GRENADIER . 1816 A
(aiix "barricades)
rigé par le duc de Raguse en personne) décima les citoyens-soldats.
Sur la rive gauche, les gardes nationaux de la 12^ légion, commandés par Bremer, cuirassier de l'Empire (rue de la Chaise, n» 18), organisèrent la défense des barricades du Pont-Neuf. Des gardes nationaux de la lOe vinrent prier leur maire, M. Hutteau d'Origny, de se mettre à leur tête. Celui-ci y consentit. La légion, ainsi partiellement reconstituée, se porta d'abord àla prison de T Abbaye , fit rendre les armes au détachementde ligne qui occupait le poste, délivra les militaires détenus pour cause d'insubordination ; puis elle se divisa en deux colonnes ; l'une alla se placer en face de la Grève ; l'autre sur le quai Malaquais , d'où elle échangea des coups de fusil avec les Suisses cantonnés dans la grande galerie du Louvre.
Le 29 au matin, la garde nationale de Montrouge amena au quartier-général de l'hôtel de ville le 50e de ligne, avec lequel elle avait fraternisé en buvant le vin des jésuites. Elle était conduite par le maire de la commune, M. Armand LeuUier, et par le gérant du Figaro, M. Nestor Roqueplan. Dans tous les arrondissements de Paris les gardes nationaux isolés la veille se groupèrent et commencèrent à former des compagnies. La 1 0° légion se retrouva sur la place de l'Abbaye, et envoya des pelotons à la caserne de Babylone, au Musée d'artillerie, au Louvre et aux Tuileries. Georges \Yazelle, ébéniste, caporal delà 8% dirigea sur le Louvre environ quinze cents ouvriers du
faubourg Saint-Antoine, qui l'avaient élu pour chef. M. Delaborde se mit à la tête de la 2«, et lui assigna pour quartier-général le manège de la rue Cadet, où trois compagnies furent formées instantanément, et nommèrent leurs officiers. L'une d'elles, commandée par le capitaine Servatius, comptait dans ses rangs MM. Perrière - Laffitte , Morlot, l'agent de change Bainières, Eugène et Adrien Laffite, le banquier Larreguy, l'un des collaborateurs du journal du Commerce. Elle prit position à l'entrée du faubourg Montmartre, en attendant des ordres de l'hôtel de ville. Deux messages contradictoires arrivèrent. Le capitaine Servatius, après en avoir donné lecture à la compagnie, ajouta : « Vous le voyez, mes camarades, d'un côté on nous ordonne de rester dans notre arrondissement ; de l'autre, on nous demande de diriger un renfort vers le Théâtre-Français ; que comptez-vous faire ? » Le cri unanime : Au feu! partit des rangs de la compagnie.
Dans la journée, au moment où se consommait la victoire, le général La Fayette, appelé à commander la force publique, annonça, par une proclamation, la résurrection delà garde nationale.
« La garde nationale parisienne est rétablie ; messieurs les colonels et officiers sont invités à réorganiser immédiatement le service de la garde nationale ; messieurs les sous-officiers et gardes nationaux devront être prêts à se réunir au premier coup de tambour ; provisoirement ils sont invités à se réunir chez
les officiers et sous-officiers de leurs anciennes compagnies et à se faire inscrire sur les contrôles.
« Il s'agit de faire régner Tordre, et la commission municipale de la ville de Paris compte sur le zèle ordinaire de la garde nationale pour la liberté et Tordre public.
« Messieurs les colonels, en leur absence, messieurs les chefs de bataillon, sont priés de se rendre de suite à Thôtel de ville pour y conférer sur les premières mesures à prendre dans Tintérêt du service.
a Fait à Thôtel de ville, le 29 juillet 1830.
« Lafavçtte.
« Pour copie conforme :
« Le colonel, chef (T état-major^
« ZiMMER. »
« Le général, commandant en chef, voulant régulariser le service, prévient MM. les chefs de légion de la garde nationale et tous les autres chefs de corps et d'administration, qu'à compter de ce moment tous les ordres donnés seront signés par lui, par le colonel Zimmer, faisant les fonctions de chef d'état-major, et par MM. Georges Lafayette et le colonel Carbonel, ses aides de camp. Tout autre signature sera regardée comme nulle et non avenue.
