‹ Histoire de la Garde nationaleChapitre 5 sur 17 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MoOTeiïient de la P re h se. — Affaire de KaTicy. —Menaces crtnlre U gar4e natronale. — Sm opinions fiDliliqqe!! en 179Û. — 28 février 1791* — Le* démoli lËïiLtï de Vinccnnts et les cbev^tier» du poigtiard. — la iTril L791. — Démtstiflû de La Fayette- — Fiiiie de Ltmia XVJ. — ïlasjacTC du Champ de Mar^- «^ Loi a «QnfituutIcimellfiB FeLutlT^a à U girde nationaJe.

Les espérances .d'union qïi'on avait conçues le 14 juillet 1790 ne tardèrent pas ^i se dissiper. L'ordre, dont la garde nationale était le plus fernne appui, ne pouvait être maiolrnu. Louis XYÏ couvait Tarrièrepcnseedcrcconquérir son autorité; les nobles rivaient le retour dc leurs privilèges, Inndis que le parti populaire attaquait avec énergie la fixation d'un cens électoral, le veto accorde au roi, les millions votés pour la cour, la loi martiale, les décrets rendus contre la presse, et les imperfections nombreuses de la Constitution. La fermentation qui régnait dans Paris dicta

à M. de La Fayette un ordre du jour conçu en ces

ternies :

« Le commandant-général, persuadé que la révolution, qui a rendu au peuple ses droits et prépare son bonheur, ne peut s'affermir que par Tordre public;

« Regardant comme ennemi de la liberté et de la Constitution quiconque ne hait pas la licence et Fanarchie;

<« Sachant que ce n*est pas en vain que la force armée du royaume s'est liée par un serment sacré ;

« A partagé Findignation de ses frères d*armes en voyant les efforts de quelques hommes pervers ou égarés pour agiter la capitale, qui, après avoir donné au royaume le signal du courage, lui doit l'exemple non moins utile de la soumission à la loi.

a Depuis quelques jours les poignards et la calomnie se sont multipliés ; les conseils les plus incendiaires ont été répandus dans les écrits et les lieux publics; on a prêché Tinsurrection contre les décrets de l'Assemblée nationale et de Tautorité constitutionnelle du roi ; de coupables manœuvres et un agent corrupteur ont été employés, et tandis que les citoyens de Paris soupirent après cet ordre public, fruit essentiel d'une constitution libre qui garantisse à chacun sa sûreté, son repos, sa propriété, les moyens de faire valoir ses talents et son industrie, on ne voit pas sans étonnement cette effervescence factice qui cherche à compromettre ici, comme dans plusieurs parties du royaume, la fortune publique et le sort des créanciers

de rÉtat, par des terreurs, des désordres ou le refus de Timpôt ;

« Qui mettant à profit tous les événements, inventant à leur défaut d'absurdes mensonges, essayant d'éveiller toutes les prétentions, toutes les jalousies^ n'ont évidemment pour but que de renverser la Constitution naissante, et d'y substituer les horreurs de Tanarchie et de la division intestine.

(c Mais c'est en vain que les ennemis publics espèrent, en multipliant les fatigues de la garde nationale, décourager son activité et sa constance.

a Voués par nos principes comme par nos serments au maintien de la Constitution et de l'ordre public, sûrs (et le commandant-général est autorisé à le déclarer en leur nom), sûrs d'être soutenus par tous les gardes nationaux de France, nous ferons notre devoir avec un zèle inaltérable, et, s'il le faut, avec une inébranlable fermeté.

« En conséquence, toute personne qui criera autre chose que des actes éma'nés de l'Assemblée nationale du royaume, d'une autorité légale, sera arrêtée et amenée au comité de police de la nation.

« Les gardes nationaux qui ne sont pas de service sont invités à commencer, dès dimanche, à être en uniforme. Le commandant-général s'en rapporte à leur vigilance et à leur patriotisme pour déjouer les tentatives des malintentionnés. »

Cet arrêté fut inséré avec éloges dans le Journal de Paris, mais il souleva les réclamations virulentes de

tout le parti exalté. «Voilà donc, s'écriait Loustalot (l), la garde nationale, même n'étant point de service, séparée du corps du peuple en vertu de Thabit bleu. — Y a-t-il rien de plus tyrannique? disait Camille Desmoulins (2). M. Motieré\e\e un nouvel ordre, le plus formidable de tous, Tordre des citoyens armés de fusils et de sabres ; il assimile les gardes nationales aux anciens Francs, conquérants des Gaules, et toujours armés; et nous, nous devenons les Gaulois vaincus, et sans armes ! » Marat traitait La Fayette de f.... général, chef des contre-révolutionnaires, souillé d'une longue chaîne d'horreurs (3) ; et pendant que les écrivains populaires accusaient le gouvernement de vouloir asservir la patrie, les pamphlétaires de l'aristocratie le traitaient de démagogue. « Espérons, dirait l'un d'eux, que ce héros des halles et du Palais-Royal expiera tous ses crimes par une chute honteuse ; il mérite la mort comme traître et chef de révoltés (4). » Un autre folliculaire, avait rédigé ce dialogue : D. Que sont les Parisiens»?

R. Des rebellesqui, pour soutenir leur insurrection, se sont constitués en corps d'armée permanente, et ont pris à leur solde six mille hommes de troupes de ligne, qu'ils ont débauchés.

(1) Révol de Parts, n* 56.

(3) L'Ami du Peuple, n» S51, p. IS.

(A) Nouveau, dictionnaire français, cotûfiosé par unarisiecrate, en France, d^unê imprimerie aristocratique.

D. Qu'est-ce que M. de La Fayette ?

R. Un factieux (l).

Les pamphlets royalistes de 1790 abondent en pareilles diatribes. Celui qui a pour titre le Nouveau ta-bleau de Paris est destiné presque en entier à flétrir la milice parisienne et surtout la troupe soldée. Selon Tauteur anonyme, c( les volontaires, guidés par l'ambition de porter l'uniforme national, bien plus que par le désir d'être utiles à leur patrie, ont abandonné leurs travaux, la conduite de leur ménage, pour promener leur oisiveté et leurs ridicules. Les compagnies du centre sont le refuge des brigands, des vagabonds errants et sans aveu, dont fourmillait la capitale avant la révolution. La garde soldée n'est, à proprement parler, que Télite de la canaille parisienne, qui s*est servie de cette ressource pour se lôettre à Tabri de la misère et du travail (2).

Toutes ces excitations avaient pour effet la désunion ; la garde nationale perdait de son prestige, et plusieurs fois, pendant le courant du mois d'août, elle fut assaillie à coups de pierres en conduisant en prison des voleurs que le peuple voulait pendre : plu-

(1) Dialogue entre le docteur Quickly et Mamen, ^patriote impartial de la garde nationale parisienne ^ touchant M, Motier de La Fayette, maréchal-de-camp des ci-devant armées du roi, actuellement commandant des gardes nationales parisiennes, Londres, 1790, in-S», p. 4.

(2) Nouveau tableau de Paris, Paris, de l'imprimerie de la ^m/e,1790, in-8% p. 51.

sieurs fois les délachements furent obligés de faire usage de leurs sabres.

On marchait à la guerre civile. Elle éclata avec violence à Nancy. Les régiments du roi, de Châteauvieux et de Mestre-de-camp, cavalerie, y étaient en rébelhon ouverte contre leurs officiers. Chargé par l'Assemblée nationale de réprimer le désordre, le lieutenant général marquis de Bouille arriva à Nancy, le 31 août, avec deux mille quatre cents hommes de troupes, et les gardes nationales de Metz, de Tout et de Pont-à-Mousson. Un combat sanglant s'engagea, et se termina par la défaite complète des insurgés. Dans cette cruelle affaire, les gardes nationales « montrèrent le plus grand zèle et le plus courageux dévouement (l). » Louis XYI le constata dans la lettre qu'il adressa à TAssemblée nationale, a J*ai chargé M. de la Tour-du-Pin de vous informer des événements qui ont rétabli Tordre et la paix dans la ville de Nancy. Nous le devons à la fermeté et à la bonne conduite de M. de Bouille, et à la fidélité des gardes nationales et des troupes qui, sous ses ordres, se sont montrées soumises à leur serment et à la loi. »

Les événements de Nancy furent diversement appréciés. Le parti populaire approuvait Tinsurrection et accusait le marquis de Bouille de n'avoir pas assez fait pour éviter Teffusion du sang. Sur les soixante bataillons de la milice parisienne, vingt-cinq repous-

(1) Lettre du marquis de Bouille, 1*' septembre.

sèrent tout d'abord la motion faite par le coiumandant général de voler des remercîments aux gardes nationaux de la Meurthe et de la Moselle. Elle finit par être adoptée, mais les journaux hostiles à La Fayette en profitèrent pour l'attaquer avec une nouvelle acrimonie. Dans le numéro 67 des Révolutions de Paris^ la garde nationale fut même menacée. Le rédacteur, après avoir réclamé la suppression de. Tuniforme , ajoutait : « Citoyens, si vous ne prenez ce parti, craignez le ressentiment mal étouffé du peuple. Le peuple sous les armes au mois de juillet offrait une phalange de trois cent mille guerriers. Vingt -quatre mille hommes bien vêtus auraient mauvaise grâce de menacer de la loi martiale une phalange de trois cent mille individus jaloux de leurs droits et armés. Craignez de teindre votre uniforme de votre propre sang versé par vos frères trop longtemps méconnus. »

Insensible aux outrages, la milice parisienne suivait d'un pas ferme le sentier politique qu elle s'était tracé depuis 1789. Elle protégeait les lois constitutionnelles contre les rétrogrades qui redemandaient l'ancien régime et contre les patriotes ardents, dont les progrès obtenus ne satisfaisaient pas les vœux. Organe d*un parti considérable, elle se maintenait entre les deux extrêmes, entre l'oligarchie nobiliaire et la démocratie, entre le passé et l'avenir. On la vit, dans une même journée, le 28 février 1791, combattre les agitateurs des faubourgs et les gentilshommes des Tuileries.

dO HISTOIRE

On réparait le donjon de Vincennes. a C'est une nouvelle Bastille, dij^ent les ouvriers du quartier Saint-Antoine;» et, au nombre de deux mille, ils parlent pour le démolir. La garde nationale de Vincennes ne s'oppose pas à leurs projets, et lorsque celle de Paris accourt, rassemblée par la générale, elle trouve l'œuvre de destruction commencée. Les lits et autres meubles qui garnissaient les cacbots avaient été mis en pièces, et les parapets de la plateforme du donjon encombraient le fossé de leurs débris.

