‹ Histoire de la garde nationale; récit complet de tous les faits qui l'ont distinguée depuis son origine jusqu'en 1848Chapitre 16 sur 21 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Journées des 1" et 2 prairisl. — Nouvelle garde nationale. — 13 vendémiaire. — Dissolution de la garde nationale. — La garde nation Je sous l'Empire.

Le 9 thermidor était l'œuvre des plus farouches terroristes; mais, entraînés par l'opinion publique, ils se décidèrent, selon l'expression de Tallien, à foire remiser la guillotine. Lis débris de la Gironde furent rappelés ; ceux qui avaient joué un rôle pendant la terreur furent proscrits à Paris, massacrés dans le Midi, persécutés avec acharnement. Les progrès de la réaction, la disette, la misère publique armèrent de nouveau la population des faubourgs. Le 1" prairial (20 mai 1795) une proclamation répandue à profusion, exhorte les citoyens et citoyennes de Paris à se porter en masse à la Convention, pour lui demander :

V Du pain ;

2" L'abolition du gouvernement révolutionnaire, dont chaque faction abuse tour à tour ;

:i° La proclamation et l'établissement sur-le-champ de la constitution démocratique de 1793;

4° L'arrestation des membres des comités, comme coupables du crime de lèse-nation, et de tyrannie envers le peuple;

ô** La mise en liberté, à l'instant, des citoyens détenus pour avoir demandé du pain et émis leurs opinions avec franchise.

Les conjurés avaient écrit sur leurs chapeaux, avec de la craie, en gros caractères : du pain et la constitution de 1793. Ils s'avancent par bandes vers la Convention. Les compagnies de la Fontaine-de-Grenelle et du Contrat-Social protègent en vain la représentation nationale. Un combat s'engage dans la salle et dans les couloirs ; le député Féraud tombe frappé d'un coup de pistolet. Le président, Boissy-d'Angias, veut prendre la parole; sa voix est couverte par des cris tumultueux : du pain! du pain ! Guillaume Delorme, capitaine des canonniers de la section Popincourt, monte à la tribune et lit le plan et les considérants de de l'insurrection. Au moment où il termine, Jean Quinel, garçon serrurier, rentre dans la salle, portant au bout d'une pique {le fer dans la bouche) la tête du malheureux Féraud. Saisis d'horreur, les députés se dispersent ; il en reste à peine une centaine qui, placés entre deux rangs de baïonnettes, sont contraints de voter des décrets relatifs aux subsistances

OU favorables aux Jacobins accusés. Ce n'est qu'à onze heures du soir, après trois assauts, que la Convention est délivrée et qu'Anguis et Legendre y entrent à la tète des grenadiers des sections de la Butte-des-Moulins et des Piques.

Le lendemain, les gardes nationaux des sections, desgardesFrançaises,deLepelletier (ci-devant 1T92), de Brutus (ci-devant Molière), de la Fontaine de Grenelle, occupent la place du Carousel, les quais, la rue Saint-Honoré dans presque toute sa longueur, les rues des Bons-Enfants et des Petits-Champs. Les représentants Fréron, Gilet, Delmas et Aubri sont chargés de diriger la force armée de Paris. Les faubourgs se présentent en bon ordre, pénètrent dans le Carrousel, et braquent leurs canons sur les Tuileries; mais, n'osant engager la bataille, ils se bornent à envoyer à la barre une pétition, par laquelle ils exposent leurs; griefs et réitèrent leurs réclamations. La Convention se voyant appuyée par la majorité des sections, ne craint pas d'ordonner le désarmement du faubourg Saint-Antoine. Fréron s'y transporte à la tête de huit mille hommes de gardes nationales et de troupes de ligne et des volontaires appartenant à ce qu'on appelait alors \t\ jeunesse dorée. Ces forces s'arrêtèrent sur le boulevart près la maison de Beaumarchais; les insurgés avaient mis quatre canons en batterie , et travaillaient à établir des barricades. « Je vous donne une heure pour vous rendre, leur dit Fréron, n'oubHezpas que trente mille républicains, que l'ar-

tillerie, lesmortiers, les bombes et les boulets sont là.»

