‹ Histoire de la Garde nationaleChapitre 9 sur 17 · CHAPITRE TU · texte numérisé non relu

CHAPITRE TU

DésafTection de la garde nationale. — Son esprit de corps et son moral. — Revue de la sixième division. — Alerte da 25 juin. — Pétition des vingt mille. — Dénonciation contre l'état-major. — Arrivée des fédérés. — Repas à Charenton. — Avis du département de la police. — 14 juillet 1792. — Pétition des fédérés. — La patrie en danger.

Le trône était perdu. La garde nationale se retirait de lui; les bataillons des Filles Saint-Tbomas, de Saint-Roch, de l'Oratoire, des Petits-Pères, restaient encore fidèles à la monarchie, mais ils étaient désavoués par la majorité. Dans la soirée du 21 juin, les grenadiers de garde aux Tuileries malmenèrent Pétion et Sergent; celui-ci fut même frappé et renversé. Il reçut presque aussitôt les excuses des officiers de la garde nationale, qui le prièrent de désigner le coupable, afin qu'on en fit bonne et prompte justice. Le lendemain, des citoyens de toutes les légions vinrent en foule offrir leurs bras au maire contre quiconque oserait finis.

8ulter,eti>lus de cinquante volontaires se présentèrent, les jours suivants, pour garder la mairie, dont le poste n'était que de vingt hommes.

Louis XVI se préoccupait vivement de ce qui se passait dans les légions. Il s'était fait remettre un mémoire intitulé Etat de la garde nationale parisienne y sa composition^ sa force, son esprit de corps et sonmoral{i). Suivant Tauteur anonyme, le nombre des citoyens enregistrés était de soixante mille, dont vingt-cinq mille habillés et armés, a Beaucoup de gardes nationaux se faisaient remplacer, et les remplaçants, pris dans la classe des pauvres gens, négligents et malpropres, éloignaient des corps de garde les autres volontaires.

« Les grenadiers sont des gens fermes et instruits au service; les canonniers sont des jeunes gens bouillants, pleins de feu, et trop patriotes. En général, il n'y a pas d'ensemble dans le corps de la garde nationale. En cas d'une attaque à Paris, le service se fera pendant huit jours ou quinze jours au plus. La garde nationale peut tenir tète à douxe mille Allemands ; mais elle n'est pas en état de faire mettre bas les armes à l'armée de Burgoyne (2).

« Le quartier Saint- Antoine et toute la première légion se composent de tètes échauffées. Santerre, commandant du bataillon des Enfants-Trouvés, est

(1) dévolutions de Paris, n. 162, p. 294.

(2) Général anglais qui, envoyé contre les États-Unis d'Amérique, fut obligé de capituler.

exalté ; on doit le craindre. Les bataillons des qnar-tiers Saint-Denis et Saint-Martin sont républicains. Ceux qui avoisinent le& places Vendôme et des Victoires sont bien disposés, étant composés de ricbes propriétaires et financiers. Les faubourgs Saint*Mar* ceau et Saint-Jacques sont remplis de gros entrepreneurs, ayant du crédit sur Tesprit des ouvriers qu'ils employent, ou qui les remplacent. La sixième légion^ celle de la Cité, est la mieux exercée et la plus patriotique ; on peut tout exiger du chef. Lacbenaye, et les commandants sont attachés au château* »

Cette division fut passée en revue par le roi, le 24 juin, aux Champs-Elysées. Il y parut avec un panache tricolore à son chapeau ; la reine raccompagnait, parée de plumes et de falbalas aux trois couleurs, et tenant par la main le dauphin ;en uniforme national. Les dravo, les vivats^ accueillirent la famille royale; mais Vesprit révolutionnaire attaquait même les zélés défenseurs de la couronne. Quelques gardes nationaux, s'approchant de Louis XVI, lui dirent : et Sire, la nation vous verrait avec plaisir porter Tuniforme de la Révolution. — Je le désire depuis longtemps, répliqua-t-il ; mais j'ignore si la Constitution ne s*y oppose pas. » Réponse vague , dont reffet fut de refroidir Fenthousiasme qu'il inspirait.

Dans la soirée, on pressentit un nouveau mouve* ment des faubourgs. Pétion s'y transportant, les trouva paisibles, et écrivit au ministre de l'intérieur : «Les bruits alarmants sont dénués de tout fondement ; rien

De m*annonee des troubles; ils ne pourraient être excités que par Texagération des mesures de précaution qu'on affecte de prendre. Elles ne sont, pour ainsi dire, qu'un tocsin d'alarme. Annoncer ainsi le péril lorsqu'il n'existe pas, c'est agiter inutilement les esprits, fatiguer la garde nationale, et faire croire que Paris est dans un état de crise. » Malgré ces assurances de paix, le rappel battit à plusieurs reprises, pendant la journée du 25 juin ; mais les gardes nationaux qui y répondirent furent en petit nombre. Dans presque tous les bataillons, les canonniers refusèrent de marcher. Le Moniteur disait à ce propos, le 26 juin : « La garde nationale, contre l'espoir de nos colomniateurs, ne fait qu'un avec le peuple. Le citoyen laborieux, en sortant de son atelier, en quittant son travail, ne cesse pas d'être patriote ; en prenant les armes, il ne revêt pas avec son uniforme un esprit incivique et meurtrier. Sous cet habit, comme sans cet habit, liberté, union, égalité, sont le vœu de son cœur et la règle de sa conduite.

a Ce qu'on fait, depuis le 20 juin, pour corrompre Vexcellent esprit qui anime la grande majorité de la garde nationale, est et sera sans succès. Les tambourinades d'hier, sans nécessité, sans réquisition, comme sans fruit, sont une leçon dont il faut croire que ceux pour qui se faisait tout ce train, voudront bien enfin profiter. »

Un autre journal-affiche, la Sentinelle, rédigée par Louvet de Couvray, prêtait ce langage aux gardes

DE LA GARDE NATIONALE. i^^

nationaux : a Eh! malheureux tambour, que me veuxtu? Irai-je, sous le commandement d'un état-m^gor gangrené d'aristocratie, m' exposer à combattre pour la contre -révolution? Ces armes, que la liberté m*a mises à la main, m'en servirai-je pour appuyer les complots d'une cour qui me prépare la servitude? tes tournerai-je au détriment de la première autorité qui fait de bons décrets, en faveur de la seconde qui les paralyse, et contre un peuple souverain dont on a lassé la patience? Non, quelques intrigues que Tétatmajor prépare, on n'étouffera point les sentiments de la justice et de la nature. Ils parleront toujours au eœur de la grande majorité de la garde nationale pa* risienne. Oui, de la grande majorité, car hier, malgré vos fréquents rappels, vous n'avez pu rassembler sous vos drapeaux qu'un petit nombre de volontaires, dont je parierais encore que la portion la plus considérable n'était pas disposée à servir vos projets de sang. »

Les constitutionnels tentèrent un dernier effort. Guillaume, avoué au tribunal de cassation, ex-constituant, rédigea une adresse, qui fut déposée chez les notaires, et reçut sept mille quatre cent onze signatures (1). On y dénonçait les attentats du 20 juin ; on s'y plaignait du zèle passif auquel les soldats citoyens avaient éré réduits pendant celte triste journée. «La garde nationale, tant celle qui était au cbftteau que

(1) MonUêvr du 3 juillet 1792, n. 188.

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celle qui fonnait la réserve de chaque quartier, a eu a douleur, qui approche du désespoir, d'être dénuée de tout ordre du commandant, et de ne pouvoir y suppléer elle-même sans violer toutes les lois de la diiciphne, dont elle doit et a toujours donné Texeraple. Dans cette privation absolue d'ordres militaires, es passages ont été ouverts, et le courage de la garde nationale enchaîné au château même, sur les réquisitions multipliées de plusieurs officiers municipaux en écharpe, et parlant, disaient-ils, au nom de la loi. »

La pétition fut soumise au corps législatif comme émanée de vingt mille citoyens, mais elle n'obtint aucun succès. Les rumeurs des tribunes et de la gauche étouffèrent à plusieurs reprises la voix de l'orateur. Une autre adresse, présentée par la section de Bonne-Nouvelle, et qui inculpait l'état-major, fut au contraire couverte d'applaudissements. <xNous demandons, dit l'orateur, le licenciement de Tétat-major de la garde nationale parisienne. C'est cette corporation aristocratique qui est l'une des sources de nos troubles et de nos divisions. Cet état-major est une espèce de corps de réserve aristocratique, qui fait circuler à Tordre le poison de ses opinions, pour provoquer contre les plus sages de vos décrets des veto soidisant suspensifs.» Une seconde députation de citoyens de toutes les sections parut à la barre, le 2 juillet, et dit: «Nous dénonçons l'incivisme de l'étatmajor; que tardez-vous à en ordonner le licencie-

ment? » Sur la motion de Thuriot , F Assemblée entra sur-le-cbamp en délibération, et, aux acclamations des tribunes, adopta, sauf rédaction, le principe du licenciement.

C'était un triomphe pour le parti démocratique; l'arrivée des fédérés lui donna de nouvelles forces. Ils étaient en petit nombre, deux mille neuf cent soixante seulement, ce dont Pétion expliquait ainsi les causes (i). f Les départements de nos frontières menacées ont gardé dans leur sein beaucoup de gardes nationales pour leur défense particulière. Un grand nombre de braves gardes nationales se trouvent dans nos armées, et enfin les habitants des campagnes sont occupés de leurs moissons. » En outre, sans organiser une fédération générale, le corps législatif avait sim« plement décrété que les volontaires qui se trouveraient à Paris le 14 juillet, assisteraient à la célébratiou de Panniversaire de la prise de la Bastille ; qt^'ils se réuniraient, pour le serment fédératif, aux compagnies de la garde nationale parisienne, dans l'arrondissement desquelles ils auraient obtenu des logements ; qu'ils iraient ensuite former une réserve à Soissons.

