence du comte DessoUes. Des toasts y ftirent portés au roi, à la famille royale, à Tannée, aux dames, à Tunion des Français. Le duc

U2 QISTOiaC

de Berry, qui voulait bien honorer la fête de ton au^ guste présence, s'était réservé la santé de la garde nationale ; prévenu par le duc de Grammont, capitaine des gardes, il s'écria : u Vous me Favez volée; mais j'en vais porter une qui est dans le cœur de tous les Bourbons : A la prospérité de la France!

Les revues, grandes parades, distributions décrois^ félicitations princières, bénédictions de drapeaux, se succédèrent pendant plusieurs mois, et s'étendirent aux départements. 11 plut des décorations du Lys à Rouen, Bordeaux, Cahors, Évreux et Sainte-Menehould. La garde nationale, séduite par tant de cajoleries, se prit à aimer sérieusement les Bourbons, malgré leur médiocrité personnelle. Ils apportaient des libertés, des garanties constitutionnelles, le vote régulier de l'impôt, à un peuple longtemps maintenu sous un joug d'airain, corvéable à merci, et témoin chaque jour des embastillements les plus arbitraires. Et puis, ils promettaient la paix, et ce fut là le principal motif de la popularité réelle dont ils jouirent à leur avènement. La terre, selon l'expression d'un poète du temps, était lasse de ne produire que des lauriers (l). La France s'épuisait; depuis le 11 janvier ists seulement, elle avait fourni treize cent mille hommes ; les villages étaient déserts. Le désir du repos avait pénétré tous les cœurs ; il éclate dans

[\) L9 9(mp9r de Henri LV^ par Rougemoat, faudeville, re* présenté aux Yariélés, le 23 avril 184 /k.

les journaux de Tépoque, dans les pièces de circons* tance dont les journaux furent prodigues (1), dans une multitude d'odes, de chansons, de quatrains, de bouquets^ de madrigaux (2). L'avènement de la dynastie bourbonnienne répondait donc à un vœu presque général ; mais Finfluence accordée à des princçs sans mérite, à des émigrés, à des hobereaux; les concessions faites à Tétranger parle traité du 80 mai; le maintien des droits réunis; la loi du 32 octobre contr*

(1) Pélagê ou h Beiour éPun bon JRoi (Opéra). Les Héntiers de Miehott (Opéra-Cojaiique). Une Nuii de la f^arde natienah^ coiuéaic (Odéon, 16 juin ISU). les Clefs de Pari»ytinpeiU Voyage da f^audeville, divertissement pour le retour de la pai» (Vaudeville), f^ive îa Paix! ou U Hé tour au village (Ambigu- Comique). Ventrée d^ Henri IV à Paris (Cirque). Henri //^, mëledrame en (rois actes (Galté). La Pacification générale^ comédie, par ChambcUand, représentée k Dijon, le 26 juin ISiA*

(î) f^ive lapaixf^ar Desaugiers;: l^ive le rail vive lapais! par Coupart ; Invocation à la pais ^ par le ctievalier de Plis.

Souris à l'beareax jour qui Tient rendre aux Français, Henri lY et les lis, les Bourbons et la paix 1

(Au^ mânes de mon père, par JacquemiOt)

Les cieux après l'orage. Font briller un beau jour i Avec le vert feuillage, La paix eât de retour.

{Five Henti! par Armand Géuffé.)

Moi, qtie la paix inspire, Heoftejc devarpréBeoti, je puis doaé leeehiÉte».

'{Otfe,vpviaidrdde:MuffiU^.) 1.

S«4 BISTOIRB

la presse; les censeurs royaux ; les monuments élevés à la mémoire des chouans ; des préjugés rétrogrades, des mesures inconsidérées, firent perdre à Louis XVIII les avantages de sa position, et quand Napoléon revint

„ de nie d*Elbe, on le salua comme un libérateur.

i On lisait dans les journaux, pendant les premières

I semaines du mois de mars 1 8 1 5 : cr Buonaparte a débar-

qué, le ter mars, près de Cannes ; toutes les mesures

I sent prises pour Farrèter et déjouer cette tentative

i insensée. '

I a -* On a appris à MarseQle, le 8 mars, le débar-

quement de Buonaparte : quoiqu'on doute encore de la nouvelle , les drapeaux blancs ont flotté à Tinstant à toutes les fenêtres ; des cris de vive le roi! ont éclaté ; la garde nationale entière a demandé à marcher.

a— Le duc de Valentinois, qui allait prendre posses • sion de la principauté de Monaco, a été arrêté par un détachement de la petite bande de Buonaparte: ce chef de brigands^ après avoir eu avec le duc une conversation, lui a laissé continuer sa route.