Le détachement parisien reste d'abord spectateur indifférent du désordre; quelques soldats vont jusqu'à dire que le mal n'est pas grand et qu'on fait bien de renverser la forteresse. La Fayetie parcourt les rangs, harangue les soldats-citoyens, et, lorsqu'il s'est assuré de leur concours, va trouver le maire de Vincennes. a Monsieur, lui dit-il, en qualité de commandant de la garde nationale, je suis sous vos ordres, je ne puis agir sans votre autorisation ; mais je vous piéviens que si vous manquez de fermeté, si vous ne faites pas respecter la loi, je vous dénonce demain à l'Assemblée nationale. »

La municipalité prend une décision conforme aux vœux du commandant général. Un escadron de cavalerie entre dans la cour, qu'elle fait évacuer sans éprouver trop de résistance, pendant que la garde à pied arrête sur la plate-forme soixante-quatre démolisseurs.

Le retour ne s'opéra pas sans obstacles. Une avant-

garde et quelques pièces de canon précédaient la colonne, au centre de laquelle étaient placés les prisonniers. Depuis la barrière du Trône jusqu'à la Conciergerie des cris tumultueux partirent des groupes qui couraient sur. les flancs de l'escorte; des pierres furent lancées et atteignirent un aide-de-camp ; un cavalier fut blessé dans le faubourg d'un coup de feu tiré par une fenêtre.

Pendant ce temps, on avait arrêté aux Tuileries, dans les appartements du dauphin, le chevalitr de Court-la-Tombelle. Conduit au comité de la section des Feuillants, il fut trouvé inuni d'un couteau de chasse et de pistolets. Ce fut assez pour accréditer le bruit qu'on avait voulu attenter aux jours de Louis XVI. Sous prétexte de le proléger, mais en réalité pour tenter un mouvement contre-révolutionnaire., arrivèrent en foule des' hommes connus par leur patriophobie, les députés de Beauharnais, Foucault, Frondeville et Despréménil, MM. de La Bourdonnaye, d'Agoult et plusieurs membres du club monarchique de la rue du Mail. Tous portaient des pistolets et des poignards. M. Gouvion, major général, alla prévenir le roi de l'invasion de ses appartements par une bande de gens armés. Louis XVÏ sortit de son cabinet et s'avança au milieu d'un groupe de conjurés, auxquels il demanda l'explication de leur conduite. « Sire, répondit Tun d eux, c'est votre fidèle noblesse quî accourt auprès de votre personne sacrée pour la défendre. — Ma personne, répliqua Louis XVI, est en

sûreté au milieu de la garde citoyenne. Si vous voulez me protéger, c'est sous Tu ni forme qu'elle porte qu'il faut vous présenter. Relirez- vous! »

Les conjurés obéirent. Le matin,' la garde descendante, pressentant une alerte, n*avait pas voulu quitter les Tuileries et avait obtenu la permission de rester avec la garde montante. Toutes les deux réunies formèrent aux portes du château une double haie très -serrée pour fouiller les chevaliers du poignard. II se passa une scène tragi-comique, que Camille Desmoulins raconte plaisamment (l) : a La garde nationale parisienne en général est bonne, et très bonne, en dépit de Télat-major et de son chef. Ces braves soldats-citoyens, indignés de voir cette multitude de croix de saint Louis, de gardes-du-corps, d'archlnoirs et d'uniformes de toutes les couleurs, inonder les galeries et y mesurer leurs forces, ont enveloppé tous ces ci-devant, qui ont rendu leurs pistolets, leurs poignards, leurs cannes à sabre. Not^z qu'on a trouvé dans les appartements de ces manneà où Ton sert les plats, lesquelles étaient remplies de pistolets. Notez qu'il s'est trouvé beau coufiide pistolets semés dans le jardin des Tuileries. Tout ce qu'on devine que je prescrirai dans mon Traité des délits et despeines^ au chapitre des huées, boues, crachats, étrivières, fut administré avec une justice distributive admirable. Il y eut un de ces régicides, et, ce qui est plus criminel

encore, de ces liberticides, à qui un grenadier arracha son cordon rouge. »

Lafayetle , revenu vers dix heures du soir , réprimanda vivement MM. Villequier et Duras, gentilshommes de la chambre. 11 commanda qu'on ne laissât eutrtT au château que des citoyens en uniforme national et sans armes, el rendit compte de révénemcnt par 1 ordre du jour suivnnt ;

« Le commandant général croit devoir prévenir l'armée qu'il n pris les ordres du roi, pour <[uc les ai>p:*rtcments du cliàteau ne se remplissent plus de ces hommes, dont quelques-uns, sans doute, par un zèle îsinccre^ mais dont plusieurs aussi* par uu zèle trcsjustement suspect, ont osé, hier, se pincer entre la garde nationale et le roi, F^e commandant général , d'après les ordres du roi, a inlimé aux chefs de la domesticité du clïfttcau, qu^its eussent à prendre des mesures pour prévenir pareille indécence. Le roi de la Constitution doit et ne veut être entouré que de soldats delà liberté. »

On supposa , avec quelque raison , que Tintention des chevaliers du poîgnariavait été d*enlever le roi» Les appréhensions universelles n'étwiftit pas calmées, lorsque^ le 18 avril, Louis XVï se préparu à partir pour Saint-Cloud. Le peuple s ameuTa immédiatement pour s'opposer à un voyage qui pouvait être le prélude d'une évasion. Au son du tocsin de Saiut^Roeh, une multitude immense accourut nu Currousel. Plusieurs compagnies de garde nationale s'y rendirent

en même temps ; mais la plupart avaient les baïonnettes renversées en signe de fraternité. Le roi monta en voiture ; mais une muraille d'hommes , compacte et impénétrable, s'élevait devant les chevaux ; et des milliers de voix répétaient : « Le roi ne pârtira.'pas! Nous ne voulons pas qu'il parte !»

Des officiers, des aides-de-camp parlementèrent vainement avec la foule pendant plus d'une heure. La Fayette parla à son tour : il rappela les services rendus par lui à la liberté des deux mondes, a G'e$t moi, ajouta-t-il, qui ai rédigé le premier une déclaralioniies droits de l'homme ; il m'est permis de vous parler au nom de la loi. Obéissez, ou je renonce au commandement. » Ces paroles furent sans effet. Désespéré, le commandant général ordonna à la garde nittionale d'ouvrir le passage , et la garde nationale demeura immobile. Il se rendit à la municipalité, et de là au directoire du département, pour réclamer l'application de la loi martiale ; mais ils n'osèrent pas assumer sur eux la responsabilité d'une pareille mesure. A deux heures, Louis XVI renonça à son projet, et remonta dans ses appartements.

Trois jours après, La Fayette envoya sa démission à la municipalité. Sitôt que la nouvelle s'en fut propagée dans les sectionsyles bataillons furent convoqués, et, les uns sans armes, les autres armés, enseignes déployées et tambours en tête, ils allèrent chez LaFayette pour rengager à reprendre le commandement. Il était absent, leà bataillons y laissèrent une députation , et

se transportèrent à Thôtel de ville, où le corps municipal s'était rassemblé, pour délibérer sur une résolution qu'il regardait comme une calamité publique.

Rentré à huit heures du soir, La Fayette se voit assailli par les députés des bataillons. On détèlç les chevaux de sa voiture ; on la traîne dans la cour ; les prières, les supplications , sont mises en œuvre pour obtenir une rétractation. Le commandant général oppose un refus formel à toutes les instances. Toutefois, ses refus ne découragent pas ses frères d'armes. Us dirigent sur la place de Grève la'masse de la garde nationale, et réclament à grands cris Tintercession de la municipalité. Le maire, Bailly, et plusieurs membres du conseil, vont trouver le commandant général, qui répond avec émotion aux instances des magistrats de la Cité , et demande la permission de porter le lendemain sa réponse au conseil.

Il s'y rendit le lendemain , vêtu d'un sîraplje habit bourgeois, et après avoir laissé calmer l'agitation qu'occasionnait sa présence , il remercia ses camarades des sentiments qu'ils lui manifestaient, et rappela les principes constitutionnels en vertu desquels il avait demandé leur concours. Un orateur , répondant au nom des députés des bataillons , exprima l'attachement de toute l'armée pour son général. Des cris unanimes et répétés pressèrent alors La Fayette de retirer sa démission, a On attache, répliqua-t-il , trop d'importance à ma personne ; le salut public ne dépend pas d'un individu , mais des moyens qui peu-

vent assurer à celui qui commande la certitude d^étre obéi. Il importe qu'il puisse garantir les personnes, les propriétés et la tranquillité publique, qui ne saurait exister sans la plus entière soumission aux lois. Maintenant que je vous ai fait connaître mes idées, permettez-moi de me retirer. L'expression de vos sentiments de bienveillance me jette dans une agitation quej'ai besoin de calmer. »

Le lendemain 23 avril, cinquante-et-un bataillons prirent un airêté ainsi conçu :

a Tous les soldats-citoyens renouvelleront individuellement, et parleurs signatures, le serment d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi , et d'obéir dans toutes les circonstances à M. de La Fayette , auquel ils jureront de nouveau un attachement inviolable et une confiance sans bornes. Celui des volontaires et de la compagnie centrale qui sera réfractaire à ce serment, sera expulsé du bataillon, d

La Fayette ne résista plus, et reprit le commandement, aux applaudissements universels du parti constitutionnel. Celui de l'opposition protesta énergiquement. Dubois-Crancé, député, et grenadier du bataillon des Blancs-Manteaux , déclara , dans une lettre rendue publique, a qu'il eût porté sa tête sur Téchafaud plutôt que de signer le serment formulé par les cînquante-et-un bataillons. » Dans les groupes du Palais-Royal, aux clubs des Cordeliers et de la Société fraternelle, il fut question de lanterner La Fayette à la première occasion. Le journal des Révolutions de

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Paris, compara les Parisiens aux Siamois, adorateurs deV Éléphant blanc (l). « Si les arts étaient plus avancés à Siam , il y aurait un beau tableau à peindre. Qu'on se figure deux mille automates bien vêtus, jurant sur leurs javelots soumission parfaite et dévouement entier aux ordres de V Éléphant blanc. C'était la condition tacite du retour de ses bonnes grâces ; et près d'un tiers de la ville de Siam eut la lâcheté d'y souscrire. Aussi , depuis ce moment , on ne l'appelle plus que la ville des idolâtres ; et og nomme serment des aveugles^ la promesse d'obéir en tout à \ Eléphant blanc. »

L'un des premiers soins du commandant général fut de resserrer les liens qui unissaient la garde nationale au roi de la Constitution.

