CHAPITRE III
Glariii iV, ni de Fri|tt. — lippiice de Jonùii de rUe.— Le emto ie Fiii nçmI rkunuge di Ihna.-: TniiUei dus le Pirdiie. — hn^^ (fUDMi 01. — Anittd GiOim lY m flli e( wb ueeeneiir.— Mmet da P^. — GvUiim de FlaTiceirt, trdeiiqie d*Aidi. — Aetei de la deaiutiei ngliiie dan la 6atee|M.— Lm|M liite de iei|Min Gaieen appeléi à «nb ei ÉenN. — (i«m de GaecegMeitre la Kiim eirAiftalerre. — LeUm d'Édeiarè II au Uqm, u/, lépm et au TiUM d^Gu^f — Mfirt de Re|i|^.d)( (M^ feinede Jeu, eeite d*Anu|iiae. — Odii-ei lu necide dam la TieeaU de iMupe e( pMf» ton ses diiiiJiM. •-- Il le nnarie aiee Béatrix de Cleneit, priMene di un royal. — denile froviieial. *- Gentei d'Aitarae. — lert à rei Ghnhi FF.
A peine Charles ^t-il mpnté sur le trônç qu'U fut appela àsëyir çontrQ un seigipteur. Qasoon {{), Jourdain de risle frère puiné de Bernard Jourdain IV , comte de risle^ se livra longtemps à ^>u,te la fougue 4W ^r tui^el viqjenit et empprté; il eut surtoui de vifs ^ I099S. démêles avec Alexandre de Gaumont qu^il appela en combat singulier, mais ce cppib^t ne termina point leurquereUe e^ J[<^rdain, plais irp^ quje ja^ais^ couwti assiéger le château de son ennemi, le prit et le démolit entièrement. Le parlement à qui TafTaire fut d/éférée le condamna à payer la somme de trpi^ n^lfC U^pres pour rebâiir le chÂteau et le renvoya devant Pons d'Osmelats qu'il chargea de juger ces différends. D^autres plaintes s^élevèrent bientôt contre Jourdain ; il fut accusé auprès de Charles IV sur dix-huit chefs dont le
(1) Conlintiateur de Nangis, dom Vabsetle, tom. 4, l'Art de vérifier les tlates.
moindTe, selon la coutume de France, entrainaUla peine de mort.
Jourdain se sentait coupable : il craignit la rigaeur des lois, et implora li^ protection du pape Jean XXII dont le neveu avait épouse Mai^uerite de Flsle-Jourdain fille de son frère. Le souverain pontife lavait déjà arradlé des mains du sénéchal d'Aquitaine qui Tavait jeté dâBB une prison et cliargé de £ers comme un vil malfaiteur. Jean XXII intercéda en sa faveur et obtint sa giaftce. Mais rien ne pouvait changer cette âme féroce; il reprit le cours de ses brigandages, se fit le protecteur des maUiiletus de la contrée, ne respecU ni la pudeur des femmes ni la vie des serfs, et osa même braver 1 aotorilé royale. // ad^int^ dit le chroniqueur , qu'un iergcnt du. roi ajrant poi'ti dei^ant lui av^ec sa masse eunmttée de flairs de fys^ le bandit le tua as^ec sa masse même (t). Tant de cri mes ne pouvaient pas tou-^ jours rester impunis. Jourdain fut cité de nouveau devant le parlemeut de Paris où il parut accompagné de la principale noblesse de la Gascogne. Il ne put néanmoins se défendre contre ses accusateurs à la tète deH{aelsse£Eiisaient remarquer le vicomte de Lomagne, Bertrand de Cothneve» de Clément V, et le sire d'Aïoret.
Malgré les sympalUes qui Tentouraient , il fut mis dans la prison du Châtelet, et le parlement l'ayant condamné & mort, il fiit traîné i la queue des chevaux et ensuite pendu au gibet de Paris le samedi, veille de la Trinité (1323). Ce monstre ne laissait point d'enfants. Bernard son frère recueillit une partie de sa
(Ij Grandes Chroniques. M. Laureatie, Histoire de Fraoce, tom. 9.
succession. Quelques mois auparavant le comte de Tlsle avait fait ajourner le sire d'*Albret et ses enfants auxquels il disputait un héritage. Cette querelle avait sans doute aigri le sire d'Albret et peut-être provoque ou du moins envenimé ses dépositions.
Peu de mois après que Jourdain de llsle eut subi le châtiment dû à ses crimes, Gaston comte de Foix reçut ( 1 ) à Mônt-de-Marsan les hommages de la cour dels Sers. Il parut accompagné d^une suite nombreuse dans le cloître de Féglise de Ste-Magdelaine (septembre \ 323). La main étendue sur la croix et les saints évangiles que tenait n' Arnaud de Miège-Canére maire de Montde-Marsan, il jura le premier de maintenir les droits el les privilèges de la ville et de la cour et , après avoir prêté ce sertnent, il reçut celui de ses vassaux qui se présentèrent dans Tordre suivant t n' Arnaud de Miège- Carrère , En [*) Fortaner de Lescun, En Pès (Pierre) de Ferbeaux, n'Auger de Lassus, En Forton de Besaudun, Eh Guil. , Am. de Nacatalin , En Vidau de Caten, Pès de Noueilles, Arnaud de Marcadé, Pès de Pardies et enfin En Gaston de Larte, bayle de Montde-Marsan. Parmi les témoins nous signalerons Bernard évéque d'Aire, En Ramond Arnaud seigneur de G>arrase, En Guillaume Othon seigneiur d'Andouins , Bernard de Béam seigneur d'Arudi et Bernard de Labarrère seigneur de Bayonne.
