Histoire de la Gascogne
Ifft h GénidCMiti é'Aniigue. — BiniH YI m iMcessnr. — GuUi immit de Fanufiet. — CNtimes do FenisM — de FezeiU{Ml — di Pardiie — dei ^iN Vallées— de Nof iro. — PeidatioD de Maueibe — de Parie — de Miriide —de Giioit— de Greiade— de Flevanee— deYiane— de Joillae. — Mort de Benard eeite llrtine.— Geatsle sod lit.— Coitmes de Bissoseï et de Barrao.
Géraud survécut peu à Texpédition' qui avait déjà coûté la vie à Philippe-le- Hardi et à Esquivât: Il mourut en 1285 (1) laissant de Mathe de Béam sa femme, six enfants, trois fils et trois filles. Bernard Tainé des fils lui succéda dans les comtés d^Ârmagnac et de Fezensac. Gaston le second forma la seconde tige des vicomtes de Fezensaguet et Roger le dernier eut le Magnoac qu'il
(1) Grands Officiers de la Couronne. Art de vérifier les Dates. Un document de la collection Brequigni recule sa mort jusqu'en 1286 et le fait mourir prêt de Bragairac.
abandonna dans la suite à son aîné pour entrer dans TEglise. Des trois filles, Taînée Mascarose épousa Arnaud-Cuillem de Labarthe, vicomte d^Aure et des quatre vallées : Capsuelle et Mathe . les deux autres s'unirent, la première à Bernard Cls du comte de Comminges et la seconde à Bernard Trencaléon, .fils d'Othon , seigneur de Fimarcon. Ni Tune ni Tautre ne laissa de postérité.
. Bernard , le sixième de ce nom parmi les comtes d'Armagnac, venait d'atteindre la vingt-unième année, lorsqu'il fut appelé à succéder à son père. Toutefois eomme la majorité en Cascogne était fixée à 25 ans, il fut placé sous la tutelle de Gaston de Béarn (1) son grand-père maternel. Géraud avait promis une charte à la noblesse de Fezensac, lorsqu'il disputait ce comté au vicomte de Lomagne. Mais après sa victoire, il oublia sa promesse ou se mit peu en peine de la remplir. A son lit de mort le souvenir de la foi donnée lui revint et il recommanda à son fils d'acquitter >a dette. Cette tardive recommandation ne pouvaitf^spirer une entière confiance. On craignit de nouveaux délais et dès qu'il eut fermé les yeux, les barons, les chevaliers^ les damoiseaux ci les autres nobles composant la cour de Fezeniac s'as$emblèrçnt (2) dans l'église de Justian, le 7 janvier 1286. On y vit Raymond-Aimeric de Montesquiou, Guillaume de Poudenas, Raymond-Bernard de Gelas, Géraud de Verduzan , chevaliers , Aruaud- Guillem de Monlezun^ Odon de; Pardaillan, Carbonel de Peyrusse, damoiseaux, Jean Arnaud de Malartic?
(1) Grands Officier^ de la Couronne. An de vérifier les Dates.
(2) Charte du Séminaire. Manuscrit de M. d'Aigrnnn Coutumes de Fezensac.
nK LA GASCttGNE,
iJcrDarcl de Pai JaUluii , Bernard de Ciourac, lïerlraud de Lag^imbrère , ou Laj^nitorc, Hugues de Marrenx. Arnaud de Boussas^ Odon de Lartigue, Auer Sans de liezolles^ liemard de Cis taquet, cKevaliers, Amaneu de Verduzan^ Aruaud-Guillem de Magnaul, Fortaucr de Lupjïë, Gëraud de Lisle^ Bayie de Gondriu, Pierre- Oeitnitid de Lisslej sou frère, GuiUuume de Ferra botu:, Ik^nmrd d'Aubiaii^ Géraud de Jaulin, Vital deSéailles, !^riiard de Be^olles, Garcias-Arnaud de Bals, damoi- >eaux, Bernard de Lians, clerc ^ Bertrand de Lagardère^ agissant pour Fortaner deCazeuove^ chevalier ^ Guillanme de Carcliet, Bernard de Ferraboue et Géraud de Saillas , clerc , députe^ par Tabbé de Condom, Ces seigueurs choisirent Odon de Pardaillan, Gadlard de Bezolles , Bertrand de Polastron et Barthélemi de Câ]llà¥et I et les chargèrent de poursuivre auprès du jeune Bernard, de Mathe sa mère, de Tarchevéque d'Aueh^ de Bernard de Luppé juge d^appaux dans TAgenais pour le roi d'Angle ter re^ et des autres exécuteunî testamentaires du comte, la réalisation des promesses qui venaient d'élre reitérées- Bernard ooEseillépar sa mère se prêta de bonne grâce a ces réclamations. Le samedi avant les Rameaux, il ootrop les privilèges désirés en présence de Fort de Salis son sénéchal d'Armagnac et de Fezensac, de I^eire de Baulac^ archidiacre d^Astârac en deçà du Gccs, d'Arnaud Desparbès, chevalier, de Guillaume de Laivardac, clievaUer, de Bernard de Campeils chanoiue de Lectoure^et de plusieui-s notaires, spécialement clés* Cette charte formait les lois du Fezensac^*l Kaît le rang de la nobl^se du pays- Nos lecteurs aimefont à eu trouver ici les printùpales dis|)ositiûus.
Le comte concède aux seigneurs des châteaux de Montant, de Montesquiou, deLisle d^Orbeissan (depuis Lisle de Noë) de Betbèsé (*), de Lagraulet et de Lauraèt, barons de Fezensac, le haut et bas domaine, une entière juridiction et la faculté d^ériger des fourches patibulaires dans ui> lieu de leurs baronnies. Il consent à ce que les seigneurs des châteaux de Marambat, de Gondrin, de Marsan, de Magna ut, de Bonas et de Préueron jouissent des mêmes faveurs. Ces privilèges étaient attachés aux baronnies, aux châteaux et aux terres qui en dépendaient. Dans leurs autres domaines les barons et ces six maisons seigneuriales n'avaient que Pautorité affectée auxlGefs ordinaires.
Après ces familles, toutes les maisons nobles qui possédaient des châteaux anciens et peuplés avaient la basse et- moyenne justice , mais le comte réservait le haut domaine et la haute justice pour lui et pour ses successeurs. Enfin, le reste de la noblesse qui ne possédait que des services militaires, des lieux francs et des fiefs nobles (habentes militias ^Jrancasitias et Jeuda Jranca)^ ne pouvait exercer que la basse justice. Tout le reste appartenait au comte.
Le comte devait avoir un sénéchal qui entendit en son nom les causes civiles et criminelles assisté de deux gentilshommes ou de deux bourgeois, l.es uns et les autres dé bonne réputation. Les deux prençiîers siégeaient dans toutes les affaires qui concernaient la noblesse, et les seconds dans les affaires qui ne regardaient que la
(*) La maisoD de PardaiUan ayant réuni les baronnies de Betbèsé, de i^ayraét et de Lagraulet, il ne resta que quatre barons : ils firent partie du Chapitre métropolitain. La métropole ayant été rétablie , pourquoi leur titre ne le scrait-il pas ?
bourgeoisie et le peuple. Mais tout intéressé avait le droit de récuser des assesseurs dont il soupçonnait l'impartialité, à con(iition toutefois que dans un œurt délai il pourrait prouvei; devant la cour les justes motifs de ses soupçons.