La démonstration du 18 avril n'avait pas fait renoncer Louis XVI au projet de fuite qu'il méditait depuis quatre ou cinq mois (2) ; mais il jugeait prudent de dissimuler. 11 avait témoigné au corps municipal une sainte indignation de ce qu'on avait pu soupçonner son dévouement à la Constitution et aux lois, qui devaient et pouvaient seules la maintenir (3). 11 acheva de dissiper la méfiance, en adressant aux puissances étrangères un manifeste tout patriotique (4). On y li-

(2) Mémoires de madame Campariy t. II, p. 312.

(3) Journal de Paris, n" 47, p. 448.

(A) Séance de V Assemblée constUvante du 23 avril 17dl, Potw^ du jour, par Barère, n» 653, p. 36t.

sait : a Les ennemis de la Constitution ne cessent de répéter que le roi n'est pas heureux ; comme s'il pouvait exister pour un jroi d'autre bonheur que celui du peuple ! Ils disent que son autorité est avilie ; comme si l'autorité , fondée sur la force , n'était pas moins puissante et plus certaine que l'autorité de la loi! enfin, que le roi n'est pas libre ; calomnie atroce , si l'on suppose que sa volonté a pu être forcée; absurde, si l'on prend pour défaut de liberté le consentement que Sa Majesté a exprimé plusieurs fois.de rester au milieu des citoyens de Paris, consentement qu'il devait accordera leur patriotisme, même à leur crainte, et surtout à leur amour. »

Deux députés par compagnie se réunirent à l'hôtel de ville, le 26 avril , pour aller remercier Louis XVI de sa déclaration' solennelle. La Fayette les conduisit aux Tuileries , et, au nom de la garde nationale parisienne, il félicita le roi d'une aussi éclatante et aussi patriotique démarche, a Sire, dit-il en terminant, nous sentons plus que jamais le besoin de déposer dans le sein d'un père tendre et indulgent le serment que nous avons tous renouvelé, de remplir nos devoirs avec une constance infatigable, avec une inébranlable fermeté. Recevez, sire, cet hommage de notre obéissance à la loi, de notre zèle pour le maintien de l'ordre constitutionnel , de notre horreur pour l'intolérance, le désordre et l'anarchie. — Je reçois avec sensibilité, répondit Louis XVI, les assurances d'attachement et de zèle que vous me donnez au nom de

la garde nationale de Paris. J'aimerai toujours à compter sur la fidélité de ceux à qui le soin de maintenir la liberté et la tranquillité publique est particulièrement confié. C'est à la gar4e nationale parisienne qu'il appartient de donner l'exemple de cette obéissance constitutionnelle qui doit faire la force et la sûreté de l'Ëtat; qu'elle ne doute jamais de mes sentiments piour elle et pour son chef, si digne de sa confiance (1).

Tout en redoublant ses protestations , Louis XVI s'occupait de ses préparatifs de départ et des moyens d'assoupir la vigilance de la milice citoyenne. Il paraissait difficile d'y échapper. Tous les jours, cent gardes nationaux montaient la garde aux Tuileries , et partageaient les postes avec les gardes-suisses. Des sentinelles étaient échelonnées de cent pas en cent pas sur la terrasse du bord de l'eau ; toutes les issues du château et du jardin étaient occupées parla milice citoyenne; elle avait deux corps-de-garde au Pont- Tournant, jeté sur le fossé du côté de la place Louis XV , et deux gardes à cheval stationnaient sans cesse devant la grande porte du Carrousel. A l'intérieur , les officiers de la garde nationale faisaient le service de gardes-du-corps, et l'on trouvait des sentinelles jusque dans les corridors des combles et les escaliers de service.

Comment se dérober à tant de surveillance? Ce fut

(1) Journal de Paris, n** 50, p. 479.

la reine qui en découvrit la possibilité. Le palais élait à cette époque séparé de la place du Carrousel par une rangée de bâtiments. L'espace intermédiaire était divisé en trois cours. La cour royale ^ au centre; la cour des princes^ du côté du quai, et la cour des suisses ou des écuries. Il fallait parvenir à descendre clandestinement dans Tune de ces cours , dont chacune avait une porte donnant sur le Carrousel. Une fois en bas, à la faveur de la nuit et d'un déguisement, on avait bien des chances pour sortir sans encombre , car les sentinelles étaient accoutumées à voir passer beaucoup de monde sur les onze heures du soir , lorsque le service du château était terminé.

Marie-Antoinette remarqua qu'une petite pièce, occupée par une de ses femmes, M"« Rochereuil, communiquait, par un escalier, avec un appartement du rez-de-chaussée , qui avait une sortie sur la cour royale, et une autre sur la cour des princes. Cet appartement venait d'être abandonné par M. de Viilequier, émigré à la suite de la conspiration des poignards. On donna à Mme Rochereuil une autre chambre; et un passage sûr, dont l'existence n'était pas connue , fut ainsi à la disposition des fugitifs.

Le duc de Choiseuil et M. de Gognelat, officier d'état-*roaJor, furent dépéchés au marquis de Bouille, qui commandait en Lorraine , pour lui ordonner de concentrer ses troupes à Montmédy, où le roi avait intention de se rendre. Le soin de se procurer des moyens de transport fut confié au comte Axel de Fer-

sen, mestre-de-camp , propriétaire da régiment royal suédois. C'était, Ton doit en croire la chronique scandaleuse du temps , Vami intime de la reine. Elle lui avait fait obtenir une pension de cent cinquante mille francs, et il en recevait une autre décent taille francs, en considération de la distinction de ses services (i). Cet homme dévoué se chargea de venir prendre les voyageurs auprès des Tuileries, et de les conduire à la barrière Saint-Martin, où les attendrait une voiture de poste à six chevaux et à six places, qu*ii commanda chez un carrossier de la rue Guénégaud , nommé Pascal.

Pour obtenir un passeport, le comte de Fersen s'adressa à la baronne de Korif, dame de la cour de Rus-

(1) Le Livre rnuge, ou liste des pensions secrètes svr le trésor public, !■** livraison, p. 18. Les observations dont les rédacteurs de ce recueil font suivre rarticlc du comte de Fersen sont conçues en termes grossiers, qui ne peruietient point d'admettre un témoignage dicte par la haine. L'accusation qu'on y porte contre Marie-Antoinette tomberait d'elle-même, si elle n'était confirmée par un écrivain ultra-royaliste, le comte Alexandre de Tilly, page de la reine. Après avoir consacré plusieurs pages à la défense de sa souveraine, il nomme le duc de Coigny et le comte de Fersen, et ajoute : «Ses deux affections tendres, je les ai dites; mais j'offre d'avancer, sur la responsabilité de ma vie, qu'elles sont les seules dont elle aurait à répondre devant le souverain juge, s'il réprouvait et châtiait de telles fragilités^ et si les dernières années et la mort de cette illustre victime ne suffisaient pas pour l'absoudre devant le ciel comme devant la postérité, o (àicmoires du comte A. de Tilly; 1828, in-8; t. II, p. 120.)

sie. Elle allait quitter Paris avec bne suite assez considérable, et avait fait demander, par M. de Simolin, plénipotentiaire du czar, un passeport à M. de Montmorin, ministre des affaires étrangères. M. de Fersen convint d*abord avec elle, que dès qu'elle aurait passé la frontière, elle lui renverrait ce passeport ; mais, réfléchissant qu'un accident imprévu pourrait en retarder Texpédition, il pria la baronne d'en solliciter un second, sous prétexte que le premier avait été jeté au feu par mégarde. Cette pièce essentielle fut entre les mains du roi dès les premiers jours de juin. Elle était ainsi conçue :

a De pàb le boi : A tous officiers civils et militaires chargés de surveiller et de maintenir Tordre public dans les différents départements du royaume, et à tous autres qu'il appartiendra, salut :

et Nous vous mandons et ordonnons que vous ayez à laisser passer librement la baronne de Korff, allant à Francfort, avec deux enfknts, une femme, un valetde-cbambre et trois domestiques, sans lui donner ni souffrir qu'il lui soit donné aucun empêchement. Le présent passeport valable pour un an, mais seulement.

« Donné à Paris, le 5 juin 1791. Signé Loms, par le roi ; Montmobin. d

Des travestissements furent commandés, et la famille royale se partagea les rôles que chacun avait à jouer dans le drame de Tévasion. M™« de Tourzel , gouvernante du Daupbin, devait remplir celui de la

baronne de Korfî; la • reine devenait Mm« Rochet , gouvernante des enfants de la baronne ; le roi , Durand, valet-de-chambre; M™® Royale et le dauphin , babillé en fille, passeraient pour Amélie et Aglaé, enfants de la baronne. Trois gardes du corps, MM. de Malden, de Moustier et de Valory, sous les noms de Saint-Jean, Meichîor et François, prendraient la veste jaune et la casquette des jockeys (l ).

Il était impossible d'éviter toute espèce de soupçons. Le projet fut ébruité par des familiers du château ; plusieurs avis parvinrent à M. de Lafayette, au major général Gouvion (2). Vingt officiers de la garde nationale passèrent plusieurs nuits à rôder dans les cours et dans les jardins; mais la conduite du roi et de la reine était de nature à calmer toutes les craintes. L'un promettait à une députalion de FAs^emblée nationale d'assister à la procession de la Fête-Dieu ; l'autre offrait quatre chevaux blancs pour la cérémonie de l'apothéose de Voltaire, qui devait avoir lieu le 4 juillet. Elle disait en riant au commandant de la garde nationale : « Parle-t-on encore de la fuite du roi? — Non, madame, on est trop persuadé de l'attachement du roi à la Constitution. — On a bien raison. » Au moment où elle tenait ce langage , tout était préparé pour le départ.

(1) Mémoires de PFeber, t. II, p. 55.

(2) Histoire de la Révolution^ par Toulongeon ; 1801 ; in-8; t II, p. 20. Histoire de la Révolution^ par Montgaillard, t. II, p. 365.