Quelques troubles s'étaient élevés dans le Pardiac.
(1) Chartier du Séminaire.
(*) En était un titre de noblesse en Gascogne. Devant une voyelle à la place de En^ on mettait quelquefois N. indication du mot natuâ. Devant le nom d'une femme on mettait toujours Na, abréviation de natOj née.
DE L4 GASCOGPit^* t85
Les nobles se plaignaient de ce qu'Arnaud Guilhem IV wîoljiit les coutumes que leur avait concédées eu i 300 Arnaud Guilliem III son père. Celui-ci avait dû suivre rejteiEiple des comtes d^ Armagnac et de Fexensaguet. Il avait accordé (1)j \^ que le comte ne vendrait poitil les herbage f ni les pâturages de ses sujets; mais que ceux-ci pourraient les vendre k leur volonté à qui il leur plairait; 2° que le comte ni son juge ni son sénéchal ou bailly ne saisiraient ni ne feraient saisir aucun de se$ sujets injustement, et dans ce cas là même, les rede^Tinces seigneuriales seraient payées avant tout frais de justice; 2"" quil ne bannirait ni ne ferait bannir persûnne, qu il ne ferait point confisquer les terres des nobles ou les redevances qui leur étaieni dues; qu il Q cm pécherait ni ne ferait empêcher les nobles d^user de leur juridiction dans les terres qui leur apparlienuenl; que s il y faisait construire ou rebâtir quelque village il y aurait parcage entre le comte et le seigneur du lieu. Que ni lui ni aucun de sa famille n aurait droit d'albergue dans les lieux, terres et métairies des nobles, qu ils n'y prétendraient rien sans la volonté du maître, mais qu* ils pourraient néanmoins y demeurer ri y séjourner en achetant ce qui serait nëeessaire.
Il avait accordé encore que le comte ou son juge tiendraient leurs assises dans un temps et un lieu favorabW , tantôt à Montlezun , u\mùi à Villecomlal el lanlèt dans le lieu qu ils trouveraient le plus convenable. Ces cou tûmes furent arrêtées et jurées a Montlezun le lundi après Toctave de Pâques 4300, Lacie en fui dr^sé en présence de frère Viial Dtutassr, Gcraud di'
(!) CouL du l^^ritiar^ C hériter du ^^éminairi^ d'Aucb.
Béon prêtre, Aymeric d'Astuguesi abbé de St Sever de Rustan, Auger de Bats, Hugues de Roger, Auger d'Anx, Arnaud Guillaume d'Escouioubre et frère Bernard de Robin , ehef de Thâpiul de S^Aatoine de MoBjtlezuii.
€etle extension de droits doAoés à ses vassaux n'enib-^ pécha pas Faoeroissement rapide delà ville de Marciac Amaud'-Guilhem vit avec peine quVUe lui échappait. Pbuv la faire rentrer sous sa domination exclusive, il feignil) d'avoir fait un second paréage avec Hugues de Marciae, et se permit queliq[ues actes de souveraineté ; la communauté repoussa ses prétentions et opposa la force à 1» violence. L'abbé de La Case-Dieu intervint aussi. H &llut recourir à des arbitres qui condamnèrent (130i) le comte à se renfermer dans le paréage et à se contenter du domaine utile. Pour le consoler toute- Ibis, Tabbé dut lui donner nûUe livres. Deux ans après le* comte éleva de nouvelles difficultés et s'empara sous ce prétexte des biens du monastère. Il en coûta cent Kvres à Fabbaje pour les retirer (Mùi)*
Les contestations se renouvelaient à chaque pas. La oonstmction des murailles (en -4304) et quelques usurpatioBS* (en i306)* amenèrent une sentence avlMtrale plus solennelle que les précédentes. Elle condamnait encorelecomte (12 juin 4307); le roi de France la sanctionna et tes démêlés s'éteignirent. Arnaud-Guilhem n'en vit peut-être pas la fim Du moins il était mort avant le 25 mars Suivant. lA laissait deux fils (4), Ai^ naud-Guilhem qu'il avait associé à son comté dès f30è, et Bemaixl de Montliezun qui eut en partage la terne
(1) L'Art de vérifier les- dates, Grand» Officiera de la couronne.
de St-Lai^, et duquel on fait descendre les seigneurs de ce nom. Il avait eu ces. deux enfants d'une première femme. A la mort de leur mère, il épousa Agnès fille d'Odon de Caillavet seigneur d'Ordan et de Biran. Agnès avait une sœur que quelques écrivains ont omise el dont d'autres ont nié Texistence, tandisque quelques autres Font confondue avec eUe. Géraude , cette scsor puînée, épousa Amaud-Guilhem IV, fils et héritier du comte de Pardiac. Agnès survécut à son mari. Elle mourut le 6 mai 1 344 et fut enterrée à La Gase^Dîeu. Elle ne laissait point d'enfants.' Ainrâ la baroanie d'Or* dan et de Biran demeura tout entière à sa soetuv
Araaud-Guilhem combattait alors dans la flandre. Il y servit avec distinction à la tête de quaranle«six hcmimes d armes. II renouvela à son retour les coutumes qu'il avait données en 1 305 peu après son mariage k la baronnie d'Ordan et de Biran ; mais il se montra moins bienveillant pour les seigneurs du Pardiac. Ceux-ci lui reprockaient de violer les privilèges octiojés par son père. Ils prétendaient surtout être libres dans l'exercice de la justice. Des récriminations mutuelles aigrirent le démêlé ; mais enfin on arrêta que les deux partis éKraient de concert un arbitre chargé de vider le différend. On vit accourir (t) à l'assemblée, où devait se faire ce choix , Bernard de Samaaaii oo-seigneur de Samazan , Centule de Troncens seigneur de Tronçons, Othon de Serian seigneur de Serian, Bernard de Mont, seigneur de Mont, Auger de Gisaux , seigneur de Casaux, Bernard d'Aux seigneur d^Aiix, Othoa de Sauoede et Vital de Lafite co-seigneurs de Laveraèt, Vital
(1) Cbartier du Séminaire.