Le comte faisait remise aux barons, aux chevaliers, aux religieux, aux clercs, aux bourgeois et autres nobles^ enfin aux seigneurs de quelque rang et de quelque condition qu'ils fussent, du droit d'alberge ou d'albergade C) et de tout ce qui se prélevait sous ce prétexte. Il ne conservait Valbergade que dans ses dom^nea propres.
Il permettait à la noblesse de jouir de ses forêts,, de ses eaux et de tout ce qui s'y rattachait. On sait que les Plantagenets d'Angleterre et à leur exemple quelques seigneurs s'étaient réservé presque exclusivement le droit de chasse.
Nul ne pouvait être dépouillé de ses biens sans avoir été jugé; ni saisi , ni incarcéré , quand il donnait une caution suffisante.
Le contumace ne pouvait être condamné qu'à une amende de vingt deniers Morlas, ni l'homme corvéable de corps ou de biensêtre reçu hors du domaine de son seignetur sans l'assentiment de celui-ci.
(*) On appelait alberge ou albergade le droit de gtte, d'où dous a?oiis fait Auberge et Héberger. Le seigneur pouvait aller demander un gtte k 9es vassaux.' La reli^on l'offrait aui voyageurs. Les h^pilanx n'eurent pas d'autre origine. Tous cent que nous connaissons dans la province avant 1300 et la plupart de ceux que l'on fonda dans le xiv< et XT« siècles n'eurent guère que cette destination. On les bâtissait de préférence sur le chemin des grands pèlerinages, presque toujours en Gascogne sur les chemins de Rome ou de St-Jacques. Après 1300 on commença à mêler aux voyageurs les malades et les infirmes; et peu à peu, à mesure que les hôtelleries s'élevèrent, ceux-ci restèrent seuls en possession des hospices.
Le vassal qui transportait son domicile ailleitrs devait laisser entre les mains de son seigneur les immeubles'qu'il tenait de lui.
Le comte, en fondant un bourg ou une bastide> ne pouvait donner à ceux qui venaient y habiter, que les terres de ceux qui consentaient k cette transmission, et il* ne pouvait bâtir dans les dom^itfes d'un seigneur sans son assentiment.
, Tout habitant du comté, accusé d'un délit, devait comparaître en justice devant le comte ou son délégué dans le lieu de son domicile. Les nobles seuls devaient aller chercher les arrêts de la justice à Vie et ils pouvaient refuser de les subir ailleurs.
Il était défendu d>ngager ou de saisir pour dette ou amende le linge de corps, les lits, les animaux labourant la terre et les chevaux d'un gentilhommeou d'unévéque.
Le comte ne pouvait recevoir gage de bataille que dans deux cas : pour un meurtre traitreusement et scélératement commis, et pour une propriété en litige (*), profimdo terrœ^ à moins que les deux parties n^y consentissent librement.
Nul ne pouvait être soumis à une punition ou à une amende pour autrui : le fils ne devait pas p^yer pour son père, ni le père pour son fils.
Nul ne pouvait être condamné que pour chose jugée ou avouée devant la cour, et si quelqu'un était dépouillé de ses biens sans jugement, il devait être rétabli dans ses droits par son seigneur ou par le comte.
(*) Nous croyons que c'est le sens du texte, nous pourrions nous être trompé en traduisant un latin très-incorrect. Nous sommes hors de nos études habituelles ; c'est ce qui nous a fait adopter avec empressement pour le Bétm la rédaction de M. Faget de Baurc qui s'est presque toujours contenté de traduire Marca en développant et éclaircissant sa pensée.
DE LA GASCOGNE. 'I i
Nul lie {K)uvait, sous prétexte de guerre ou de discorde, sévir coutre les maisons , les métairies {bordas) , les moulins, les pesselles, les arbres, les vignes, les blés, les foins. S'il le faisait, il éuit tenu de payer au double tous les dommages causés et puis il était puni selon la gravité du délit.
Chacun devait avoir autour du château ou du lieu dç son habitation un bédat ou lieu réservé d'une étendue raisonnable, qui devait être respecté sous peine d'une amende de . cinq sols outre la réparation des dommages. Enfin tout paysan pouvait posséder deux vaches , et tout gentilhomme six. S'ils excédaient ce nombre, ils devaient payer quatre sols Morlas au seigneur dont ces animaux paissaient les herbes, chaque fois que ce seigneur les trouvait sur ses propriétés.
Peu de mois après ces concessions, Bernard fit hommage (1) de ses comtés d'Ârmagnac et de Fezensac au roi d'Angleterre. Cet hommage est daté du 2 novembre et signé d'un grand nombre de* seigneurs. Bernard y prend le titre de damoiseau, marque de sa minorité. Il ne le prend plus dans un acte du 6 avril 1 289 , par. lequel il remet au monarque anglais les arrérages d'une rente de cent marcs d'argent dont Henri III avait gratifié Géraud V pour l'attacher à son parti. L'Angleterre avait toujours plus d'intérêt à gagner les seigneurs de la Gascogne. Aussi, deux jours aupravant, Edouard avait assigné au jeune Bernard une autre rente de mille livres Morlas :à prendre sur les revenus de Bordeaux.
La noblesse du Fezensaguet avait reçu de Géraud d'Armagnac les mêmes promesses que la noblesse d(*
(t ) L'Art de vérifier les Dates.
Fezensac. Elle se réunit dès que Gaston frère de Bernard eut atteint sa quatorzième année (1). Cette assemblée se composait d'Arnaud de Gière seigneur de Maosempuy, Arnaud Desparbès et Arnaud- Asner de Sk>boleco-seigneurs deLabrilie, Pelisson deFortineet Fortanier de Sirac co-seigneurs de Sirac , Eimeric et Odon de Latour seigneurs de Latour et de St-Cric , Gauthier de Latour seigneur de Montignac, Pierre Ducos et Bertrand de Monbrun , co-seigneurs de Monbrun avec le baron de-Blanquefort, Bernard de Gière co^gneur de Ser empuy , Raymond-Bernard de St- Jean seigneur d' Auguax , Azemar de Marayat seigneur de Maravat, Arnaud et Bernard de Lauret co-seigneurs de Lauret, Raymond-Bernard de Ste-Gemme, Vital de Mongaillard co-seigneur d*Esclignac et de Bajônnette, Nebulode Grasan et Arnaud de Céran co-seigneurs de Géran, Guillaume de Maurens et Bernard d'Auers co-seigneurs d^Engalin; Elle délégua Arnaud de Gière et Guillaume Asner de Sobole pour provoquer auprès du jeune vicomte Toctroi des concessions.