« — Le 9 mars sera à jamais remarquable dans les fastes de notre histoire. A midi, les douze légions de la garde nationale de Paris, et les régiments qui forment la garnison, se sont rassemblés dans la cour des Tuileries et sur le Carrousel. A une heure, S. A. B. le duc de Berri a passé devant le ftront de chacune des légions. Alors le roi a paru sur le balcon, et les légions, par ordre de numéros, ont euThonneur de défiler devant S. M. , aux cris mille fois répétés de

vive le roi I La garde nationale semblait fièrc de pouvoir, la première, dans ces circonstances, faire éclater envers notre souverain légitime ces témoignages d'airlt>ur, qui sont si bien partagés par tous les Français.

« — Une ordonnance de S. M,, en âate du 9 mars, règle l'organisation j Tarmemenl et Téquipement des gardes nationales sédentaires, principalement chargées de ]a garde des places fortes, de la répression des fnctieiiA et des rebelles. Dans les départements où il se présentera des gardes nationnuT^ pour fiiire un service extérieur et momentané, tes préfets, de conccït avec les in.specteurs des gardes nationales , les organiseront en compagnies, cohortes et légions volontaires. Aucun engagement ne pourra résulter de ce service de dévouement et d'honneur- Les citoyens seront libres de rentrer dans leurs foyers dès que la rébellion sera comprimée (t),

ft— Hier matin, il mars, une foule immense remplissait la terrasse et la cour des Tuileries. A trois heures, des officiers de la maison du roi ont paru au balcon ; Tun d'eux a indiqué qu'il désirait parler. Il a annoncé que le roi venait de recevoir la nouvelle que le due d'Orlt'ans, à In tête de vingt mille hommes et de la garde nationale de Lyon , avait aLlaqué Buonapùrte dans h direction de Bourgoin ; qu'il Taiait complètement battu et repoussé pendant di^ lieues. Ces heu-

(1) L$ NQimjQifneûn 15 mars 1811, n. J55* *"

346 HISTOIEB

reuses nouvelles ont été reçues aux cris mille fols répétés de vive le roi {!)/

. « — Aujourd'hui, 16 mars, à midi, aux lieux de rassemblement indiqués (2), les douze légions se sont réunies pour être passées en revue par le prince colonel général. Monsieur a été salué du cri unanime de vive le roi! vive Monsieur l 8. A. B. était accompagnée du major général comte Bessolles. Elle a parcouru toutes les lignes, en recevant les témoignages les plus éclatants du zèle, du dévouement, et de la fidélité de la garde nationale. Après le départ du prince, MM. les chefs et officiers supérieurs de chaque légion ont reçu Tinscription de tous ceux qu'un premier élan a fait sortir d^s rangs pour composer le corps qui, sous le titre de légion du colonel général, doit marcher avec le prince contre Tennemi de la France et de TEu** rppe,

a — Tl ose reparaître, ce tigre, qui, pendant la durée de son exécrable règne, a fait périr au moins un Français par minute ; cet hydre, qui a si longtemps dévoré notre substance! à qui donc cet aventurier vient-il disputer le trône de nos pères? aux descendants de Henri IV. Tous ceux qui tiennent à une famille, h une

(1) Journal de' Pari» du 12 mars 1S15, n. 71.

(2) 1", V et S* légions, place Vendôme ; 4% 6% 6-, boulevard Bondi; 7% 8% 9% Place-Royale ; 10% 41% 42% jardin du Luxembourg.

patrie, tous ceux qui possèdent quelque chose , le repoussent avec horreur.... Haine et guerre au Corse parricide (l) / »

Le 21 mars 1815, et les jours suivants^ enlisait dans les mêmes journaux :

a L'Empereur est arrivé hier à huit heures et demie à Paris. Une foule immense remplissait les cours du château, la place du Carrousel et les rues a 'jacentes ; des cris de vive l'Empereur! se faisaient entendre de toutes parts.

