MARCHAND BRASSEUR
oiales lui avaient valu une fortune considérable. Il en faisait part aux gens besoigiieux de son quartier. Dans la disette de 17 90, il leur avait distribué pour deux cent cinquante mille francs de riz et de mouton. Sollicité par les agents de la cour, peu de temps avant le 10 août, il avait répondu « que rien au monde ne pouvait le corrompre ; que la raison , la justice et la loi étaient ses seuls guides (l). »
Plusieurs écrivains royalistes rendent eux-mêmes hommage au caractère de Santerre. « Il n'était, dit Montjoie (2), ni méchant ni cruel. Un malheureux, de quelque part qu'il fût, intéressait toujours son cœur. » Peltier , qui le peint dans l'exercice du commandement, ne le déprécie que sous le rapport de l'extérieur .et des manières. « Le nouveau commandant de la garde nationale, nommé, non point par les sections, mais par quelques membres du conseil général de la Commune , prit possession de sa place, au mépris de la loi, qui avait défendu qu'un seul homme commandât en chef la force armée de Paris. Il prit aussitôt à tache de suivre, jusque dans les plus petits détails, une marche directement contraire à celle de son ancien rival. Celui-ci était affable , et courtisait le peuple ; Santerre resta brusque , et rudoya constamment ses satellites. La Fayette se présenta toujours en public avec un extérieur très -soigné et un maintien recher-
(f ) Déclaralfon de Santerre à la commission des douze. (2) Hist. de Marie- Antoinette.
ché; San terre, en cheveux ronds, toujours négligé, crasseux , suant et débraillé, affecta de ressembler à un chef de gladiateurs. Le cheval blanc de La Fayette était devenu proverbial pour désigner le blême général ; Santerre affecta de donner ses ordres dans les rues de Paris, monté sur un pesant cheval noir, et suivi seulement d'un domestique (l). »
Le premier ordre du jour de Santerre réglait la place de chaque légion sur le passage de Louis XVI , dont la translation au Temple avait été résolue. Il partit du couvent des Feuillants, le 1 3 août, à trois heures. La cinquième et la sixième légions formaient la haie depuis la place Vendôme jusqu'à la rue Richelieu ; la troisième occupait les boulevards jusqu'à la porte Saint-Denis; la deuxième, depuis cette porte, jusqu'à l'Opéra (théâtre de la porte Saint-Martin) ; la quatrième était rangée sur le boulevard du Temple, et la première, dans la rue du Temple, jusqu'à la prison. La famille royale était dans une voiture de la cour avec Pétion, Manuel, et un officier municipal. La marche dura deux longues heures, pendant lesquelles les captifs furent exposés aux invectives de la multitude. Toutefois , c'était elle qui régnait; et, en maîtresse généreuse, elle garda généralement une attitude calme et sévère (2).
(1) Hist, du\Q aoûtj 1. 1, p. 284.
(2) Il y a eu quelques cris de f^ive la nation ! mais, au demeurant, le peuple s'est montré plus silencieux et moins turbulent
DE LA GARDE NATIONALE. 22v)
Un enfant, né dans la soirée du 10, avait reçu les noms de Vicêoire-du- Peuple-Égalité. C'était de !'«)</*'■ de r Egaillé que la commune datait ses actes officiels. Conséquente a\ec ces principes, elle modifia les insignes des grades supérieurs : le commandant général eut de simples épaulettes de laine ; chaque chef de légion, les mêmes épaulettes, avec une raie au milieu ; chaque chef de bataillon, une épaulette en laine, et son second, une pareille épaulette, avec une raie au milieu (l). A la séance du 19 août, un officier de la garde nationale fit hommage au corps législatif de ses épaulettes en or.
La garde nationale, à l'exception du bataillon des Filles-Saint-Thomas , qui fut désarmé, avait pris une part active à Tinsurrection du 10 août. La Commune rendit, le 13, l'arrêté suivant : « Les fédérés et gardes nationaux qui ont perdu leurs armes à la journée du 10 de ce mois, en recevront de nouvelles, avec une inscription civique. Les veuves des gardes nationaux et des fédérés qui sont morts à la même journée, et des citoyens qui, ayant été blessés, resteront estropiés, recevront des dédommagements par la nation. »
Tous les royalistes connus furent désarmés. Le commandant général eut ordre de faire des visites domiciliaires dans toutes les malsons. « A l'extrémité de
que beaucoup de gens ne s'y attendaient. [Journal durant vn séjour en France, 1. 1, p. 52.) (1) Procès-verbal de la Commune, des 12, 13 et 14 août.