de Ricourtseigiieur de Ricourt, Raymond de Samazan seigneur de Samazan, Bernard de Pallane , Hector de Lanefrancon et quelques autres Seigneurs. Arnaud- Gifilhem y parut avec son fils.
Tous, d^une voix unanime, remirent leur différend à Garsic - Arnaud de Sëailles seigneur de Sëailles et se soumirent à agrëer la sentence sous peine de deux mille livres petits Tournois. Au jour fixé, Garsie-Arnaud se transporta dans Téglise paroissiale de St-Jean de Marciac , mais le comte de Pardiac et son fils firent défaut Malgré cette absence, le seigneur de SéaiUes céda à la requête de Centule de Troncens, de Raymond- Bernard de Samazan, de Vital de Lafite et de quelques autres, et prononça la sentence suivante :
1^ Le passé sera oublié et la paix renaîtra pour durer à jamais. Néanmoins si le comte, son fils ou leurs mandataires ont pris dès boeufs, vaches, moutons, chevreaux, agneaux, oies, poules, quelqu'autre animal ou comestible que ce soit, ils les rendront sans pouvoir en prendre de nouveau , s'ils ne les paient au prix ordinaire ; 2^ les coutumes concédées en i 300 seront remises en vigueur et fidèlement observées dans tous leurs points; 3® les nobles auront dans leurs terres et châteaux leur justice pour toutes les causes civiles et pour toutes celles qui toucheront au civil, et même pour les causes minimes qui regarderont la juridiction criminelle, comme dégatnement d'épées, coups et menaces de bâtons, soufflets ou effusion de sang d'homme à homme. Mais, s'il^|MI|>réméditation ou attroupement , le seigneur appellera le procureur ou bailli du comte et les consuls du lieu pour prononcer la sentence selon la qualité du délit. Dans le cas d'homicide ou de plaie
DE LA CASCOCKE, 189
aie, le cx>iipab1e paiera soixante-cinq sols Touloulîns, savoir ; soixante au comte et cinq au seigneur. Si le crime commis emporte avec lui le séquestre de tous les bienSf alors les biens meubles seront remis entre les mains du comte et les immeubles dans celles du seigneur jusquau prononce de la sentence ; 4" si les biens des lépreux viennent h être vendus^ les deux tiers en appartiendront au seigneur immédiat, Taulre tiers au comte; 5*" le comte fera répafâtiou au seigneur de Las, pour a^oir eleve dans sa baron nie des fou relies judiciiires près de la ville de Tillac , et désormais ni le comte ni ses officiers ne pourront en élever dans aucune seigneurie, sans le consentement de sou maître^ Ils ne pôurrotit saisir ni arrêter les nobles ou leurs béri tiers pour des cas pécuniaires, s'ils donnent caution. Le sei* pieuf de Troncens, par un privilège spécial datant de plusieurs an nées ^ prendra dans les délits qui amèneront une amende de soixante-cinq sols^ d'abord les cinq sols et puis la moitié des autres soixante. EnCu tons les nobles paieront une fois seulement, pour cbacun de leurs viissaux ayant foyer) deux sols petits Tournois, dans le délai de quinxe jours apr^en avoir été requis» S'ilssj refusent , ils y seront contraints par les voies ordinaires.
On dr^sa deux actes de cette sentence arbitrale. Lun fut remis entre les mains des seigneurs , qui le ratifièrent sur-le-cbamp; l'autre fut réservé pour le Comte, Les troubles , les incursions des gens armés, les dangers de tout genre qui menaçaient cette province Commandaient des précautions pour empécber qu'ils ne Végarassentrun et lautre ou ne ftissenl détruits. Aussi en H48, Jean de Berrin, juge du temporel de Téglise
métropolitaine d'Âttch, le vidima (1) en présence deJÉI noble Odon de Béon seigneur de Letian, Arnaud S^fuin'ili d'Bstang « seigneur d'Estatnpes, Pierre- Jean de M ontle2un seigneur de Lanefrancon, Sans-Âner de Gardères seigneur de Laguian, Carbon de Francs seigheur de Bécanes, Âfnaud Guillaume de Troncens et Jean de Lannes seigneur de 8t-Christau. Ces seigneurs éliient réunis à Montlezun et désiraient faire confirmer Pacte primitif par le comte de Pardiac. Ik chargèrent Arnaud dé Béon seigneur de Gazaux et Jean de Manas seigneur d^Âux de solliéiter cette faveur qui leur fut accordée sans peine.