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]1 s*eflectua le 20 juin au soir. M. de Fersen, déguisé en cocber, se plaça au coin de la rue de TÉcbelle, avec un carrosse de remise. Il y reçut, à dix heures et demie, un premier groupe, composé des enfants du roi, de M"« Elisabeth , de M">« de Tourzel , et de M. de Malden. Un quart d'heure après, Louis XVI descendit, accompagné de M. de Valory. Il portait, sur une perruque, un large chapeau rond, et était revêtu d*un habit gris de fer. La boucle d'un de ses souliers se cassa au moment où il atteignait le Carrousel, et il fut obligé de le raccommoder, presque sous les yeux du garde national de faction. La reine sortit la dernière, donnant le bras à M. de Moustier. Au moment où elle passait le seuil de la grande porte, la voiture de M. de La Fayette traversait le Carrousel pour gagner le Pont-Royal, avec une escorte de gardes nationaux à cheval et de valets portant des flambeaux. La nuit était obscure, le ciel couvert de nuages. Marie-Antoinette avait un chapeau qui lui couvrait le visage ; elle se rangea près de la muraille , pour laisser passer la voiture du commandant général. Echappée à ce premier danger, elle dit à M. de Valory de la conduire au coin de la rue de TÉchelle; mais ni elle ni son guide ne connaissnient Paris. Ils prirent à droite au lieu de prendre à gauche , franchirent les guichets de la grande galerie, et se trouvèrent sur les quais. Après avoir erré longtemps, ils furent obligés de demander leur chemin à la sentinelle du Pont- Royal, revinrent sur leurs pas, et rejoignirent enfin le

reste de la famille. La voiture de remise descendit la rue Saint-Honoré, et suivit les boulevards extérieurs jusqu'à la bariière Saint-Martin, où les voyageurs montèrent dans la chaise de poste qui devait les conduire à la frontière.

La disparition du roi ne fut connue à Paris que le 20 juin, à neuf heures du înalin. Trois coups de canon, tirés sur le Pont-Neuf, l'annoncèrent à la population. On battit la générale, on sonna le tocsin , et en un clin d'oeil toute la garde nationale fut debout (l); les ouvriers s'armèrent à la hâte , et vinrent grossir les rangs. Santerre, commandant du bataillon des Enfants-Trouvés, distribua deux mille piques aux habitants du faubourg Saint-Antoine. Des aides-de-camp furent immédiatement expédiés dans toutes les directions, pendant que TAssemblée nationale se mettait en mesure de parer aux inconvénients de la situation.

L'un des plus importants décrets qu'elle rendit dans cette mémorable séance, fut celui qui ordonnait la mobilisation de toutes les gardes nationales.

L'Assemblée nationale, voulant pourvoir, dans les circonstances , à la sûreté extérieure et intérieure de l'État et au maintien de la Constitution, décrète ce qui suit :

« La garde nationale du royaume sera mise en activité.

(f Les départements du Nord, du Pas-de-Calais, do.

(1) Covn-ier français du 22 juin 1791, n" 173, p. ft21.

rAisne, dès Ardennes, de la Moselle, de la Meuse, dé la Meiirthe, duBas-Bhin, du Haut-Rhin, de la Haute- Saône , du Doubs , dû Jura , du Yar , fourniront le nombre de gardes nationales que leur situation exige, et que leur population pourra leur permettre.

«c Les autres départements fourniront de deux à trois mille hommes, et, néanmoins, les villes pourront ajouter à ce nombre ce que leur population leur permettra.

a En conséquence, tout citoyen et fils de citoyen en état de porter les armes , et qui voudra les prendre pour la défense de TÉtat ^t le maintien de la Constitution, se fera inscrire dans sa municipalité, laquelle enverra aussitôt la liste des enregistrés aux commissaires que le Directoire du département nommera, soit parmi les membres du conseil général, soit parmi les autres citoyens, pour procéder à la formation des bataillons.

a Les gardes nationales enregistrées seront réparties en bataOlons de six compagnies chacun , et chaque compagnie composée de cinquante gardes nationales, non compris les officiers, sous-officiers et tambours.

a Chaque compagnie sera commandée par un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, deux sergents, un fourrier et quatre caporaux.

a Chaque bataillon sera commandé par un colonel et deux lieutenants-colonels.

a Tous les individus^composaut la compagnie nommeront leurs officiers et sous-officiers; Tétat-majorsera nommé par tout le bataillon.

DE LA Gi&DB IfATIONALE. }07

(( Du jour du r^ssefpbjement de ces compagnies, lous les citoyens qui les composeront recevront, savoir : le garde national, 15 sous par jour; le caporal et le tambour, une solde et demie ; le sergent j&t le fourrier, deux soldes ; le sous-lieutenant, trois soldes; le lieutenant, quatre soldes ; le capitaine, cinq soldes ; le lieutenant-colonel , six soldes , et le colopel , sept soldes.

cr Lorsqiuç la situation de TÉtat n'exigera plus le service extraordinaire de ces compagnies, les citoyens qui les composent cesseront d'être payés, et rentreront daps leurs compagnies de gardes nationales, sans conserver aucune distinction. >)

Sans attendre les ordres des représentants de la nation, les gardes nationales des départements imitaient celles de Paris. Elles se levaient en masses, disposées à combattre à la fois raristQcralie et Tétranger. On écrivait de Bordeaux : « La Gironde a quatre-vingt mille gardes nationales prêtes à marcher ; mais nous n'avons pas autant de fusils que d'hommes et de patriotes intrépides ; faites-nous doiiner des fusils. — Nous n'avons que deux cents hommes en état de porter les armes , mandaient à TAssemblée les habitants d'une petite ville de Normandie ; mais ils sont jeunes, courageux, agiles; si l'on entreprend la moindre chose contre la France, ils fondront sur Tennemi.

Du département de l'Allier, de Nevers, de Moulins, on écrivait : « Nous avons des plaines couvertes de moissons et d'hommes ; hommes et moissons, tout sera

prêt pour la patrie, si elle en a besoin. A Givet, les citoyens, pensant que la fuite de Louis XVI serait suivie d*une invasion, réparaient les fortifications, de concert avec les soldats des régiments de Foix et d'Alsace ; et ceux-ci disaient à Tentrepreneur, qui se plaignait de manquer de fonds : a Nous vous en fournirons; nous avons chacun un louis de masse, nous Tavancerons ; nous donnerons notre prêt; nous mangerons du pain. Disposez de nos bras ; nous sommes les défenseurs de la patrie , nous voulons être encore les travailleurs de TÉtat. » La ville de Verdun envoyait a i* Assemblée constituante cette simple adresse: a Nous jurons de mourir pour l'exécution de vos décrets. x> Suivaient quatre pages de signatures.

Si les gardes nationales de la Meurthe , de la Moselle et des Ardennes n'avaient marché à la première alerte, Louis XVI serait arrivé à Montmédy, et aurait commencé la guerre contre ceux qu'il appelait ses sujets rebelles. Pendant qu'il relayait à Sainte-Ménehould, il fut reconnu par Drouet, fils du maître de poste, fédéré du 14 juillet 1790. Drouet, pour s'assurer qu'il ne se trompait pas, prit un assignat de 50 livres , et compara le portrait qui y était gravé avec l'original. 11 laissa toutefois partir la voiture , mais il la suivit à cheval, et, prenant un chemin de traverse, il arriva avant die à Varennes, sur les onze heures du soir. Le 21 juin, il descendit chezraubergîste Leblanc, à renseigne du Bras d'or, « Camarade, lui dit-il, es-tu bon patriote? — Sans doute. — Kh bien ! mon ami ,

cours vife avertir tout ce que tu connais d^honnètes gens ; dis-leur que le roi est en haut de Varennes; qu il va descendre, et qu1l faut l'arrêter. L'aubergiste va sur-le-champ prévenir M. Sausse , marchand de chandelles et procureur de la commune. Le commandant de la garde nationale, M. de Sigemont, est également averti. Assisté de Guillaume, commissaire du district, de Mangin, chirurgien, et de Tex-oratorien Billaud, Drouet barricade le pont avec des charrettes, et fait sonner le tocsin.

A minuit, la chaise de poste parait ; le commandant de la garde nationale et le procureur de la commune se montrent à la portière, et invitent les voyageurs à descendre pour faire viser leurs passeports, et attendre qu*on ait déblayé le pont encombré.

La famille royale ne put refuser ; elle suivit Sausse dans sa boutique; et Louis XYI, affectant un air d'indifférence , demanda à se rafraîchir. Il mangea un morceau de fromage, but un verre de vin de Bourgogne, et entama avec son hôte une conversation famihère. Sausse la prolongea pour gagner du temps ; il rinterrompait par intervalles , s'échappait sous différents prétextes, et donnait les ordres nécessaires. En moins d'une heure, quatre mille gardes nationaux des communes voisines étaient réunis à Varennes. En présence de ces forces, les détachements de hussards et de dragons que le marquis de Bouille avait dirigés sur Varennes, durent renoncer à toute tentative en faveur

de la funille royale, qui demeura à la discrélioH des

habitants.

Sausae, \oyiknt pleuvoir les hommeê à Varennes (l), retourna auprès de Louis XVI, et, lui montrant une gravare suspendue au mur : a Sire, lui dit-il, voilà votre portrait » Le fugitif essayad'abord de nier,cequi entraîna une légère altercation. La reine, retirée dans un ooin, était restée silencieuse et impassible; mais s*apercevant que les interlocuteurs de son époux n^avaient pas pour lui toute la déférence désirable , elle Se rapprocha, et dit fièrement : « Si vous le connaissez pour votre roi, parlez-lui donc avec le respect que vous lui devez, o Dès lors Louis XVI cessa de feindre : « Eh bieni oui» dit-il, je suis votre roi. Placé à Paris, au milieu des poignards et des baïonnettes , je viens chercher en province, au milieu de mes fidèles sujets, la liberté dont vous jouissez tous ; je ne puis plus ras* ter à Paris sans y mourir , ma famille et moi. d Puis il embrassa ceux qui Tentouraient , et finit en propo*sant de se remettre volontairement entre les mains de la gar.le nationale , d'être conduit par elle à Montmédy, ou à telle autre ville qu'elle désignerait, pourvu que ce ne fût pas à Paris. « Sire, réplique Sausse, que ces supplications avaient ému, rien n'est plus raison» nable que ce que vous nous demandez; mais il est trop tard , et il y va de ma tète , si vous ne reprenez la route de Paris. — Veux-tu doiic me trahir , reprit

(l) Lettre écrite de f^erdyn. Courrier français, n'' \U.