Les fédérés ne donnaient donc point aux patriotes une puissance numérique ; mais c'étaient presque tous desbommesd'action, prêts à tout entreprendre contre U cour. Marseille, Brest, Nantes, Angers, Dijon, Grenoble,

(1) Lettre k TAssemblée législative.

Besançon, Chalon-sur-Saône, avaient fourni des con« tingents, et ces villes s'étaient signalées parleurs tendances républicaines et leur fougue révolutionnaire. Le peuple pouvait compter sur les fédérés ; aussi Santerre les accabla t*il de prévenances. Il en réunit douze cents dans un banquet, à Charenton, à Thôtel du Cadran bleu, et échauffa leurs tètes à force de harangues et de libations. La faction royaliste leur lit également des avances ; elle leur proposa les projets les plus horribles (i). Les agents de Goblentz, qui affluaient au Palais-Royal, cherchèrent à les entraîner dans les tripots clandestins des rues adjacentes. La municipalité les prévint du danger par un avis écrit en style de mélodrame, Tune des pièces les plus curieuses qui soient jamais émanées d'une autorité constituée (2) :

a Français , que le patriotisme conduit dans cette ville pour renouveler avec nous le serment de vivre libres ou mourir ; qui venez, en mêlant vos armes aux nôtres, faire trembler les traîtres et goûter dans nos bras les douceurs d'une fraternité inconnue aux esclaves et aux conspirateurs; amis, craignez aussi les pièges qui seront tendus sous vos pas.

a Au Palais-Royal, dans ce lieu qui fut le berceau de la révolution, le rendez-vous constant des patriotes pendant longtemps; dans ce lieu charmant, où le

(1) Lettre à TAssemblëe législative, Moniteur^ n. 206. ( 2) Courrier frahçais du 14 jiiiiiet t792, n. 147, p. ii9.

plaisir va vous attirer, il existe des repaires affreux , où, sous respoir,d' une fortune incertaine et balancée par la ruse, des brigands vous attirent ; où des femmes, se prostituant pour mieux servir leurs complices, vous enchaînent sous les verrou x de trois épaisses grilles de fer, au milieu des poignards; à chaque porte de ces tripots, où les malheureux étrangers, heureux encore de n'y pas perdre la vie, laissent sur une table , à la merci des fripons qui l'entourent , leur fortune, des hommes gagés pour ce métier infâme se promènent, et vous invitent à monter pour une jolie société. Qn vous distribuera des caries pour des concerts, pour des clubs ou des festins agréables. Rejetez, repoussez loin de vous ces appels dangereux.

« Vos parents, vos "épouses, vous ont envoyés au milieu de nous pour célébrer la fête de la liberté conquise , pour nous préparer encore à la défendre ; que ces jours ne soient point empoisonnés par des regrets, a Si les magistrats du peuple, malgré leurs efforts, ne peuvent détruire complètement ces cavernes affreuses, au moins ils auront rempli un devoir en vous les indiquant.

(c Les administrateurs de la police ,

« Pbbron, Vignér, Sergent, Panis. »

Les fédérés restèrent Insensibles aux séductions dont les environnait le parti aristocratique; et, à la fête du 14 juillet, ils ne manifestèrent , à Tëgard du château, que des sentiments hostiles.

La fédération de 1792 offrit un aspect que les précédentes n'avaient pas présenté. Les habits de toutes couleurs étaient mêlés aux uniformes, les piques étincelaient auprès des fusils , et les gardes nationaux des départements étaient confondus avec ceux de Paris. Les six légions, convoquées dès cinq heures du matin, occupaient les boulevards depuis la place de la Bastille jusqu'à la porte St-Martin. Entre les bataillons étaient des groupes d'hommes, de femmes et d'enfants, portant des branches d'arbres, des instruments aratoires , des faisceaux d*armes , des statues symboliques. Le cortège n'entra au Champ de Mars qu'entre quatre et cinq heures du soir. Louis XYI y était depuis midi , escorté de quatre compagnies de suisses et du fidèle bataillon des Filles-Saint-Thomas. Telle était son inquiétude, qu'avant de partir, il avait endossé une espèce de cuirasse, à l'épreuve du poignard et des balles (l). On fit à peine attention à lui , quoiqu'il eût consenti à quitter l'École Militaire pour venir prêter serment sur Tautel de la patrie. Plusieurs commandants arrêtèrent leurs bataillons devant la famille royale, dans l'espoir qu elle serait saluée par des vivats ; mais les gardes nationaux ne crièrent que Vive la nation! Vive la liberté! Vivent nos bons députés! Vive Pétion ! Le maire fut le héros de la cérémonie. Suspendu par le Directoire du département pour sa conduite au 20 juin, rétabli par un décret de l' Assem-

(1) Mémoires de madame Campan, t. II, p. 250.

blée , il avait conquis la popularité. La plupart des gardes nationaux avaient écrit à la craie sur leurs chapeaux : Vive Pétion ! Il s'enivrait d'autant d'hommages qu'en avait reçus. La Fayette à la fédération précédente. Quant à l'ancien commandant de la garde nationale, les soldats n'avaient plus pour lui que du dédain. Ses efforts en faveur de Louis XVI, ses déclamations contre les clubs, l'avaient perdu dans l'opinion publique. Il avait achevé de se déconsidérer en quittant l'armée, le 28 juin, pour venir à la barre accuser le peuple de Paris. Le héros des deux mondes , l'émule de Washington, n'était plus « qu'un intrigant, un lâche, un factieux, un faux protecteur du peuple, un audacieux, un ennemi de la Constitution, un hypocrite, l'agent dupé d'une faction dont il croyait être le chef, et dont il n'était que l'instrument (1). » On l'avait brûlé en effigie au Palais-Royal ; on le pendit à Marseille. Pendant la fête du 14 juillet, des rangs qu'il avait commandés sortait le cri de : Au diable La Fayette l Ses armoiries étaient placées en évidence au haut d'un peuplier chargé de blasons, qu'on brûla à la fin de la cérémonie ; et un malheureux canonnier, qui hasarda un Vive La Fayette ! fut assommé plus qu'à moitié.

Au serment fédératif , les volontaires des départements ajoutèrent celui de ne se séparer qu'après avoir

(1) Dénonciation des sections de Grenelle et du théâtre Français, séance du 1"' Juillet.

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obtenu la punition des traîtres et éternisé le r^e de la liberté (l). Ils organisèrent un comité de fédération^ dont Tesprit se révèle principalement dans la pétition du 1 7 Juillet. Il disait au corps législatif : a Nous avons laissé dans nos départements des millions d« citoyens qui nous ressemblent ; mais, quelque événement qui arrive, ne serions- nous que dix contre Cent, comme nous sommes cent contre dix, la victoire de la . liberté n'en serait pas moins certaine. Nous voulons triompher ou mourir ; mais nous ne voulons point combattre sous les ordres des courtisans et des complices des tyrans. On nous parle de faire la guerre à r Autriche, et TAutriche est dans nos camps, et dans le conseil du roi, et l'Autriche est à la tête de nos armées... Les défenseurs de la patrie demandent des chefs sous lesquels ils puissent exterminer ses ennemis ; mais pour avoir des chefs, il faut commencer par destituer les traîtres et les conspirateurs. »

Les événements donnaient raison aux pétitionnaires. Cinquante deux mille Prussiens marchaient sur la Lorraine ; les Autrichiens menaçaient la Flandre, Tarmée était désorganisée ; et les ministres la laissaient sans armes, sans habits, et même sans pain. Le corps législatif déclara que la patrie était en danger. Tous les citoyens en état de porter les armes, et ayant déjà fait le service des gardes nationales, furent mis c»n état d'activité permanente. Toutes les municipalités

\\) Journal des Jacobins^ n. 232.

furent autorisées à fatire fabriquer, aux frais du trésor public, des piques de six à, dix pieds, connues sous le nom dépiques du maréchal de Saxe, Ou créa des compagnies de chasseurs volontaires , et Ton ajouta une réserve de quarante deux bataillons de gardes nationaux volontaires aux cent quatre-vingt-sept qui s'étaient déjà formés (l). Un décret du 17 juillet fit en outre appel aux hommes de bonne volonté. >

« L'Assemblée nationale, convaincue que la défense de la patrie ne sera pas seulement pour les Français un devoir que la loi commande, mais un honneur qu'ils seront tous jaloux d'obtenir;

a Voulant leur laisser la gloire de manifester leur patriotisme par des mouvements spontanés ;

« Décrète ce qui suit :

« Toutes les communes qui, indépendamment du contingent demandé, fourniront subitement un ou plusieurs bataillons, une ou plusieurs compagnies, et même une ou plusieurs escouades de gardes nationaux armés et équippés, auront bien mérité de la patrie. »

La proclamation du danger de la patrie se fit le dimanche 22 juillet, avec des rites sévères et imposants.

(1) Armée de Luckner, 42 bataillons, 21 ,000 hommes ; armée de La Fayette, 44 bataillons, 22,000 hommes ; armée de Lamorliërc, 52 bataillons, 26,000 hommes ; armée de Montesquieu, 50 bataillons, 25,000 hommes ; dans Tintérieur, 7 bataillons^ 3,500 hommes ; aux colonies, 10 bataillons, 5,000 hommes; réserve, 42 bataillons, 53,600 hommes. Total, 229 bataillons, 126,100 hommes.