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chaque rue, des gardes nationales formaient une chaîne qui arrêtait les passants. Sur la rivière, il y avait, de distance en distance, des bateaux remplis d'hommes armés. On en voyait dans les barques de banchisseuses. On avait placé également des sentinelles au haut et au bas de tous les escaliers qui conduisent à Feau ; on en trouvait de même sur le terrain qui est au bord de la rivière et au bas des quais. En même temps , toutes les barrières étaient gardées avec la plus scrupuleuse vigilance (1). » La Commune chargea Santerre d'envoyer dans toutes les municipahtés voisines, et dV rechercher avec soin les ennemis du bien public. Des détachements furent expédiés à Chantilly, au bois de Boulogne, àRueii, à Saint-Germain en-Laye , à Marly, « pour aider les communes des campagnes à se débarrasser des aristocrates qui s'étaient réfugiés dans leur sein (2). » Toutes les gardes nationales des environs accoururent au devant de leurs frères de Paris. Celle de Versailles leur fournit seule un renfort de dpux mille hommes ; et une députalion qu'elle adressa au corps législatif disait , avec l'emphase qui caractérise les temps révolutionnaires : « A peine avons-nous été instruits des événements de la matinée du 10 août, que nous avons envoyé deux mille hommes sous les murs de Paris. L'Assemblée nationale peut compter autant de Décius que de gardes natio-
(1) Almanach des honnêtes gens, 1793, in-l2,p. 2/i.
(2) Moniteur, n 235, 237.
naux. Chacun de nous est animé du désir de faire mordre la poussière au dernier des tyrans, et nous nous ensevelirons sous les ruines de la patrie plutôt que de tendre les mains à de nouvelles chaînes (1), »
Un décret , du 1 9 août , reconstitua la garde nationale de Paris.
« L'Assemblée, considérant la nécessité de diriger, de la manière la plus utile , le zèle et les efforts des ci-toyens armés pour le maintien de la liberté et l'égalité;
« Considérant qu'il importe d'imprimer à toutes les parties de la force publique un mouvement régulier, et de procurer aux sections armées de Paris une organisation telle, que tous les citoyens, quelles que soient leurs armes, puissent utilement servir la patrie ;
« Décrète ce qui suit : La garde nationale de Paris sera divisée en 48 sections , sous la dénomination de sections armées (2).
(1) Séance du 20 août.
(2) Sections : des Tuileries, des Champs-Elysées, du Roule, du Palais-Royal, de la place Vendôme, de la Bibliothèque, de la Grange- Batelière, du Louvre, de l'Oratoire, de la Halle-aux- Blés, des Postes, du Mail, de la Fontaine-de-Montmorenci, de Bonne-Nouvelle, du Ponceau, de Mauconseil, du Marché-des- Innocents, des Lombards, des Arcis, du Faubourg-Montmartre, de la rue Poissonnière, de la rue de Bondi, du Temple, de Popincourt, de la rue de Montreuil, des Quinze-Vingts, des Gravilliers, du Faubourg-Saint-Denis, de la rue Beaubourg, des Enfants-Rouges, du Roi-de-Sicile, de l'Hôtel-de-Ville, de la Place- Royale, de l'Arsenal, de Notre-Dame, de la Cité, des Invalides,
of Chaque section armée, quel que soit le nombre de citoyens armés de toutes armes qu'elle renferme , sera composée du nombre de compagnies proportionnées à sa population.
« Chaque compagnie sera composée d'un capitaine, un lieutenant, deux sous-lieutenants, un sergent-major , quatre sergents , huit caporaux , deux tambours , cent sept ciloyens.
« Chacune des sections armées aura un commandant en chef, un commandant en second, un adjudant et un porte-drapeau.
« Tous les citoyens composant chaque section armée concourront à la nomination de leurs commandants , officiers et sous-officiers.
« Il y aura un commandant général élu pour trois mois par tous les citoyens composant les sections armées.
« Ledit commandant général sera susceptible d'être réélu de trois mois en trois mois, sans néanmoins pouvoir conserver son commandement plus d'une année, après laquelle il ne pourra être réélu qu'après trois mois d'intervalle.
« Deux compagnies de chaque section armée formeront une division, toujours commandée par le capi-
de la Fontaine-de-Grenelle, des Qualre-Nalions, du Théâtre- Français, de la Croix-Rouge, du Luxembourg, des Therraes-de- Julien, de Sainte-Geneviève, de l'Observatoire, du Jardin-des- Plantes et des Gobelins.
taine le plus ancien d'âge des deux compagnies qui la composeront.