Gaston imita son frère et se prêta comme lui à des vœux qu'il n eut peut-être pas été en son pouvoir de repousser. Il accorda aux seigneurs de Mansempuy, de Labrihe, de Sirac, de Latour, de Monbrun et d^Augnax la baute et basse justice , le haut domaine et les fourches judiciaires, avec tous les privilèges qui s'y rattachaient; enfin le droit de créer un notaire ou tabeUion. Les autres châtelains reçurent le privilège d'imposer des amendes jusqu'à soixante-cinq sols Toulousains avec le droit de faire fustiger et courir les coupables dans leius villages. La simple noblesse n'eut
(1) Coutumes du Feieniaguet, Chartier du Séioiiiaire d'Auch.
le pouvoir de condamner qu'à cinq sols. Parmi lesuombrenx articles de ces coutumes, nous ne mentionnerons que Tavant-dernier. 11 y était défendu de saisir les vautours et les éperviers ou d'enlever leurs œufs sous peine de soixante- cinq sols d'amende. En cas d'insolvabilité, le ravisseur devait subir une peine corporelle, au jugement de la cour vicomtale.
Les coutumes du Pardrac se flrent attendre quelque temps. Le comte Arnaud Guillem ne les publia qu'en 1300(1). Cette publication faite le lundi de Quasimodo dans Téglise de Monlezun eut pour témoins Raymond Sans d'Antin , frère Eimeric Dastugues abbé deSt-Sever de Ruslan, Auger DebaLs, Hugues de Rosis ou de Roziers, Auger de Baulac, Arnaud Guillem Descouloubre, Bernard de Rivière et le supérieur des religieux hospiuliers de St- Antoine. Peu de mois après, Bernard de Labarthe (2) octroya les coutumes des quatre vallées d'Aure, de Magnoac, de Nestes et de Barousse.
Ces coutiunes générales ou grandes coutumes, comme on les appela souvent, regardaient surtout les nobles et les bourgeois. Quelques-uns de ceux-ci commençaient à s'enrichir et presque toujours ils profitaient de leurs richesses pour se faire inscrire parmi la noblesse. Guillaume Ferrantier (3), bourgeois de Villefranche dans TAstarac, s'était attaché à la maison d'Armagnac et avait amassé à son service des sommes considérables. Il acheta pour le prix de cent cinquante livres Morlas, de Bernard de Marestang seigneur de Cogotois et de Hunalde sa fille, la moitié de Bascols, la terre deCimps, la'neu-
(1) Coulumcs du Pardîac, Charlicr du scmiDaire d'Auch.
(2) Coutumes imprimées des qualre Vallées. (3' Charlier du Séminaire d'Auch.
a HISTOIRE
vicine parlie du péage d'Aubiet avec le neuvième des cuisses de porcs ^t de bœufs qui se tuaient et se vendaient dans cette ville. Toute vente de terre allodiale devait être ratifiée par le suzerain. Ici Tacquiescement n^était pas douteux. Bertrand de Marestang s^engagea à l'obtenir. Géraud de Pouy seigneur de Pouypardin, mari de Hunalde, fut chargé des procurations de sa femme et de son beau-père. Il se transporta à Mauvezin où le .comte d'Armagnac résidait alors et lui présenta Tacte passé à Marestang. Le jeune Bernard l'approuva, investit Ferrantier en le touchant avec ime verge de bois en présence d'Amanieu archevêque d'Auch, de Raymond Garsie de Mauvezin chanoine de Dax , de Bernard de Condom sénéchal d'Armagnac, de Bernard de Riscle, et de quelques autres témoins. Fortanier de Marestang , frère du comte de Cogotois , approuva la vente au château de G)rné le 28 novembre suivant.
Ces fiefs devaient au comté d'Armagnac une lance à chaque changement de possesseur. Guillaume Ferrantier paya ce tribut et prêta serment de fidélité dans le Padouenc de Villefranche en \ 296. Il quitta bientôt après le comte d'Armagnac et passa au service du roi de France. Sous son nouveau maître, sa fortune s'accrut. Il acheta alors d'Odon de Montant efdc son fils la terre de Gariepuy près de Fleurance et agrandit son domaine d'Aubiet. Il prend dans cet acte, passé à Villefranche le 28 mai <30^, le titre de valet du roi de France. A voir ses trésors grossir rapidement, le valet paraît digne du maître.
Le servage allait s'aflaiblissant tous les jours. Le peuple avait achevé d'éclore au soleil des Croisades. Dès son berceau il lui fallut des franchises plus larges que n'en
DE LA GASCOGKE. 15
possédaient les serfs. Ces franchises, connues sous le nom de fors dans le Béam et le Bigorre, se nommèrent oootnmes dans le reste de la Gascogne ou plutôt dans toute la France. Les plus anciennes que nous connaissions dans les domaines des comtes d'Armagnac sont celles de Nogaro. EJles portent la date du mois de novembre 1219. Bernard III les octroya en présence de toute la cour d'Armagnac. Outre Odon de Montant , Odon de Gizaubon , Aisius de Montesquiou , Odon de Pardaillan. Bertrand de Lagraulet, barons du Fezensac, il avait encore près de lui Audebert de Mascaron , Arnaud Guillaume d'Armagnac , Guillaume de Montandre, Raymond-Guillaume de Gaure, Sans du Coussol , Arnaud-GuiUaume du Lau, Roger de Lanux et Vital de Labarlhe. Les coutumes de la vicomte de Corneillan suivirent de près. Pierre-Raymond de Corneillan les donna en 1222. Les autres ne datent que de la dernière moitié du xiii* siècle. Nous n'en connaissons point dans TAstarac, le Pardiac, la Lomagne etleComminges qui dépassent cette époque. Ainsi les comtes de Kgorre et surtout les vicomtes de Béam avaient devanoé leurs voisins dans cette carrière.
Mais ces coutumes furent-elles un don libre et gratuit, une gracieuse concession des seigneurs, ou bien une reconnaissance, une consécration légale et authentique de ce qui était, avec une extension de privilèges arrachée par les circonstances ou par le développement de la société ? La question a été diversemeut résolue et elle devait l'être. Les coutumes qui précédèrent la fondation des villes appartiennent évidemment à la première catégorie. La communauté n'était pas formée. Pour l'attirer dans les murs qui s'élevaient, on lui
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offrait des franchises. Là il y avait don. Le maître préexistait. Mais à part celles-là, toutes les franchises octroyées par les seigneurs particuliers à leurs vassaux et surtout les coutumes générales accordées par les comtes aux gens de leur comté seraient-elles une pure concession? Nous avons déjà fait pressentir que nous ne le pensons pas. Ce serait admettre que de vastes aggrégations existèrent longtemps sans lois et par conséquent sans droits; qu^elles étaient abandonnées au bon plaisir et aux caprices de leurs maîtres , ce qui ne fut jamais dans notre France, ce que né pouvait admettre la libre et unanime pratique des principes humanitaires' du christianisme.