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Les batteries du Pont-Neuf grondèrent d'heure en heure, pendant toute la journée. A. une heure, deux cortèges partirent de la place de Grève, précédés de compagnies des six légions. Dans chacun d'eux, quatre huissiers de la municipalité à cheval tenaient des guidons sur lesquels on lisait : liberté,' égalité^ constitution^ patrie^ et au-dessous : publicité^ responsabilité. Suivaient douze municipaux et des notables, tous à cheval; puis un garde national à cheval, montrant ces mots écrits sur une bannière tricolore : citoyens, la patrie est en danger. Des détachements d'artillerie, de cavalerie et de garde nation aie fermaient la marche ( i ) • Sur des places désignées (2), un municipal lisait à haute voix Tacte de FAssemblée qui proclamait la patrie en danger. Des amphithéâtres avaient été élevés place Royale, place du théâtre des Italiens, carré Saint-Martin, Parvis Notre-Dame, place Dauphine, place de TËstrapade, place Maubert, place du Théâtre Français. Sur chacun d'eux était une tente ornée de

(1) V ordre, la marche et le cérémonial, suivi de VActe du Corps législatif sur les dangers de la patrie. Paris, chez Dubosquct, quai des Auguslins, 21 ; in-8.

(2) Stations. Partie sud: pont de la Tournelle, place Maubert, place Saint-Micbel, Croix-Rouge, rue de Bourgogne, pont Royal, pont Neuf, pontSaint-Micliel, pont au Cbange, la Grève. Partie nord : place de la Bastille, au coin de la rue de i'Oseille; rue Pastourelle, rue Saint-Martin, rue aux Ours, rue des Prouvaires, rue Saint-Honoré, place Louis XIV (des Victoires), place Vendôme, Carrousel, pont Neuf, pont Notre-Dame»

guirlandes de chêne, et flanquée de deux flammes tricolores. Là six notables et trois officiers municipaux, debout devant une planche posée sur deux caisses de tambours , recevaient les enrôlements volontaires. En une seule semaine , on enregis- - tra 9,793 citoyens de Paris, et 922 des départements. L'appel nominal en fut fait le dimanche suivant, sur la place de Grève, en présence de la municipalité et de quatre députés de chaque compagnie de la garde nationale, a Braves citoyens, leur dit Pétion, vous vous enrôlez sous les drapeaux de la liberté ; c'est pour la défendre, c'est pour combattre la tyrannie. Votre famille est maintenant au milieu des camps ; votre famille est la patrie ! Nous devons tout sacrifier à cette mère commune. Toutes nos affections particulières doivent se fondre dans ce grand intérêt général. Périssons plutôt que de souffrir que notre sol soit souillé par Tcsclavage. Mais non, les despotes seront vaincus. Volez à la victoire ! La postérité vous désignera comme les premiers soutiens de nos droits. Recevez, avant votre glorieux départ, les témoignages d'amitié et les bénédictions de vos concitoyens, de vos amis, de vos frères, et les félicitations des magistrats du pleuple. »

CHAPITBE TIIL

Pamphlets royalistes. — Diatribes contre les Yolontaires. » Les fédérés marseillais. — Rixe du 30 juillet 1792. — 10 août.

Loin d'applaudir à Tardear des volontaires, la faction aristocratique traitait avec dédain ces misérables citoyens soldats (1). Des milliers de pamphlets présageaient leur défaite et la victoire de Tétranger. La 7'able d'hôte à Provins traçait ainsi le plan de campagne des volontaires :

On bat la générale au camp

Des émigrants,

Des Allemands.

Bender fait le commandement

(1) Ce sont les termes qu'emploie Bertrand de MoUevilIe, ministre de Louis XVI, dans son Histoire de la Révolution^ 1. VIII, p. 363.

De vous charger tambour battant.

Le trouble se met dans vos rangs; Le gros canon brutalement Vous casse la tête :

^ Alors prudemment La retraite Se fait en courant. ^ .

L'auteur du Règiie du prince trop bon dans le royaume des fous y avait .pris pour épigraphe : «En 1792, une armée victorieuse entrera dans Paris. » Le folliculaire Marchand, auteur des Sabats jacobites et de la Jacobinéidey ïbSsml le tableau de l'arrivée triomphale des coalisés. «Le roi, disait-ii (l), se mettra à la tête des Parisiens pour Aller recevoir aux barrières de Paris, les armées autrichiennes et prussiennes, et tout le monde chantera en français , en russe ou en allemand, en un mot, comme on voudra :

Ah ! ça' ira, ça ira, ça ira, <• De mal en bien tout change en France;

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira.

Car c'est Louis qui régnera,

Antoinette Ton chérira.

Et les Jacobins* i*on pendra.

« Le roi remontera sur son trône. On donnera des fêtes magnifiques à Tempereur, au roi de Prusse, au* duc de " Brunswick ; les émigrés redeviendront ce

(1) Les grands Sabats, n. 9, p. 139.

qu'ils étaient ci-devant. Il y aura grand spectacle à la place de Grève. On décrétera que la potence y sera en permanence pendant un an, car chaque jour on y fera quelques petites exécutions. »

La cour et les partisans de Fancien régime provoquaient ouvertement à l'anarchie. Le comte de Montlausier osait écrire : « C'est par une guerre civile que la France doit être sauvée (t). » Cette idée était développée avec audace dans le Dîner du grenadier à Brest; les Crimes cùiistitutionneh de la France; ÏAImanach de l'abbé Maury, couronné par la Société des amis de la monarchie, séant à Coblentz ; VÉpigamie des brigands^ satire de la rébellion dite révolution de France ; la Composition démocratifuge contre la rage française, par un médecin spirituel. Les brochures royalistes, dont quelques-unes étaient payées par la cour (2), semaient la discorde et la haine. Elles représentaient les fédérés comme des brigands, c< qui avaient prêté l'exécrable serment d'exterminer le tyran (3). » Des placards invitèrent à disperser par la force un nouveau détachement de cinq cents Marseillais, qui entra à Paris le 29 juillet. Le matin du 30, on distribuait dans les rues une dénonciation à la

(1) Dt0 moyen» d'opérer la conire-révoluHon, par M» de Montlausier, député de la noblesse d'Auvergne, 46 pages in-8.

(2) Pièceg annexées au Rapport de Gohier, du 16 septembre 179Î.

(3) Annales monarchiques, rue et hôtel Serpente, numéro du 26 juillet.

garde nationale, où était exposé un plan attribué aux Jacobins. Sous prétexte de fêter les nouveaux venus, ils devaient, disait-on, se réunir dans un banquet au Champ de Mars, aux Champs-Elysées, et au retour de cette orgie se porter au Château pour assassiner la reine. « On fait observer à la garde nationale, ajoutait le libelliste, qu'on est sûr que le plan a été pris et arrêté. Comme elle se trouve la seule force publique qui puisse déjouer ce plan, puisque la garde nationale est en ce moment la seule garde du roi et de la famille royale, on la charge expressément d'en arrêter les effets, et on lui déclare que, s'il faut qu'il s'exécute, c'est elle qui en répondra à la postérité, et plus efficacement encore aux puissances coalisées.»

Ce jour-là, les Marseillais, invités par Santcrre, dînaient effectivement aux Champs-Elysées, chez Voisin, jardin Royal. Moreau de Saint-Méry, Régifâud de Saint-Jean-d' Angély, Marquant, yalet-de-chambre de la reine, le juge de-paix Solior, et autres zélés royalistes, tous appartenant aux bataillons des Petits- Pères ou des Filles-Saint Thomas, s'installèrent dans un salon du même restaurant. Aux cris de Vivent les braves Marseillais ! vivent les fédérés ! Os ripostèrent par Vive le roi ! vive la reine I vive La Fayette ! La foule leur lança de la boue et des pierres ; les convives du banquet patriotique se jetèrent sur eux le sabre à la main, et les chargèrent jusqu'au bout de la place Louis XV. Plusieurs individus furent blessés dans la lutte, et l'agent de change Duhamel, lieute-

naot de grenadiers des Petits- Pères, fut sabré au coin de la rue Saint-Florentin. Quelques-uns des fuyards s*empressèrent d'aller porter leurs griefe à FAssemblée législative. La manière presque féroce dont ils furent accueillis, les applaudissements donnés à leurs contradicteurs, font ressortir les dissidences qui partageaient la garde nationale, et Tantipathie qu'inspiraient les opinions monarchiques. Nous citons textuellement le procès-verbal de la séance du 30 juillet, au soir :

Des gardes nationaux sont admis à la barre.

L'vrateur. Nous venons nous plaindre de ce que, dînant tranquillement entre nous, nous avons été assaillis par une troupe de gens égarés. Nous sommes tous dévoués à la défense de la liberté; nous n'avons, dans notre festin, fait aucune insulte à la constitution que nous chérissons , et cependant nous avons été assaillis d'une grêle de pierres. Six cents factieux...

Une petite partie de l'Assemblée et des tribunes poussent des huées.

a Les Marseillais ont fondu sur nous à coups de sabre et de pistolet ; ils ont assassiné un de nos camarades I D

Une voix s'élève dans les tribunes : Tant mieux!

a Notre ami eût mieux aimé verser son sang pour la patrie I Plusieurs d'entre nous ont été attaqués comme lui ; ils n'ont dû leur salut qu'à leur fermeté.

et à un signe de ralliement que M. Santerre leur a indiqué. »

Plusieurs voix des tribunes : Cela n'est pas vrai.

« Nous vous demandons justice ; le sang de nos frères crie vengeance ! »

Les tribunes poussent de nouvelles huées.

o Législateurs, la garde nationale de Paris vous a bien défendus ; vous ne verrez pas de sang-froid commencer sous vos yeux de tels assassinats ! »

Nouvelles huées des tribunes.

Le président (Lafont-Ladebat). L'Assemblée prendra en considération les faits que vojjs venez de lui dénoncer. Elle vous accorde les honneurs de la séance.

M, MePlin. Je demande l'ordre du jour.

Les gardes nationaux traversent la salle au milieu des huées des tribunes.