« Il sera attaché à chaque section armée une ou plusieurs compagnies d'artillerie, et à chaque compagnie d'artillerie , un certain nombre d'ouvriers pris parmi les citoyens armés de piques , pour être employés dans les manœuvres et à la défense des retranchements.
« Il y aura un seul drapeau, aux couleurs de la nation, entre les deux divisions du centre de chaque section armée, avec cette inscription : Liberté! Égalité! »
La Commune, pour mettre à exécution ce décret, pressa l'organisation des compagnies de lanciers, dont l'armementétait disparate et incomplet. Sur la motion de M. Sergent, elle en nomma M. Bachelout instructeur général, et le chargea, en cette qualité, de la formation de cette partie de la force publique. «Elle l'autorisa à faire fabriquer , dans le plus bref délai, deux modèles de piques, dont l'un serait déposé au bureau de la garde nationale, et l'autre à celui de l'étatmajor. Ces mesures créèrent la force civile la plus imposante qu'on eût encore vue à Paris. Il ne s'agissait plus des vingt-quatre mille volontaires de 1789. A la cérémonie funèbre célébrée le 26 août en l'honneur des victimes du 10 août, assistaient plus de trois cent cinquante mille citoyens armés (1). Le peuple allait
(1) Moniteur du 31 août 1792, n. 244,
commencer, contre les coalitions étrangères et les factions intérieures, cette lutte colossale, cette bataille sanglante et acharnée , dont la postérité s'épouvante en l'admirant.
Le 2 septembre, on apprend que les coalisés ont pénétré dans la Lorraine ; que Longwy et Verdun se sont rendus. Le canon d'alarme, la générale, le tocsin, appellent les citoyens à la défense du territoire envahi. Tous les chevaux sont mis en réquisition ; tous les charrons fabriquent des caissons et des affûts; ou fond les cercueils de plomb pour en faire des balles. Trente mille volontaires se rassemblent au Champ de Mars. « Mais avant de partir, disent-ils, il faut nous défaire de nos ennemis intérieurs. Ne laissons point Parisen leur pouvoir ; que tous les scélérats du 10 août soient exterminés! » La motion sanguinaire est colportée dans les assemblées des sections. Charles Jams, membre de la Commune , la soumet à la section des Portes. Dans celle des Thermes-de-Julien , on demande non-seulement la mise à mort des prisonniers, mais encore celle de tous les nobles et robins. « La section Poissonnière, considérant les dangers imminents de la patrie , et les manœuvres infernales des prêtres, arrête que tous les prêtres et personnes suspectes enfermées dans les prisons de Paris, Oiléans et autres, seront mis à mort. » Joacjiim Ceyrant, président de la section du Luxembourg , s'écrie : il est temps que la justice du peuple s'exerce sur les hommes coupables dont la grandeur passée fait le crime ; »
et il fait écrire sur les registres : « Un membre propose de purger les prisons, en faisant couler le sang de tous les détenus de Paris avant de partir ; les voix prises, la motion est adoptée. Trois commissaires sont nommés: MM. Lohier, Lemoine etRicliard, pour aller à la ville communiquer ce vœu, afin de pouvoir agir d'une manière uniforme (1).
Les volontaires parcourent les rues, en criant : « Aux prisons! aux prisons ! Ne laissons pas égorger nos femmes et nos enfants. »
« Ce cri terrible, selon le témoignage d'un contemporain (2), retentit à l'instant d'une manière spontanée, unanime, universelle, dans les rues, dans les places publiques , dans tous les rassemblements , enfin , dans l'Assemblée nationale. » Quatre fiacres, contenant vingt et un prêtres, qu'escortent des fédérés marseillais et bretons , sont cernés dans la rue Dauphine par une multitude furieuse. L'un des prisonniers, hors de lui, donne par la portière un coup de canne sur la tête d'un fédéré, qui tire son sabre, monte sur le marchepied de la voiture , et frappe mortellement son agresseur. La foule vocifère : « Il faut les tuer tous; ce sont des scélérats , des aristocrates. » Dix-sept de
(1) Histoire particulière des événements qui ont eu Heu en France pendant les mois de juin, juillet ^ août et septembre M^'i.^ par Maton de la Varenne, 1806, in-8, p. 310.