« A Thôtel de ville de Paris, le 1*» août 1830, à dix heures du matin.
a Lafayette, »
Le 30 juillet, les postes principaux, les édifices publics étaient occupés par la garde nationale, qui s'efforçait de régulariser le triomphe et de sauver les vaincus. Plusieurs gardes royaux furent épargnés, grâce à l'entremise de M. Stofel, maître bottier (passage du Saumon, n» 19), caporal des grenadiers de la 3^ légion, 2e bataillon, V^ compagnie. D'autres gardes nationaux dérobèrent à une mort presque certaine un grand nombre de ces malheureux satellites, dont le seul crime était l'obéissance.
Peu à peu les compagnies se complétèrent. Le général Lafayette et la commission municipale y ajoutèrent une garde nationale mobile, composée de vingt régiments, et payée à raison de trente sous par jour (l). Ceux mêmes qui n'avaient ni désiré ni servi la révolution, coururent à leurs corps-de-garde pour modérer une agitation dont ils n'appréciaient pas les causes, et dont ils redoutaient les effets. Un placard affiché rue Montmartre, au coin de la rue du Mail, portait ces mots : « Gardes nationaux, sortez, si vous ne voulez être brûlés dans vos maisons. »
M. ValentinLapelouse, gérant du Courrier français, écrivit aux chasseurs de la compagnie dont il avait été capitaine : « Réunissez-vous autour de moi; nous veillerons ensemble à la conservation de nos familles et de nos propriétés. » L'idée de Tordre fit rentrer dans les cadres les hommes de tous les partis, et hâta
(1) Arrêté du 31 juillet 1830, rapporté le 8 août.
CHASSETJR 18/^0.
(draji
P,c ienne )
le rétablissement de la garde nationale. Le l^"^ août le général Lafayette, dans un ordre du jour, lui signalait sa mission, et remployait à calmer 1" agitation causée par trois jours de combat.
« Le général commandant en chef invite messieurs les chefs de légion à prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir la tranquillité publique. A cet effet, ils feront faire de nombreuses patrouilles et renforcer les postes qui ne seraient pas suffisants pour ce service. Il leur est enjoint d'envoyer sur-le-champ à r hôtel de ville, un sous-officier avec quelques hommes pour y prendre des cartouches. Ils enverront, autant que possible, la désignation des postes et Tétat des hommes qui les composent. Messieurs les chefs de légion qui ont des barrières dans leurs commande^ ments, feront sur-le-champ doubler les barrières principales; ils ordonneront aux divers commandants de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la perception des droits. »
« Lafayette. »
On sait comment quelques députés disposèrent de la couronne en faveur de Louis-Philippe. 11 existait dès-lors un parti républicain dont le tort fut d'ignorer l'histoire, et de confier ses destinées à Lafayette, qui avait été toute sa vie le plus fervent et le plus invariable des constitutionnels. Sous son tout-puissant patronage, le nouveau roi fut «ccepté, et la garde na-
lionale appuya ce trône, qui devait être entouré d'institutions républicaines. Pour le soutenir elle versa son sang aux émeutes de 1832, 1834 et 1839, où le rêve de l'avenir échoua contre les réalités du présent. Louis-Philippe gouverna d'abord avec elle ; la loi du 22 mars 1831 rendit enfin aux citoyens le droit d'élire Jeurs officiers, à l'exception des colonels et des lieutenants colonels, que le roi choisissait sur une liste de dix candidats, et des majors, adjudants-majors, chirurgiens et aides-majors dont il se réserva la nomination. Les maréchaux Lobau et Gérard furent successivement placés à la tête de la garde nationale parisienne. Le pouvoir prit longtemps soin de ne point heurter l'esprit de la force civique, qui lui servait d'appui ; mais l'immolation constante des intérêts nationaux aux intérêts dynastiques; la corruption électorale effrontément employée; la dissolution d'un grand nombre de gardes nationales des départements; le remplacement du maréchal Gérard par le général Jacqueminot ; une résistance opiniâtre à toute espèce de réformes et d'améliorations ; toutes les fautes du gouvernement personnel^ refroidirent les plus zélés. Il en vint à craindre la garde nationale, et, menacé par la manifestation du 22 février 1848, ce ne fut pas à elle qu'il eut recours. La commission du banquet réformiste du douzième arrondissement ayant invite les gardes nationaux à se grouper autour des convives, le général Jacqueminot s'efforça de les en détourner par une proclamation. « On cherche à vous