M, le président. Des gardes nationaux , de garde au Château, poste de la reine, demandent à être admis à la barre.

L'Assemblée décide qu'ils seront admis. Trois gardes nationaux entrent.

Un garde national. Nous sortons de faction chez la reine ; des gardes nationaux, barbouillés de boue exprès, sont entrés sans cartes chez le roi, la reine et le prince royal, qui se sont tout de suite rendus à notre corps-de-garde. Alors, un grenadier des Filles-Saint- Thomas a dit qu'il était allé diner aux Champs-Elysées avec ses camarades; que les Marseillais leur

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avaient crié de déposer les cocardes aux rubans; qu'ils leur avaient répondu qu'elles étaient bonnes ; qu'ensuite les Marseillais les avaient forcés à crier : Vive la nation 1 Sont-ce là des gardes nationaux ?

Une partie de TAssemblée et les tribunes applau*dissent.

Un second garde national. J'étais aussi en faction ; un grenadier m'a dit que les Marseillais étaient des brigands. Je lui ai répondu qu*il ne fallait pas parler ainsi, qu'ils allaient à la frontière. « Si tu n'étais pas en faction, reprit-il, je te f. mon sabre dans le ventre.» Alors j*ai mis la main sur mon sabre, voulant le tuer. Tout ce que j'ai pu faire, ça été de lui donner un coup de pied dans le ventre. Il a été conduit à rétat-major, qui l'a relâché. Au moment où nous avons voulu le prendre, une foule d'officiers nous «en ont empêché, en nous disant de rester à notre poste.

JUM. Brival et Montant^ ensemble. Ce sont des chevaliers du poignard.

Le premier garde national. Pendant que j'étais en faction, il est entré chez la reine six ou sept cents habillés de noir, qui y sont encore. Ce sont ceux qui veulent commencer la contre-révolution. Je demande l'exécution du décret qui licencie l'état-major.

Le président. L'Assemblée examinera les faits que vous venez de lui dénoncer ; elle vous accorde les honneurs de la séance.

Les trois gardes nationaux traversent la salle au mi-

lieu des applaudissements d'une partie de rAssemblée et des bravo des tribunes.

M, Gaston, J'ai été témoin oculaire. Il ne faut point considérer cet événement comme ordinaire; il pourrail bien conduire à dévoiler quelques grands complots. Quarante officiers paraissaient avoir été envoyés là pour provoquer les Marseillais.

Plusieurs voix s'élèvent : Cela est vrai.

« Voici le fait : Je me promenais aux Champs-Elysées, à Tendroit où les braves Marseillais prenaient paisiblement un repas frugal. Des officiers en uniforme de gardes nationaux étaient devant eux, à la portée du pistolet, et criaient : Vive le roi! Vive la reine! Vive La Fayette! On dit qu'ils ont même crié : Auf... la nation! mais je ne l'ai pas entendu. Dites donc aussi vive la nation! leur ont crié les Marseillais. On présume bien qu'ils n'entendaient pas avec plaisir les cris de vive le roi, si on n'y mêlait pas ceux de vive la nation. Quelqu'un leur dit que ces gens-là venaient pour les narguer; tout-à-coup je les ai vus franchir les fossés comme des lièvres ; ils ont tous tiré leurs sabres. Messieurs, c'était un spectacle imposant. »

Une partie de l'Assemblée et les tribunes applaudissent.

a J'ai pensé qu'il pouvait y avoir du danger, et je me suis précipité au milieu des sabres nus. Je suis, leur ai-je dit, député ; je vous conjure de ne pas tomber dans le piège qu'on vient vous tendre. Vous voyez là beaucoup d'hommes qui portent l'habit de gardes

196 HtSTOIRK

nationaux ; vous apprendrez peut-être que beaucx)up ne le sont pas. J*ai arrêté les Marseillais, et ils étaient disposés à rester tranquilles. Alors un des homnies qui avaient crié vive le roi, s'avança vers moi, avec un air • qui ne me faisait pas plaisir. Cependant les sabres des Marseillais brillaient dans leurs mains. Un des officiers, qui était blanc comme ma chemise, s>st mis à crier : Vive la nation ! Je crois bien que c'était un cri de peur. De part et d'autre, on s'en est allé, chacun de son côté. Les Marseillais se sont rangés entre eux en espèce de bataillon carré ; puis ils ont saisi ceux qui les avaient provoqués. Chemin faisant, dans la rue Saint- Florentin, un homme, qui avait l'air d'un fier-à-bras, les provoque de nouveau, et tire sur eux un coup de pistolet dont Famorce brûle sans que le coup parte. Les Marseillais n'ont pu se contenir, et j'ai vu leurs sabres tomber sur lui... »

Une partie des tribunes applaudit.

a On l'a transporté dans un café; j'y suis entré pour voir s'il n'était pas possible de lui porter secours ; mais il était étendu mort. Voilà tout ce que j'ai vu. »

L'Assemblée passe à l'ordre du jour, motivé sur ce que la justice doit avoir son cours ordinaire.

M. Grangetieuve. Le factionnaire de cette porte vient d'entendre un officier de la garde nationale en haussecol, dire que si l'Assemblée ne faisait pas justice des Marseillais, la garde nationale se ferait justice ellemême, avant huit heures du matin.

On demande que cet officier soit mandé à la barre.

DE LfL GARDE NATIONALE. 191

L'Assemblée, considérant le civisme de la garde nationale et son respect pour la loi, passe à Tordre du jour.

La séance est levée à onze heures et demie.

Le propos a( tribu 6 à l officier fut répété le lundemain daTïs les Grands .^ahtrJts (h Moi'chauâ, cr Je recommanderai è mes concitin eus de chasser de leur ville tous les brigands du Midi, et puisque TAssemblée natiojiiilc ne venge pas les Parisiens de Tattentat des Marseillais, il faut bien quQ la tfoi'de nationale se fasse jttslke i) v/k-tnàne :

Gens ric rariPi, pii^noz Ias arnus,

M:irclLCZ cotiLre eus, tic crargiiPK rien ;

De uietirt! ilii A vo^i aLaniKïs

r/c5t, ji: crois, Tunique moyiïn.

A ^'haqiic hévo& de Marseille

Qui vieiiL pour vous hrayer clie^ vous,

CoijpeK sfîulcmeiu une oreille,

La paiK renaîtra pamil vous. »

Pour arrêter Teffet de ces odieuses prédications, le corps légisia tir s'occupa toutefois de prévenir le retour de pan^illfs rixes. Il publia, le 3 août, une adresse aux gardes nationaux de Paris, et à leurs frères d^armci les gardes nationaux des divers départements, tf Les ennemis de la Constitution, leur disait-il, redoublent leurs efforts pour détruire voire force en la divisant ; c'esl au jiora de la liberté que vous adorez ;

c'est au nom de la loi, à- laquelle vous avez. Juré d'être fidèles, qu'ils osent semer parmi vous de funestes dissensions. Changeant à chaque instant de marche et de langage, saisissant avec art toutes les circonstances, ranimant toutes les préventions, enflammant tous les esprits, ils voudraient, de méfiance en méfiance, de divisions en divisions, vous entraîner au crime, et vous forcer à tourner vos armes les uns contre les autres. Ils voudraient amener au milieu de vous Tanarchie et les discordes civiles , ces horribles précurseurs du despotisme ; ils voudraient vous livrer sans défense aux puissances liguées contre votre liberté, votre indépendance et votre bonheur.

a Citoyens-soldats, voilà le précipice dans lequel on veut vous faire tomber. Les représentants de la nation viennent de vous le montrer ; ils ne le redoutent plus pour vous : votre civisme, votre fidélité, l'intérêt de la patrie, le vôtre, tout les assure qu'avertis des perfidies tramées contre votre propre sûreté, aucune force ne pourra vous vaincre, parce qu*aueune séduction ne pourra vous désunir. »

La cour n'en continua pas moins ses manœuvres. Un de ses agents, d'Orfeuille, rédacteur du Journal de la Cour et de la Ville^ proposa a de former autour du château un camp de six mille honnêtes gens choisis dans la garde nationale et autres citoyens de toutes les classes , qui ne désempareraient la tente que lorsque leurs Majestés n'auraient plus rien à redouter des brigands, o

Pour appuyer et populariser ce projet, Laporte, admiaistrateur de la liste civile, fit imprimer à un grand nombre d* exemplaires le Conseil à la garde nationale parisienne, relativement aux evéne-' ments des Champs-Elysées. Ce pamphlet était ainsi conçu :

a Gardes nationales parisiennes, laissez là toutes vos -affaires; vous n'en avez plus qu'une dont vous devez vous occuper uniquement pendant huit jours ; celle de vous défendre de Tarmée de brigands introduite dans vos murs, et accrue prodigieusement depuis un mois , et celle de défendre votre roi et son auguste famille, pour sauver vos propriétés et vos vies de la fureur des puissances voisines, qui vous enseveliront sous les ruines de votre ville , si vous souffrez qu'il soit fait la moindre insulte à vos maîtres.

a Ne quittez plus vos armes ; établissez des camps dans le Carrousel, à la place Vendôme, à celle de Louis XV , et sur les quais du Louvre et des Tuileries ; couchez sous la tente ; que tous les honnêtes citoyens s'empressent de vous y servir, de vous y porter les choses nécessaires à la vie, celles même qui peuvent contribuer à votre aisance.