Les faubourgs se soumirent; on désarma également les sections des Gravilliers, de la Cité et du Panthéon. Un arrêté du comité de salut public, affiché le 6 prairial, enjoignit aux citoyens munis de piques, ou d'autres armes non militaires, de les rapporter dans les \ingt-quatre heures au comité civil de leur section, sous peine d'une année de détention. «Aujourd'hui, à la garde montante, dit le Courrier Républicain dn 8 prairial, toutes les piques avaient disparu ; on ne voit plus entre les mains de la garde que de beaux et bons fusils. »

Un décret du 28 prairial (10 juin 1795) reconslitua complètement la garde nationale. « Elle sera composée d'infanterie et de cavalerie. Les citoyens y seront admis depuis seize ans jusqu'à soixante.

tt Les ouvriers ambulants et non domiciliés , ceux travaillant dans les manufactures, sans domicile fixe , ne seront point compris dans cette organisation.

« Ceux d'entre eux qui seront cautionnés, par écrit, . par les citoyens chez lesquels ils travaillent, seront admis dans les rangs des compagnies de leur quartier quand la générale battra.

c( Les citoyens peu fortunés, domestiques, journaliers et manœuvres des villes, ne seront plus compris dans les contrôles des compagnies, à moins qu'ils ne réclament contre cette disposition.

« Quand la générale battra, ils seront reçus dans les compagnies de leur quartier.

« Nul ne pourra être élu au grade d'officier, sergent ou maréchal de logis, s'il ne sait lire et écrire.

« Tous ceux qui obtiendront des grades feront le serment de fidélité à la République, et de maintenir la sûreté des personnes et des propriétés. »

La Constitution de Tan HT statua qu'aucun Français ne pourrait exercer les droits de citoyen sans être inscrit au rôle de la garde nationale ; que les officiers de la garde nationale seraient élus pour un an; et que le commandement de la garde nationale sédentaire, dans une Yillede cent mille habitants et au-dessus, ne pourrait être confié à un seul homme.

Les légions furent supprimées à Paris; le commandement fut déféré à un état-major de cinq membres, pris tour à tour, pour cinq jours seulement, parmi les commandants de la garde nationale de chaque section (1).

On revenait aux principes de 1789. Les lois politiques de l'an III. établirent des électeurs primaires, payant une contribution de trois journées de travail ; des électeurs du second degré, payant un impôt foncier de cent cinquante à deux cents journées. On créa deux conseils : celui des Cinq Cents, qui proposait les lois, celui des Anciens , qui les acceptait. Le pouvoir exécutif fut confié à un Directoire de cinq membres,

(1) On trouve dans YAlmanach national de l'an III, p. 429 et suiv., les noms des commandants en chef, commandants en second et adjudants des quarantç-liuit sections, en t70â.

choisis par le Corps législatif, et âgés d'au moins quarante ans.

Ce retour vers les vieilles idées constitutionnelles enhardissait les royalistes, et ils trouvèrent le prétexte d'une manifestation dans le décret qui réservait aux conventionnels les deux tiers des places dans les deux conseils. La section Lepelletier , à laquelle apparie*naient les grenadiers des Filles-Saint-Thomas, donna le signal du mouvement. Trente-deux sections y répondirent (1) , les unes dans l'espoir de ressusciter la monarchie, les autres en haine d'un régime bâtard, qui, afflublé d'une étiquette mensongère, frappait la démocratie au nom même de la République. La Convention avait pour elle les compagnies des Thermesde-Julien, des Gardes-Françaises, du Faubourg-Montmartre , de l'Indivisibilité (ci-devant des Fédérés). Pour accroître ses forces , elle implora le secours de ceux qu'elle avait proscrits. Elle envoya le député Fréron aux sections de Montreuil, des Quinze-Vingts et de Popincourt , « qui , au seul mot de royalisme , demandèrent des armes , et jurèrent d'exterminer les factieux (2). » Elle autorisa Tenrôlement des Marseil^

(1) Entre autres, celles du théâtre Français, des Tuileries, de la Butte-des-Moulins, de Brntus, de l'Arsenal, du Mont-Blanc, de la rue Poissonnière, du Luxembourg, du Temple, de l'Unité (Quatre-Nalions), de la Fonlaine-de-Grenelle, de la Fidélité (maison commune), de !a Fraternité, de Bondi, de la Halle-au-Elé.