Louis XYI, me livrer à mes plus cruels ennemis? Ah ! mon ami, c*est ton roi qui est en ton pouvoir^ c'est ion roi qui t'implore* Sauve^moi ; je me mets sous ta protection. Sauve ma femme , sauve mes enfants ; ac^ cômpagne-nous , guide-nous. Je te promets une fortune immense k loi et aux tiens. J'élèverai ta ville audessus de toutes les villes du royaume. Tieiis, tiens, n Et il fooîJlait dans toutes ses porhes , comme pour j eherclier de Targent; mais le procureur de la com mime lui Msl tout espoir, en disant : « W'espérez pas me rien Taire faire de contraire k Thonneur : j'ai juré d'être f^dHe k la nation , ô la lot et à vous. Je vous trahirais également tous trois en cédant à vos demandes. Je trahirais la Constitution, que vous avez promis de défendre, et la cause de la liberté. — Toujours celte f.... liberté! dit te roi avec emportement (l),

Déjà, en effut, les six chevaux étaient attelés à la chaise de poste, tournée vers l'avenue de Paris. Une double file de gardes nationaux était établie depuis la maison de Satisse jusque sur la route, et s'allongeait à chaque minute par Tarrivée de nouveaux renforts. Le 22 juin, k six heures du matin. M- de Romeuf, aide-de-cainp de La Fayette, entra dans la houUqïïe oii la famille royale avait passé la nuit : il était porteur d'un ordre de son général (2), et du décret de

(t) Lettre écritû i? Verdun Ctutrritr français ^ n" 184* (a) M. de Romeuf, mon aîdc-d<i-camp, est chargé d'apprendre partoui sur sq n}ut« que tu ennemis de la patrïc ont «mmené

FAssemblée qui enjoignait d'arrêter toute personne quelconque sortant du royaume. La reine, qui connaissait le jeune officier, lui demanda comment U avait pu se charger d'une parpille commission. M. de Romeuf essaya de justifier le commandant général ; il fit observer que la fureur populaire avait rendu M.* de La Fayette responsable de Tévasion du roi ; que sur la place de Grève on avait descendu la lanterne pour Ty attacher, a N'importe, reprit Marie-Antoinette, c'est notre ennemi; il n'a en tète que ses Etats-Unis et la république américaine. 11 verra ce que c'est qu'une république française ; eh bien ! monsieur, montrez-moi donc ce décret dont vous êtes por« teur?»

L'aide-de-camp lui en remit une copie, a Les inso* solentsi» s'écria la reine en en lisant les premières phrases; et elle la rejeta avec indignation. Le papier tomba sur la couchette où dormaient paisiblement le dauphin et sa sœur. La reine le ramassa avec vivacité, et le jeta à terre en disant : a U souillerait le Ut de mes enfants (1)1 &

L'arrestation de la famille royale fut connue le soir même à Paris. L'Assemblée constituante nomma trois commissaires, Latour-Maubourg, Barnave et Pétion,

le roi, et d*ordonner à tous les amis du bien public de mettre obstacle à son passage. Je prends sur moi toute la responsabilité de cet avis. La Fatbttr.

(1) Mémoires de Weber, t. II, p. 119.

D£ LA GÂRDB NATIONALE:. ftS

pour assurer le retour du roi. C.raignant quelque attaque imprévue des étrangers et quelque défection dans Tarmée, dont les officiers regrettaient presque tous l'ancien ordre de choses, elle arrêta qu'ils prêteraient un nouveau serment civique ainsi formulé : a Je jure d'employer les armes remises en mes mains à la défense de la patrie, et à maintenir contre tous ses ennemis du dedans et du dehors la constitution décrétée par TAssemblée naiionale. Je jure de mourir plutôt que de souffrir Tinvasion du territoire frant;ais par des troupes étrangères ; de n'obéir qu'aux ordres qui seront donnés en eonsëquencc des décrets de l'Assemblée nationale. » Une députation de la milice parisienne vint prononcer ce serment, le 2^ juin, ayant a sa tlSte La Fayette, a Vous voyez devant vous, dit ie commandant général, des citoyens qui n*ont jainais mesuré qu'aux besoins de la patrie le dévouemeût qu'ils lui doivent* Recevez de ces soldats, éprouvés par de grandes circonstances, la nouvelle assurance d'un dévouement auquel la France se confiera* Croyez que ceux-là seront fidèles à la nation, qui, dans ces temps de troubles, ont su maintenir Tordre public, ne craindre que pour la liberté, ci qui nous répondent encore de l'un et de l'autre, a — a Messieurs, répondit le président Alexandre de Beauharuais, après avoir donné le premier exemple à toutes les gardes nationales du royaume, et après avoir, par cet accord unîinime, assuré le succès de notre révolution, vous avez trouvé des forces pour préserver la tranquillité

114 HISTOmB

publique, et fait jouir la nation de la paix qui était nécessaire à rétablissement de la constitution. La France entière sait trop ce qu'elle yous doit pour ne pas apprécier tous les serricesque vous pouves rendre encore. Elle a proclamé avec enthousiasme vos vertus dviques, et rAsoerablée nationale a plus d'une foisi avec intérêt, ofiert pour prix de vos veilles Texpression dé sa reconnaissance. Elle voit sans inquiétude des événements qui peuvent rendre pénibles encore vos honorables fonctions ; car si nos ennemis oublient que le peuple français est libre, vous saurez leur prouver que les forces des citoyens armés pour leur liberté sont aussi inépuisables que leur courage. »

Après ce discours, le président lut la formule du serment, et Ton entendit, tant dans la salle qu'au dehors, des milliers de voix crier : « Nous le jurons !» Les musiciens de la députation prirent pTace sur les bancs dégarnis du côté droit, et jouèr^t le Ça ira^ ïm Oh peut-on être mieux? et autres chants pa-> triotiques, pendant que les gardes nationaux s'avançaient la main levée, dans une attitude fière et tran* quille. Ils entraient en ordre du côté gauche, et sortaient par la porte opposée. Dans leur rangs marchaient des citoyens de tontes les classes, les uns monis de sabres ou de piques, les autres sans armes, quelques-uns portant dans leurs bras leurs enfants qu'ils tendaient vers l'Assemblée, comme pour les offirir à la patrie. On distinguait parmi eux les forts de la btUe^ en costume de travail et le fusil sur Té*

paule; les boulangers précédés d'un pain au bout d'une piqite. Tous, en passant, levaient la main, et répétaient : <x ^ous le jurons ! Nous voulons vivre libres ou mourir 1 Vive la nation ! vive la loi I Nous jurons d'aller vaincre aux frontières I » La procession mit trois heures à défiler, au bruit des instruments, au milieu des applaudissemenls, des chants rcvolutionnaircs, des; démonstrations du plus chaleureux enthousiasme.

Cependant Louis XVI s'acheminait tristement vers la Capitale, alVous avons joint le roi, écrivaient les commissaires, à pen de distance d^Epernay ; il était dans une voiture avec la reine, le dauphin, madame Royale, madame Elisabeth et M. de Touzelle* Trois domestiques étaient sur le siège (i); deux femmes suivaient dans un cabriolet. Un peuple immense et en armes était sur la route. ■Nous nous sommes approcbcs de la personne du roi; nous lui avons fait pirt de notre mission, et nous lui avons donné lecture du décret de TAssemblée nationale. Nous en avons également fait kcture aux braves citoyens qui lui servaient de cortège. Nous avons institué M. Dumas leurcommaîidant (2), et nnus nous sommes rendus en bon ordre à Dormans, où nous passons la nuit. Ile-

(I] Les trois gardci)-du -corps hiiblUi^s en vestes de cbamoli Jaune.

(2) Maflifou Duma?, cotand., directeur général du dépAt d< la gi»rr«, depuis général de dhblon.

116 HISTOiaE

main nous serons à Meaux, et après-demain à Paris. Ce qui ralentit notre marche, c'est Taffluence des gardes nationales, qui se rendent de toute part sur le passage du roi pour Tescorter, et dont nous devons louer le zèle et la conduite prudente et généreuse. »

La milice parisienne alla au devant du captif jusqu%^ Bondy ; et quand il entra dans Paris, le 26 juin, à sept heures du soir, son escorte, qui s'était constamment grossie, avait fini par être une armée formidable, divisée en détachements de cavalerie et d'infanterie, et précédée de seize pièces de canon. Elle suivit les boulevards extérieurs depuis la barrière Saint- Martin Jusqu*à Tavenue des Champs-Elysées, et entra aux Tuileries par le pont Tournant. Il faisait une chaleur étouffante, et une poussière enflammée couvrait l'atmosphère. Les gardes nationaux et les citoyens armés de piques, qui bordaient la haie, avaient leurs armes renversées, comme dans un jour de deuil. Derrière était le peuple, la tète couverte, muet, lugubre, observant fidèlement la consigne qu'on avait • placardée le matin : Celui qui applaudira le roi aura des coups de bâton , celui qui f insultera sera pendu. Les domestiques, postés aux fenêtres du château, se découvrirent respectueusement du plus loin » qu'ils aperçurent la voiture ; mais les gardes nationaux de Favant-garde leur crièrent, en les couchant en joue : (c Remettez vos chapeaux! x) On s'arrêta dans le jardin, devant la porte centrale. Louis XVI, en mettant pied à terre, dit aux gens de l'escorte : a Eh bien ! me voilà ;

je ne suis pas perdu. » La reine était sombre et résignée ; elle répondit à un garde national qui cherchait à la rassurer: «Monsieur, je suis préparée à tout.» Les gardes- du-corps, entourés de groupes menaçants^ furent protégés par la garde nationale, qui les conduisit à TAbbaye. Pendant plusieurs jours, cette prison fut assiégée par la foule; on parla d'enlever et de lanterner les habits jaunes; mais les soldats citoyens réussirent, sans violence et par la seule persuasion, à dissiper les rassemblements.

L'agitation qui régnait dans Paris imposa à la garde nationale de nouvelles obligations. Pendant la nuit du 28 au 29 juin, une patrouille mit en fuite des voleurs qui s'étaient introduits dans le jardin de madame de Brunois, aux Champs-Elysées. L'un d'eux, qui, grimpé sur le mur, refusait d*en descendre, fut tué d'un coup de fusil.