« Établissez un gouvernement militaire , et demandez un chef intelligent , expérimenté et plein de zèle ; c'est le seul conseil qui me reste à vous donner. Vous ne m'avez pas cru jusqu'à présent; je vous ai cependant annoncé tous les malheurs dont vous vous plaignez déjà, et ceux qui vous menacent encore.

a Vous n'avez pas voulu reconnaître vos plus dangereux ennemis ; vous avez Jaissé grossir Forage qui s'amassait sur vos têtes ; vous avez eu la lâcheté de souffrir que des Génois, des Piémontais, des brigands, entrassent armés dans vôtre ville, et eussent Taudace de vous y faire la loi et d'assassiner vos camarades ; vous avez reconnu alors la sagesse de mes avis. Encore une fois, ne quittez plus vos armes , ne vous séparez plus ; et si vous avez parmi vous des partisans de l'anarchie, chassez-les, et mettez-les dans l'impos- . sibilité de vous faire du mal. »

Ce plan eut un commencement d'exécution : dans une maison du Carrousel , en face des Tuileries, s'établit, aux frais de la cour, un club français national^ composé de gardes nationaux royalistes. On y adjoignit six à sept cents auxiliaires bien choisis, en bonnets rouges, et armés de piques, payés par le ministre de l'intérieur, et dirigés par Lieutaud , officier que la garde nationale de Marseille avait chassé de ses rangs pour . cause d*incivisme. Le but apparent de cette troupe était d'aider la garde nationale à maintenir l'ordre , mais leur mission réelle était d'agir contre les jacobins. Ce fut Bertrand de Molleville qui organisa le club français et le corps des faux hommes du peuple, ce Le roi, dit-il, me chargea de payer la dépense, qui montait à près de mille livres par jour, y compris les faux frais du club et les rafraîchissements, qu'il fallait y faire fournir au plus bas prix possible, pour y attirer habituellement un plus grand nombre de soldats. Les

DE LA GARDE NATIONALE. 20t

piques, bonnets rouges, tables, chaises, bancs et autres meubles, coûtèrent environ neuf mille livres. Cet établissement fut complètement monté en moins de quatre jours. »

J)e leur côté, les jacobins travaillaient à démocratiser la garde nationale, à la soustraire complètement aux influences royalistes. A près avoir obtenu la réélection de rétat-major, ils demandèrent la réduction des soixante bataillons à quarante-huit , et l'abolition des compagnies de grenadiers et de chasseurs. Conformément au vœu des seqtions, la municipalité les convoqua, par arrêté du 31 juillet, pour délibérer sur l'organisation d'un nouvel état-major;

La réduction des bataillons au nombre des sections ;

La suppression de toutes prérogatives et distinctions accordées à certaines compagnies, comme étant contraires au droit d'égalité qui appartient à tous les' citoyens, et susceptibles d'inspirer un esprit de corps qui les.isole et les désunit.

Les grenadiers des Petits-Pères, à l'instigation de leur commandant Perrée (i), protestèrent contre cette mesure; mais presque toutes les compagnies s'y soumirent sans hésitation. Les grenadiers de la section des Gravilliérs donnèrent l'exemple du sacrifice, et vinrent dire à l'Assemblée , le 4 août : et Les grenadiers ont été créés par un génie astucieux et perfide ;

(«) Moniteur du 4 aoôt, n, 217.

902 HISTOIHE

qaelques*uiis se sont déshonorés pendant la révolution, pour s'attacher au pouvoir exécutif et baiser la main de sa femme. Nous déposons sur le bureau nos bonnets, que nous destinons à ceux de nos frères qui sont sur les frontières. » Le 6, des grenadiers de toutes les sections apportèrent à la barre leurs insignes , et prononcèrent ce discours :

a Législateurs, nous venons déclarer que nous renonçons à une distinction dangereuse , en abdiquant le titre de grenadiers de la garde nationale. Nous déposons sur le bureau nos bonnets et nos épaulettes. Rien ne peut nous engager à les porter, lorsqu'ils deviennent un signe de division, et qu'ils parent le front et les épaules de la plupart des habitués des Tuileries. Nous faisons observer à FAssemblée, qu'un service exact dans les nouvelles compagnies qu'on va former, prouvera à tous les malveillants* qu'à la place de ces bonnets, on verra toujours nos chapeaux dans le chemin de rhonneur. »

L'introduction des citoyens non actifs dans les cadres des compagnies, fut un dernier et terrible coup porté aux amis du château. Ce fut la section du Théètre-Français ( Odéon ), qui la proposa aux autres sections, par un arrêté signé de Banton, président; Chaumette et Momoro, secrétaires : « Considérant que tous les hommes qui sont nés, ou qui ont leur domicile en France, sont Français ;

« Que le courage des Français ne peut s'exercer ef-

ficacement que sous les armes et dans les grands débats politiques ;

c< Que, conséquemment, tous les Français sont ad* mis, par la Constitution elle-même, et à porter les armes pour leur patrie, et à délibérer sur tous les objets qui rintéressent ;

a Les citoyens dits actifs de la section du Théâtre- Français déclarent que les citoyens vulgairement et aristocratiquement connus sous le nom de citoyens passifs, sont des hommes français ;

« Partant qu'ils doivent être, et qu'ils sont appelés, tant dans le service de la garde nationale, pour y porter les armes , que dans les sections , pour y délibérer. »

Ainsi fut désorganisée la garde nationale, telle que l'avait créée la Constitution de 179i. La démocratie n'eut plus de contrepoids ; elle envahit toutes les forces publiques. Le duc de Brunswick, en insultant les gardes nationaux dans son insolent manifeste , fît de nouveaux ennemis au roi qu'il prétendait sauver. Il regardait comme certaine la défaite des Français ; il enjoignait aux gardes nationaux de veiller jorowsotVement à la tranquillité des villes et des campagnes^ et menaçait de la peine capitale ceux qui combattraient contre les troupes des deux cours alliées. La ville de Paris était sommée de se soumettre sur-le-champ au roi , et de lui assurer, ainsi qu'à toutes les personnes royales, l'inviolabilité et le respect auxquels le droit de la nature et des gens obligent les sujets envers les

souverains. Leurs Majestés impériale et royale, dont Brunswick était l'interprète , rendaient personnellement responsables de tous les événements, sur leurs têtes, pour être punis militairem^it , sans espoir de pardon , tous les meml^res de l'Assemblée nationale, de la municipalité et de la garde nationale de Paris. L. M. déclarant qu'en cas d'outrage à la personne de Louis XVI, Paris serait livré à une subversion totale ; maïs que si les révoltés obéissaient , on tâcherait d'obtenir de S. M. très-chrétienne", le pardon de leurs torts et de leurs erreurs.

Il fallait se soumettre aux coalisés, concourir au rétablissement des privilèges, ou marcher au-devant de Tennemi, et punir le roi de sa connivence en le renversant. Les sections de Paris, après plusieurs démarches auprès de l'Assemblée pour en obtenir la déchéance du pouvoir exécutif, se déclarèrent en permanence, et discutèrent publiquement des plans d'insurrection. Leur ultimatum fut que, si, le 9 août, à minuit, le corps législatif communal n'avait pas prononcé la déchéance du roi, on sonnerait le tocsin pour faire lever le peuple tout entier.

A l'heure fixée, les cloches retentissent ; l'arsenal est pillé par les Marseillais ; cent soixante-douze commissaires, désignés par les sections, s'installent à l'hôtel de ville, avec pouvoirs illimités de tout faire pour sauver la patrie. Parmi eux l'on distingue les démocrates les plus actifs : Billaud de Yarennes et Chaumette (section du Théâtre-Français); Léonard Bourdon

(section des Gravilliers) ; le journaliste Hébert (section de Bonne-Nouvelle) ; Robespierre (section de la place Vendôire) ; lé cordonnier Simon (section Beaubourg); Xavier Audoin (section de la fontaine de Grenelle) ; Henriot (section du jardin des Plantes) ; Hassenfratz (section de l'Oratoire) ; le limonadier Michonis (section du marché des Innocents) ; Hùguenin et Rossignol (section des Quinze- Vingts) ; Tarchitecte Lescol- Fleuriot (section du Louvre) ; l'acteur Michot (section des Tuileries) ; Pache (section du Luxembourg). Cette commune insurrectionnelle fait battre la générale, et enjoint d'illuminer toutes les maisons; le siège des Tuileries est résolu , et les forces populaires se mas- §ent sur quatre points principaux : à la place du Théâtre-Français, au marché aux chevaux, à l'arsenal, et au petit Saint-Antoine.

Dans la soirée. Mandat, chef de la 4* légion, faisant les fonctions décommandant général, était venu offrir au corps législatif Thommage de la garde nationale , et rassurer qu'elle veillerait au maintien des propriétés et à la sûreté des personnes. Il dirigea sur le château environ deux mille quatre cents gardes nationaux, des bataillons des Filles-Saint-Tbomas, des Petits-Pères, des Prémontrés, des Cordeliers, des Minimes, de la Croix-Rouge, des jacobins Saint-Dominique, etc. U se rendit aux Tuileries , où se trouvaient déjà plusieurs officiers de la gardé nationale : Belair, Baudin de la Chesnaye, Montjourdain fils, administrateur des domaines, commandant du bataillon de

206 HISTOIRB

SaiDt-Laarent ; Jean de Courchaïqps, du bataillon du petit Saint-Antoine ^ adjudant général de rartillerie nationale parisienne ; Guyaux , commandant du bataillon des Gordeliers. Pétion était assis sur Fesealier de la terrasse» etennrooné de grenadiers du bataillon des Filles-Saint-Thomasy qui l'observaient avee défiance, a Monsieur le maire, lui dit Fun d'eux, nous voyons avec la plus vive satisfaction, avec une recon* naissance respectueuse, que votre zèle remporte toujours sur la malveillance de vos ennemis; que vous êtes partout où vous pouvez servir utilement la patrie; mais cela ne suffit pas. Pourquoi souffrez -vous des rassemblements partiels, qui en amènent de généraux? Pourquoi vous laissez-vous dominer par des factieux , qui vous perdront ? Pourquoi , par exemple, le sieur Santerre est-il toujours avec vous , toujours hors d* atteinte de la loi? Pourquoi, dans ce moment, est-il à Thôtel de ville ? Monsieur le maire, vous répondez de la tranquillité publique, de la conservation de nos propriétés.... — Monsieur, interrompit Pétion, qu'est-ce que cela veut dire ? Vous oubliez... le respect... Vous manquez... » Au même instant, presque tous les gardes nationaux imposèrent silence à leur camarade, et le forcèrent à s'éloigner. A deux heures et demie du matin, FAssemblée nationale, instruite de la position embarrassante du maire, le manda à la barre ; et ceux qui avaient projeté de le garder comme étage , n'osèrent mettre leur dessein à exécution.

