CHAPITRE m
La Fayettfl bat ciommé tommiadani gi^nLTa). — f^on début, — Qjii^Lne (iu (JrjipeaLj trici^lorc, — JouTnée du 17 juillet J789k — Pri:mi(îrB titiiformptj. — L^Fi brig'indi. — Fommcs Tnt^nUnt la ^afde. — Ane^doteq diviir>cs. — Dbcret dti 10 août 1789 — FormatJOD de la garde sùIdée et £Lf>n sQldét. — rreisier=^ i^rdcLcrs^ — Louis-Phi'ippu ca^iitatne. — Drapeaux dei districts» — Betiédicttoa dea drapeaux à Notre-Dame,
Deux joiïrs ïiprès , les élet^tcurs nommt^reul M, de La FaytUe commandant général dn la garde pari— sieûne- Son buste , hommage dts l^jlats-Utiîs a la mutiicipalitc, décorait la s:;;rande salEe de 1 h6lel-de* ville. E4usieurs membres du comité penimn^ ni ayant repréàenîé qu'il fallait mettre un homme? émineut à la tétc de la milice , le présitJeut , Moreau île Saini- Méry, désigna ce busLe, sans prononcer un seid moU Rassemblée se rappela aussit(H les opinions libérales de LaFavL'tte^ sa coujuite en Amérique, ï-oii opposition au parti de laeour, el il fut choisi à ruDO'tiitiitc puur remplacer M, de La Sahe<
Homme de prudence et de modération, il apportait dans ses nouvelles fonctions, moins un patriotisme fougueux qu'un esprit d'ordre et de conciliation. Il en donna des preuves dès le premier jour, en se rendant à rhôtel de vi le pour prendre possession de son grade; il vit une foule immense qiit se dirigeait vers le carrefour Bétizy.
a Qu'y a-t il donc? demanda-t-il.
— Ce n'est rien, lui répondit-on ; c'est un abbé qu'on va pendre. »
Le commandant général s'élança au milieu des groupes, et aperçut un pauvre ecclésiastique dont les habits étaient lacérés, et qui avait déjà au cou la corde fatale. On prétendait que c'était l'abbé Roi, connu par son exagération aristocratique. La Fayette l'interrogea, le reconnut pour labbé Cordier, et parvint aie conduire à la Grève. Là, la victime désignée prouva soti identité, et ceux qui avaient voulu le lanterner le reconduisirent en triomphe. A peine à Thôtel de ville, La Fayette raconta ce qui s'était passé, et en tira la conclusion qu'il était urgent de fortifier le plus promptement possible la milice parisienne , à laquelle <I proposa de conserver le titre de garde nationale, déjà adopté par quelques districts. 11 demanda aussi qu'on ajoutât les couleurs de la monarchie à celles de la ville ; et de cette combinaison naquit le drapeau tricolore, amalgame de symboles passés, qui devait guider les peuples vers l'avenir.
Louis XVI avait cédé ; il congédiait les troupes, il
rappelait Necker , et il venait à Paris sanctionner U révolution. Le 17 juillet, la garde nati6nate se mit sous les armes pour le recevoir» Deux Cent mille hbnimes se rangèrent en triple haie, depiiis la barrière ôé Passy jusqu'à la Grève. Ils étaient arinés de fusils, d^ piques, de mousquets, de dards, de fourChei^ de de pioches, de faulx , de toutes sortes de f^rrâll'^ les attachées à des bâtons. Oii retnbrqUait daiiis lëurâ' rangs, le fusil sur Tépaule et le sabre à Isl main , des ■ femmes, des jeunes filles, des moines, des capiiclns. Les Malhurins dn quartier latin t)ortaiént là bsitiîtièrë de leur ordre en guisë de drapeaii de district. Louis XVI eut à traverser ces masses silencieuse^^ d'où s'élevait seulement par intervallêè lé dri de : Vive le roi! Qua're officiers de la garde hatibhàle teniaiëilt les boutons des portières dii carrosse royal, autour duquel caracolait M. de La Fayette, en frac Uni, le cha^ peau orné d'un panache et de la cocarde de la tnilicé de Paris. Au moment oii Louis XVI deScendôit de voiture, le maire de Paris, Bailly, lui présenta cette cocarde, en disant : « Sire, Votre Majesté veut-elle ac^ cepter le signe distinctif des Français? » Lé roi la prit , la plaça à son chapeau, et hiontà réâcàlier dé Fhôtel de ville sous une voûte d'épées ënlrelacéesL Assis sur le trône qu'on lui avait préparé , Il S'eknpressa de dire à ceux qui Tenvironn aient : « Messieurs, je suis très-satisfait ; j'approuve rétablissement de la garde bourgeoise ; mais la meilleure manière de me prouver votre attachement, est de rétablir la tran-*