égarer, disait-il, au nom même de la légalité, dont le maintien est confié à votre dévouement et à votre patriotisme. Peu d'entre nous, sans doute, sont disposés à se laisser entraîner à une démarche coupable ; mais je voudrais leur épargner ei la honte et le regret de compter leur petit nombre, au milieu des 85,000 gardes nationaux dont nos légions se composent. C'est donc au nom de la loi que je vous adjure de ne pas tromper la confiance du pays, qui a remis à votre garde la défense de la royauté constitutionnelle et de Tordre légal. »
Le 23 février, en présence d'éventualités graves, le ministre se décida toutefois à faire battre le rappel. La garde nationale y répondit, mais en manifestant l'intention d'appuyer le mouvement populaire, et d'éviter l'effusion du sang. Le lieutenant colonel de la 2® Lgion, M. Bainières, ancien agent de change, alla trouver le duc de Nemcurs, et lui annonça qu'il ne répondait pas de l'esprit de la légion, si l'opinion publique n'était pas satisfaite par de justes concessions. La troisième, réunie sur la place des Petits-Pères, fit entendre les cris de vive la réforme! à bas les minis^ très! A onze heures, elle reçut dans son cairé des groupes chargés par la garde municipale, et croisa la baïonnette sur les assaillants. Le colonel, M. Besson, pair deB'rance, se rendit, à midi, auprès du général Jacqueminot , pour le prier d'être auprès du roi l'interprète des sentiments de la 3© légion.
Un grand nombre de gardes nationaux de la 4«
étaient rassemblés , dès le matin, place du Chevalierdu-Guet. Ils envoyèrent une députalion à M. Crémieux, pour lui demander conseil. Celui-ci répondit : « Protecteurs de Tordre public et de la liberté, allez en masse, sans fusils, sur tous les points où des collisions éclatent ; mettez un terme à l'effusion du sang de vos frères , citoyens ou soldats, car les soldats sont vos frères comme le peuple. Et si vous craignez que votre concours ne semble un acquiescement à une détestable politique , adressez à la Cbambre une pétition, dans laquelle vous ferez connaître votre opinion comme citoyens, en même temps que vous marcherez comme gardes nationaux. » La députation, revenue dans son quartier, écrivit au Siècle, que si la 4« légion était prête à maintenir l'ordre, elle n'entendait pas se constituer la complice d'un ministère corrupteur. Une pétition fut signée et portée à la Chambre. « Je vais la déposer sur la tribune, dit M. Crémieux en la recevant, et maintenant, courez où des collisions s'élèvent, rétablissez l'ordre et la paix : le ministère est frappé de mort ; la garde nationale a prononcé son arrêt. »
En effet, elle montrait partout le même esprit. Le 2® bataillon de la 5^ légion avait fait rentrer la garde municipale dans la caserne Saint-Martin. La 7*^ avait désarmé cent cinquante gardes municipaux. Le colonel de la 10% M. Lemercier, avait fait de vains efforts pour obtenir de ceux qu'il commandait une obéissance absolue ,* ils exigeaient avant tout le renvoi du minis-
tère et la réforme électorale. Trois cents hommes de la lie avaient, sur le pont Saint -Michel, arraché des étudiants à la brutalité des agents de police. Vaincu par cette irrésistible unanimité, le ministère se retira. La 1 3c légion (cavalerie) en fut instruite la première. Elle venait de parcourir les boulevards et les quais, et stationnait sur la*place du Carrousel. Le colonel, M. de Montalivet, intendant de la liste civile, prit la parole en ces termes :
« Mes chers camarades,
« Le roi m'a chargé de vous remercier du concours que vous avez prêté à Tordre et au gouvernement fondé en juillet. Il vient d'accepter les démissions de tous ses ministres ; il m'a chargé de vous en prévenir. Rentrez chez vous, tout est terminé. Mais demain, soyez exacts à votre poste ; car il n'y a plus de ministère, et la garde nationale aura tout à faire pour maintenir l'ordre ; l'abstension de la garde nationale aujourd'hui était un fait regrettable, et nous devons vous féliciter du concours que vous avez prêté au gouvernement. »
« Colonel, dit un officier, la garde nationale à cheval n'a pas fait aujourd'hui acte d'adhésion au ministère; elle est venue prêter main-forte à l'ordre et aux institutions de juillet. — Mes sentiments sont connus, reprit M. de Montalivet ; je n'ai pas à les exprimer ici ; l'uniforme me gêne pour dire tout ce que
je seus, tout ce que j'éprouve; mais je crierai avec vous ; Vivent les institutions formées en juillet I Vive le roil ï)
L'heureuse nouvelle se répandit dans Paris ; la joie succéda à Tinquiétude ; les barricades des rues Beaubourg et Saint-Martin furent abandonnées; une illumination spontanée fit flamboyer toutes les fenêtres ; une foule immense circula dans les rues. La pacification semblait complète , quand la fusillade du boulevard des Capucines tua la monarchie de juillet.