Mandat quitta le château à quatre heures, pour aller

à i'hôlel de ville , où il était appelé ; mais avant de s'éloigner , il remit aux Suisses cette proclamation : « Soldats, un attroupement va se présenter ; il est enjoint à nôiis, officiers de la loi, par le décret du 3 oc^ tobre, de requérir la garde nationale, et à vous, troupes de ligne, de vous opposer à cet attroupement, et de repousser la force par la force (l). »

Mandat fut introduit devant les commissaires des sections, comme un criminel devant des juges prévenus. L'interrogatoire qu'il y subit est consigné dans les procès-verbaux de la commune de Paris (2), Interrogé en vertu de quel ordre il a doublé la garde du château, et sommé de le représenter, il a répondu : « Si j'en avais été prévenu, j'aurais apporté Tordre de M. le maire, que j'ai laissé dans mes papiers. »

On lui observe que M. le maire n'avait point donné cet ordre.

Béponse : C'est une réquisition générale que j'ai présentée au département. Si un commandant général ne peut pas prendre des précautions subites pour un événement imprévu , il n'est pas possible de commander.

Interrogé s'il a eu un ordre formel de faire marcher le canon, il dit : « Quand le bataillon marche, les ca-

(1) Bécit de la conduite des gardes suisses ^ par le colonel Pfyffer d'AItenhoffen. Luceme, 1819.

(2) 'Archives de la mile de Paris.

208 UiSTOlEË

noDS marchent aussi ; c'est un usage qui a été observé de tous temps, et même sous La Fayette. »

Interrogé quel jour il a reçu Tordre de M. le maire, il a répondu : « 11 y a trois jours. 11 est au château ; . je le rapporterai. >>

Sur cette réponse, l'Assemblée a arrêté que Ton enverrait les commissaires à M. le maire.

L'Assemblée générale a continué l'interrogatoire de M. Mandat, et sur ce qu'elle lui a demandé quels orr dres il a reçus pour le poste de Henri IV , il a dit : « Voilà comme se donnent les ordres : le commandant général donne au chef de légion Tordre que celui-ci envoie à ses bataillons. Pour les canons braqués, je n'ai point donné ni ne donne d'ordre; les canons vont avec les bataillons. »

Interrogé s'il n'a pas retenu M. le maire au château, il a répondu : ce La garde nationale a eu la plus grande honnêteté avec M. le maire ; il n'a point été retenu, et moi, en mon particulier, je l'ai salué et je me suis retiré. »

Interrogé quelle personne écrivait hier au château en sa présence , il a répondu que c'était son secrétaire.

Un officier municipal a entendu dire, par le même secrétaire, que M. le maire était là et n'en sortirait pas. Un des collègues du magistrat a entendu le même pro;)os. Le propos , communiqué à des députée de l'Assemblée nationale , ils ont provoqué le décret qui le mandait à la barre. M. Mandat ajoutait, en parlant

de M. Pétion à des grenadiers des Gravilliers : a Vous allez le ramener , sa tête vous répond du moindre mouvement. »

D'après ces observations , le conseil a pensé qu'il (levait en référer à l'Assemblée nationale et à la commune.

Le conseil anèle qu'il sera nommé un commandant général provisoire. Le citoyen Santerre, connu par son patnotismci el les services importants qu^il a rendus à la rcvolulton, e&t non^mé d'une voi\ unanime,

M. ManiJîà, interrogé de nouveau sur le [lombre d'hommes ffu'il a portes aux Tuileries, a répondu en ' avoir douze cents; la garde ordin^re est de six eents- M, le maire Vu requis de doubler ses forces.

Sur les diiïcrcntes questions qui lui ont été faites , M*. Mandat dit que le nombre ordiuaire des suisses élail de trois cents hommes; qu'il y avait de plus une réserve de cent hommes de gardes nationaux ; qu'il avait demandé des munirions ; maïs qu*on lui en avait ivfnsc; qu'il y avait huil pièces de canon appartenant aux bataillons des Pelits- Pères , des Filles-Sainl-Tlioinas, enfin imx dillerentes légions.

Un membre a observé qu'on déposait à Tinslant sur le bui'eau du conseil général- une lettre de M. Mandat; qu il était important de la connaître. Les commissaires charges de Taller chercher la rapportent surle-ebauip et en donnent lecture ; elle est ainsi conçue ;

tf Lecommaudant général ordonne au commandant du biÉlaillon de service à la ville de dissiper la colonne

9ta HISTOIEB

d'attroupement qui marcherait pour se porter au dià* teau, tant avec la garde nationale qu*avec la gendarmerie, soit à pied, soit à cheval, en l'attaquant par derrière.

c( Signé ^ le commandant général BIandat (i). »

Lecture faite de cette lettre , TAssemblée a arrêté que M. Mandat serait envoyé sur-le-champ dans la prison de la maison coomiune.

Sur la demande de Tun de ses membres, FAssembléea arrêté qu'il serait donné une garde de six cents hommes à M. Pétion ; charge le commandant général de rexécution du présent arrêté.

Trois cents hommes de la section du Temple, et cent cinquante de celle des Gravilliers, se rendront à la maison commune.

L'Assemblée arrête que M. Mandat sera transféré de U prison de Thôtelde ville dans celle de T Abbaye» pour sa plus grande sûreté. )»

C'était renvoyer à la mort. A peine ce malheureux eut-il mis le pied sur la place de Grève, qu'un coup de pistolet le renversa ; il fut achevé à coups de sabres

(1) Ce fut un garde naUonal qui apporta cet ordre. On lit dans le procès-verbal de la séance de la Commune, du 11 août : c< Un officier de la garde nationale de la section des Blancs-Manteaux, envoyé par le commandant général, rend compte de sa mission aux Tuileries. Le conseil vote des remerciements à cet officier généreux, avec d'autant plus de plaisir, que c'est lui qui a dénoncé la lettre infâme du plus infâme Mandat. »

et de piques, et l'on jeta son corps à la Seine. La commune annonça froidement ce supplice aux Parisiens par la proclamation suivante ;

Le public est averti que le sif'ur Mandat, chef de lésion, a f^ubi la punition de sn s crimes^ lorsque TAssemblée générale des représentants des 4S sections, le faisait conduire à l'Abbaye,

5îffwp' HLGtTËNiN, président;

u Signé Tallœn, Léonard Bûehdotï, secrétaires, b

La mort de Mandat, laissa sans direction la faible portion de la garde nationale qtii soutenait le parti de Louis X-VL Toutefois, la doreuse des Tuileries fut organisée par Boissieu, maréchal de camp, commandant de la division de Paris, et par Bauditi de La Cbesnaye, qui, en t*abseuce du chef de la 5* légion , devenait de droit commandant généraK Dans la cour des princes , où était le corps de garde national , on plaça des pii^ces de canon, une compagnie de Suisses, une partie du hataillon des Filles-Saint-Thomas, et trentegendarmes à pied. Dans la rouj^ des Suisses, cent gardes nationaux de divers bataillons formèrent la gaucbe d'ime compagnie de fusiliers suisses, avec deux pièces de canon, La grande cour centrale fut occupée par des gardes nationaux et des Suisses, et trois pièces de canon furent mises en batterie devant la porte principale* Les grenadiers des Fillcs-Saint-Tho* mas et des Petits-Pérea se rangèrent le Jong du cbè-

teau, du côté du jardin. Au Pont-Tournant s'établit

une réserve de garde nationale, avec deux pièces de

canon.

François Viard, capitaine de la compagnie de chasseurs des jaeobins-Saint-Dominique, était de garde avec une vingtaine d'hommes dans les appartements du roi. Le vieux maréchal de Mailly, MM. Goguelat, Aubier, et environ deux cents autres gentilshommes, qui étaient venus offrir au roi leurs servives, s'étaient divisés en deux bandes : Tune dans VŒil-de-Bœuf, . commandée par le lieutenant général Puységur et le maréchal de camp Pontiabbé ; Fautre, dans la galerie des Carraches^ sous les ordres du lieutenant général Vioraénil, et du maréchal de camp d'Hervilly^Les armes .de cette cohorte aristocratique semblaient avoir été empruntées à un attroupement des faubourgs ; c'étaient des épées, des pistolets, des chenets, des flambeaux, des peltes, des pincettes, qu'ils portaient sur l'épaule en guise de fusils (1).

Au dehors., quatre-vingts hommes de gendarmerie 'à cheval campaient devant la colonnade du Louvre ; le bataillon de Henri IV barrait le Pont- Neuf. Les gardes nationaux de Saint-Roch,^ de la place Vendôme , de l'Oratoire et de Saiqt-Honoré se tenaient sous les armes, prêts à marcher au premier sjgnaL

Vers cinq heures du matin, Louis XVI parut à la

(t) Mémoires de madame Campan, t. U, p. 243.