quillitéj et de remettre entre les mains de la justice ordinaire les malfaiteurs qui seront arrêtés. M. Bailly, instruisez FAssemblée de mes intentions. Je suis bien aise que vous soyez maire, et que M. de La Fayette soit commandant général! »
Ces paroles, reproduites par Bailly, excitèreot des applaudissements ; et lorsque le roi parut à la fenêtre et qu'on s*aperçut qu'il portait la cocarde, toute défiance cessa; Tair retentit de vivats qui se mêlaient au bruit de rartillerie, aux sons de la musique, aux fanfares des trompettes, au frôlement des drapeaux balancés, au cliquetis des armes entrechoquées. L'arrivée du roi avait été sinistre; son départ pour. VersaUles fut un triomphe. Ses chevaux et sa voiture étaient parés de cocardes nationales ; celle qu'il avait acceptée était placée à côté de lui, en dehors de la portière. Les gardes nationaux criaient avec enthousiasme Vive le roi! et renversaient leurs armes en signe de paix. Le roi lui-même abattit le fusil d'un de ceux qui bordaient la haie. D'autres tiraient en Fair pour manifester leur allégresse. Les journaux du temps évaluent à plits de vingt mille le nombre des coups de fusil qui partirent sur les quais dans la soirée du 17 juillet.
A cette journée de joie succédèrent des scènes d'horreur. Foulon et Berthier furent massacrés le 23 juillet. La Fayette, dont la voix avait été méconnue en cette circonstance, écrivit à Bailly : a Le peuple n'a pas écouté mes avis ; le jour qu'il manque à la confiance
qu'il m*avait promise, je dois quitter un poste où je ue peux plus être utile. » Néanmoins les supplications des électeurs le déterminèrent à retirer sa démission. Il s'occupa activement de régulariser le service. Dès le 3 août, un grand nombre de citoyens étaient revêtus d'uniformes (1). Les soixante districts firent tour à tour bénir leurs drapeaux dans leurs paroisses respec* tives. Le 9 août, dans Taprès-dîner, dit le Journal de Prudhomme , plusieurs districts, tels que ceux de Saint-Roch, des Petits-Pères, se montrèrent au Palais-Royal et en d'autres lieux, au bruit des tambours et d'une musique guerrière, drapeaux déployés, et Ton remarqua Tordre et l'ensemble de ces nouveaux soldats-citoyens. »
Toutes les villes imitèrent successivement Texemple de la capitale. Versailles eut, dès le 14 juillet, une milice nombreuse, dont le commandement fut confié au prince de Poix.
Necker, à son retour, le 30 juillet, fut reçu par les milices de Sèvres et de Viroflay. A Saint-Germainen-Laye, cinq ou six cents jeunes gens se réunirent en milice, quoiqu'ils fussent sans armes. Des environs de Paris le mouvement gagna les provinces. Des terreurs paniques, jointes à de justes sujets de crainte, hâtèrent l'armement de la France entière. On répan-
(l) Cet habit est bleu de roi, parements et revers blancs, collet rouge, boutons jaunes frappés au blason de la ville, avec culotte et veste blanciies. Journal de PrudhomiM, n" 5, p. 6.
dit le bruit que des brigands parcouraient les campagnes, coupaient les blés en vert et rançonnaient la population. On signala leur présence, au nombre de plusieurs milliers, à Montmorency, à Rouen, à Luslgnan, aux environs de Soissons (1). Ces fausses alarmes se propagèrent dans toutes les provinces. A Feaucaire, le 30 juillet, sur les six heures du matin, le courrier apporte la nouvelle qu'une armée de brigands dévaste la province; plusieurs personnes montent sur les ruines du château et s'écrient avec effroi qu'elles aperçoivent Tavant-garde de la bande, et que la ville de Tarascon, située de l'autre côté du Rhône, est devenue la proie des flammes. On s'apprêtait à couper le pont, lorsqu'on reconnaît dans les prétendus bandits les Tarnsconais, qui, également effrayés par de fausses nouvelles, venaient chercher osile sur la rive droite du fleuve.