Le 24 février, au Palais-Royal, aux Tuileries , « la garde nationale était active. Comme le peuple , avec le peuple, elle se battait, j'entends ceux des soldatscitoyens qui avaient pu se procurer de la poudre et du plomb, deux choses qu'on leur avait obstinément refusées (l). » Après la victoire, le Gouvernement provisoire confia le maintien delà tranquillité de la ville de Paris au patriotisme de la garde nationale, sous le commandement de M. de Courtais.
Des remercîments furent adressés à la garde nationale, au nom du peuple français :
« Citoyens,
« Votre attitude dans ces dernières et grandes journées a été telle qu'on devait l'attendre d'hommes exercés depuis longtemps aux luttes de la liberté.
(\] La Réforme du 25 février 1818.
GARDE MTIOmLE A CHEVAL (de 1816 8: 1848)
DE LA GAllDE NATIONALE. S85
(( Grâce à votre fraternelle union avec !e peuple , avec les écoles, la révolution est accomplie. (( La patrie vous en sera reconnaissante. « Aujourd'hui tous les citoyens font partie de la garde nationale ; tous doivent concourir activement avec le Gouvernement provisoire, au triomphe régulier des Hbertés publiques.
« Le Gouvernement provisoire compte sur votre zèle, sur votre dévouement à seconder ses efforts, dans la mission difficile que le peuple lui a conférée.
« Les Membres du Gouvernement provisoire,
« Dupont (de l'Eure), F. Arago,
Mabie, Lamartine, Crémieux,
Ledru-Rollin, Garnier-Pagès.
«L. Blanc, A. Marrast, Flocon,
Albert, Secrétaires. »
La garde nalionule s'augmenta rapidement. Composée, au 24 février, de 56,751 hommes, elle présentait, au mois de mars, un effectif de 190,299 hommes, non compris \ ingt-quatre bataillons de garde mobile (1).
Les événements qui se sont accomplis depuis cette époque sont trop près de nous, trop connus, pour que nous ayons aies narrer en détail. Nous avons surtout voulu, dans notre histoire, éclaircir des points douteux, et révéler des particularités inédites. Les faits
(1) Chaque bataillon est subdivisé en huit compagnies de 121 hnmnics chacune.
contemporains ont été l'objet d'une foule de relations détaillées ; nous nous bornerons donc à rappehr le rôle de la garde nationale pendant les lamentables journées de juin.
Aucune des mesures que dictait la prudence n'avait été prise par l'autorité; les barricades s'élevaient sans obstacle.
f La garde nationale se rassembla, le 23 juin, vers midi, avant que les troupes de ligne eussent été mises en mouvement. Elle marcha sur la barricade du boulevard Saint-Denis ; le 3® bataillon de la 2^ légion déboucha par le boulevard Bonne-Nouvelle ; la 5« par la rue Sainte-Âppoline ; la 3*^ par la rue Saint-Claude. Un feu nourri déconcerta d'abord les assaillants]; deux chefs de bataillon de la 2® furent blessés, MM. Lefèvre et Edouard Thayer. M. Jean Bertin, ancien notaire (5® légiion, 2^ bataillon, 2« compagnie), fut atteint d'une balle à la cuisse ; M, Herlusion, capitaine de la 2« compagnie du 3« bataillon de la 2« légion, tomba blessé entre les mains des insurgés et resta quelque temps en leur pouvoir. M. Leclerc (3e légion, 1" bataillon, 6« compagnie) reçut entre ses bras son fils, frappé de deux balles. Avec un admirable héroïsme, ce malheureux père quitta aussitôt les rangs, en disant : a J'ai laissé mon autre fils auprès de sa mère; je vais le chercher; il saura mourir aussi pour
la cause de l'ordre. »
Maîtresses du boulevard Saint-Denis, les 2^, 3« et
6e légions s'engagèrent dans les faubourgs Poisson-
GRENADIER (JxLrn 1848)
nière et Saint-Denis. La 1' leur envoya un renfort , et, avec le concours du 7^ léger, elles enlevèrent la barricade qui unissait, par une épaisse muraille, les rues Bellefond et La Fayette.