(2) Discours de Fréron, séance du 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1793).

lais du 10 août, des Vainqueurs de la Bastille, du Bataillon sacré des Patriotes de 1789. Le général Menou reçut l'ordre de désarmer la section Lepelletier ; mais cet homme, qui avait défendu Louis XVI au 10 août, considérait le bataillon de patriotes comme un tas de scélérats et d'assassins (l). 11 entra en pourparlers avec les rebelles, fit rétrograder les troupes qu'il commandait, el dit aux soldats : « Si quelqu'un de vous s'avise d'insulter les bons citoyens de la section Lepelletier, je lui passerai mon sabre à travers le corps. »

Ainsi, l'insurrection put s'organiser. \]n comité central de onze membres s'établit au couvent des Filles-St- Thonias , sous la présidence de Richer-Sérizy, journaliste dévoué à la cause royale. Elle choisit, pour guider les sections révoltées, le général de brigade Auguste Danican ; Lafond de Soulé , ancien garde du corps de Louis XVI; le comte Colbert de Maulévrier, et le marquis de Volville. Elle s'empara des dépôts de chevaux et de subsistances, et de la trésorerie nationale, dirigea environ trente mille hommes sur les Tuileries, et mit hors la loi la plupart des représentants du peuple, ainsi que ceux qui s'armeraient pour les protéger. L'Assemblée, menacée, riposta par l'arme législative habituelle, la proclamation. Dans la soirée du 12 vendémiaire (6 octobre 1795), parut une adresse qui annonçait d'énergiques résolutions : « Après avoir épuisé

(1) Rapport de Barras du 30 vendémiaire an IV (22 octobre 1796)

tous les moyens fraternels , la Convention nationale est résolue de faire enfin cesser cette lutte scandaleuse élevée entre la volonté du peuple et une poignée de royalistes. Elle compte sur tous les républicains, tant soldats-citoyens que citoyens-soldats. Amis des lois , défenseurs de la liberté , écoutez la loi du devoir , et dès que le cri de force à la loi se sera fait entendre, rangez-vous sous les étendards de la vertu. A votre aspect imposant, les conspirateurs fuiront ; et bientôt la paix et le bonbeur s'élèveront sur les ruines de toutes les factions ! »

La direction des huit ou dix mille bommes dont la Convention pouvait disposer , fut confiée à Barras. « Dans la nuit du 12 au 13, dit-il, je fus nommé-général en chef de Tarmée de l'intérieur. Je m'entourai de patriotes ; j'appelai à moi les officiers destitués ; je ralliai le peu de troupes que nous avions ; j'établis des postes à toutes les avenues des Tuileries ; je désignai des réserves. Le général Buonaporté (1), connu par ses talents militaires et son attachement à la Répubhque, fut nommé, sur ma proposition, commandant en second. » Le jeune général, dans ses préparatifs stratégiques , employa surtout l'artillerie. Il disposa quarante-deux pièces de canon au débouché de toutes les avenues qui aboutissaient aux Tuileries.

L'attaque des sections commença le 13 vende-

(1) C'est ainsi que le nom encore obscur de Napoléon Bonaparte est écrit dans le rapport officiel.

miaire , à quatre heures du soir. Elles étaient maîtresses des rues Saint-Honoré, Saint-Roch, et delà Loi (ci-devant Richelieu) ; après d'inutiles sommations , une vive fusillade fut échangée ; le général Rrune et Tadjudant Gardanne repoussèrent les assaillants du côté des rues de TÉchelle et de Rohan ; le général Cartaux les tint en échec sur les quais ; Rerruyer, à la tête du bataillon sacré, les chassa du théâtre de la République et du Palais-Kgalité , et enleva une barricade formée au coin de la rue du Coq ; le représentant J.-B. Cavaignac, par la prise de Saint- Roch, compléta la victoire, qu'il vint annoncer en ces termes à la Convention :