On a attribué à Mirabeau l'idée de rallier les esprits et d'improviser une force publique en supposant un danger Imminent ; mais, si l'on examine les écrits du temps, on reconnnftra que cette appréhension fut spontanée, et qu'elle vint naturellement de l'effervescence populaire. Les brigands étaient simplement les paysans, les anciens serfs, exaspérés par de longues souffrances et trop disposés à se venger par des violences. Brigand^ dans les documents de cette époque,
(1) Journal de Prutlhomme. n" 11 1, p. 13 et 27. Éirennei d'Jpollon, an. 1790, p. 78,
désigne quiconque commet des excès. Ce sont des brigands qui brûlent les barrières de Paris, des brigands qui dévastent la maison de Saint-Lazare (1); ce sont des brigands qui détruisent les archives seigneuriales (2). Les électeurs siégeant à T hôtel de ville, les journalistes, des députés de l'Assemblée nationale, répètent tant de fois cette qualification de brigands, que Ton conçoit aisément l'inquiétude universelle. Elle amena, malgré son exagération, les plus heureux résultats. Partout la classe moyt nne se souleva pour sauver |a liberté du désordre. Partout les milices rendirent d'éaiiqtfits .services. ^Ues s*opppsèrent autant que possible aux vengeances particu-; lières et au pillage 4çs châteaux, protégèrent la circulation des grains, firent des perquisitions chex les ennemis de la révolution, et dissipèrent les bander tumu tueuses. La garde nationale de Paris, pendant les mois d'août et de septembre x789, dépl^y^ un zèle infatigable. Non-seulement les hommes rivalisaient d ardeur, mais on voyait dans les rangs des enfants, des femmes revêtues du eostqnae masculin. Elles étaient même commandées de garde, s'il faut admeltre comme authentique le ))illet spivant, que rapporte le journal des dévolutions de Paris (3) :
(1) Précis, par Rabaut Saint-Étienne, liv. IIL Moniteur, récit du Ift juillet.
(2) Journal de Prudkomme, n" (, p. 21.
ÎS lUSTO RE
« District de l'abbaye Saint-Germain-des-Près.
a Mademoiselle Dubief, marchande lingère, rue a Dauphine, n* 31 , montera la garde au corpsdea garde, rue Dauphine, au Musée, où elle montera la a garde à dix heures précises du matiu, le 3 août « 1789.
a Signé Oudet, capitaine, »
L'histoire de la garde nationale de Paris, durant cette période, se compose d'une multitude d'incidents peu importants, mais qui attestent Tactivité avec laquelle elle s'acquittait de ses devoirs.
Le 25 juillet, elle arrête trois hommes qui se préparaient à incendier un magasin d'épicerie.
Le 28, elle découvre à Vincennes cent vingt-sept hommes armés, qu'elle conduit en prison. Le même jour, les volontaires de la Basoche (t) sont envoyés aux environs de Rouen pour protéger les convois de grains et disperser les brigands.
Le 1'' août, le maire de Saint-Denis périt dans une émeute. Les patrouilles bourgeoises repoussent ceux qui apportaient à Paris sa tête ensanglantée, s'avancent jusqu'à Saint-Denis, et arrachent plusieurs citoyens au supplice.
(1) On nommait ainsi la communauté des clercs des procureurs du Parlement.
Cent gardes nationaux vont au devant du baron de Bezenval, détenu à Brie-Comte-Robert, et avec le concours de la milice de cette ville, l'empêchent d'être massacré par des soldats suisses, qui voulaient le couper en treize morceaux en l'honneur des treize cariions.
Le 6 août, le marquis de la Salle, accusé de trahison et menacé de la lanterne, est sauvé par les déta* chements du district, qui, se formant en carré sur la place de Grève, parviennent à en éloigner les furieux. Le décret du 10 août lia plus intimement encore les gardes nationales à la cause de Tordre. Il portait ; c( que toutes les municipalités du royaume, tant dans les villes que dans les campagnes, veilleraient au maintien de la tranquillité publique ;
« Que sur leur simple réquisition, les milices nationales, ainsi que les maréchaussées, seraient assis ées de troupes, à Teffet de poursuivre et d'arrêter les per* turbateurs du repos public, de quelque état qu'ils pussent être ;
a Que tous attroupements séditieux , même sous prétexte de chasse, seraient incontinent dissipés par les milices nationales ;
« Que toutes les milices nationales prêteraient serment entre les mains de leur commandant, de bien et fidèlement servir pour le maintien de la paix, pour la défense des citoyens, et contre les perturbateurs.»