Là, un chef de bataillon de la 2^ légion, M. Lefèvre, ancien élève deTÉcole-Polytechnique, fut frappé d'une balle au bas ventre. Ses camarades le relevèrent. « La barricade est-elle prise? leur demanda-t-il. — Oui. — Eh bien, vive la République! » On l'emporta sur un brancard, et quelques heures après il n'était plus.
En même temps le 1^' bataillon de la V^ légion, et quelques pelotons du 34e de ligne attaquaient la barricade de la rue Culture-Sainte-Catherine, en face Téglise Saint-Paul. A côté du chef de bataillon Sudre, marchait à pied, au premier rang, l'ex-général Clément Thomas, démissionnaire depuis le 20 juin. La garde nationale et la ligne étaient par sections, l'une à gauche et l'autre à droite, mais la première occupait les trois quarts de la rue, et se trouvait exposée au feu de deux barricades de la rue Neuve-Sainte-Catherine, et de la maison qui fait l'angle. Aussi compta-t-elle dix-sept morts et soixante-cinq blessés.
Les légions de la rive gauche, où les défenseurs de l'ordre légal étaient moins nombreux, n'agirent pas avec autant de succès. Le chef du 4® bataillon de la lie légion, M. Francis Masson, périt à l'assaut de la barricade Saint-Séverin. Des gardes nationaux du 1" bataillon de la 1 1 , se joignant à la colonne du général
Damesme, contribuèrent à la prise des retranchements des rues des Grès et de Cluny, sans pouvoir francliir la barricade de la rue des Mathurins-Saint-Jacques. Dans la soirée, les 1" et "à^ bataillons de la 10e, et la 3® compagnie du 3^ bataillon luttèrent courageusement au pont Saint-Michel, au Petit-Pont etrueSaint-Andrédes-Arcs; mais ils évacuèrent avant minuit les positions qu'ils avaient conquises.
Pendant la nuit du 23 au 24, le service fut régularisé. Sur l'invitation du maire de Paris, les gardes nationaux se placèrent en sentinelles dans leurs quartiers respectifs, aux abords des rues. Ceux de la banlieue, de Si'inr-et-Oise, du Loiret, de la Somme et de la Seine-Inférieure, accoururent pour prend le part au combat. Il recommença avec fureur. La prise du Panthéon, de la place Maubert et du quartier Saint- Jacques coûtèrent de trop nombreuses victimes. La 2e compagnie du 4^ bataillon de la 4^ légion, après une lutte acharnée, débusqua les insurgés de la maison des Deux- Pierrots. Le bataillon de Vaugirard eut deux hommes tués et douze blessés, en prenant la barricade de la rue des Rosiers.
Des détachements des Irg et 10« légions, le 3« bataillon de la 9e, et la garde nationale des Batignolles, aidèrent la troupe de ligne et la garde mobile à reprendre toute la rive gauche.
Le 25, à neuf heures, l'insurrection occupait encore les faubourgs depuis le clos Saint-Lazare jusqu'à la Bastille. « Elle luttait dans les 5®, C^ et 7^ arrondis-
DE LA GARDE NATIOiNALE. 589
semenls, dont elle était complètement maîtresse, nonobstant leurs quarante mille gardes nationaux. Dans les oe, 6^ et 7^ légions, il n'y avait pas quatre mille gardes combattant pour l'ordre, tandis que soixante mille étaient timides, indécis ou avec les insurgés (l). » Le 6« arrondissement, qui compte vingt-huit mille gardes nationaux, n'en avait que mille sous les armes.
A 8 heures, les sergents-majors de toutes les compagnies, accompagnés d'un lieutenant et de quelques gardes, procédèrent, dans toutes les compagnies, au désarmement des gardes nationaux qui avaient manqué aux appels sans excuse légitimes.