Nous croyons que le texte est souvent formel. Nous allouons qu'il y a coutume. Nous établissons, parce que c'est la coutume : quia mos est. Les seigneurs, comme nous Tavons observé aiUeurs, paraissaient le reconnaître. Avant de recevoir le serment de leurs vassaux ils leur prêtaient serment eux-mêmes. Il y avait contrat réciproque, et dans ce contrat le seigneur se liait le premier. Ce fait, on le retrouve non seulement dans le midi où le souvenir de. la municipalité romaine ne s^était jamais entièrement effacé, mais encore dans le nord où Félément germanique se mêla davantage au despotisme de la victoire et où par conséquent Tasservissement fut plus grand. Ainsi diaprés nous , il n'y eut pas toujours concession , mais il y eut quelquefois aussi constatation de droits.
Ce point acquis, reste à savoir ce que furent ces droits dans Torigine. N'eurent-ils pour objet que la sûreté des biens et des personnes , la liberté des industries^ etc. , etc? En un mot ne regardaient-ils que la
possédaient les serfs. Ces franchises, connues sous le nom de fors dans le Béam et le Bigorre, se nommèrent coutumes dans le reste de la Gascogne ou plutôt dans toute la France. Les plus anciennes que nous connaissions dans les domaines des comtes d'Armagnac sont celles de Nogaro. Elles portent la date du mois de novembre 12^19. Bernard III les octroya en présence de toute la cour d'Armagnac. Oulre Odon de Montant, Odon de Cazaubon , Aisius de Montesquiou , Odon de Pardaillan, Bertrand de Lagraulet, barons du Fezensac, il avait encore près de lui Audebert de Mascaron , Arnaud Guillaume d'Armagnac , Guillaume de Montandre, Raymond-Guillaume de Gaure, Sans du Goussol, Arnaud-Guillaume du Lau, Roger de Lanux et Vital de Labarthe. Les coutumes de la vicomte de Corneillan suivirent de prc»s. Pierre-Raymond de Corneillan les donna en 1222. Les autres ne datent que de la dernière moitié du x|ii* siècle. Nous n'en connaissons point dans l'Astarac, le Pardiac, la Lomagne etle Comminges qui dépassent cette époque. Ainsi les comtes de Bigorre et surtout les vicomtes de Béam avaient devancé leurs voisins dans cette carrière.
Mais ces coutumes furent-elles un don libre et gratuit, une gracieuse concession des seigneurs, ou bien une reconnaissance, une consécration légale et authentique de ce qui était, avec une extension de privilèges arrachée par les circonstances ou par le développement de la société ? La question a été diversement résolue et elle devait l'être. Les coutumes qui précédèrent la fondation des villes appartiennent évidemment à la première catégorie. La communauté n'était pas formée. Pour l'attirer dans les murs qui s'élevaient, on lui
ces mystères comment assigner avec certitude les limites ? Néanmoins s'il nous était permis de livrer notre appréciation à nos lecteurs , nous dirions qu'ici encore il y eut quelquefois dans Torigine, droits civils seule» ment et quelquefois aussi droits politiques.
Dans les campagnes peuplées de serfs et dans les villes nouvellement fondées on s'arrêta aux droits civils. La première émancipation ne va pas plus loin. Elle ne saurait même le faire. On ne connaîtrait, on n'apprécierait, et surtout on n'utiliserait point un bienfait ultérieur. Le seigneur en émancipant son serf lui abandonna une partie de sa propriété, et en échange il en exigea des redevances en argent ou en nature. Mais ces concessions d'abord verbales étaient souvent mal définies et plus souvent encore dénaturées par le mauvais vouloir. Le maître se montrait dur, exigeant , rapace : le serf mécontent , insoumis , avare ; de là des commotions fréquentes. Ajoutez que la plupart du temps il fallait lutter pour les franchises des portes, des ponts, des marchés , pour la faculté de bâtir ou de réparer sa maison. Ces luttes étaient quelquefois couron-
s'organisent et où les idées libérales éciosent pour enfaDter une constitution définitive, abouiissanl selon le génie des peuples, ici à un archonte, là à un sénat, ailleurs à la royauté. Loin d'avoir contribué k désorganiser la société, à mettre partout, comme on Va dit si soutent et si légèrement, le caprice, la violence, le désordre à la place de la règle, elle a servi à hiérarchiser les forces vives des nations , à dompter Tindividualisme , enfin à faire sortir Tordre du cahos. Les raisons dont il étayeson argumentation nerveuse et serrée paraissent très-pbusibles. Nous-méme nous inclinioiH jadis yers le sentiment qui faisait naître la féodalité du paganisme. Aluis nous lui donnions pour berceau les foréu de la Germanie, d'où elle aurait envahi rEnropc à la suite des hordes conquérantes. Aussi nous sommes loin de rien affirmer. Il faudrait une autorité plus grave que la nôtre pour résumer et conclure.
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nées par la victoire et chaque triomphe augmentait les (tandiises. Le besoin fréquent qu'avait le seigneur du bras de son vassal au milieu des combats journaliers, et de ses redevances parmi Timprévoyance^ dissipation, les prodigalités et les dépenses d'une vie presque toute consacrée aux armes, ce besoin les augmentait encore davantage. De ces agrandissements successifs naquirent les droits politiques , sinon pour les campagnes , du moins pour la plupart des bourgs et des villes de création postérieure au xii* siècle. Dans leur sein, sous lafiHidalité, Tesclave devint serf, le serf devint bourgeois on citoyen et le bourgeois ou citoyen devint homme politique : Thomme politique s'éleva même qndquefois à la noblesse.
Mais les villes antérieures au xii^ siècle et les agglomérations qui avaient échappé aux Barbares, n'ayant jamais entièrement subi le joug, n'eurent jamais besoin d'émancipati([^. Elles jouirent ainsi toujours non seule-ment de droÉUcivils, mais encore de droits politiques. Ces drmts furent sans doute longtemps assez précaires. Ils avaient été affaiblis par les malheurs des temps, par lanarchie publique, par les efforts des seigneurs qui plus d^une fois sans doute proBtèrent des circonstances pour étendre leur puissance, par le besoin incessant de protection et de secours qu'on prouvait durant ces deux ou trois siècles où l'Europe paraissait n'être qu'un vaste camp; maïs si affaiblis qu'on les suppose, ils avaient sorvéeu à la chute de l'empire romain et à celle de nos deux premières races royales et ils avaient pris leur ]daoe dans la féodalité, c'est-à-dire dans l'organisation sociale d*alors. ^^ temps, l'expérience, l'exemple donné ailleurs ou plutôt toutes ces causes successives
les étendirent et les fortifièrent Les membres de ces cites ou de ces agrégations avaient vu leur seigneur s'unir à d^àutres seigneurs et grâce à cette union triompher de leur suzerain : ils s^unirent à leur tour. Rassemblés dans Téglise et quelquefois sur la place publique, ils jurèrent sur les saints évangiles de se prêter mutuellement secours contre toute exigence odieuse ou nouvelle, toute violence réelle ou prétendue. On appela cet acte faire une conjuration ou établir une commune. Quelquefois le seigneur l'établissait lui-même : plus souvent il souscrivait de bonne ou de mauvaise grâce à ce qui avait été fait ou faisait acheter son acquiescement. Les jurés y conjurés, ou communiers, nos anciennes chartes leur donnent ces trois noms, avaient leurs armes, leur sceau, leur justice, leur prison, leurs consuls ou maires, leurs jurais ou échevins. Nous retrouvons ici notre conseil municipal avec des attributions bien autrement larges. Le vote de Timpôti^Ja p<4ice, le jugement des délits et des crimes leur d||^rtenaienL C'étaient autant de petites républiques qui avaient laissé derrière elles les municipes romains.