« Je viens vous faire part des avantages que l'armée républicaine a remportés sur les rebelles. Ceux-ci s'étaient postés en avant de Téghse Saint-Roch ; ils avaient garni de tirailleurs les maisons qui bordent la rue de la Convention (du Dauphin). Nos soldats ont été les premiers attaqués ; mais deux pièces de canon, servies à propos, ont débusqué l'ennemi, et l'ont forcé de se replier jusqu'à l'église Saint-Roch. J'ai eu beaucoup de peine à empêcher les soldats de charger à la baïonnette. Le général Berruyer a eu son cheval tué sous lui ; Yachot, et l'adjudant général Mulloy se sont distingués. Tout est tranquille actuellement. Rien ne bouge, rien ne bougera, je vous en réponds. »

Ainsi, les sections armées, instituées pour servir la Révolution, succombèrent en la combattant. Leur défaite entraîna la dissolution de cette puissante armée

parisienne, qui, depuis 1789, avait pesé d'un si grand poids dans la balance politique. Un décret du 16 vendémiaire (8 octobre 1 795), cassa Tétat-major : la garde nationale parisienne fut légalement sous les ordres d'un commandant temporaire et de trois adjoints; mais personne ne fut appelé à ces fonctions, et la démission de Barras laissa Bonaparte chef de toutes les forces armées de Paris (l). On ne toléra qu'un seul tambour par section ; on supprima le corps de cavalerie; chaque bataillon fut réduit à huit compagnies de fusiliers, sans aucune marque distinctive. Les grenadiers et les chasseurs, qui avaient résisté à tant d'orages, furent licenciés et sommés de déposer leurs fusils sous trois heures. On désarma les sections Lepelletier et du Théâtre-Français. Les autres, par l'arrêté du 18 vendémiaire (10 octobre), furent soumises à d'humiliantes conditions.

« Le comité de salut public, considérant qu'il importe de donner sans délai à la garde nationale de Paris une organisation qui mette désormais les bons citoyens à l'abri de l'atteinte des factieux ;

« Considérant que le moyen le plus sûr de parvenir à ce but est ùo déterminer d'une manière précise la quantité d'armes qui doivent être confiées aux citoyens, en raison du service pour lequel ils sont commandés, arrête :

a Les citoyens faisant partie de la garde nationale

(1) 4 brumaire an IV (26 octobre 1795),

de Paris sont tenus de déposer leurs fusils armés de leurs baïonnettes, au comité civil de leurs sections respectives. Il sera déposé, dans un local destiné à cet effet , dans le comité civil de chaque section , une quantité d'armes déterminée, à raison de quatre-vingts par chaque section. Il sera délivré à chaïue citoyen commandé de service, un fusil du dépôt de sa section, lequel il sera tenu de remettre dans ledit dépôt, après avoir fait son service.

« Il est attribué à chaque dépôt d'armes, ungardien nommé par le comité de salut public. Chaque gardien tiendra un registre, sur lequel il inscrira les noms des citoyens qui recevront des armes, enjustifiant de leur billet de convocation , et y fera mention de la remise qui devra en être faite à la garde descendante. Il sera alloué auxdits gardiens un habillement. Le général en chef de Tarmée de l'intérieur prendra toutes les mesures nécessaires pour opérer le désarmement. En conséquence, il est ordonné aux habitants des 48 sections de remettre, sous douze heures, leurs fusils aux comités de leurs sections. Les comités retiendront quatre-vingts fusils par bataillon, pour le service journalier de la garde nationale , et feront transporter le reste au lieu qui sera indiqué. »

Le parti monarchique exploita à son profit le mécontentement des citoyens ; il les excita contre le Directoire exécutif, gouvernement faible et incertain, sans cesse tiraillé en sens contraires par les Jacobins et royalistes. Bans l'espoir de se créer une armée au

sein de la capitale, les amis de Louis XVIII réclamèrent le rétablissement de la garde nationale. Un de leurs organes écrivait au Cerps législatif : « Des armes, des fusils, des canons, des uniformes, une garde nationale bien organisée, bien commandée, et je réponds de tout. Assassinée plutôt que \aincue à la journée du 13 vendémiaire , la garde nationale sera pour vous ce qu'elle fut le 9 tbermidor, le 3 prairial. Législateurs I hâtez-vous d'armer les bras qui doivent rétablir entre le gouvernement et le Corps législatif réquilibre de la puissance (i). »