Le 30 juin, un spéculateur de la Bourse, qui avait offert de Targent à un prix au-dessus du cours, fut traîné sous la lanterne, et il avait déjà la corde au cou, quand la garde nationale vint le délivrer. « Cette garde secourable n'a jamais été mieux louée que par Je propos de ces bourreaux qui disaient en s'enfuyant : Lfis chiens d'hommes ! On les rencontre partout (l).»

Les ateliers nationaux, créés après le 1 4 juillet 1 789, venaient d'être dissous par un décret. L'Assemblée constituante avait distribué la plupart des ouvriers

(1) Courrier français, n** ^85.

lis BISTOIRB

daiis les départeHients^ pour y être employés à des travaux dé eanalisatien (1); mais il restait eneore à Paris près de vingt mille Individus sans pain et sans travail. Ils si'attroupèrent sur la place Vendôme et à la place de Grève, et enlevèrent des canons au poste en petit Saint-Antoine; mais la garde nationale apaisa le tumulte, et reprit les pièces d'artillerie. Une nou^* velle rUe s'engagea, le 6 Juillet, dans le faubourg Saint«Germain, entre unô patrouille ci un groupe d'ouvriers des ateliers. La garde nationale eut d*abord le dessous; mais les passants prirent son partie et l'aidèrent à conduire à la Force une vingtaine de prisonniers.

L'Assemblée avait décrété qu'une garde serait don* née au roi et à la reine, sous les ordres du comman-*dant général de la garde nationale parisienne (2)i Trois commandants de bataillon, quatre capitaines et huit officiers eurent constamment les yeux sur la famille royale. On iit clore avec soin toutes les issues secrètes des Tuileries, sans même en excepter un égoût qui aboutissait à la Seine. On n'entra plus au château sans cartes signées par tn officier de garde et par madame d'Ossun, dame d'honneur de la reine. Les consignes étaient tellement strictes qu'un soir Louis XYI faillit ne point se coucher, parce que les . sentinelles barrèrent le passage au grand-mattre de la

(1) Le Point du jour, par Barrëre ; n° 705, p. 233.

(2) Séance du 25 jala.

DE LA GARDE NATIONALE. m

garde-robe, M. de Liancoûrt, qui, aux termes du vieux eérémoBial, avait seul le droit de passer la chemise du roi (1).

Les oommandants de bataillon, plaeés dans le grand cabinet qui précédait la chambré à eoueber de la temé, avaient ordre d'en trnir toiy^mrs In porte ouverte* Le roi ferma un jour celte porle ; maïs Tofficier de garde la rouvrit, en disnnt que c'était sa cûtisigne, et qu'ainsi Sa Majesté prenait une peine inutile. On obtint toutefois que la reine se renfermerait pour s'habiller et se déshabiller; m^iis lorsqu'tlle était couchée, Toflider rouvrait la porte et s'instailait sur un fïiuteuil, la tète tournée du e*>lé du lit (2)*

Malgré ces précautions en apparence hostiles, une grande partie Ue la garde nationale restait sincèrement dévouée au monarque constitutionnel, et voyait avec inquiétude les menées des démocrates, qui demandaient haiitemcEit la déchéance de Louis X.V1. Depuis le retour de Vnrennes, les diatribes les plua violentes, lesaccusalions les moins mesurées, se suct^édaieut sans interruption. Vadier, à I^Assembtée constituante, obteuait les applaudissements des tribunes, en qualifiant le roi de brigand couronné, Frud* homme le tnùtait de cide-^ vanti de rusire^ de scéiénU^ de ft/ran^ do nûsérabh au cwur rempli de venin . er ïl est clairement démontré, ajoutaU-i), quft Louis XVI est déchu de Ja couronne.

{\) CtMfj^r français û\i llJuiUet, n" 104, p. IW, {"î) Mémùivex de madame Camp an, t. JJ, p. US.

laO HISTOIRE

qu*il a commis une foule de crimes de lèse-nation ; que non-seulement il n*est pas un honnête homme, mais qu'il n*est pas même un roi excusable. Le glaive de la loi est suspendu sur sa tête ; il ne reste plus qu'à examiner si la politique exige que nous le tenions encore quelques instants suspendu. Que la tête de Louis tombe, ou bien qu'on la dédaigne, elle est assez méprisable ; que le trône et tous les pompeux hochets de la royauté soient livrés aux flammes ; que TAssemblée nationale de la monarchie fasse place au Sénat de la République (1).»

Dans une brochure intitulée le Catéchisme des Français^ publiée par S. Adrien, ami de la vérité^ on lisait : a Louis XYI est un pourceau nourri dans la fange, ayant en lui tous les germes de la cruauté, qui n'a pas craint de plonger vingt-cinq millions d'hommes dans les horreurs d'une guerre civile et étrangère; un imbécile, se laissant mener par le nez par une furie qui aurait autant de plaisir à se baigner dans le sang des Français, qu'elle en prend journellement aie faire... Louis XYI est un nigsi^ud, sans honneur, sans vertu, une machine dont se sert une âme ambitieuse et corrompue pour faire revivre tous les abus et nous replonger dans l'esclavage. Louis XVI est un scélérat, coupable envers la nation des crimes de trahison , de parjure, d'ingratitude, de révolte contre la constitu-

(1) Bévolutionê de Paris ^ a" 103, p. 570,607, 609; nMOA, p. 662.

DE LA 6\RDE NATIONALE. 42f

tian, criminel de lèse-nation au premier chef, indigne en tout du nom de roi.

Louis est, en un mot, le même qu*à Versailles, Sans pudeur, sans esprit, sans âme, sans entraillei. »

Le foyer du mouvement républicain était au club des Jacobins. Chaque soir le roi de la Constitution y était attaqué avec violence, et de fougueux orateurs réclamaient sa condamnation. « Louis XYI, s'écriait Antoine (l), s'échappe à la faveur des ténèbres, et fuit le trône de ses ancêtres; parjure, il a violé le serment solennel juré par lui le 14 juillet, à la face de toute la France; perfide, il a fait semblant d'aller de luimême au devant de cette constitution qu'il abhorre; cruel, il a exposé son peuple et ses plus zélés défenseurs au meurtre et à une guerre intestine ; lâche, il a fui. L'Assemblée nationale doit donc le destituer. » Dans la séance du 3 juillet, Real fut plus violent encore. c( Je n'entreprendrai pas, dit-îl, de vous montrer que Louis XYI est le plus criininel et le plus imbécile des hommes ; ce serait abuser de vos moments. En un instant il s'est couvert de tous les crimes : fonctionnaire public déserteur et parjure ; ami lâche et atroce ; roi parricide ; père dénaturé ; perfide avec assurance sur le trône ; menteur avec bassesse depuis qu'il en

(1) Séance du SO Juin.

m HISTOIRE

est tombé. Un pareil homme peut-il régner 6ur ce bel

empire? »

Le club des Jacobins chargea Laclos et Brissot de rédiger une pétition, pour demander aux représentants A% la nation de ne rien préjuger sur le sort du roi, sans avoir consulté le vœu des départements. Elle f^t signée, le 15 juillet, par environ dix mille patriotes assemblés au Champ de Mars ; et un arrêté du club des Gordeliers, affic(ié dans les principales rues, les convoqua de nouveau pour le dimanche 17. On convint qu'on se réunirait sur la place de la Bastille, à onze heures, et qu'on se rendrait processionnellement à iautel de la patrie. La municipalité, instruite du projet, s*empressa de faire afficher un extrait de ses délibérations. Elle invitait tous les bons citoyens a à se rallier et à se réunir à la garde nationale, qui, depuis quelques jours, maintenait, avec des soins si louables, la tranquillité publique et le bon ordre. » La Fayette, de concert avec Bailly, donna des ordres pour que, dans la matinée de dimanche, la place de la Bastille fût occupée par plusieurs compagnies du centre.

Le dimanche, dès huit heures du matin, Iautel de la patrie était couvert de curieux. Un perruquier et un invalide s* étaient glissés sous les planches de l'escalier que l'un d'eux perçait avec une vrille. On les découvre, on les conduit chez le commissaire de la section du Gros-Caillou. Lorsqu*on leur demande pourquoi ils se sont furtivement glissés sous Tautel, ils donnent pour motifs à leur conduite une curiosité lubrique.Xe

Commtssi^iTe les remet en liberté ; mais des forieux les accusent d'avoir voulu faire sauter Tautel. L'invalida tombe percé de coups de couteau ; le perruquier est pendu à un réverbère ; la corde casse ; il retombe en* core vivant, et sa tête, séparée du tronc avec une scie, est placée au bout d'une pique.

Le récit de ces atrocités parvint presque aussitôt à l'Assemblée constituante, matsd'une manière inexacte. « Deu^ bons citoyens, dit le président Du[tont^ vien^ nent d'être victimes de leur zèle. Ils étaient au champ de la Fédération, et disaient au peuple rassemblé qti'â fallait cj^écuter la loi} ils ont ^té peiidu» sur^li^ cbamp.»

A ces mots, un mouvement d'indignation se mstoifesta sur tous les bancs. Le curé Dillôn essaya dé le calmer; en disant « que le fiait n'était pa§ tel i]u*6û l'avait rapporté. -^ Qu'importe, lui répondit Regnault de Saint-Jean<*-d'Angély ; j'ai aussi entendu dire qu'ils avaient été pendus pour avoir prêché Fexécution delà loi ; mais que cela soit ainsi ou autrement, leur mort est toujours un attentat qui doit être poursuivi selon la rigueur des lois. Je demande que M. le président s'assure des faits, afin que l'on puisse prendre toutes les mesures nécessaires; et, dussé-je être moh^méme victime, si le désordre continue, je demanderai la proclamation de la loi martiale. »

Ce qui se passait au Champ de Mars n^était pas de nature à provoquer cette mesure extrême. Tout y était calme» Un escadron de cavalerie de la garde nationale

avait dispersé rattroupement qui promenait les tètesS des yictimes. Desmottes, aide-de-eamp de La Fayette, insulté par quelques exaltés, en avait fait arrêter quatre, sans éprouver de résistance. Les clubistes, repoussés de la Bastille, arrivaient au lieu du rendezvous par bandes peu nombreuses. A une beure, un commissaire des Jacobins vient annoncer que 1* Assemblée constituante avait statué sur le sort de Louis XYI; que, par décret de la veUle, il avait été seulement iutpendu de ses fonctions royales; et qu*une nouvelle pétition devenait indispensable. On nomma aussitôt quatre commissaiies, au nombre desquels se trouvaient Danton et son secrétaire Robert, éditeur du Mercure national, La femme de ce dernier, mademoiselle de Kéralio, était à ses côtés, et prit part à la rédaction du placet démocratique. Il était adressé aux représentants de la nation, et se terminait par ces mots : aTout nous fait la loi de vous demander, au nom de la France entière, de revenir sur votre décret, de prendre en considération que le délit de Louis XYI est prouvé ; que ce roi a abdiqué ; de recevoir son abdication, et de convoquer un nouveau corps constituant, pour procéder d'une manière vraiment nationale, au jugement du coupable et surtout au remplacement et à l'organisation d'un nouveau pouvoir exécutif. »