Une chose manqua à ces communes et Ton ne saurait assez s'étonner qu'il en ait été ainsi. Chacune d'elles demeura isolée comme son seigneur était seul. Si elles eussent fait un pas de pln^, si l'association se fût formée sur une plus vaste échelle comme dans l'Italie, nous aurions eu des états de Lucques, de Venise, de Gènes, de Pise, de Florence. Mais le ciel, qui préparait à la France de glorieuses destinées , lui épargna ces morcellements. Peut-être aussi faut-il remarquer qu'en deçà de la Loire où l'association par^^psait plus naturelle et plus facile à cause des anciennes traditions
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romaines, la puissance des grandes maisons seigneuriales avait déjà grandi rapidement quand naquirent et se formèrent les communes. Les Comtes de Toulouse, d'Armagnac et de Foix, les .sires d'Albret et surtout les rois de France dont Tautorité domina bientôt le système féodal eussent sans doute opposé des obstacles insurmontables à toute tentative d association générale.
QiKMqu'ilen «Ht de nos appréciations, les franchises s étaient développées à Tépoque que nous décrivons. Sous cette extension la population s'accrut Rien ne vivifie les états comme la liberté. Une foule de villes s'élevèrent aussitôt. L^église concourut à la construction de presque toutes celles que Ton bâtit dans le diocèse d'Auch. Son concours devait se prêter naturellement a cette oeuvre. Vraisemblablement antérieure à la féodalité et autrement constituée qu'elle, loin de proclamer des* exclusions et des incapacités, elle avait toujours ouvert lés divers rangs de sa hiérarchie au serf, et au f assal , aussi bien qu'à l'homme libre et au chevalier. D^ailleurs plus instvuite alors que ce qui Tentourait et par conséquent plus intelligente de ses vrais intérêts , die dut comprendre [Jutôt et mieux qu'en fondant des villes on obéissait à d'irrésistibles nécessités , et on s'assurait des forces, et des revenus. Ajoutons enfin qu'elle était et devait nécessairement être mieux pénétrée que les barons des principes de l'évangile. Quelquefois elle agissait seule.
Boael abbé de l'Escale-Dieu fonda la ville de Masteube O- ^ plaine sur laquelle elle est assise avait d'abord été une vaste forêt possédée par l'abbaye de
(*) Dom BmgeUet faii dériver If asMube de manut iUvœ^ main de b forêt, parce que, dît-il, la forêt se développait en forme de main.
Sère qui la céda aux moines de Tflscale-Diea moyennant une légère redevance. Les moines y bâtirent une grange ou manoir ^ui, s'élevant au milieu des bois, prit le nom de Masseube (màs syhœ, habiution de la forêt) {\), Quelques habitants se groupèrent presque aussitôt autour de la grange. Bonel j appela plus tard d^autres habitants et y forma une ville. Mais comme elle se peuplait trop lentement , dès les premiers jours de janvier 4274, il en céda le paréage à Bernard comte d^Astarac. Deux ans plus tard Tabbé et le comte donnèrent à la ville des coutumes que leurs successeurs renouvelèrent et étendirent en 4382.
L'abbé de Faget avait devancé Tabbé de TEscale- Dieu auprès du- comte d'Astarac. Ne pouvant au milieu des troubles qui agitaient la province protéger et défendre les habitants de Seissan, il appela Bernard à son aide et acheta sa protection par quelques concessions qui toutefois laissaient le haut domaine entre les mains des religieux (2). Les habitants seraient tenus de payer au comte, à chaque fête de la Tousfeint, douze deniers et un sétier d'avoine par feu, de lui vendre les denrées dont il pourrait avoir besoin au prix de leur marché , et enfin de le suivre dans toutes les chevauchées ;où marcheraient les gens de Simorre et de Faget. Bernard, pat le conseil de ses nobles et en particulier de toute sa cour d'Astarac, acquiesça à ces propositions. Il s'engagea à défendre les habitants et toutes lieurs possessions et leur accorda pour eux et leurs troupeaux le droit d'herbage , de pacage et de pêche, avec les bois morts et les fruits secs dans tout son comté, à condition
(1) Dom Bnigelles. M. d'Aignan.
(2) Manuscrit de Thôlel de ville de Tarbes.
toutefois que chaque nuit ik pourraient rentrer sur le territoire de la commune. Cet accord fut passé dans le cloître de Simorre le 25 avril 1266. Il eut pour témoins le comté deCoiùminges et sa cour, la cour d'Âstarac, Raymond abbé de Simorre^ Jean abbé de Sère et prieur de Ste-Dode , Odon d'EIspau chanoine de Lectoure, Sans-Aner d'Esparros, Gaston de Panassac et Arnaud de St-Roman.
Bernard s-associa encore avec Hugues de Cadens abbé de Berdoues pour bâtir les villes de Pavie et de Mirande (1). La première placée aux portes d'Auch s'appelait alors Sparsac et avait appartenu au couvent de Pessan , qui Tavait cédée à Berdoues. On assigna pour y poser solennellement la première pierre le dimanche après TAscension 1284 (2). Les habitants d^Auch n'apprirent qu'avec dépit qu*'une ville allait s'élever presque sous leurs murs. Ils s'assemblèrent la veille du jour fixé et choisirent, en présence de Jean de Melet officiai de l'archevêque et des consuls , Jean de Bats pour aller protester en leur nom contre le projet arrêté. Mais Hugues et Bernard passèrent outre et les fondements furent jetés. Pour mieux braver les Auscitains, il fut statué que les habitants de la nouvelle ville ne pourraient jamais leur rien donner, vendre ou engager. Par une autre clause plus étonnante encore, il leur fut défendu de payer aucun subside au roi de France; mais on sentit presc[u'aussitèt qu'on s'attaquait trop haut. La dernière défense fut abrogée. On alla plus loin; on appela le roi en paréage et on lui assura six deniers par feu allumant. La protection royale n'arrêta
(1) Manuscrit de Mirande.
(2) Hôtel de ville d'Auch, diverses pièces qui constatent ces faits.
pas les Auscitaius. Ils allèrent attaquer Pavie et y commirent tous les excès où se porte une multitude poussée par la jalousie.
Trop faibles pour se venger par eux-mêmes, les habitants de Pavie recoururent au sënéchal de Toulouse qui condamna les Auscitains à donner à leurs victimes deux mille cinq cents sols d'indemnité et à payer une amende deux fois plus forte au trésor royal. Mais comme ils ne se pressaient pas de verser ces sommes, une seconde sentence les condamna à y ajouter soixante-trois livres et douze des principaux citoyens devaient tenir prison jusqu'à ce que le jugement fût exécuté. On se soumit alors et Ton compta aux habitants de Pavie les deux mille cinq cents sols qui leur avaient été assignés (août 1297). Deux ans plus tard, Philippe-le-Bel, à la prière du o(»nte d'Armagnac, fit remise à la ville d^Auchde la prison et de Tainendequi revenait au fisc Rien n'est vivace comme les rivalités haineuses de clocher. Après six siècles la paix n'est pas encojre signée entre Auch et Pavie.