Le 9 thermidor (20 juillet 1797), Pichegru disait, dans un rapport au conseil des Cinq Cents : « Le seul remède aux maux dont la patrie est menacée, c'est la réorganisation des gardes nationales. Jamais on n'aura la liberté sans elles. C'est dans leur sein que se formèrent les bataillons nombreux qui parurent tout à coup aux yeux de l'Europe étonnée , et qui se trouvèrent armés et presque instruits à la voix de la patrie en danger. On ne leur fit jamais un appel qui les ait trouvées sans énergie. Que leur réorganisation soit pour les citoyens un signal de réunion. »

.Pichegru lut un projet qui replaçait la garde nationale sur les bases de 1791 ; les conseils approuvèrent ses plans ; mais le 18 fructidor (4 septembre 1797] en empêcha l'exécution. Le Directoire, usant de vigueur,

(1) Le Thé ou lé Contrôleur général du 3 thermidor an V (21 juillet 1797).

condamna à la déportation soixante-cinq membres des conseils, et les rédacteurs de quarante-deux journaux ; les anciens nobles, et les émigrés qui avaient reparu , furent exilés. La garde nationale, dont ils comptaient faire Tinslrument de leurs complots, demeura telle quelle, inerte et brisée. Ce ne fut que sous l'Empire, qu'elle reçut une organisation nouvelle ; mais cette organisation équivalait à une suppression complète. Napoléon se réservait la faculté de former au besoin, dans les communes, des légions composées de tous les Français valides, de vingt ans à soixante ans. Ces légions se composaient d'un nombre indéterminé de cohortes, de dix compagnies chacune , dont une de grenadiers, une de chasseurs, et huit de fusiliers. Les officiers étaient nommés par TEmpereur. L'ancien uniforme était conservé, avec des épaulettes d'argent. Les boutons portaient ces mots : Garde nationale^ au centre d'une couronne d'olivier et de chêne ; ceux des grenadiers étaient distingués par une grenade, et ceux des chasseurs, par un cor.

Les gardes nationales devaient être employées au maintien de l'ordre dans l'intérieur, et à la défense des frontières et des côtes. Les places fortes étaient spécialement confiées à leur honneur et à leur bravoure (t).

(1) Sénatus-consulte du 24 septembre 1805; décret du 12 novembre 1806; Collection des lois, par Duvergier, tome XV, pag. 326, 327.

Les seules gardes nationales mises en activité au commencement du régime impérial furent celles des départements du Nord, de la Somme, du Pas-de-Calais et de la Lys (l). Elles composaient trente-trois légions, de quatre cohortes chacune, excepté la légion du Quesnoy, qui n'en avait que trois (2).

En 1812 , au moment où l'Empereur s'apprêtait à combattre la Russie, il divisa les gardes nationales en premier ban, second ban, et arrière-ban, termes empruntés à ce vocabulaire féodal, d'où il avait déjà tiré les grands maréchaux, les connétables, les chambellans, les pages, les veneurs, et les grands ducs feudataires. Le premier ban comprenait les hommes de 20 à 26 ans, qui n'avaient pas fait partie du contingent des conscrits à l'époque de l'appel de leurs classes ; le second ban, tous les hommes valides, de 26 à 40 ans ; le troisième, les hommes de 40 à 60 ans. Cent cohortes du premier ban furent mises immédiatement

(1) Chef-lieu Bruges.

(2) Nord, l""* légion, Lille; 'ie, Turcoing; 3^, Douai; 4e, Dunkcrque; 5« Bergues; 6% Gambray; 7% le Quesnoy; 8% Hazebrouck ; 9", Séclin ; 10', Avesnes; 11", Armentières; 12e, Saint- Amand; 13', le Gâteau; 14% Valenciennes.

Pas-de-Calais. 1" légion, Arras; 2% Béthune ; 3", Boulogne; II", Sainl-Omer; 5», Montreuil; 6', Aire; 7^, Bapeaume; 8% 6ainl-Pol.

Somme. V légion, Amiens; 2', Abbeville; 3«, Péronne; 4», Mondidier; 5*, Doullens; 6', MoUiens-le-Vidame,

Lys. 1" et 2* légions, Bruges ; 3', Ypres.