Quand la pétition fut achevée, Danton la lut, et de vifs applaudissements Taccueillirent. Des exemplaires en furent déposés sur les trépieds qui garnissaient les quatre angles du soubassement de Tautel, et ce fut à

DE LA GARDK >iATIONÂLË. 125

qui apposerait son iioin lé premier. On com}ita, parmi les signataires, des électeurs, des ofticiers municipaux, et plus de deux mille gardes nationaux de tous les bataillons de Paris et de la banlieue (1). On continuait à signer, quand parurent trois officiers municipaux, M. Le Roux,. Regnault et Hardy, ceints de leurs écharpes, et escortés de la compagnie du centre du bataillon de Bonne -Nouvelle, sous les ordres de M«6etlisaire.Une.députation quitta Tautelet s^avança à leur rencontre, a Messieurs, dit Fun d*eux, nous sommes charmés de connaître vos dispositions. On nous avait dit qu il y avait ici du tumulte; on nous avait trompés. Nous ne manquerons pas de rendre compte de ce que nous avons vu. » On leur demanda la liberté des quatre individus arrêtés le matin ; ils répondirent quMl fallait s'udiesser à la municipalité, et en se retirant, ils emmenèrent avec eux douze commissaires chargés de présenter cette requête.

Pendant ce temps, la Grève se couvrait de troupes; la première et la seconde divisions de la garde nationale Toccup^eut, el s'entretenaient avec émotion des rassemblements du Champ de Mars. On racontait avec horreur les assassinats commis au Gros- Caillou; on ^axlsiii ôe brigands soudoyés, d'insultes faites à la garde nationale; on prétait aux pétitionnaires r intention ôl" anéantir V Assemblée nationale. Les administrateurs de la Commune crurent le salut

(1) RivoluiioHê de Paris, n" 105, p. 60.

I9S HISTOIBK

de la ville emnpfoniis, et prirent la résolution suivante:

Le corps municipal, informé que des factieux réu-^ nîs au champ de la Fédération mettent la tranquillité publique en pérU;

Considérant qu*il est responsable de la sûreté des citoyens; que déjà deux meurtres ont été Commis pa^ des scélérats;

Que la force armée, conduite par les autorités légitimes, ne peut effrayer les bons citoyens, les hom* mes bien intentionnés;

Arrête que la loi martiale sera publiée à Finstant ; que la générale sera battue; que le canon d* alarmé sera tiré; que le drapeau rouge sera déployé ;

Ordonne à tous les bons citoyens, à tous les Soldats de la loi, de se réunir sous ses drapeaux, et de prêter mainmorte à ses organes;

Arrête, en outre, qu*il transportera sur-le-champ sa séance à Thôtel de TEcole royale militaire, pour y remplir ses devoirs, n

Quand les douze commissaires entrèrent à Fbêtel de ville, Tarrêté du corps municipal était déjà connu; le drapeau rouge flottait au-dessus de Tborloge, et les gardes nationaux chargeaient leurs armes. Le maire se mit à la tête de la municipalité et des troupes, et marcha sur le Champ de Mars. Il y entra, le soir, à huit heures moins un quart, par la porte qui fait face à ChaiUot, avec La Fayette, Cbarlon, commandant de la première division, et un côloniel

DE LA GARDE NATIONALE. m

portant le drapeau rouge. Une seconde colonne déboucha par la rue Saint-Dominique, et une troisième par la grille de TÉcole. Tous les témoignages s'accordent sur deux points: c'est qu*à son apparition, la garde nationale fut provoquée, et qu'elle ne prit pas le temps de faire des sommations (L).

En la voyant, on cria : A bas le drapeau rouge I à bas les baïonnettes ! Des pierres furent laneées ; un coup de pistolet fut tiré, et la balle, passant devant Bailly, traversa la cuisse d'un dragon qui s'était joint i la garde nationale. Une pl'emière décharge fut faite en Tair; une seconde, nécessitée par de nouvelles atr^taques, mit des séditieux en fbite, et en renversa plusieurs. Le nombre des victimes n'a jamais été bien connu. Bailly réva!ue à dix ou douze; Weber à une trentaine; Prud'homme à cinquante; le marquis de

(1) Proeès-verbal de la mvnieipttlité de PariK .

La vérité nous oblige ^e dire que la garde nationale Ht, ta cette occasion, tout ce qui dépendait d*eUe pour éviter Teffu** sion du sang ; mais elle fut assaillie à coups de pierres ; et si el tira, ce fut plutôt étant sur la défensive que sur l*oâensive. {Mém. de Weber, t II, p. U9.)

D'un côté, on est convaincu qae, dtfns un endroit do Champ de Mars, des individus qu'on ne connaît pàs jetèrent des pierrot à des gardes nationaux ; de l'autre, il est constant que Ton tira sur les citoyens avant que les formalités de la loi martiale eussent été remplies. Le premier de ces deux faits peut se«l expliquer le seeond. {Adre$a9 de Mailmillen Robespierre aux Français ; Paris, chez Paquet, rue Jacob, n« 29; 1701, in-S*.)

Ferrières à quatre cei.ts Du côté des gardes naticfnaux un seul homme resta sur la place.

Tel fut le Massacre du Champ de Mars, que Bailly ekpta sur Tëchafaud, et La Fayette en exil. Quatre ou cinq mille gardes nationaux y participèrent; les autres n'avaient pas répondu à Tappel, ou faisaient cause commune a\ec les pétitionnaires. La deuxième division, qui occupait les environs de l'Ecole- Militaire, s'abstint de tirer, et protégea même les fuyards.

M. Thiers, dans son Histoire de la Révolution, a fait un récit fantastique de ce déplorable événement* 11 nous représente La Fayette brisant, le matin^ les barricades déjà élevées ; deux invalides égorgés; Bailly faisant les sommations d'usage \ tous faits contredits par les documents contemporains (l) ; mais l'historien apprécie avec sagacité les causes du conflit. <k Le roi, la majorité de TAssemblée, la garde nationale, les autorités municipales et départementales, étaient d'accord alors pour établir Tordre constitutionnel, et ils avaient à combattra la démocratie au dedans, Taristocratie au dehors. L'Assemblée et la garde nationale composaient cette nation moyenne, riche, éclairée et sage, qui voulait Tordre et les lois; et elles devaient dans ce moment s'allier naturellement au roi, qui, de

(1) Procès-verbal de la municipalité; Jiévol. de Paris, Dot06; JHém. de Bailly, 1. 1 ; Hisi. par deux amis de la liberté, t. VI, p. 238.

soncôté» semblait se résigner aune puissance limitée. Mais s'il leur convenait de s'arrêter au point où elles en étaient arrivées, cela ne convenait pas à Taristo* cratie, qui désirait un bouleversement, ni à la popu-« lace, qui voulait acquérir et s'élever davantage. »

En revenant à Paris, les compagnies soldées propos seront d*abattre à coups de canon la salle des Jacobins; « J'occupais alors, dit Beaulieu (1), un appartement dans rintérieur de cette maison (v), et j'ai entendu ces militaires demandant à grands cris qu'on leur en donnât Tordre.» Mais le commandant général s*y opposa.

Le lendemain, Bailly vint à la barre de T Assemblée constituante. « La municipalité, dit-il, est pro- * fondement afQigée des événements arrivés dans la journée d*hier.La municipalité, dans Tadministration paternelle qui lui a été confiée, n'avait jusqu'ici prouvé que sa modération ; on n*accusera point sa sévérité. Nous osons vous assurer qu'elle était indispensablemenl nécessaire. L'ordre public était entièrement détruit ; la patrie en danger ; ses ennemis avaient formé des ligues et des conjurations ; nous avons publié la loi contre les séditions. Si nous avons marché au champ de la Fédération avec renseigne d'une loi redoutable et entourés de la force publique, c'était

(1) Essais historiques s Paris, an IX, 1801.

(S) Rue Satnt-HyaciDthe-Saint-Honoré. La porte du club existe encore, et sert d'entrée à un cabaret*

pour j rappeler Tordre, pour y prêcher la paU et IV béiseance ; mais les séditieax ont provoqué là foreéi ils ont fait feu sur les magistrats, sur la garde natio- Baie ; et leur crime est retombé sur leur tète coupable; — L'Assemblée, répondit le président, voit avec satisfaction que la garde nationale parisienne^ que les soldats de la liberté et de la loi, que les èitoyens mémes à qui Jours occupations ne permettent pas de faire un service constant, et dont on s'était efforcé de èàlomnier les intentions, ont donné des preuves éclatantes de leur attachement à la Constittition et à la loi ^ et ont continué de justifier la haute estime et la reconnaissance de la nation, par leur aèle, leur modération et leur fidélité. »

Les vaincus s'étaient répandus dans Paris et eherehaient à soulever le peuple contre la garde nattohalë. Une patrouille de cavalerie, qui suivait les rues de la Taeherie et delà Gorroierie, pendant la nuit du i S au 19, fut assaillie d'une grêle de pierres et de pots de de fleurs, lancée des derniers étages. On lui tira même un coup de fusil. Des grenadiers de la première divi- ^ion jugèrent à propos de calmer les masses, et de réfuter les accusations dont la garde nationale était l'objet. Dès le lendemain, on lisait sur les murs ce pla^ oard:

a 15 juillet.