(2) La vérité tout entière sur les vrais auteurs de la journée du 2 septembre, par Méhée.
ces malheureux, avant d'arriver à l'Abbaye, sont hachés à coups de sabres et de piques. Les prisons sont forcées : des juges nommés par le peuple s'y installent, interrogent sommairement les détenus , et livrent un millier d'hommes aux bandes d'assassins qui attendaient dans les cours ( l ) . Chose étrange ! les égorgeurs frappaient sans remords, avec une atroce impassibilité. L'un d'eux entra au comité de la section des Quatre- Nations : «Je viens, dit-il, vous demander pour nos braves frères d'armes qui égorgent les aristocrates, les souliers que ceux-ci ont à leurs pieds. Nos braves frères sont nu-pieds, et ils partent demain pour les frontières. — Nos braves frères, dit un autre , travaillent depuis longtemps dans la cour ; ils sont fatigués ; leurs lèvres sont sèches, je viens vous demander du vin pour eux (2). » II y eut des tueurs qui se firent payer de leurs meurtres comme d'une besogne ordinaire (3).
(1) Les registres d'écroiis, encore existants, de l'Abbaye et du Châlelet, contiennent les noms de 311 personnes mises à mort sur-le-champ et de 89 acquittées par le peuple. Le total des victimes, d'après la liste nominative dressée par Maton delà Varenne, fut de 1089. {Hist. des érén., p. 460.)
(2) Relation de l'abbé Sicard.
(3) Mandat du 4 septembre, au prolît de Gilbert Pttit , pour prix du temps qu'ils ont mis, lui et trois de ses camarades, Nicolas Guy, Michel Lepage et Pierre-Henri Corsin, à Veapèdiiion des prêtres de Saint- Firmin pendant deux jours, suivant le réquisitoire qui est lait^aux commissaiies de la Commune par la section des Sans-Culottes (ci-devant du Jardin-des- Planles), qui les a mis en ouvrage, ci, Û8 liv. (Comptes de la commune de Paris.)
« Croyez-Yous que je n'aie gagné que vingt-qualre livres, disait un garçon boulanger en brandissant une massue ; jen ai tué plus de quarante pour ma part. » Deux femmes furent rencontrées le matin du 5 septembre, tenant à la main une gamelle. « Où allez- vous donc, leur dit une voisine? — Je portons à déjeuner à nos hommes qui travaillent à l'Abbaye (l). »
Que faisait cependant la garde nationale ? elle restait inactive. Les exécutions avaient été décidées avec une si terrible logique , accomplies avec une si foudroyante rapidité, qu'aucune répression n'était possible. Quelques soldats citoyens se montrèrent dans les prisons, isolément ou par faibles patrouilles; îes uns adhérant au raisonnement sanguinaire des masses ; d'autres, « excédés d'horreurs et de fatigues '(S). » Quelques-uns s'exposèrent généreusement pour sauver des suspects voués au supplice ; mais la garde nationale en corps n'intervint pas pour arrêter les massacres. Sergent atteste a qu'appelée par l'autorité, elle refusa de se réunir; que le commandant Santerre vint l'annoncer à Pétion ; que des colonels , des officiers , confirmèrent ce refus (3). » Mercier prétend, au contraire, que les légions demeurèrent sans ordres et sans
(1) La f^érité sur les vrais auteurs de la journée du 2 septembre^ par Méhée, 179û, in-8.
(2) Déclaration du citoyen Jourdan, président de la section des Quatre-Nalions.
(3) Notice sur A. F. Sergent^ député à la Convention natio' nalBj par Noël Parfait. Chartres, 18^8, in-8°, p. 22.
direction. « Si la garde nationale , dit-il , eût été requise ; si on l'eût commandée au nom de la loi, que des chefs perfides et sanguinaires s'appliquaient à paralyser, combien elle eût été forte et courageuse ! Elle se serait levée tout entière ; mais cette garde nationale, dont la masse est restée pure au milieu de tous les genres de corruption et de brigandages , n'a-t-elle pas craint qu'on l'accusât d'avoir agi sans réquisition? N'a-t-elle pas craint qu'en voulant punir le crime, on ne Taccusât elle-même de s'être rendue criminelle? Retenue par ces motifs, elle est restée immobile.
« J'ai vu la place du Théâtre-Français couverte de soldats , que le tocsin avait rassemblés ; je les ai vus prêts à marcher , et tout à coup se disperser , parce qu'on était venu traîtreusement leur annoncer que ce n'était qu'une fausse alerte, que ce n'était rien. Ce n'était rien ! grands dieux ! Déjà la cour des Carmes et celle de l'Abbaye étaient inondées de sang , et se remplissaient de cadavres : ce n'était rien !
a J'ai vu trois cents hommes armés faisant l'exercice dans le jardin du Luxembourg, à deux cents pas des prêtres que l'on massacrait dans la cour des Carmes : Direz-vous qu'ils seraient demeurés immobiles, si on leur eût donné l'ordre de marcher contre les assassins (l)? »
L'Assemblée législative montra une pareille indifférence. Ce ne fut que dans la soirée du 8 septembre,
(1) Le nouveau PariSf par le citoyen Mercier, t. I, p. 106.