Les gardes nationaux fidèles suppléaient au nombre par l'activité.
Dès le matin, les abattoirs Montmartre étaient occupés par vingt-cinq hommes du 2l« de ligne, et par une partie de la 6« compagnie du 2® bataillon de la 3e légion. La f® compagnie du 2^ bataillon de la même légion, favorisée par leurs feux obhques, s'empara de la barricade Rochechouart.
Vers une heure et demie, une division fut formée sous les ordres du général Lebreton pour débusquer les insurgés de la barrière Poissonnière et du clos Saint-Lazare. La garde nationale y était représentée par les 3*", 4« et 6« compagnie du 2« bataillon de la
(I) Rapport de M. Galy-Cazalat, représentant du peuple, à la Commission d'enquête.
V^ légion, et quelques pelotons des 2® et S®. Dans les rangs, marchaient comme volontaires les généraux Moline de Saint-Yon, Drolenvaux, La Rue, Rulhière et Gourgaud. A quatre heures et demie, le général Lebreton fit battre la charge, et les fortifications des insurgés cédèrent à des assauts réitérés. Les gardes nationaux d'Amiens et de Rouen vinrent alors relever ceux des légions parisiennes.
Une autre barricade construite dans le faubourg Saint-Denis, coûta aux gardes notionaux de Pontoise et de Montmorenci la perte du commandant des pompiers, Frain, et du chef de bataillon Granday.
Après la prise du clos Saint-Lazare, le 4« bataillon de la 1 ""^ légion, commandé par MM. Duffié et Achille Bernard, vint camper devant la place de la Bastille, que battait en brèche Tartillerie de la garde nationale. Entre le boulevard et la Seine, un détachement de la même légion formait la tête de colonne de la division du général INégrier, qui s'avançait vers la Bastille par la rue Saint-Antoine. La mairie du 7^ arrondissement était défendue depuis quarante-huit heures par cinquante gardes nationaux que commandait l'adjoint Martelet. A trois heures, une poignée de volontaires des 6« et 8« légions, dirigée par le représentant du peuple Galy-Cazalat, prit successivement toutes les barricades du quartier Saint-Louis jusqu'à la place des Vosges.
Cependant des renforts arrivaient à chaque instant, non- seulement des départements voisins, mais de la
ARTILLEUR (Juin 1848)
Manche, du Nord, des Vosges, de la Nièvre, du Cher, de TAisne, de Seine-et-Marne. A Angoulême, on se hâtait de se faire inscrire pour aller au secours de Paris. Les volontaires de Besançon, d'Aï (Marne), s'avançaient à marche forcée. La ville de Ti oyes envoyait nonseulement sa garde nationale, mais encore un don de trente raille kilos de pain, huit mille kilos de jambons et autres comestibles, et dix pièces de vin.
Près de deux cents villes fournirent des contingents à cette armée de Tordre et de la légaUté (1).
(1) Outre celles que nous avons nommées, nous citerons Tours, Cholet, Thouars, Bayonne, Moulins, la Cliarité-sur-Loire, Vesoul, Beaunie-les-Dames, Angers, Choisy, Cambrai, Pilhiviers, Bar-le-Duc, Meung-sur-Loirc, Rozoy-en-Brie, Romilly, Méry-sur- Seine, Autun, Bar-sur-Aube, Avallon(Côte-d'Or), Bar-sur-Seine, Napoléon-Vendée, Luçon, Saint-Dizier, Vitry-le-Français, Creil, Saint-Just, Breteuil, Pont-Sainte-Maxence, Maignelay, Verberie, Crépy, Gournay-sur-Aronde, Altichy, Béthune, Bouchain, Turcoing, Maubeuge, le Cateau, Landrecies, Calillon, MaroUes, Berlaimont, Roubaix, Hazebrouck, Dunkerque, Magny, Gaillon, Neufchàtel, Forges, Duclair, Fréville, Gournay, Saint-Saens, Barentin, Bois-Guiilaunie, Maromme, Orgeval, Dieppe, Tréport, Pont-l'Évêque, Bernay, Argentan, Caen, Saint-Lô, Coutances, Carantan, Brest, Nantes, Chartres, Gien, Beaugency, Blois, La Flèche, Houssay (Mayenne), Bourges, Sens, Joigny, le Havre, Chatillon (Côte-d'Or), Semur, Château-Chinon, Autun, Melun, Lagny, Ferté-sous-Jouarre, Nanteuil, Quincy, Crécy, Jouy-sur- Morin, Laon, Cliauny, La Fère, Coucy, Braisne, Choisy-sur- Marne, Vitry, Villenauxe, Vassy (Haute-Marne), Nancy, Châteauneuf (Cher), Yvre-Ie-Pré (Cher), Corbigny (Nièvre), Saumur, Loches, Étampes, Auxerre, Corbeil, Saint-Gerniain-en-Laye, Laigle, Saint-Malo, Nesie (Somme), Langrcs (Haule-Marne),