La métropole d'Âuch attendait toujours son premier pasteur; mais enfin tous lés obstacles furent lerés, et dans les premiers mois de 1324 on âut Guillaume de Flavacoilrt {*) d'une illustre famille de Nonhaudie. Guillaume avait été sacré évéqiie de Viviers eu 1318. Il passa quatre ans après à Tévéché de Carcassonne où les suffrages du chapitre allèrent |>re5qu'auasit6i le chercher. Il fii son entrée solennelle à Âuch lé premier dimanche de mai et, a Feutrée de Téglise, il prêta sur les saints évangiles en préseiicedu comte d'Astàràc et dé Jean de Trie sénéchal de Toulouse le serment suivant : Nous Guijlaume, par la provision du Saint-Siège, archevêque d'Auoh, nous jurons de défendre de tout notre pouvoir les droits et franchises de notre église
(1) Chartier du Séminaire.
(*) Le mois suivant, Gtiillâutfiè de Flatacotift ^aMembla s6n sj;tiode diocésain ao Sortir duquel il imit les églises de Bouit et de Lafite à l'église de Lupiac devenue ainsi et restée defNiis une des grandes cures rurales du diocèse d'Auch. S'il fallait en croire un ancien document, il assembla peu de jours après un Concile provintfal à Auch ; mais nous n>n conÉiaissons point les actes.
DE LA GéSœCVE. 191
métropolitaine , de son personnel et de ses dignitaires, et d'obBenrer inviolablement ses louables coutumes et Ks bons usages.
Charles IV, après avoir consacré deux ans à s^afTàrmîr sur son trône, paraissait alors vouloir refouler Tanglais dans son lie. Mieux inspiré que son père et 9on finère, il laissa paisibles ces communes de Flandre contre lesquelles ils avaient vainement épuisé le sang et Tor de leur peuple, et porta ses armes dans la Gascogne. Le faible Edouard ou plutôt ses ministres avaient travaillé h j asseoir solidement sa domination. Le différend élevé entre Âmanieu sire d'Albret et le sénéchal Jean de Ferrières avait été terminé, mais pour effacer dans le cœur d'Amanieu toute trace de ressentiment, le monarque s'empressa (1) de le gratifier d'une pension de vingt mille livres Tournois , rappela Jean de Ferrières en Angleterre et lui substitua Etienne de Feriole.
En même temps (1 5 janvier 1313), il accueillait les grie£i que les habitants de Dax reprochaient aux délégués du roi de France, étendait les privilèges de la ville de Bayonne et ordonnait à ses officiers de les respecter. 11 s'occupait aussi de donner des gouverneurs aux différentes villes. Vital de Sauviac fut chargé du Mas-d'Aire et remplacé plus tard par Pelegrin de Pellegnie. Le comte de Foix (21 juin 1313) eut la garde de Fleurance dont on. construisait alors Téglise, une des plus belles du diocèse d' Auch. Ainsi s'explique vraisemblablement comment on y trouve les armes de Foix-Béarn. Deux ans après Edouard réunit cette ville a la couronne d'Angleterre. 11 renouvela plus tard cette réunion et Tétendit aux villes de Gondom , de
(1) Rymer, tom. 2. Pars 4> et pour ce qui suit.
Laroumieu, de Francescas, de Boulogne, de Valence, de Rejaumont , de Montréal , du Sompuy, de Lassauvetat , de Yillefrancbe , de Lamontjoie et d'une foule d'autre».
Cette sauvegarde donnée à Fleurance n'arrêta pas le vicomte de Fezensaguet. Jaloux de l'extension qu'elle prenait tous les jours, il en molesta les habitants et leur refusa le libre passage dans sa vicomte. Le sénéchal de Toulouse soutenait Gaston et Tencourageait dans ses vexations.
Jeanne d'Artois, maîtresse du Béam au nom de son Gis et poussée sans doute secrètement par la France, fut plus hardie. Elle se jeta sur quelques possessions que lui disputait l'Angleterre et les envahit. Il fallut que Edouard en appelât aux armes. Mais l'expédition ne dura que quelques jours (du 8 au 19 mai); nous en ignorons les événeinents. Nous savons seulement que Jean de Gensac , Hugues de Larroque , Bertriand de Lupé, Bernard de Mauléoo, Bertrand de Merens, Guillaume de Laclaverie, Bertrand de Fourcès , Guillaume de Mal vin, Jean d'Armagnac et André de Poudens combattirent sous les drapei«ux d'Eklouard.
Malgré tous les soins du prince et de ses ministres les cœurs étaient peu dévoués à l'Angleterre. On murmurait contre les exactions toujours croissantes de divers officiers qui profitaient de l'éloignement de la cour pour pressurer le peuple et multiplier les abus. Les plaintes furent si générales qu'Edouard envoya (1) en Gascogne (28 février 1 J20} Hugues de Spenser, un nouveau favori qui avait remplacé Gaveston et lui adjoignit Barthélémy de Balfemère. Ils devaient re*
(1) Rymer, tom. 2. Pan 2».
< tseillîr ious la tbi du serment Im de poiilioiiâ d'hommes gft^ei €d tiati suspects, et atatuer ensuite avec une pleine tnlOTtlé. I^ur présence a paJ!^ les murmures pourquel- ((oc leiiijjâ, mais ils se rëveillèretU deux ans après quand leroî, ûbltgé de lutter à la fois contre les Ecossais et cimtre la plQpart de ses lards, demanda des subsides et des renffiris à la Gascogne (*). BienEèt les ^prits s aigri rifnt , le sénckhal ayant voulu sévir, on rësisla a main imtée. Le meurtre, le pillage, les incendia signalèrent rirriiaiion de» deux partis. Edouard s'empr^sa de lAéltrt fin aiiïc desordres. Ilfitpasserla mer à révêque d*Eli €t A un seigneur de sa cour, et conjura les prélats Gasfsont de se joindre à eux pour rétablir la concorde fi faire disparaître les abus. Il soUidtait en même leinpa un nouveau subside dont les malbeurs de Tétat rirlamaient imperîeusemeni la levée.