Le lieu qu'allaitoocuperMirande se nommait Lesian ou St-Jean de Lesian ( 1 ). Le premier paréage entre Hugues et Bernard fut passé en 1279 ou 1280. L'abbé mourut peu après l'avoir conclu. Pierre de Lamaguère qui le remplaça continua l'œuvre de son prédécesseur et fit associer Philippe-le- Hardi à la souveraineté. Eustache de Beaumarchès sénéchal de Toulouse représentait son maître. Dans cet accord qui nous a été conservé, Bernard comte d'Astarac, et l'abbé Pierre de Laipaguère abandonnaient au roi un cens de six deniers par feu sur tous les habitants. Cette somme devait être
(1) Cartulaîre de rhôtel-de-ville de Mirande.
|)ayée cliaque aiiuée à la Toussaint, entre les 01410$ du séoéchâl de Toulouse. Le palais que le comte sMtait réservé dao^reuceiote des murs et la maison que rfd>bé avait gardée pour lui étaient les seules habitations que Timpôt n atteignit pas* Le roi promettait, au prix de cette redevance , protection et défense à la nouvelle cité. Le comte et Tabbé engagèrent leurs biens pour la sûreté du paiement L^abbé s'obligeait en outre à faire ratifier la transaction par Tabbé de Morimont dont dépendait son monastère. L'acte daté de Brives est du 26 mai 1284. Il fut ratifié à Toulouse quatre ans après (avril 1285) par Tabbé et le comte.
Alors un nouveau paréage plus explicite que le premier, vint déterminer tout ce qui peut constiuier une ville naissante et- contribuer à son développement (*). Peu après la fondation le comte et Tabbé donnèrent des coutumes que nous avons sous les yeux et qui devaient être communes à Mirande et à Pavie.
La ville ne tarda pas à être régulièrement constituée; mais une fois admis à la liberté , les habitants de Mi^ rande se sentirent mal à l'aise dans les bornes étroites où ils étaient renfermés. De là naquirent quelques luttes avec le monastère; celui-ci prit Tavis de Bernard de Lustar son prieur , et de quelques autres moines, et cédant aux vives instances des consuls^ il accorda aux habitants de Mirande et des lieux voisins ce qu'ils demandaient , promit de ne prendre désormais que deux sols Toulousains et s'obligea à enterrer gratuitement les pauvres qui lui seraient portés. L'acte fut passé au parloir du monastère le lundi après la St-Laurent 1292 sous Centule III, en présence de Géraud de Gortade chevalier, Arnaud de G)rtade rec (*) Nous donoerons au 6« volume le paréage et les coutumes.
leur de Mazerettes et Arnaud de Lesian recteur de Monclar.
D'un autre côté les seigneurs n'avaient pas vu sans jaloi|8ie la nouvelle ville s'élever (i ). Le comte de Pardiac Arnaud Guillem de Montlezun et Othon de Las se prétendirent lésés et exercèrent des violences. On arma de part et diantre ; c'était la justice d'alors. Après la guerre vint l'arbitrage, qui fut remis entre les mains de Pierre d'Orbessan , chevalier , d'Etienne de Nerestan, bailli de Mirande pour le roi, et de Pierre Othon de Beaupuy ou (Bet-pouy). Les arbitres arrêtèrent que le passé serait oublié, que le comte et la ville se prêteraient mutuellement secours et assistance; que le comte permettrait à jamais à tous les habitants de Mirande de voyager librement dans toutes ses terres, sans payer de tribut et d'y conduire à leur gré leurs bestiaux et leurs marchandises; enfin qu il leur laisserait le droit de dépaissance dans tout son comté. De plus en réparation des dommages causés par le comte ou ses gens aux habitants de Mirande, il devait leur compter cinq cents sols Morlçs dont le paiement fut garanti par des cautions. Le comté et les consuls jurèrent ces articles en 1295 en préseuce de Bertrand de Montlezun, damoiseau, de Pierre de Lamaguère , abbé de Berdoues et de Vital curé de Mirande.
Dans les différends qui s'élevèrent entre la ville et ses voisins, on voit aussi Géraud de Marrens , seigneur de Monclar et de Valentées réclamer sur l'extension de la justice que les consuls de la nouvelle ville venaient exercer autour d'eux. Il y eut quelques violences, mais des amis communs intervinrent, et le seigneur
Cl) Cartulaire de l'hôtel de ville de Mirande.
DE LA GASCOGlfE. 27
assisté de ses deux fils, Hugues et Bellus , transigea le 4 janvier 1297.
Pendant que Berdoues fondait ainsi Pavie et Mirande, Tabbaye de Gimont, fille de Berdoues, avec le concours d'Alphonse de Poitiers et de Jeanne sa femme héritière, du comté dé Toulouse d'où relevait la vicomte dn Gimoisi fimdait les vHles de Gimont et de Solomiaa La première s'éleva (i) presqu'aux portes de Tabbaye sur le penchant d'un coteau baigné par la rivière de la Gimone : double voisinage qui lui valut sans doute son nom. L'abbé et les moines offrirent le terrain appelé alors .St-Justin, firent un entier abandon de tout droit sur les fours , les murs , et les fossés de la ville future et sur tou^ ceux qui viendraient la peupler et consentirent à entrer pour moitié dans les frais de oonatruction des moulins. Pierre de Landerville sénéchal de Toulouse accepta ces offres au nom d'Alphonse et de Jeanne (aoAt 1280). Il se chai^ea du reste et les murs s'élevèrent rapidement. La richesse de l'abbaye et la fertilité du 8(d y attirèrent des habitants nombreux et en peu de temps la nouvelle bastide compta parmi les cités les plus importantes de la contrée.
La villede Solomiac s'appela d'abord Villefranche(2), nom générique commun à presque toutes les bastides nouvelles à cause des franchises particulières dont elles étaient dotées. L'acte de fondation nous est inconnu. Il parait qu^il fut- soustrait ou qu'il s'égara de bonne heure, car quarante ou cinquante ans après les moines et les officiers du roi se disputaient le haut domaine qne chaque partie réclamait exclusivement. Après de
(i) MmiiscriU àê CiiiDOOt et de rii6tel de ville de Tarbes. (i) Idem de la eonoraoeide Solomiac.
longs et vifs débats , il fut passé un compromis qui est encore conservé dans les archives de la ccHumune et qui établit un complet paréage. Ce compromis fut passé à Buset le 4 mars 1 322 et ratifié par le roi à Paris (mai 1327). Quatre mois après Bertrand de Solomiac sénéchal de Toulouse fit jouir les habitants d^ mêmes coutumes qu'un de ses prédécesseurs venait d^octroyer à la ville de Trie. Ces privilèges furent aopord^ en préseAce de Raymond de Prez et d'Othon de Terride vicomte de Gimois. Dom Vaissette (1) à qui nous empruntons cette circonstance se trompe en donnant le sénéchal pour fondateur à la ville. Elle avait déjà près de cinquante ans d'existence ; elle changea seulement alors son nom et prit celui de Solomiac qu'elle a gardé depuis.