La plupart, malgré l'ardeur qu'elles mirent dans leur voyage, ne purent se trouver à Paris que pour assister à la fm de ces douloureuses hostilités. Le faubourg Saint-Antoine se rendit à une heure ; toutefois la lutte se prolongea quelques temps encore dans le faubourg du Temple. Les 5 et 6^ compagnies du 1" ba- . taillon de la Sg légion enlevèrent les barricades des Trois-Couronnes. Le capitaine de Chauny, retranché avec quelques hommes dans le bâtiment du port de l'octroi, y soutint pendant trois heures une vive fusillade. Le chef du 4® bataillon de la 5« légion, M. Ragonin, à la tête de quelques gardes nationaux et soutenu par un peloton du 11^ léger, marcha, vers quatre heures, sur la barrière du Combat. Une barricade énorme obstruait la rue Grangc-aux-Beiles. Au lieu de l'attaquer de front, les gardes nationaux longèrent le canal Saint-Martin, chassèrent les insurgés du pont de Saint-Maur, enlevèrent au pas de course les deux barricades de la rue des Écluses et prirent par derrière celle de la rue Grange-aux-Belles. Ce mouvement rapide ne coûta à la garde nationale qu'un homme tué, et deux blessés légèrement dans la 5^ compagnie.
Le 28, l'Assemblée nationale décréta, à l'unanimité, que les gardes nationales de Paris et des départements avaient bien mérité de la patrie.
Marie et Chavignon (Aisne), Saint-Pol, Aire, Saint-Omer, Loudun, La Ferté-Gauchor, Vaucliassis, Mesnil, Sellièrc, Saiicy, Horbselfre-en-Bois (Haule-Marnc).
Ce qui est plus glorieux que le courage dans les batailles, c'est d'ensevelir sous les ruines les discordes et les ressentiments. La garde nationale fit preuve d'un esprit de conciliation ; elle abjura toute vengeance. Le désarmement des 8% 9^ et 1 2^ légions, et des gardes nationaux qui avaient manqué aux appels, fut effectué sans animosité et sans colère. Dans les banquets fédératifs d'Amiens, du Havre, de Lille, deNeuilly,de Bourges, de Blois, de Boulogne-sur-Mer, etc., aucune parole haineuse ne fut prononcée. Quand les colonels et lieutenants colonels des légions de la Seine furent convoqués pour donner avis sur les récompenses à décerner, ils répondirent d'une voix unanime : « Oublions au plutôt les souvenirs des jours néfastes que nous venons de traverser ; ne faisons rien pour les rappeler.» Sur la tombe de Georges Leclerc, l'une des premières victimes de ce déplorable combat, les commandants de sa compagnie, MM. Chauny et Barreswil, disaient: «Nous ne devons éprouver d'autres sentiments que l'oubli du passé... Puisse un rayon de la Divinité dessiller les yeux de nos frères égarés, féconder en eux le germe de cette vraie fraternité qui doit nous unir tous, et raviver dans tous les cœurs l'amour de la patrie ! »
FLV.
Pag.
Chap. I. — Milices mérovingiennes. — Communautés des paroisses. — Les communes à Bovines. — Organisation militaire des communes. — Guet assis et guet royal. — Corps de métiers exempts du guet. — Capitaines soldés. —
— Milice parisienne au quatorzième siècle. — Siège de Rouen. — Siège de Beauvais. — Milices de Lyon et Paris.
— Barricades de la Ligue. — Défense de Saint-Jean-de- Lône. — Désorganisation des milices bourgeoises. 7
Chap. IL — Juillet d789. — Réunion des troupes autour de Paris. — Mirabeau demande rétablissement des gardes bourgeoises. — Motions de Bonneville et de Bancal des Issarts. — Paris demande le rétablissement des gardes bourgeoises. — Création du comité permanent de la milice parisienne. — Délibérations des districts. — Organisation de la milice. — Premier état-major. — Attaque et prise de la bastille. 21
Chap. III. — La Fayette est nommé commandant général.