à la disposition du ministre de la guerre (l). Elles ne devaient point sortir du territoire de l'Empire , et étaient exclusivement consacrées à la garde des frontières, à la police intérieure, et à la conservation des places fortes, arsenaux et dépôts maritimes; mais à peine furent-elles organisées, qu'on les dirigea, les unes vers T Espagne , les autres sur les bords du Rhin.

Lorsqu'une cruelle succession de désastres eut amené les coalisés sur le sol français, T Empereur décréta que les gardes nationales urbaines, dont le contingent était de neuf cent soixante mille hommes , remplaceraient les garnisons de Tintérieur (2). Avant de partir pour la campagne de France, il ordonna de réunir deux armées de réserve, composées de cohor tes de gardes nationales, l'une à Soissons, Meaux, Nogent , Troyes et Lyon , ef l'autre à Toulouse et Bordeaux (3). Son projet de rétablir la garde nationale de Paris souleva de vives objections. « Tout le monde , dit le duc de Uovigo (4) , observait que la garde nationale de Paris avait été le moyen le plus puissant dont les agitateurs politiques n'avaient cessé de disposer pendant la révolution, et qu'il serait dangereux de le leur remettre de nouveau entre les mains ; mais la nécessité

(1) Sénatus-consulte du 13 mars 1812.

(2) Décret du 17 décembre 1813.

(3) Journal de Paris^ 7 janvier 1814.

(4) Mémoires, Paris, 1828, in-8, t. VI, p. 293.

OÙ l'on était d'avoir recours à la population pour la défense de !a capitale, faisait que Ton s'abusait sur quelques vérités dont, au fond, on était convaincu. D'ailleurs, on était moins opposé à la levée de la garde nationale de Paris, qu'embarrassé de la composer d'hommes qui ne laissassent rien à craindre en cas d'agitation, et qui fussent disposés à la fois à défendre leurs murailles et à faire respecter leurs domiciles. Ces deux qualités étaient à peu près impossibles à réunir , parce que l'espèce d'hommes qui convenait à la défense de la ville était celle qui est toujours généreuse, qui prodigue ses efforts et son sang; c'est la moins opulente, celle qui n'a rien à perdre, chez laquelle l'honneur national parle toujours haut; mais on la considérait comme dangereuse pour la classe opulente et les propriétaires, et on était d'avis de l'éloigner de la formation des cadres.

Les opinions étaient tellement partagées que l'Empereur ne voulut ni revenir à l'emploi d'un moyen dont il avait besoin, ni le mettre en usage sans avoir entendu d'avance tous les avis. 11 réunit un conseil privé d'environ dix-huit ou vingt personnes (l). L'Empereur y posa la question de la nécessité de lever la garde nationale de Paris, et laissa un libre cours h

(1) Les princes delà famille, les trois dignitaires, les ministres, les ministres d'État, les présidents des sections du conseil d'État, le président du sénat, le grand-maltre de l'Université, le premier inspecteur de la gendarmerie. {Note du duc de Rovigo.)

toutes les observations qui furent présentées. On rappela tout ce que la garde nationale de Paris avait fait aux époques marquantes de la révolution, et l'on était généralement de l'avis de ne la point armer, à quoi TEmpereur répondit qu'il y avait nécessité absolue; que, conséquemment, les observations ne devaient porter que sur le choix à mettre dans sa composition, mais que sa réunion était urgente.

« Il laissa encore parler une bonne heure, puis il mit la proposition aux voix. Une chose remarquable, c'est que tous les membres du conseil qui avaient acquis de la célébrité dans la révolution, furent d'abord d'avis de ne point lever la garde nationale de Paris, et qu'ensuite, obligés de se rendre sur ce point, ils conseillèrent de ne point mettre de choix dans la composition des cadres. Les autres membres du conseil opinèrent pour la levée de la garde nationale, en surveillant la nomination des chefs qui devaient commander cette milice urbaine. L'Empereur adopta cet avis; il ordonna, en conséquence, la mise en activité de la garde nationale de Paris; je n'eus plus qu'à exécuter les dispositions qui avaient été prises à l'avance (i). Il était trois heures du matin lorsque le conseil se sépara. »

(1) Le duc de Rovigo était ministre de la police générale.

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