DE LA GARDE NATIONALE. 31 d

fenêtre de la salle des Gardés. Aussitôt suisses et gardes nationaux mirent leurs chapeaux et leurs bonnets au bout de leurs baïonnettes, en criant : Vive le roi ! Enhardi par cet accueil, il descendit dans la cour, accompagné de la reine, du dauphin, de madame Elisabeth ; il avait pour état-major le maréchal de camp Boissieu; Tex- ministre de la guerre Lajard; Bigot de Sainte-Croix, ministre des affaires étrangères ; M. de Brige, écuyer ; M. de Maillai'doz; lieutenant colonel de )a garde suisse ; les majors Backmann et Zimmermann ; M. de Salverl et le prince de Poix. 11 était en habit violet uni , le chapeau sous le bras et répée au côté. Les grenadiers et les Suisses crièrent Vive le roi! mais « les canonniers étaient tous sans exception des révolutionnaires forcenés (l). » Ceux des bataillons de la Croix-Rouge et des Cordeliers ne cessèrent de répéter : Vive la nation ! Nous n* avons, nous ne reconnaissons d'autre maître que la nation. » Ils débourrèrent leurs pièces, et déclarèrent qu'ils ne s'en serviraient pas. « J'étais, dit madame Campan, à une fenêtre du côté du jardin : je vis des canonniers quitter leurs postes et ^'approcher du roi , lui mettant le poing sous le nez en Finsultant par les plus grossiers propos.. MM. de Salvert et de Brige les éloignèrent avec vigueur. Le roi était pâle, comme s'il eût cessé d'exister. La famille royale rentra ; la reine me dit que tout était perdu ; que le roi n'avait montré aucune

(1) Hisi. par'fiorlrandUe MoUcvilIe, t. IX, p. 74.

énergie, et que cette espèce de revue avait fait plus de

mal que de bien (l).

Au moment où le roi remontait dans ses appartements, le bataillon de Saint -Marcel, commandé par MM. Alexandre et Azvvilly, déboucha dans la cour royale. On vit en lui un renfort ; mais toute illusion se dissipa» quand on Tentendit crier : Vive Pétion! Vive la nation ! A bas le veto! A bas le traître! On le posta sur la terrasse du bord de Peau, qu*il abandonna bientôt pour aller attendre sur le quai les assiégeants.

La défecti(m s'était glissée même dans les rangs du bataillon des Filles-Saint-Tbomas. Il y avait parmi eux un certain nombre de patriotes qui, afin de se reconnaître , avaient adopté pour mot d'ordre la date 1792 (2). Les autres , quel que fût leur dévouement , ne voyaient pas sans mécontentement les nobles auxiliaires de VŒil'de-Bœuf. « Que fout*ils ici 1 disaientils ; pourquoi les mettre à part de la suite ? S'ils voulaient défendre la Constitution, ils seraient parmi nous, ils porteraient Tuniforme national; mais ils détestent la révolution, parce qu'elle établit le droit commun ; ils haïssent les bourgeois ; ils nous méprisent, enfin. »

Le chef de légion Belair se chargea de faire desre-

(1) Mémoires de madame Campan, t. II, p. 246.

(2) Lettre d'Aubier, gentUliomme ordinaire de la chambre, à Mallet du Pan.

présentations à la reine, a Ces messieurs, répliqua-telle, sont venus ici pour nous défendre, et nous comptons sur eux. Ils vous obéiront ; mettez-les à Tembouchure d'un canon, et ils vous feront voir comment (n meurt pour son roi. » Cette réponse ne satisfit point les grenadiers ; elle ne justifiait point la mesure impolitique qui les éloignait des appartements. Pour étouffer les murmures, le frère de lait de Marie-Antoinette, Weber, qui faisait partie du batnillon des Filles-Saint- Thomas , conduisit une vingtaine de ses camarades auprès de la famille royale (1). Les gentilshommes les reçurent avec de vifs témoignages d'estime , et des cris de Vivent les grenadiers des Filles-Saint-Thomast Vive cette fidèle garde nationale l c( Messieurs , dit la reine, tout ce que vous avez de plus cher, vos femmes, vos enfants, vos propriétés, tout dépend aujourd'hui de notre existence , notre intérêt est commun ; vous ne devez pas avoir la moindre défiance de ces braves serviteurs, qui partageront vos dangers, et vous défendront jusqu'à leur dernier soupir. — Oui ! oui 1 répétèrent les gentilshommes , oui, camarades, nous défendrons ensemble nos maîtres jusqu'à la mort, d Les grenadiers chargèrent leurs fusils avec enthousiasme , et échangèrent des poignées de main avec les nobles.

Les dispositions de ceux qui restaient dans les cours n'étaient pas aussi favorables. A sept heures et demie,

(l) Mémoires de Weber, t. II, p. 224,

Rœderer , procureur général syndic y annonce l'approche des insurgés. « Citoyens-soldats , dit^il , soldats-citoyens, Français et Suisses , un attroupement va se présenter ; il menacé la personne du chef du pouvoir exécutif. Au nom de la loi, il vous est défendu d^attaquer ; mais vous êtes autorisés à repousser la force par la force. » Un morne silence accueille ce discours ; peu à peu les rangs de la garde nationale se dégarnissent. Deux bataillons, qui viennent d'entrer, reprennent le chemin du Carrousel, où ils se déploient pour arrêter la marche de ceux qui peuvent arriver au secours du roi. « Bientôt il faut renoncer totalement à l'espérance que Ton a conçue de voir la garde nationale réparer la journée du 20 juin (I). » Rœderer comprend l'imminence du danger , l'impossibilité de la résistance, et va dire à la famille royale que le seul moyen de salut est de se réfugier au sein de TAssemblée nationale.

Le roi y avait déjà songé ; il en avait été détourné par une lettre d'un de ses agents, Sainte-Foix, qui avait écrit , le 9 août : « Cette mesure est tout à fait mauvaise et fausse ; elle peut avoir des suites désastreuses , en ce qu'elle pourrait dégoûter la garde nationale , qui se montrera bien mieux quand il s'agira de défendre Vos Majestés dans vos propres demeurés. » La suite démontra que Sainte-Croix avait raison.

(1) Hisloirp du 10 ar.ét ^ par Peliler. Londres, 1797, t. T, p. 129.

Néanmoins, l'urgence du péril ne laissait d'autre parti que la fuile. Le bataillon de^ Henri IV avait livré passage à la colonne du faubourg Saint-Marceau ; les gendarmes à cheval s'étaient débandés , en criant : Vive la nation! Trente mille hommes, bourgeois, ouvriers, gardes nationaux , fédérés marseillais ou bre-^ tons, se ruaient à Tassant par les quais et la rue Saint- Honoré. Marie- Antoinette voulait combattre, « et se faire clouer aux murs du château plutôt que d'en sortir (i). Elle dit même au roi , en lui présentant un pist(>let, arraché de I4 ceinture d'un seigneur : « Allons, monsieur, voilà le moment de vous montrer. (2) — Vous voulez donc, madame, reprit Rœderer, vous rendre coupable de la mort du roi , de vos deux enfants, de vous-même et de toutes les personnes qui sont dans le château? » Sans répondre, le roi se leva, et par son geste lit signe de le suivre. Pour rassurer ses serviteurs, il leur dit, en descendant l'escalier : « Je reviendrai dans une demi-heure. Chamilly (c'était son premiec valet de chambre) , vous continuerez votre service au château jusqu'après mon retour de l'Assemblée nationale... Allons, ^qfiessieurs, il n'y a plus rien à faire ici (3).

(1) Hisi. de France^ par Tpulongeou, cx-conslituant, t. II, p. 344.

(2) Hist., par deux amis de la liberté, t VIII, p. 155. Mém, du marquis deFerriéres, t.- III, p. 187.

(3) Hisi. de la chute dû iràne^ par Matton de la Varenne,

218 HISTOIKE

François Yiard, en qualité de commandant du poste des appartements , fut chargé de composer Tescorte de Louis XVI , et a donné sur cette sortie de curieux détails (1). (c Comme il était de mon devoir d'accompagner le roi à l'Assemblée nationale, je disposai les troupes qui devaient protéger son passage. J'ordonnai aux Suisses de faire Tavant-garde ; un détachement du bataillon des Filles-Saint- Thomas se trouvant sur là route, je lui ordonnai de faire Tarrière-garde. Nous marchâmes dans cet ordre jusqu'à environ cinquante pas de la terrasse sur laquelle l'affluence du peuple témoignait son juste mécontentement. Craignant qu'il n'opposât de la résistance au passage du roi, je lui dis : a Sire, le peuple me parait agité, et je crois qu'il serait prudent de le prendre par la voie de la douceur. » M. Rœderer fut de mon avis.

« Alors le roi consentit à tout. Je donnai des ordres à la tête de colonne de faire halte ; je m'avançai seul vers peuple , mon sabie dans le fourreau , et lui dis : « Mes amis, l'Assemblée nationale a rendu un décret qui mande le roi dans son sein, et ni'ordonne en même temps de protéger son passage. Je suis, comme vous, bon citoyen, et je sais respecter la terre de la liberté, sur laquelle vous êtes (2\ et aucun soldat que je corn-

lè00,.iii*8<>, p. 109. Interrogatoire de Paul Duparc, Inspecteur des Tuileries, bull. du trib. révol. n. 94.

(1) Rapport fait à l'Assemblée nationale par F. Vîàrd, capitaine de chasseurs.