Il s'adressa à ce sujet a i archevêque d'Aucb (1 )^ aux t'viVjues de Condom, de Baaias, de Bayonne , d'Olcroii ^ de Leiear, d'Âtre, de Lectoure, et aux abbés de Luc de Clairtc, de Sardes , de Pualous , de Di vielle, de St-Jeande la Castelle, de St-Louboué^ de Layrac et d une foule d'autres prélats. On iit quelque réforme. I €hî diminua le nombre desaffîciers royaux , la grande plaie deâ états sous les administrations faibles ou dans les loufi de décadence , et m\ régla leurs émoluments {**J.
i"; ?((vuft dottiKTOOf a l« ^iote 7 k aaai du ^îgnmn Giscon^ cciftToctut's a c*Uc guerr* par le roi Edouard ^
(I) ifiD^, U>m. 2, part ifcuntiâ, p^ge 60.
(**) Dttfii tf sénéchaussée à^ Lindes , ïf. fètwchnl ûmatl avoir ic^«mt lirn^; maître llmaut deCnrcne^aflicbl d'Aire« c^jiiseîHer* cfnqiimtr livre*, Jtmndf GisLet éa Bayonne, ronstiller* vingt livra.
En U <^r\ét:ïm\if^H^ â'A^mh^ \c ^t^niThnl .pour lui pX pour uti IlL VA
194 HISTOIHE
Edouard avait voulu intéresser le roi de France à ses réformes, mais Charles, loin de poussera la paix, entretenait secrètement les divisions. Ses officiers étaient toujours prêts à accueillir tous les appels des ennemis de la domination anglaise et à vexer ceux quis^en montraient les chauds partisans. Bernard de Trencaléon en fut la triste victime. Il fit hommage à Edouard de la terre de Fimarcon, du château de Courensan et du quart de la ville de Vie, et en reçut quelques gratifications pour mettre le château en état de défense. Ses ancêtres avaient, disait-il, prêté le même hommage aux prédécesseurs d'Edouard; mais le sénéchal de Toulouse pour insulter â la fois au monarque et à son va^l, attaqua les termes de Thommage, fit citer Bernard, et sur son refus de comparaître, il le fit arrêter. Le procès s'instruisit. Bernard fut condamné à une amende considérable et jeté dans une étroite prison où on le laissa languir plusieurs mois.
Avec de pareilles dispositions la guerre ne pouvait tarder de naître. Le sire de Montpezat en fournit Toccasion. Il avait construit une bastide ou nouvelle ville dans les domaines de la couronne de France quoiqu'il prétendit l'avoir placée sur une terre dépendante de l'Angleterre. Il y eut procès entre les ofiGciers des deux nations et la cause fut jugée en faveur de la France. Le sire de Montpezat mécontent Ae cet arrêt,' appelle à son aide le sénéchal d'Angleterre , court avec lui
prad'bomme Taisant les ronclions de juge-mage, six cents livres et les émoluments du sceau. M*- Guillaume de Cases, juge ordinaire au delà de la Garonne, deux cent cinquante livres; un juge en deçà de la Garonne, à la part de Condom, cent livres; M. Arnaud Blartin, conseiller, cent livres, M^ Guillaume Cols, pro<nireur général, cent livres.
attaquer la basiide, massacre tous les Français quil y trouve, fait pendre quelques-uns d^ principaux, bibiunts , amène les autres prisonniers , rase la bastide et emporte au château de Montpezat tout ce qui pouvait être enlevé. Charles, dit le continuateur de Nan* gis (1), quoiqu^'il pût lui-même se faire justice, aima mieux demander réparation au roi d'Angleterre. Celui-ci s^empressa d^envoyer son frère Ekimond comte de Kent avec une suite nombreuse de seigneurs anglais. Edmond avait pouvoir de traiter pour Tamende qui serait exigée, et de ratifier les anciens traités. Charles requit que le sénéchal et le sire de Montpezat avec (juelqae»-uns de leurs principaux complices lui fussent livrés et que le château de Montpezat lui fût rendu. Cétait toute Famende, il n'en voulait point d'autre. Les envoyés d'Ekbuard feignirent d'accepter la condition et s^acheminèrent vers la Gascogne pour l'exécuter. Us amenèrent avec eux Jean d'Arbley chevalier du roi de France, chargé de recevoir la réparation en sou nom; mais qiuind ils furent sur les frontières de la Gascogne, ils le menacèrent de le tuer, s'il osait passer outre. Charles, doublement irrité de l'insolence des tassaux et de la perfidie du suzerain, prononça la confiscation de la Gascogne et y fit marcher une armée nombreuse sous les ordres de Charles-de-Valois, un des plus grands capitaines de son siècle.