Eustache de Beaumarchès contribua aussi vers la même époque à la fondation de Grenade et de Fleunnœ (2). Grenade s'étend sur la rive gauche de la Garonne à quelque distance de Toulouse.. L'abbé de Grandselve fournit le terrain et entra en paréage avec le roi. Le lieu choisi pour bâtir Fleurance s'appelait d'abord Aineval ou plutôt Aigueval (vallée pleine 4Feau)i II éuit situé sur une petite éminence baignée par le Gers à l'extrémité de la forêt au milieu de laquelle s'élevait le couvent de Bouillas. Suivant un document que nous avons sous les yeux, cette éminence portait le nom de Mont- Aiglon (*), que rappelle encore
(i)* Histoire da Languedoc, tom. 4.
(S) Idem.
(*) ÂTec MoDtaigloii on a expliqué les armes de la Tille, qai porte d*argent à Vaigle exployée de sable surmontée en chef de Técu de France; mais ces armes, si ron excepte le chef dû à quelque concession royale, ne sont autres TraisemblableoieBique celles d'Eustache de Beaumarchès, ou peut-être que les armes du comté de Gaure.
la me de Montablon ; mais nous soupçonnons que cette cl<hiomination a été altérée et qu^il faut lire Montaglan {mont des glans). La forêt de Bouillas «^appela primitivement porte 'glans à cause de ses chênes. Nous n'avons pu retrouver Pacte de fondation de Fleurance , aussi no<tts né saurions assigner Fépoque précise de sa fondatiovi , mais elle fut incontestablement antérieure à Tannée 4291 qu'on désigne ordinairement, car en < 1287 nous la verrons remise à Edouard I** roi d* Angleterre.
Ce prince essaya de son côté d'étendre et de consolider sa puissance dans les terres qui reconnaissaient sa domination ; mais le clergé lui étant généralement peu dévoué, il s'adressa aux seigneurs que le prestige de sa puissance et l'appât de sa gloire militaire et le service des armés pouvaient plus facilement lui gagner. Jean de Grailli son sénéchal s'unit à Jourdain de Lisle seigneur de Montgàillard peur bâtir la ville de Viane dans la paroisse de Ste-Marie de Villelongue. Le pa- ' réage en fut passé à Montgàillard le 21 septembre 1284 en présence de Jean de St-Geri, de Guillaume Garsias de Pins et de Bertrand de Faudoas. Cinq années plus tard (1) Guillem de Mal vin vicomte de Juillac, voulant bâtir la ville qui a pris le nom de sa vicomte, appela aussi le monarque anglais en paréage. L'acte eut pour témoins Othon de Caussens supérieur des Dominicains deCondom, Amanieu de Loubens, Pons de Cours (de curtibus) et Jacques de Mont nommé cinq jours après (7 juin) juge ordinaire de l'Agenais; Jean de Giaritte ou Charrette, de rhedd^ y représenta Edouard !•'.
(1) CoIlecUon Brequigni, ad annum 1281. - (2)Idemadannaml284.
Du reste toutes ces villes étaient fondées sur le même plan. Nous ne connaissons point dVxception à cette loi dans le département du Gers. L'église commençait à s^amoindrir; les maisons ne se groupaient plus autour d'elle. La commune dominait Aussi elle s'élevait au centre de la place toujours carrée , et parallèlement à elle s'étendaient les diverses rues toutes coupées à angles ^ droits. Le plan n'était ainsi qu'uQ vaste parallélogramme ayant la commune ou hôtel de ville au milieu et l'église sur un côté. Les villes antérieures au xiii* siècle n'ont jamais cette ordonnance.
Les comtes du pays prirent peu de part à ces fondations qui paraissent être nées d'une pensée politique. La royauté voulant abattre la puissance des seigneurs et n'osant l'attaquer de front lamina sourdement. D'un côté au moyen de ces paréages, elle s'établissait à leurs portes , et de l'autre elle leur donnait des voisins inquiets, jaloux , turbulents, 'comnie l'est tout ce qui est nouveau, précaire, mal assis. Des vilains nés d'hier à la liberté à côté de vieux barons, les rixes étaient inévitables et grâces à ces rixes la royauté allait par ses officiers, par ses sénéchaux , par ses parlements , mettre la main sur tout ce qui lui disait ombrage. Les malheurs des premiers Valois suspendirent seuls quelque temps ces projets.
Bernard d'Astaracleseul comte qui s'associa franchement aux idées nouvelles, vécut dans l'union la plus étroite avec les religieux çle Berdoues. Malgré cette union il n'eut pas moins de longs démêlés avec l'archevêque d'Auch ; les abbés de Pessan et de Faget et le commandeur de l'Ordre de la Paix. Il voulait les empêcher de jouir de biçns nobles qu'ils possédaient
dans ses domaines. Cétait la grande querelle de Rome avec les empereurs d'Allemagne rabaissée aux étroites proportions de TAstarac. Le comte fut encore en litige avec Tabbë de Simorre à qui il disputait la haute justice dans la ville qui s'était formée autour du monastère. Gomme les barons de son époque, il appela la violence à son secours et porta le ravage sur les terres de son adversaire. L'archevêque surtout eut à se plaindre de ses vexations (1). Son château de Lamaguère fut assailli et subit tontes les dévastations d'une irruption armée. Le prélat se défendit par les armes spîntuelles-et frappa des foudres ecclésiastiques le terrible Bernard. Le comte, qui eût sans doute bravé une défense soutenue par la force , s'émut de Texcommunication et accepta un arbitrage; mais voyant qu'il allait être condamné, il releva appel et poursuivit ses"violences. La mort le surprit en 1291 au milieu de ses démêlés. Il venait alors de jeter les fondements de Villefranche que son fils aîné Centule acheva de bâtir. Outre ce fils il laissait Jean et Bernard dont on ignore le sort et Arnaud qui entr autres biens eut en partage le fief de Mazamatprès de Castel Sarrazin. Arnaud épousa Jeanne de Faudoas et fut suivant un docte Bénédictin, la souche des Mazamat de Canasilles établis dans la Lomagne.