Les représentants de la commune de Paris, pour répondre aux intentions de l'Assemblée nationale, char^
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gèrent le commandant général «de prendre les mesures les plus promptes et les plus sûres pour maintenir une police exacte. Elle s*occupa acrivement d'un règlement militaire, et flxa d'abord les attributions du général en (*hef . Il devait être élu pour trois ans, par la généralité des citoyens assemblés en district, sur la présentation de trois membres du Conseil de ville. Il pouvait, en C4S de contravention à la discipline, or* donner les arrêts, ou condamner les délinquants à huit jours de prison. Il ét^it tenu de faire une fois Tannée rinspection et la revue de la milice bourgeoise »
Un bureau des gardes nationales fut installé à rbàte) de ville, pour en acbevtT Torganisalion, qu*il basa sur des principes tout différents de ceux qui prévalent aujourd'hui. Au lieu de comprendre dans un vaste cadre tous les citoyens, ou du moins tous ceux qui présentaient quelques garanties, la garde nationale fut un corps de vingt-quatre mille volon aires. Personne n'y fut admis au-delà de ce contingent limité, très-minime relativement au chiffre total des habitants, qui était alors, suivant une statistique exacte, de 980,452 (i). Notre système actuel, plus libéral et plus démocratique, met sous les armes le quart de la population.
A cette troupe non soldée s'adjoignirent six mille hommes soldés, recrutés presque tous parmi les gardes
(1) Nouvelle description des curiosités de Paris, par Dulaure, 1701, in-iS, U I. p. S.
françaises, que Louis XVI avait autorisés à s'incorporer dans la milice parisienne. La commune décréta que chacun d'eux recevrait vingt sous par jour et porterait une médaille commémdrative (1)
Paris fut partagé en six divisions de dix districts chacune. Un commandant était à la tête de chaque division, et Ton établit dans chaque district un ba^ taillon composé de cinq compagnies de cent hommegi chaque, dont une, soldée et casernée, fut placée au mi ieu des quatre bourgeoises, sous le tiom de Corn-pagnie du Centre, On créa en dehors de ce cadre un corps de cavalerie et plusieurs compagnies de chasseurs , spécialement chargées de la surveillance des barrières et de l'arrestation des contrebandiers.
La nomination des six commandants fut attribuée à une assemblée de division, formée des représentants des districts. On laiàsa à ceux-ci Télection de leurs officiers, et au général en chef la faculté de composer rétat-major. La Fayette nomma major-général M. de Gouvion, son compagnon d'armes en Amérique, et aide-major, M. de La Jarre, qui s'était distingué en Hollande dans les rangs du parti démocratique. Parmi les officiers qui furent élus, nous retrouvons, dans les
(1) Cette mëdailUe, en forme de lozange, avait d'un côté un faisceau de cliatnes brisées, avec cette légende : La Liberté conquise, 1 a y^tV/f M 789 ; au revers, une épée surnionlée d'une couronne de chêne et de laurier, avec cette inscription :
Ignorant ne datos, ne quisquam serviat, enget ,
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feuilles du temps, les noms de MM. d'Orroesson, de Montholon, de Saint-Christeau, de Lally ToUeudal et du prince Léon ; de MM, Dumas, de Bazencourt, de Laleu, de Saint-Vincent, de Vinezac, d'Herbelay, majors de division ; du duc d'Aumont, du prince de Salm, de MM. Soufflet, Leclerc, Clermont de Saint- Pallay, de Merville, commandants de bataillon. Les citoyens du district de la Sorbonne, pour témoigner au général La Fayette « leur reconnaissance et leur admiration», conférèrent le grade de sous-lieutenant à son fils, âgé seulement de dix ans. Le duc de Chartres (Louis-Philippe) fut élu par acclamation capitaine d'honneur du district de Saint-Roch. Le 30 août, à deux heures, tous les officiers, au nombre de neuf cents, répée à la main, vinrent prêter serment de fidélité à la commune, en présence du général La Fayette et des officiers municipaux (l).