I^e pape, au premier bruit de cette collision, écrivit au roi d'Angleterre pour l'exhorter à donner satisfaction à son ennemi, mais Edouard s'obstina et la f^erre éclata comme un coup de foudre. Le prince,
(i) Dom d'Achery, tom. 2. Grandes chroniques du Francr».
qui ne s^altendait pas à tant de promptitude, écrivit au comte d'Ârmagnac (1 ) et à Roger de Lavaur son tuteur et son oncle. Il écrifit aussi (2) à Farchevéqu^ d'Audi, aux ëvéques d'Aire, de Bazas, dKNeron, de Saintes, d'Agen, de Lescar, de Bayonne et de Dax, k Guillauve abbé de St-Sever et à une foule de villes parmi lesquelles nous trouvons mentionnées (3) Fourcés, la Monjoie, Montréal, Francescas, le Mas Agenais, Dax, St-Sever, Laronmieu , Condom , Flenrance , Bajonne, Lassauvetat , Le Sompuy et Valence.. Il leur recommandait TévAque d'Eli qu'il envoyait en Cnyenne et le connétable de Bordeaux spécialement préposés et b défense du pays (2 5 février 1324), Le 3 mars suivant, il chargeait Farchevéque de Dublin, le comte de Kent et Guillaume de Weston de faire droit aux plaintes qui s'élevaient trop souvent contre ses officiers, et d'ordonner tontes les réformes qu'ils jugeraient nécessaires. Il en donna la nouvelle aux prélats et aux seigneurs de la contrée , et en partic^lier au comte d'Armagnac le plus puissant de ces seigneurs dont il eiq>érait s'assurer la fidélité (30 mars). Quelques joturs après, il offrit une récompense publique au dévouement en réanissant i sa couronne la ville de Fourcès et en stipulant qm'elle ne pourrait jamais être donnée en apanage si ce n'est à l'héritier du trône. Il travailla encore plus activement du côté du Béam. La paix avait été conclue avec la vicomtesse. A cette époque comme dans les derniers jours du moyen âge, les ennemis de la veille devenaient facilement les amis du lendemain. Edouard cherdia à attirer sous ses drapeaux Roger Bernard vicomte de
(1) Rymer. lom. 2, pars % pa^e 92. — (2) Idem. — (3) Idem.
DE LA GJkSOOGKE. 197
Guftelboo 9 fils de U vicomtesBe et presque louie sa Broqpûgni et Rymer citeQt Bernard de Béani d^Aspect, Guilbame d'Andouins, Raymond . de Goumey Anui«toii de Gajio»e, Raymond AmmddeGcrdefett, Odon deDomi^RaymondÂrnaud Je Manant, (Mon de M iremont, FortanerdeLescon, Oàam de Sérilbc Aasien de Gatdpojo, Raymond de t ci Loup Beqpmd de Monneins.
itleeonite de Valob s'avançait rapidement . De Gahors (18 ao&t) il écrivit an senëde loi envoyer à Castel-Sarrasin I quantité d'artillerie {i ). Ainsi Fartillerie t Wiçtemp» avant la journée de Créci , et ce : pnsn die qn'il fant attribuer, comme on le dit oommnnémentylndéCdtede notre nation. En même temps il tomflDUiJttHitflilas villes de Gaso^^ne et de Guyenne deae eamnettre an nn de France. Peu de jours après, ilpami devniit Agen qui lui ouvrit volontairement ses portes. BtfzM, Omdom et les villes du comté de Gaure imîlèreiii œi exemple (2). Le prince Edmond s'éunt renfermé dans La Réole, le comte courut Vj attaquer. Un premier aasant, où les Français avaient cédé aux pfovocalioiis de leurs ennemis et n'avaient écouté que leur ardeur bouillante, coûta la vie au seigneur de Florentin et à quelques autres chevaliers. Averti par cet édwc, Gharles-de- Valois changea Tattaque en siège régulier, el durant le siège il confirma les privilèges des villes de Gaure pour les récompenser de leur eoipressemeni k passer sous les lois de la France.
Ïm place éuit serrée de si près , qu'Edmond, déses-
(!) Dom Yaittetle, tom. 4, page 199. — (3) Le m ème, CoDtiuuateor de Naugis. »
pérantde pouvoir résister longtemps, ofirit de se rendre à oondition quW accorderait vie et bagues sauves à la garnison et aux habitants, et qu'on lui permettrait de passer en Angleterre pour aller demander k son maître s^il acquiesçait aux conditions imposées par Charles-le- Bel. n promettait, en cas de refus, de revenir se constituer prisonnier, et donnait pour garants de sa parole quatre de ses principaux chevaliers. La capitulation fut acceptée et le comte de Kent s'embarqua pour son île, au milieu des murmures des Français qui condamnaient la trop grande facilité de leur général.
Après ce départ, le château de Montpezat fut pris et détruit de fond en comble. L'infortuné châtelain avait déjà succombé au chagrin. Le roi Charles fit grâce à sa femme et à ses enfants ; il voulut seulement que la bastide rasée fût reconstruite à leurs dépens. Bien désormais ne résistait aux Français. Ils promenèrent leurs armes victorieuses dans la province. Bordeaux, Bayonhe et St-Sever restaient seules entre les mains de l'Angleterre, lorsqu'une trêve convertie ensuite eu paix durable, vint arrêter leurs succès.
La noblesse du pays avait en masse pris part à cette brillante campagne. Mais si on l'avait facilement attirée sous les drapeaux, il ne fut pas aussi facile de la faire rentrer dans ses foyers. La lutte des deux grandes puissances, qui se disputaient la Gascogne, avait formé une infinité de soldats dont la licence publique avait encore augmenté le nombre. Les mœurs étaient alors profondément altérées. Les malheurs domestiques dont gémirent à la fois les trois fils de Philippe-le-Bel ne l'attestent que trop. Le mariage lui-même oubliait souvent la sainteté de ses devoirs, et eq jetant les yeux
DE LA GASGOGfiE. 199
SUT les familles historiques de Tépoque nous en trouvons bien peu qui ne vissent croître et s'élever au foyer domestique, sous les yeux de Fépouse et parmi les enfants légitimes , quelque rejeton adultérin. A ces fruits du vice il fallait une position sociale. Les armes seules pouvaient la conquérir. De là Vamour de ces bâtards pour les combats.