« — S. M. l'Empereur a témoigné sa satisfaction de la belle tenue de la garde nationale parisienne , qui, suivant les expressions de S. M., a sauvé deux fois la capitale.

« — L'Empereur a fait remettre la décoration de la légion d'Honneur au garde national à cheval qui s'of- . frit seul pour accompagner le comte d'Artois, lorsque celui-ci fut obligé de quitter Lyon.

a^ — La garde impériale a voulu célébrer son retour à Paris, en offrant, le 3 avril, un banquet fraternel à la garnison et à la garde nationale de Paris. Toutes les dispositions avaient été faites au Champ de Mars ; un repas de dix sept à dix -huit mille couverts avait été préparé sur les glacis. Le plus beau temps a secondé cette fétc civique. Des toasts à l'Empereur, à l'impératrice et au roi de Rome, ont été portés au bruit du canon.

(1) Joumol d$ Paris des itt et 17 ma» «$t$.

&48 HISTOIEE

« — Les grenadiers du 2® bataillon de la 6^ légion de la garde nationale de Paris, qui, le 30 mars 1814, sont sortis de cette capitale pour la défendre, étaient convenus de se réunir tons les ans pour célébrer Tanolversaire du dévouement des braves. Cette cérémonie a eu lieu le 13 avril. On y avait invité plusieurs^es officiers et grenadiers qui ont accompagné FEmpereur à nie d'Elbe. La liberté, la gloire nationale et TEmpereur ont été le sujet des toasts portés et des couplets chantés à cette fête patriotique. MM. les grenadiers du 2' bataillon ont profité de cette circonstance pour donner une marque d'estime et de reconnaissance à M. Sénepart, leur capitaine, qui, dans la journée du 30 mars, fit preuve de beaucoup de courage et d'un véritable dévouement , et pour enhardir par json exemple les soldats qu'il commandait, fit marcher à ses côtés, dans les rangs, son fils, Agé de 13 ans. Ils ont offert, à ce brave capitaine, un sabre» au nom de la eooï» pagnie.

«Un discours a été ensuite adressé par M. Destraln, au nom des grenadiers de la garde nationale, à ceux de lile d'Obe.

« Cette réunion de citoyens dévoués à la patrie et à son chef, est rentrée vers onze heures du soir dans Paris, au son d'une musique guerrière, et aux cris de vive r Empereur l »

Napoléon reparaissait avec des idées nouvelles, fruit d'une tardive expérience. 11 se déterminait à reprendre en sous-œuvre la Révolution. Il jetait au peu-

DE LA GARDE NATIONALE. Sl9

pie y comme un appât , les mots : Abùtîtion de la noblesse et des titres féodaux ; liberté de la presse ; suppression de la censure; exécution des lois de V Assemblée constituante (i). 11 emprunta à Tune d'elles quelque» dispositions, dans son décret du 10 airril, sur rorg»« nîsation de la garde nationale; mais on y seutait encore le cachet du despotisme impénal* Tous les Français inscrits au rôle des contributions foncières ou^ mobilières, de Tâge de vingt à soixante ans, étaient obligés au service. Les bataillons de chaque arrondissement de sous- préfecture, quel qne fut leur nombre,. formaient une seule légion. Chaque bataillon de garde^ nationale se divisait en six compagnies de cent vingt hommes, dont une de grenadiers et une de chasseurs*- Les grenadiers et chasseurs étaient armés de fusils de; calibre, avec baïonnette et giberne ; ils pouvaient au* Jï.soin être distraits de leurs corps, pour former de» bataillons séparés. Deux cent quatre bataillons de gre*' nadiers et de chasseurs, tirés des déparlements de 1 Est et du Nord, furent mis immédiatement enacti^ vite, pour tenir garnison dans les places frontières elT occuper les défilés, passages de rivières, postes et ouvrages de campagne qui leur seraient indiqués.

Les fusiliers, réservés au service intérieur, pou— va eut monter la garde avec leurs vêtements accoutumés, en mettant à leur chapeau la cocarde nationale ; tout individu payant moins de cinquante franc^

^1) DtoreUdMl3«tlAman.

)SII HIST0IR8

«â'hivAt, était armé et équipé aux frais de son dépar-

taMent.