(2) C'est-à-dire la terrasse dès Feuillants, que TÂsseniblée s*é-

m^nde ne passera la première marche de ce perron. Je transmettrai le roi au bord du passage que vou3 allez lui faire, et dès ce moipept, vous en serpx vousmêmes les gardiens. Si vous étiez capables d'oublier un moment le dép<>t que je vais remellre en vop mains, songez que la nation entière aura ie droit de vous en demander coiïipte; mais je parle h des hommes libres, cela sufiU, »

(T Ces bons ciroyens m'ouvrirent le passage, et je me rendis à TAssemblee nationale, où je demandai des gendarmes et des gardes nationaux pour border la hî^ie, ce qui me fut accordé. Je retournai vers le roi , et étant à dix pas du perron, je commandai halte. Le peuple, déjà indigné contre !es Suisses, redoublait ses murmures ; j'employai alors tout ce que la prudence exigeait pour Tapaiscr ; je commandai : léte de colonne par file a droite et à gauelie , et ils passèrent derrière ; le roi était pour lors à. découvert, et les citoyens lui manifeslèrent baulemeul leur mécontente^ ment ; entre autres un qui voulut lui parler.. Je le pris par la main et le conduisis au roi. Il lui dit : Saeredieul donnez-moi la main, et r,.., soyez sikr que vous lene/ celle d'un honnête homme, et non d'un assassin- Malgré tous vos torts, je réponds de la sûreté de vos jours. Je vais vous conduire à rAssemMéc nationale ; mais pour votre fem|iie, elle n'entrera pas.»,

tait réservée, La reste d" jardin des Tuileries éUli Tulgalremeni qualtSé de t#rr« de CobUnfz. t

c^est uoe s.... g.... qui a fait le malheur des Français, m

Le roi lui serra la main et parut aToir de la confiance en loi. Alors on s'approcha du perron; mais tout-à-cpup les cris redoublèrent que réponse du roi n'entrerait pas à TAssemblée. M. RcBderer, à son tour, quitta le roi pour s'approcher du perron , et dit au peuple :

« De par la loi, peuple français, peuple libre, l'Assemblée nationale a rendu un décret par lequel elle appelle en son sein le roi, le princeroyal, la reine, la fille du roi, la sœur du roi, toute la famille entière du roi ; et vous devez, aux termes de la loi et de la liberté, ne point vous opposer à son passage. » Au moment de cette promulgation, le silence renaît parmi le peuple , et aucun obstacle ne s'y est opposé. »

Le départ de Louis XYI acheva.de lui aliéner les gardes nationaux, a Nous sommes trahis, dirent-ils ; d'un côté les aristocrates, de l'autre les Suisses ; nous sommes entre deux feux ! » Tous se dispersèrent, sauf une cinquantaine, qoe le maréchal de camp Menou, commandant en second des troupes de ligne, fit monter dans les appartements. U était huit heures du matin, et les insurgés avaient commencé le siège. Westermann, chef de ceux du faubourg Saint-Antoine , et Lajowski, qui guidait le faubourg Saint-Marceau, avaient rangé leurs troupes en- bon ordre sur le Carrousel. Une avant-garde battait la grande porte en

brèche avec des madriers. En tête flottaient les deux ' enseignes des insurgés ; Tune, tricolore, était portée par Varlet, commis aux postes , avec ces mots : La déchéance du pouvoir exécutifs ou le plus vil esclavage; l'autre, de l'invention du journaliste Carra (i), est devenu le symbole consacré de rinsurrection. C'était un. drapeau rouge, le drapeau du Champ de Mars. On y avait écrit : Loi martiale du peuple souverain contre la rébellion du pouvoir exécutif.

A neuf heures et demie, les portes sont enfoncées ; les assiégeants se précipitent dans les cours , s'engouffrent sous le vestibule, où se tient en première ligne un peloton de grenadiers des "Filles-Saint -Thomas, et s'efforcent de gravir Tescalier. Ils crient aux gardes nationaux ; a Nous ne sommes pas vos enne-. mis ; nous n'en voulons qu'aux habits rouges ! Séparezvous d'eux, et joignez vous à nous. A bas les Suisses ! Il faut que les Suisses mettent bas les armes. Ces derniers semblaient disposés à fraterniser. » Le jeune Monne, sergent des chasseurs des Jacobins-Saiiit-Dominique, qui remplaçait François Viard absent, envoie trois vétérans et un grenadier dire aux assaillants « que les spldats de son poste ne sont pas faits pour souiller leurs armes du sang de leurs frères (2). v Les officiers suisses adhèrent à cette démarche ; on jette par les fenêtres des cartouches sans balles, en signe

{!) Annales patriotiques, par Carra, n. du 80 iiov. 1792. (2) Rapports cle F. Viard et du sergent Mouiie.

222 HISTÛIES

4'amitiQ. Granier, commandant en second du bataillon des Marseillais, est autorisé à monter dans les appartepients pour sceller le traité d'alliance (i) ; mais tout à coup , une décharge terrible part du premier étage (2] ; les assiégeants reculent en désordre ; mais bientôt ils reprennent Foffensive , et forcent Feutrée

(1) Mém. de Barbaroux, 1827, !n-8', p. 70.

(2) Malgré les asserUons contraires des écrivains royalistes, il parait démontré que les Suis^ commencèrent le feu. « Nous nous sommes présentés à la porte du château ; les Suisses qui étaient aux fenêtres, baissant leurs armes, jettent leurs cartouches et nous invitent à approcher avec confiance. A peine sommes-nous sous les fenêtres du palais que ces mêmes Suisses nous assaillent de coups de fusils. {Déclaration de plusiêvrs citoyens â l' Assemblée nationale,) — Nos camarades s'étant portés ce matin au château des Tuileries, n'ont employé leurs armes qu'après avoir été fusillés de la manière la plus indigue. {Dépos. des canon, du bataillon de Saint-Merry.) — On s'accorde à dire que les Suisses faisaient signe de leurs bonnets eh criant : Vive la nation l La porte du Carrousel fut ouverte. Les Suisses protestaient de leur civisme et serraient la main aux Marseillais. Nous-mêmes, nous avons entendu dire â plusieurs fédérés bretons : « Oui, monsieur, nous avions encore la bouche sur leurs « joues, quand tout à coup une grêle de balles et de mitraille a « été dirigée sur nous. » {Moniteur du 12 août, n. 225.) — Les membres de la députation envoyée vers les Marseillais et les volontaires, croyant que les Suisses se rendaient au vœu du peuple, se présentèrent en foule et sans ordre au grand escalier de l'appartement du roi ; ces Suisses assassins firent feu de bataillon sur nos frères et de suite feu de file, de sorte qu'en trois décharges il resta plus de cent victimes de leur férocité sur ledit escalier. » {Rapport de F. f^iard,)

des appartements. » Bpaycpup dç gardes Datiopaux parisiens, dit un témoin oculaire, périrent sous le vestibule et i^aps Tescalier, de la main même de leurs partisans, parce que les deux partis avaient le même uniforme. Tel voyait élever le sabre dont il allait être percé, sans se douter que ce fût pour lui ; on recevait la mort sans 3e défendre, pendant que tel autre, craignaiff, d*être prévenu, plongeait sa baïonnette daus le ventre de celui qui venait se joindre à lui (1). » Le? chasseurs des Jacobins-Saint-Pominique , de garde dans les appartements, se prononcèrent pour le peur pie, repoussèrent à coups de crosse les gentilshommes auxiliaires, qui tentaient de lei|r arracher leurs armes, et engagèrent Tactioa ^àns la stjdle desi gardes. Pe trente-six qu'ils étaient , il n'en restait que cinq quand la colonne marseillaise vint à leur secours. La noblesse française décampa par la galerie du Lpuvre. Les Suisses, accablés par le nombre, battirent en retraite de chambre en chambre ; leui* drapeau leur fut enlevé par un fédéré de Nancy, nommé Lange, assisté des grenadiers du bataillon de Saint-Laurent (2). La vepgeance populaire s'exerça sans pitié sur les habits rouges; il y avait contre eux un tel acharpement, que les suisses des hôtels, saisis de terreur, s'empressèrent de quitter leurs baudriers , et d'effacer l'inscription

(1) LeUre d'Aubier, gentilhomme ordinaire de la chambre, à M. Mallet du Pan.

(2) Moniteur du 14 août, n. 227.

parlez au misse pour y substituer parlez au portier (l ) . Toutefois, on a exagéré le nombre des victimes ; il fut de sept cent soixante soldats et de vingt-six officiers, sur un total de douze cent dix gardes suisses (2) ; le reste fut conduit par la garde nationale à TAssemblée ou au corps de garde des Feuillants.

La perte, du côté du peuple, n'a jamais été précisée ; on ne peut guère l'évaluer à plus de trois cents hommes ; raaia on la crut d'abord plus considérable. « Pendant la canonnade , raconte John Moore ^3) , rinquiëtude et Fanxiété, pour ceux de ses amis ou de ses parents que Ton spait exposés au danger, eau- * salent chez les uns le silence le plus expressif ; tandis que les autres faisaient retentir Tair de leurs cri§. On entendait surtout des femmes, des.enfants, tremblant pour les jours de leur père, de leur mari, de leur frère , qui avaient quitté leur famille dès qu'on avait crié aux armes, et que Ton n'avait plus revus depuis. Lorsque Faction a été terminée, et que les gardes nationaux sont rentrés chez eux , plusieurs femmes se sont précipitées à travers les rangs , pour embrasser et pour féliciter de leur retour leurs maris et leurs frères. J'ai vu le père d'une famille nombreuse , en-

(1) Jovrnal durant un séjour en France en 1792, par John Moore, D. M., Philadelphie, 1794, t. I, p. 35.

(2) Morts : 26 officiers, -760 soldats ; sauvé^, 26 officiers et 350 soldats. (État nominatif gravé sur le monument élevé à Lucerne, le 10 août 1821 .)

(3) Journal durant vn séjour en France, l, I, p. 26.

touré, à sa porte,, par sa femme et ses enfants. Après les avoir tous embrassés, comme ils se jetaient sur lui Tun à Tenvi de l'autre , il est entré chez lui .portant un de ses enfants sur chaque bras , et suivi de sa fille, coiffée avec son bonnet de grenadier, et de deux petits garçons qui traînaient son mousquet..»

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