— Son début. — Origine du drapeau tricolore. — Journée du 17 juillet 1789. — Premiers uniformes. — Les brigands. — Femmes montant la garde. — Anecdotes diverses. — Décret du 10 août 1789. — Formation de la garde soldée et non-soldée. — Premiers officiers. — Louis-Philippe capitaine. — Drapeaux des districts. — Bénédiction
des drapeaux à Notre-Dame. 41
Pag.
Chap. IV. — Journées des 5 et 6 octobre 178D. ■— Revues passées par Louis XVI et La Fayette. — Règlement pour le service des postes. — Projet 4*un bataillon de vétérans.
— Afflliations et fédérations. — Journée du 30 mai 1790, à Draguignan et à Lyon. — Fête nationale du 14 juillet 1790. 56
Chap. V. — Mouvement de la Presse. — Affaire de Nancy.
— Menaces contre la garde nationale. — Ses opinions politiques en 1790. — 28 février 1791. — Les démolisseurs de Vincennes et les chevaliers du poignard. — 18 avril 1791.— Démission de La Fayette. — Fuite de Louis XVI.
— Massacre du Champ de Mars. — Lois constitutionnelles relatives à la garde nationale. 83
Chap. VI. — Démission de La Fayette. — Honneurs que lui rendent la commune et la garde nationale. — Sa lettre d'adieux. -— Réponse des bataillons. — Plaintes du maire Pétion sur le service. — Élections de nouveaux officiers.
— Garde nationale des départements. — Garde nationale mobile. — Almanach du P. Gérard. — Bataillon de femmes. — Déclaration de guerre. — Premiers engagements.
— Belle conduite du bataillon de Paris. — Journée du
20 juin. 139
Chap. VU. — Désaffection de la garde nationale. — Son esprit de corps et son moral. — . Revue de la sixième division. — Alerte du 25 juin. — Pétition des vingt mille. — Dénonciation contre l'état-major. — Arrivée des fédérés. -- Repas à Charenton. — Avis du département de la police. — 14 juillet 1792. — Pétition des fédérés. — La patrie en danger. 173 Chap. VIII. —Pamphlets royalistes. — Diatribes contre les volontaires. — Les fédérés marseillais. — Rixe du 30 juillet 1792. — 10 août. 188 IHAP. IX. — Détails sur Santerre. — Translation de
blessés au 10 août. — Menaces conlre les nobles el les prêlres. — Sections aimées. — Journées de septembre. — Lettre de Sanlerre. — Victoires de nos armées. — Siège de Lille. — Influence de la garde nationale sur la défense du pays. 22G
CiiAP. X. — Garde nationale en 1793. — Réserve. — Vétérans. — Espérance de la patrie. — Corps de musique. — Piquières. — Plaintes du ministre de l'intérieur sur le service. — Garde du Temple. — • Santerre offre sa démission. — Organisation des légions en 1793. -— Fédérés appelés par la Gironde. — La garde nationale pendant le procès de Louis XVI et le jour de son exécution. 242
Chap. XI. — Gironde et Montagne. — La garde nationale au 31 mai, au 2 juin, au 9 thermidor. — Ordres du jour et mort du général Henriot. 269
Chap. XII. —Journées des 1" et 2 prairial. — Nouvelle garde nationale. — 13 vendémiaire. — Dissolution de la garde nationale. 292
Ceiap. XIII. — Rétablissement de la garde nationale de Paris. — Noms des officiers. — Leur entrevue avec l'Empereur. — Ordre du jour de Moiicey. — Préparatifs de la défense de Paris. — La garde nationale, le 30 mars 1814.
— Entretien de l'Empereur avec le général Belliard. 308 Chap. XIV. — Adhésion motivée de la garde nationale. —
Ordre du jour du commandant en chef, comte Dessolcs.
— Retour des Bonrbons. — La garde nationale pendant les Ccnt-Jours et la Restauration. 332
CiiAP. XV. — La garde nationale en jtiillet d830. — Régne de Louis-Philippe. — 24 février 1348. —La garde nationale depuis la République. 373