Irrités de ce que la paix avait été conclue sitàt , les bâtards Gascons, dit le continuateur de Nangis (1 ), pratiquèrent des intelligences avec quelques chefs anglais, et secrètement soutenus par eux, ils attaquèrent les châteaux et les domaines du roi. Le mal fut si grand que Charles IV fut contraint d'envoyer contr eux Alphonse de La Cerda son cousin germain avec le titre de son lieutenant en Gascogne. Arrivé à Agen , ^phonse ordonna un subside général, qui pesa d'autant plus sur notre pays, que le pape en faisait lever un autre sur le dergé pour soutenir une guerre en Italie. Le y août il aariégea Tonneins, qui se rendit après quelques jours de trandiée. Il prit ensuite Puyguilhem et quelques autres places dans TAgenais, et entra à Condom le 5 octobre. Là se borna son expédition, qui fut loin d'amener les résuluts qu'on devait attendre de préparatifs aussi considérables. A peine avait-il obtenu la capitulation de quelques chefs Gascons, et encore il les gracia sur leur promesse de servir désormais loyalement le roi de France. De ce nombre se trouvait le bâtard d'Armagnac, fils du comte Bernard. Dégoûté des armes, celui-ci renonça au monde et alla s'enrôler dans la milice sacerdotale. Alphonse de La Cerda dut lui aussi renoncer au
vi) Jd annum i326. Dom d'Achéry, tom. 2.
tumulte des camps. Atteint d'un mal dont on ne soup« çonna pas d'abord la gravité , il se retira près de Paris et y mourut Tannée suivante.
Au commencement de ces troubles , le comte d'Armagnac avait perdu sa femme R^ne. Bertrand de Gotk avait précédé de quelques mois sa fille au tombeau. Maîtresse de sa fortune , la jeune comtesse en disposa en (avetir d*ttn époux qu'elle adorait. Par son testament ( 1 ) retenu ttu château de Lavavdens le ^2 août i 325, elle lui légua la vicomte de Lomagne et d^Auvillars avec les terres et seigneuries de Dunes, Monsegur, Allemand, Puyguilhem, Seisses , Puyrampion, Livran, Hanquefort, Villandrau, Donzac, P^yriisse-Montîes, Pemes y Mayans et Gedron. EUle lui substitua, au cas qu'il mouiûit sans enfants nés de légitime mariage, Bernard de Preyssac, Arnaud èi Bernard de Lamoche ses cousins et Eymeric de Durfort , Régine de Goth femme d'Amanieu de Pins, et enfin la dernière de toa* tes sans qu'on en sache la raison^ Braïde oomtesse de Bruniqud son unique soeur , qui mourut aussi btenlAi après sans postérité. Régine voulut être enterrée près des cendres de son ayeul dans l'église des GordelîeiB d^Auvillan qu'elle avait comblés de bienfaits^ Avec elle disparut la puissance et le haut rang où Qéitteat V avait élevé sa famille. Le cid se joua de l'ambitioii du pontife et souffla sur l'édifice de sa vanité. Treize ans après sa mort, il ne restait k peu près aux siens que les terres et la position sociale qu'ils avaient avant qu'il ceignit la tiare.
Un aussi riche héritage portait bien haut la puissance
(i ) Grands OfGciers de la couronne. Inventaire da château de Pau.
de hà mattoo d^Ann^iiac. Les parenis de R^ne cssayireot de le di^Niter i son époux. Mais tous les difEfreiids furent termines en 1327 soos la médiation dn dvc de Bourbon qui condamna le comte d'Armagnac m Iai«er aux prétendants deux ou trob terres situées dans TAgcnais. Un autre adversaire avait voulu se mettre sur les nmgs. Le roi d^Angletenre prétendit que, Ui femme ne succédant point aux fie£i, il devait lenirer en possession des châteaux de Blanquefort, de Mons^ur, de Sl-Oar et de la cité de LecUmre dont il avait gratifié le père de Régine. Il chai^gea le comte de Kent de les revendiquer en son nom. Il rédamait sortool le château de Gensac que le seigneur de Brignac avait aliéné sans sa permission et remis au vicomta de Lomngne. Mais le duc de Sully avait fait saisir près* que tous les domaines contestés et les détenait au nom de la Fnnoe , et grâce à cette intervention, les prétentions d'Edouard furent piomptement écartées. Ce procès n'empAcha pas le comte d'Armagnac de prendre part à-la guerre qui se poursuivit en Gascogne après le départ d^Alphonse de La Cerda« Le roi Favait remplacé par le marédial de Briquebec (1). Celuini s'éunt joint an oomte d'Eu qui commandait en Sainionge, attaqua les bâtards Gascons, les dissipa entièrement et soumit presque toutes les places dont ils s'étaient emparés. Le i^ de juin 1327 , il donna à Agen ordre aux uésorier^ de guerre de compter les sommes promises à hamu hommes nobles et puissa^ le comte de Foix et le comied* Armagnac^ et à tous hommes d* armes récheus es gaiges de notre sire le roi^ desservis en la présente guerre en la forme et la manière que haut
(1) Dom VaiMetle, tom. 4, p. 203.
202 HISTOIEB
liomme monseigneur Alphonse d*Espaigne Jadis lieutenant de notre sire le roi leurfesait compter.