DE LA GARDE NATIONALE. Ssâ
après deux jours de carnage, qu'elle ordonna à la municipalité et au commandant général de la garde nationale, « de faire respecter la sûreté des personnes et des propriétés. » Roland, ministre de l'intérieur, transmit le lendemain le décret à Santerre , par la lettre suivante : a Au nom de la Nation, et par ordre de l'Assemblée nationale et du pouvoir exécutif, je vous enjoins, monsieur, d'employer toutes les forces que la loi met dans vos mains pour empêcher que la sûreté des personnes et des biens ne soit violée ; et je mets sous votre responsabilité tous attentats commis sur un citoyen quelconque dans la ville de Paris. Je vous envoie un exemplaire de la loi qui vous ordonne la surveillance et la sûreté que je vous recommande , et j'informe l'Assemblée nationale et le maire de Paris des ordres que je vous soumets. » Santerre répondit aussitôt : « Je reçois à l'instant votre lettre, monsieur le ministre ; elle me somme, au nom de la loi, de veillera la sûreté des citoyens. Vous renouvelez les plaies dont mon cœur est ulcéré, en apprenant à chaque instant la violation de ces mêmes lois, et les excès auxquels on s'est livré. J'ai l'honneur de vous représenter qu'aussitôt la nouvelle que le peuple était aux prisons, j'ai donné les ordres les plus précis de former de nombreuses patrouilles aux commandants de bataillons, et aux commandants du Temple et autres, voisins de la demeure du roi et de l'hôtel de la Force, à qui j'ai recommandé cette prison, qui n'était pas encore attaquée. Je vais redoubler d'efforts auprès de la garde na-
tionale, cl je vous jure que si elle reste dans l'inaction, mon corps servira de bouclier au premier citoyen que l'on voudra insulter (1). »
Le calme se rétablit graduellement, autant du moins que le permettait la gravité des circonstances. Les sections jurèrent de faire respecter les droits de Vhomme et du citoyen. Des patrouilles nombreuses parcoururent les rues jour et nuit; et la Convention se réunit, le 20 septembre, sous de favorables auspices. La contre-révolution semblait étoufTée , dans le midi et en Poitou, par le zèle des gardes nationaux del'Ardèche, du Gard et des Deux-Sèvres. Renforcées sans cesse par de nouveaux volontaires, les troupes de la République reprirent l'avantage. Les Prussiens évacuèrent promptement la Champagne ; la Savoie et le comté de Nice nous reçurent comme des libérateurs. Les habitants de Lille , qui prouvaient depuis longtemps que la faïence bleue ne craignait pas le feu (2), soutinrent un bombardement de quarante-huit heures, et, presque sans garnison , eurent la gloire de repousser trente mille Autrichiens. La victoire de Jemmapes nous ouvrit les portes des villes belges. On peut dire que ces triomphes rapides furent dus en grande partie à l'institution de la garde nationale. Si la P'rance n'avait pas eu une organisation militaire indépendante , des
(1) Courrier français du 7 septembre, n. 251.
(2) Allusion populaire à l'Iiabit bleu des volontaires. Courrier français, n. 177, p. 467.
DE LA GARbE NATIONALE. â41
troupes réglées; si les citoyens n'avaient pas été familiarisés avec la discipline, les .manœuvres, et le maniement des armes, comment aurait-elle lutté contre la coalition ? comment une seule section parisienne, celle de la Butte-des-Moulins, aurait-elle pu fournir, après plusieurs sacrifices antérieurs , un bataillon d'hommes d'élite , supérieurement armé et équipé (1) ? comment les Nantais auraient-ils pu offrir à la Convention cent douze canons, cent vingt fusils, cent dixhuit paires de pistolets, et trois cents canonniers, dont le moins exercé mettait^ à huit cents toises de distance, dans un carré de quatre pouces (2) ?
Au moment où Tarmée ordinaire devenait insuffisante , une nouvelle force publique se trouva prête à la remplacer. Il y eut, pour former le noyau des légions volontaires , une masse d'hommes qui possédaient déjà de vagues notions du service militaire, et auxquels il ne manquait qu'un peu d'expérience pour être des soldats complets. Un commencement d'instruction spéciale vint eu aide au courage et au patriotisme, et les gardes nationaux, réunis en corps depuis plusieurs années, répartis dans des cadres réguliers, donnèrent l'exemple au reste de la nation.
(1) Moniteur du 16 septembre, n 260.
(2) Courrier français du U octobre, n. 278.