Centule était associé au comté depuis plus de dix ans. Il avait signalé sa valeur sur plus d'un champ de bataille, et pris une part glorieuse à l'expédition d'Espagne qui réunit sous les drapeaux de Philij^^le-Hardi la principale no}>lesse de la Gascogne. Malgré son courage il ne voulut pas lutter avec l'église. A peine se vit-il seul maître de l'Astarac, qu'il offrit d'accepter le compromis
(1) Galtia Ckriitiana. Dom Bragelles. M. d'Aignan.
rejeté paf son père. Arnaud de Cazenove, abbé de Côndom, qui avait succédé k Auger d^Andiran et Odet de Lomagne seigneur de Fimarcon furent choisis pour arbitres. Ils prononcèrent la sentence suivante (<): Les deux parties se tiendront mutuellement quittes des dommages essuyés. L'archevêque lèvera les censures. Le commandeur de la foi abandonnera à Centule Pédarieux et quelques autres châteaux moins importants et recevra en échange le château de Samazan en toute justice sons la* réserve qu'il ne pourra jamais être distrait de rOrdre. Le comte reconnaîtra tenir en 6ef noble de Tarchevêque tout ce qu'il possède dans le terroir des Affites, et en signe de vasselage, lui et ses successeurs donneront à chaque nouvel archevêque une paire de gants blancs : Le coipte rendra au clergé toutes les dîmes dont il s'est emparé et il s'emploira à lui faire restituer celles qu'ont saisies les seigneurs de son comté. Enfin pour dédommager l'archevêque de toutes les violences commises dans le château de Lamaguère il lui paiera six mille sols Toulousains. Cet accord fut passé dans Téglise de Gimont le 29 novembre 1291, et pour lui donner plus de force, on pria le roi de France de le confirmer.
L'archevêque venait de recevoir une autre donation. Bertrand Dessosille excité par l'exemple du comte d'Astarac avait traité le monastère de St-Frix de Bassoues (2) comme le comte avait traité le château de Lamaguère ; mais l'âme de Bertrand s'ouvrit bientôt au repentir, et pour expier ses excès il abandonna au prélat, du consentement de Gaillarde de Lapalu sa femme et de ses deux fils, un vaste terroir qui s'étendait du monastère
(I ) Cartulaife d'Auch. Dom Bnigelles. M. d'Aignan.
(2) Idem. *
[>R Là CASa>G!^B.
l'ers Moniesquiou dans le voisiiiagB du château de Lamothe dont la Ticilte et massive tour après avoir longtemps bravé Ic^ injures du lemp n'est plus fju'uîie ruine prête k disparaitre* L^acte en fut publié dans relise de Saintrailles le 5 de V issue d^avril, cest^â-dire le 25; Ci r les chartes de i ette époque comptent les }oms presqu aussi souvent par la fin que par le commcDcement du mois< Il eut pour témoins Pierre d'Aspe^ Ar&iiid de Crastes. Voisin de Vie, Fort d'Eaux liabî* tâHt de Barran, Cmlkume-Arnaud de La^ors, et Sans de Monlesquiou.
D n était resté qu'un moine dans le monastère de Basson es dont l^ murs avaient extrumement soulïerL On ne songea plus ni à le rebâtir, ni a le repeupler* On rnnit à la roense archiépiscopale. L^archevêtjne étant ainsi devenu seigneur temporel de la ville donna des ecMitumes aux habitants Tan i 295, Ces coutumes étaient entièrement semblables à celles de Barra n (*), Gcraud oomie d'innagnac s était associé à Tarchevêque Amaaîeu pour octroyer celles-ci. Elles furent rédigées Ymi 1279 en présence de Raymond Eimerie de Moritescpuoti , de Bernard de Monlpesat, de Guillaume de Siçrilbic, de Guillaume de GréMllac, d'Odon de Lisle d*Arbecban ^ de Fort de Salis et de quelques autres seigneitn. Odon d'Arbechan §ei g neur de Lisle abandonna trois ans après aux Barrannais sous la redevance de trois sols Morlas toutes les terres incultes qui lui appartenaient entre Lisle et Barran; il ajouta ensuite h ce premier don la libre exploitation des bois taillis, la
i*) Etirait du tarlulaire dii BiiTran mniiiiL'nJitii t^paré, mais dont t'tlitiur a entre lei mains plusieurs piècci collaiionrié^^f qu'il di^postern 41 Sétaiiiaîre d'Auch,
dépaissance pour leurs animaux et le pouvoir de construire sur les terres concédées des bordes ou maisons. Odon mourut peu après laissant un fils Hugues d'Arbecban encore jeune. Les Barrannais profitèrent de sa jeunesse pour lui arracher quelque nouvelle faveur. Il y eut quelque résislance ; mais enfin le 27 avril 1292 Hugues, avec le consentement de Géraud d'Arbecluin son oncle et son tuteur, transigea sous la médiation de Vital de Cagnan curé ou chapelain de Barran et d'Arnaud d'Ydrac choisis pour arbitres. Les concessions précédentes furent confirmées. Les habilants de Barran durent payer le péage accoutumé lorsqu'ils traversaient le gué de Lisle ou parcouraient Tancienne route pour aller vendre leurs denrées : mais ik ne devaient aucun cens lorsqu'ik portaient des objets destinés à leur* nourriture ou à leur usage. Le seigneur de Lisle pouvait établir pour les étrangers un péage au dessous de Barran; mais ce péage serait levé les jours de foire. Alors les deux routes principales devenaient entièrement libres. Quatre cents sols Morlas payèrent ces conoessioiis et quelques autres.
L'archevêque d'Auch dut subir aussi une transaction, peu de mois après avoir donné les coutumes à Barran. Le couvent du Brouil lui disputait quelques dîmes. Par un compromis passé aiA^hâteau de Mazères (1) le vendredi de Tocuve de TEpiphanie 1278 ou plutôt 4279, en présence d'Odon d'Arbechân, de Fort de Salis sénéchal d'Armagnac , d'Arnaud de Troncens et d'Arnaud de Thieste, on déféra le j ugement à Raymond chanoine de Dax et au granger de Conques. La sentence fut rendue le mcme jour dans le château. Les arbitres
(I) Chartier du Séminaire.
adjugèrent au monastère la moitié des dîmes danç les églises de Mirannes, du Brouil, de St-Simon, d'Esparros, de Lamazère, de Labenne et de quelques autres dont les noms se sont perdus et le quart dans celle de St-Yors, Le monastère devait payer lui-même à Tarchevéque six deniers de rente pour les droits de suprématie. Enfin au prélat appartenaient toutes les dîmes dans les églises de. Lacassaigne, de Massas, du Mas ? d'Ardenne, de la Sourrouille et de G)ucuron. L'archevêque accepta aussitôt le jugement. Les religieuses ne le ratifièrent que deux mois après. Leur communauté était nombreuse; nous y trouvons plusieurs membres des grandes familles d'Armagnac (*).
(*) A ce titre nous croyons devoir les faire connaître. On y comptait Gallicie deMaignaut, prieure claustrale , N. d'Astorg prieure du Cellier, Béatrix deMontaut, Mabilied'Arbechan, Longue Desbarats, ou Débats , Anglesie de Magnaut, Hispanie de Castera, Assarite de Ceun, Ccmdors de Castel-Pujo, Assarite de Caussens, Gentiane de Bernède-ComeilIan , Simonne de Bois-Yin , Patronne de Soubaignan , Bonne Débats, Blanche -Fleur de Péguilhan, Richarde de Bois-Vin , Anglesie de Stansans, Mabilie de l.asta6ères, Comtesse de Beraut, Esclannonde de Birad, Marie de Ligardes, Martine- Bonne de Pouy, Esperonde Lagraulas, Indie de Montagnan, Bcrtranded*Estang, Blanche de St-Lary, Guiraude de Pausadé, Anglesie de Merens, Longue de Ligardcs, Bonne-Martine de Pinolin et Agnès de Baulat.