Les canons et les armes furent distribués à tous
(1) Ceux qui désireraient des détails plus circonsta^nciés sur la garde nationale de cette époque, peuvent consulter un livre curieux, qui contient l'état nominatif des gardes nationales de deux mille cinq cents villes et villages. Il a pour titre : Élut militaire de la Garde nationale de France, contenant le iablsau nominatif, V état-major, officiers et bas-officiers des troupes patrioliqves de Paris, de la banlieue, et de toutes les villes et gros bourgs du royaume; la couleur de V uni forme, l'empreinte des boutons, les devises et emblèmes des drapeavx ; dédié à M. de La Fayette. Paris, Garnery, libraire, quai des Augustins et rue Serpente, n" 17, 1780; 2 vol. in 12.
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les districts ; le roi, afin de faciliter rarmernent de tous les citoyens, fit présent de six mille fusils à la ville de Paris, et de mille à celle de Versailles. Plusieurs districts ouvrirent des souscriptions publiques pour fournir des uniformes, en stipulant qu'on tairait également le nom de ceux qui donneraient de l'argent, et de ceux qui recevraient des habits (1). Ce fut le district Saint-André-des-Arts qui se montra le premier, le 24 août, complètement équipé. Un mois après, La Fayette passait en revue aux Champs-Elysées une division tout entière, dont les assistants admiraient Fair martial et la tenue imposante.
Divers particuliers, les membres des communautés religieuses, ou les citoyennes patriotes^ offrirent à chaque4istrict son drapeau, enjolivé de symboles variés. Le drapeau de Saint-Ktienne-du-Mont , donné par les marguillers de l'église Sainte-Geneviève, représentait la Religion guidant, au milieu des fiots orageux, le vaisseau de la liberté. Sur le drapeau de Saiut- Jacques-du-Haut-Pas se confondaient des fleurs de lys, des bonnets phrygiens, et au centre était figurée la Bastille, avec ces mots : ex servitute libertas. L'enseigne du district des Jacobins-Saint-Dominique portait une pyramide au milieu des nuages, une palme , un rameau d'olivier , une épée autour de laquelle s'enlaçait un serpent, et pour légende : force et prudence. Tous les drapeaux étaient ornés de
(1) Délibëralion du district des Petits-Pères, du 16 août 1789.
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même de compositions plus ou moins compliquées, qui se détachaient sur un fond aux couleurs nationales, et qu'expliquaient différentes devises où se reflétaient les sentimenis de la population : loi, concorde, liberté; crains Dieu, koaore le Roi ; n'obéir qu'à la loi ; union et force; patrie, liberté.
Déjà bénis partiellement, les drapeaux des districts le furent encore dans une cérémonie solennelle. Pendant qu'on en Taisait les préparatifs, M. Guignard de Saint-Priest, ministre de la maison du roi, disait au général La Fayette : a Le roi m'a prescrit, M. le marquis, d'ordonner qu'on tirât du magasin des Menus, tout ce qui s'y trouve pouvant servir à l'ornement de l'église de Notre-Dame, le jour de la bénédiction des drapeaux. Je me fais honneur de de concourir à la dignité d'une cérémonie où l'on consacrera les drapeaux d'une troupe nationale dont Sa Majesté compte faire usage dans les circonstances importantes de l'État. Le repos actuel de la capitale est une de ces occasions essentielles. S. M. voit axec satisfaction que votre zèle et celui des milices parisiennes s'y consacrent sans réserve, et distingue ce genre de service par dessus tous les autres. »
Le dimanche 2T septembre, la municipalité et rétat-major se rendirent de l'hôtel de ville à Notre- Dame, escortés d'une troupe d'élite et à travers deux haies de soldats. Les six divisions étaient sous les armes. L'abbé Fauchet, après avoir officié, prononça un discours sur les moyens d'assurer la liberté.
et tel fut Fenthousiasme qu'il excita, «que nos ennemis mêmes s'émurent à la voix de Torateur pa'riole. L^explosion de mille fusils tirés au même instant lit retentir les voûtes sacrées ; Kartdlerie répondit au dehors, et le serment de vivre et mourir libre, fut le cris unanime de tous les citoyens (r). »
(1) Hist. de la Jîév,, par deux amis de la liberté, 1792, in-18, chap. XVUI, t. II. p. 317.