L'Empereur nommait les chefs de légion et les chefs

lâa bataillons de grenadiers et de chasseurs, sur la proposition du ministre de Fintérieur. Un comité d'arrondissement désignait les autres officiers, et soumettait ses choix à un comité départemental; T Empereur délivrait les brevets. Les sous-officiers étaient nommés par les chefs de bataillon, sur la proposition des capitaines, et sauf l'approbation des chefs de légion. Napoléon reprit le commandement en chef de la garde parisienne, et confia au comte Durosnel (l) les fonctions qu'avait si dignement remplies le maréchal Moncey. Le 16 avril, les douze légions furent passées en revue dans la cour des Tuileries et sur la place du Carrousel, aux cris mille fois répétés de vive l'Empereur I On y revit, pour la première fois depuis la République, les habits et les vestes coudoyer les uniformes. Napoléon avait prescrit qu'on n'éloignât personne des rangs pour motif de tenue plus ou moins régulière (s) . Après le défilé, il ordonna de former le .

-earré, fit avancer les officiers des douze légions, et leur dit :

a Sddats de .la garde nationale de Paris, je suis

(\) Antpine-Jean-Auguste-Henri Durosnel, né le 9 novembre ''ll71,'géu'ërâl de brigade le 24 décembre 1805^ lieutenant général le lô avril 1809.

(2) Ordre du Jour du H avril. ...

DE LA 6ARBB NATIONALE. 3&i,

bien aise de vous voir. Je vous ai foFOiés U y a quinze mois pour le maintien de la tranquillité publique dan$ la capitale, et pour sa sûreté. Vous avez rempli mou attente. Vous avez versé votre sang pour la défense de Parla, et si des troupes ennemies sont entrées dan& vos murs, la faute n'en est pas à vous, mais h la tra« bison, et surtout à la fatalité qui s'est attachée h nos affaires dans ces malheureuses circonstances.

a Le trône royal ne convenait pas à la Franoe. Il ne donnait aucune sûreté au peuple sur ses intérêt^ les plus précieux. Il nous avait été imposé par Tétranger* 3'il eût existe, il eût été un monument de bonté et de malheur^ Je suis arrivé, armé de toute la force du peuple et de Tarmée, pour faire disparaître cette tache et rendre tout leur éclat à Thonneur et à la gloire de la France.

a Soldats.de la garde nationale, nos armées sont toutes composées de braves qui se sont signalés dans plusieurs batailles, et qui présenteront à l'étranger une muraille de fer, tandis que quatre cent 'cinquante mille grenadiers et chasseurs des gardes nationales garanti* vont nos frontières. Je ne me mêlerai point des affaires des autres nations. Malheur aux gouvernements qui se mêleraient des nôtres I Des revers ont retrempé leeiK ractère du peuple français ; il a repris cette jeunesse, cette vigueur qui, il y avingt ans, étonnaient l'Europe. (( Soldats, vous avez été forcés d'arborer les couleurs proscrites par la nation, mais les couleurs nationales étaient dans vos c(Burs. Vous jurez de les

prendre toujours pour signe de ralliement, et de défendre ce trône impérial, seule et naturelle garantie de vos droits. Vous jurez de ne jamais souffrir que des étrangers, chez lesquels nous avons paru plusieurs fois en maîtres, se mêlent de nos institutions et de notre gouvernement. Vous jurez enfin de tout sacrifier à l'honneur et à Tindépendance de la France.

— Nous le jurons ! répondit unanimement toute la garde nationale.

Quelques pâles reflets du soleil de 1792 éclairèrent Tagonie de TEmpire. Les bataillons de chasseurs et de grenadiers, mis en réquisition, montrèrent la plus belliqueuse animation. Les enrôlements volontaires se multiplièrent : plus de mille jeunes gens se firent inscrire à la préfecture de la Seine dans la seule journée du 2 mai. Il se forma des corps francs. Les élèves des lycées, âgés de 17 à 20 ans, demandèrent à se réunir en escouades de cauonniers, et des pièces d'artillerie furent mises à leur disposition. Les citoyens de Paris et des autres grandes villes, sous la direction de Tau* torité militaire, s'exercèrent à la manœuvre ou travaillèrent aux fortifications.

« L'instruction de la garde nationale de Paris, et les sentiments qui l'animaient pour l'Empereur, ne permettaient pas de faire de différence entre la garde bourgeoise de la capitale et les différents corps de l'armée (l). » Les canonniers de l'artillerie parisienne

(1) Journal de Paris du 18 mai 1815.

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