« Fidèles an serment solennel qu'ils avaient prêté, les soldats de la patrie ont assuré Tméoulion de la

DE LA GiiaOB NATIONALE. ISt

loi. Us avaient promis de courir à la mort pour cette eause sacrée; ils ont fait davantage : ils ont hravé la hcûne d'un peuple égaré. Des écrivains séditieux calomnieront cett« conduite honorable. On osera les aecuser d'avoir trempé leurs mains dans le sang de leurs CdDcitoyens. On tâchera d'exciter les hommes faibles, d'aigrir les caractères ardents; on s'efforcera de leur persuader qu Ml est barbare d'obtenir^ à main armée, le respect que Ton doit aux décrets. On pn-^ blîera que les majheureux rassemblés au Champ d0 . Mars ne voiraient faire qu'une pétition. Un seul mot répond à ces déclamations : Laloi défend le^pétitiom collectives. Depuis trois jours, ceux qui composaient i^es attroupements dangereux, égarés par des orateurs perfides, par des adresses incendiaires, affichaient o\x* vertement la révolte. Ils résistaient aux conseils des eitoyens, aux menaces de Tautorité. Gardes natio** liaux 1 défenseurs de la patrie et soutiens de ses lois, vous avea rempli des devoirs pénibles, mais sévères; achevez votre ouvrage; montrez aux factieux une contenance ferme et tranquille. Restez unis. Opposer les applaudissements, Testime, le respect de tous les bons citoyens, aux déclamations, aux injures des mauvais. Cette conduite suffira pour arrêter leurs complots, déjouer leurs intrigues et conserver la tran* quillité générale qui peut seule assurer le bonheur public. »

« Signée Ricard, Au&uste Voluv^ Duhavd, a Dgghatel. »

Des sentiments analogues étaient exprimés dans une adresse de la garde nationale de Rouen à l Assemblée constituante, e La garde nationale et citoyenne de Rouen, informée des mouvements des factieux, tendant à détruire la monarchie pour éta^ blir sur ses ruines le gouvernement républicain, vient, messieurs, vous offrir son appui pour maintenir une forme de gouvernement que vous avez consacrée par vos décrets. Nous vous déclarons donc que nous ne souffrirons jamais qu*il lui soit porté atteinte. Nous jurons de la maintenir de tout notre pouvoir, et d'employer les armes qui nous ont été confiées pour la soutenir avec la plus grande énergie, ainsi que le pouvoir d'un monarque, qui ne peut et ne doit régner désormais que par la constitution. »

Soutenue par de zélés défenseurs, délivrée de ses adversaires, TAssemblée constituante put achever paisiblement sa tâche. Les clubs étaient fermés ; la presse opposante gardait le silence ; une loi sévère avait a imprimé la terreur aux ennemis du bien public (l),x> Tout semblait présager aux représentants du peuple qu'ils posaient les dernières pierres du plus durable des édifices. Le calme fut assez solidement rétabli, le 7 août, pour que la municipalité retirât le drapeau rouge et le remplaçât par un dra* peau blanc, qui resta jusqu'au 14 exposé à la fenêtre

(1) Proclamation du corpM municipal. Moniteur du 8 août i79l,n''î20.

DE LA GARDE NATIONALE. iSS

de r hôtel dé ville. Toutefois, quoique Ton commençât à oublier les scènes sanglantes du Champ de Mars, le tribunal du sixième arrondissenient informa contre les promoteurs du mouvement du 17 juillet. Presque tous les inculpés étaient ou devinrent dès personnages célèbres : c*étaient Danton, Marat, Fréron, le graveur Sergent, Hébert (le Père Duchéne), Momoro, Coffinhal, Anaxagoras Ghaumette, qui tous trois déposèrent dans le procès de Bailly. Georges Brune, imprimeur de l'Orateur du peuple, et depuis maréchal de France, était accusé a d*avoir prêché le républicanisme, et dit que les républicains avaient dés baionnetteà à opposer aux bons citoyens, n Le boucher Legendre avait tenu des propos incendiaires contre le commandant général, et déclaré qu*ii tirerait sur la garde nationale. On reprochait à Camille Desmou* lins d'avoir, au café Procope, déclamé contre les soldats citoyens. Santerre, qui devait bientôt commander la garde nationale, avait dit qu'il fallait tirer sur elle, en se vantant d*avoir le faubourg pour lui. Une amnistie générale, prononcée par TAssemblée nationale, mit fin aux procédures commencées.

Avant de se séparer, les représentants fixèrent l'organisation des gardes nationales : elles comprirent les citoyens actifs, à l'exception des juges, des administrateurs, des ecclésiastiques, des sexagénaires et des infirmes. Toutefois, ces classes d'individus, sans être assujétii au service personnel, devaient contribuer par une taxe aux frais qu'il occasionnerait. Le

4S4 HISTOIEB

eentingent de chaque compagnie fut limité à cin* quaute-trois hommes, le tambour en dehors, et À cent deux hommes dans tes \illes au-dessus de cinquante mille Âmes. Six à dix compagnies formaient un ha-* taillon; huit à dix bataillons, une légion. Chaque légion était sous les ordres d'un chef de légion , d'un adjudant général, et d*ini sous-adjudant général. Les légions réunies avaient pour chef un commandant de légion, qui exerçait ce commandement à toul* de rtAe {tendant trois mois. Dans les villes auHlessus de cent mille Ames> il y avait un commandant général des légkms.

Les officiers étaient élus le second dimanche de mai, pour un an^ et ne pouvaient être réélus qu*après avoir été soldats pendant une année. L'uniforme ne pouvait être exigé (1). Les drapeaux devaient être aux

(1) n fut ainsi fiië !

flal^it bleu d< roi, doublure blanche, parement et coUet éoar* late, et passe-poil blanc ; revers blancs et pasaerpoi) écarlate, manches ouvertes à trois petits boutons, poche eu dehors à trois pointes, et trois boutons avec passe-poil rouge ; l'agrafe du retroussis écarlate ; veste et culotte blanches. {Moniteur du 21 aoAtl79t, n'usas.)

Le bouton sera de cuivre jaune ou doré, et monté sur os ou sur bois, 11 portera pour empreinte, dans rintérieur d*une couronne civique, ces trois mots: la na/ion, la hi^ le rot. Entre la bordure et la couronne sera iuscrit circulairement : District de*.. Dans les districts où il y aura plusieurs sections, elles seront distinguées par un numéro placé à la suite du nom de district. (Le Peint ittjmry t. VU, p. 459.)

trois eouletirs et porter ces mots : Le peuple français, JLa liberté ou la mort,

ff L'Assemblée nationale» voulant rendre honneur à la Yieillesse des bons citoyens, permet que, dans phaque cauton, il se forme une compagnie de vété-^ rans, de gens âgés de plus de soixante ans^ Orga* ni^és comme les autres, et vêtus du même uniforme, ils seront distingués par un chapeau à la Henri IV ei une éeharpe blanehé à la ceinture : leur arme sera un esponton.

a Ces vétérans ne seront employés que dans les oérémonies puUiques ; ils assisteront armés^aux exercices des garder nationales, adjugeront les prix, et seront appelés les premiers, dans chaque district, au renouvellement de la fédération générale du \4 juillet.

« L'Assemblée nationale permet également qu'il s'établisse dans chaque canton, sous la même forme d'organisation, une compagnie composée de Jeunes citoyens au-^dessous de Tâge de dix-huit ans.»

La milice parisienne fut Fobjet d'un décret spécial. On maintint les six divisions ou légions de dix bataillons chacune.

Pbemière divisioit (chef, M. de Chartôn). — Bataillons de Sâiiit-Jacques-du-Haut-*Pa8, de Saint-^Victor, de Saint-André-des-Arts, de Saint-Marcel, de Saint* Louis-en-l*He, du Yal-de-Gràce, de Saint^Étiennedu-Mont, de la Sorbonne, de Saint-Nicplas-du-Char* ^kmnet, des Mathûrins.

i:$B HISTOIRE

Deuxième division (chef, le marquis de Courtemer). 7- Bataillons des Prémontrés, de Henri IV, des Cordeliers, de ^'otre-Dame, de Saint-Séverîn , des Petits-Augustins, de FAbbaye-Saint-Germain-des- Prés, des Jacobins Saint-Dominique, des Théatins, des Garmes*Déchaussés.

TfioisiÈME DIVISION (chef, M. de Romainvillers).— Bataillons des Récollets, de Saint-Nicolas-des-Champs, de la Trinité, de Saint-Méry, des Carmélites, des Filles-Dieu, de Saint-Martin, des Enfants-Rouges» de Saint-Laurent, des Pères-de-Nazareth.

QuATRiÀME DIVISION (chcf, M. de Saint-Christeau).

— Bataillons de Saint-Jacques-l* Hôpital, de Bonne- Nouvelle, de Saint-Leu, de Saint-Lazare, de Sainte- Opportune, de Saint-Jacques-la-Boucherie, des Petits- Pères, de Snint-Eustache, de Saint-Magloire, de Saint- Joseph.

Cinquième division (chef. Le Fèvre d'Ormesson).

— Bataillons de Sainte-Marguerite (faubourg Saint- Antoine], des Minimes de la place Royale, du Petit- Saint-Antoine, de Saiut-Gervais, de Saint-Jean- en- Grève, de Saint-Louis, des Blancs-Manteaux, de Popincourt, des Capucins-du-Marais, des Enfants- Trouvés (faubourg Saint- Antoine).

Sixième division (chef, le duc d'Aumont). — Bataillons de rOratoire, des Feuillants, des Filles-Saint- Thomas, de Saint-Philippe, de Saint-Germain- TAuxerrois, des Jacobins-Saint^Honoré , de Saint- Honoré, des Capucins-de-Saint-Louis (Chaussée-

d'Anlin), des Capueins-Saint-Honoré, de SainlrRoch.

Le rang des légions cessa d'être fixe ; on convint de le tirer annuellement au sort.

Chaque bataillon fut partagé en cinq compagnies, dont une de grenadiers. L'état- major de chaque bataillon était composé de deux commandants, d'un adjudant, d'ua porte-drapeau, et d'un maître armurier ; Fétat-major de chaque légion, d'un chef de légion, d'un adjudant-général et d'un sous-adjudant. Le poste de commandant-général fut supprimé ; chaque chef de légion en devait faire les fonctions pendant un mois, à tour de rôle.

On créa quatre escadrons de gardes nationales vo^ lontaires parisiennes à cheval. Les trois cents jeunes gens qui en formèrent le noyau servaient déjà depuis le commencement de la Révolution. Ils s'engagèrent à rester sous les drapeaux jusqu'au 15 novembre 1792, à subvenir à tous les frais de leur équipement et à l'entretien de leurs chevaux. Une solde quotidienne de vingt sous leur était allouée à partir du jour de leur entrée en campagne. Ces volontaires, appartenant tous à des familles aisées, se montraient pleins d'ardeur, et avaient hâte de quitter leur vie de luxe et de plaisir pour courir à la défense des frontières.

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