Peu de jours auparavant, Jean venait de s'allier à la maison de France en épousant Béatrix fille aînée de . Jean de Germont petit-fils de St-Louis et de Jeanne sœur et héritière du comte de Soissous. Roger évéque de Layaur, toujours dévoué à son neveu, avait négocie ce mariage qui fut arrêté et conclu sous les auspices et en présence de Charles-le-BeL Béatrix apportait à son époux le comté de Charolais. Chaque alliance agrandissait ainsi la couronne seigneuriale de nos comtes.
L'archevêque d'Âuch était mentionné dans le testament de Régine de Goth. L'année où mourut la comtesse , il visita Bassoues , et renouvela ou plutôt confirma les coutumes qu'Âmanieu son prédécesseur avait données à cette ville, et Tannée suivante il assista aux pactes de mariage de Mabile fille du comte de Pardiac avec Arnaud Guilhem de Barbazan. L^acte en fut passé à yilleO>mtal (1) le 18 juillet, et eut pour témoins Géraud de Montlezun, Garsie-Amaud dIAntin, Arnaud de Cassagne, Morin de Montégut, Géraud de Ferragut et Pierre de Pouy. Guillaume de Flavacourt songeait alors à réunir le G)ncile de la province qu il tint à Marciac (1326) (2). On y fit soixante Canons. Nous n'en lisons toutefois que dnquante-six dans tous les exemplaires qui nous ont été conservés. Plusieurs sont renouvelés des Conciles précédents. Nous signalerons le quatorzième qui confirme les peines prononcées depuis longtemps contre les violateurs du droit
(1) Inventaire du chAteaude Pau. Grands Officiers , tom. 2. Dom Brugelles , page 131. —(2) Co(. Conci/. , tom. 11, pars 2^. M. d'Aignan. Preuves. ^
DE Là GASCOGIfE, 203
d*«&iJe,ct \eul quil«i soient privés de la $e|»illure eccléilaiâqtie , lors même qu^ils ati raient, été a lisons à la moft; le neuvième qui permet de dire tous les jours une messe et de faire les oflGe^ dau?^ les lieux soumis a rinterdit^ mais avec les portes fcrméflfc et cri ajftnt soin d'ei.clure les personnes interdîtes ou excommuniées, iandts qu'il autorise les chants s*ilenuels et les portes ouvertes à Koèl , à Pâques , à la Pentecôte et à TAssomptîon de la Vierge, et permet d'admettre tous les fidèles excepté les excommuniés; le vingt-unième qui protège la liberté des sépultures contre la cupidité de {juelques clercs; le vingt -deuxième i|ui ordonne de cesser les ofGces , dans les funérailles où les parents, les amis et les domestiques troublent la cérémonie par leurs cha Dsons , leurs 1 a m en t a ti on s , leurs li u ri eni eu ts ou leurs cris {*) ; le vingt -cinquième qui défend sous peine d'excommunicaiion de couper par morceaux les corpis défunts afin d en enterrer les parties dans divers endroits* Cest par un reste de cet ancien u.sage que les pritïces, les rois et quelquefois les évéques ordonnaient qu apriH leur mort leur cœur fût porté dans une église qu'ils voulaient honorer* Nous remarquerons encore le Irenlehuitième et le trente-neuvième qui règlent et modèrent lesfraisde visite des archidiacres. Il fallait «ju*il y eût alors de grands excès à cet égard, puiscpie le Concile croit devoir borner Téq ui page de Ta rclii diacre à cinq chevaux cl cinq valets de pied au plus, sans chieus et sans oiseaux de chasse. On lui permet de
f) Un »ait quVncore aujourd'hui dans le* Pyrénées il n'est pres- (|iu9 fkis d' enterrements où les parents et les itmh nis frtsstnl entendra da dhitlU TimH en l'honneur du niorU a peu pri's t-4>ninie on le fait i PO» camp^ne^ le jour de nwe^ en l' honneur de* deui époui.
204 BISTOI&B
prendre sa procuratioa en argent, taxjée à trente sons Tournois chaque visite, ou bien à un repas peu somp« tueux. Le qnarantemnième.qiii défend de tirer les rekqnes de leurs châsses pour les montrer, bien moins encore pour les vendre ,<iet d'en recevoir de nouvelles, si elles ne sont approuvées par l'église romaine. Il défend aussi aux quêteurs de porter des reliques, des croix çt des chaînes. Enfin il veut qu'on punisse ceux qui se soustrairaient à cette prescription; le quarante-sixième qui défend aux juges séculiers de tenir des assemblées dans les ^lises ou les cimetières, d'y jugar les afiaires surtout lorsqu'il s'agiw d'effusion de sang , enfin d'y faire des statuts. Il excommunie les délinquante et annulle leurs actes; enfin le cinquante-troisième quiexoonununie les comtes et les barons ou les baillis qui assujettiraient à quelque taille non seulement les clercs et le$ religieux, mais même les lépreux.
Plusieurs de ces Canons frappaient les détenteurs des biens ecclésiastiques. La vicdence des seigneurs et surtout des enfants nalurds , qui remplissaient leurs châteaux, ne connaissait pas de frein. Tous les évéques de la province se plaignaient de leurs usurpations et travaillaient, quoique le plus souvent en vain, à faire restituer à leurs églises ce qui leur avait été enlevé. Mais nul ne déploya autant d'ardeur et de fermeté que Anesanse de Toujouse. Il appartenait à la noble famille de ce nom qui avait concouru à la fondation de Monguilhem et il avait succédé à Guillaume de Gorneillan à la fin de 1323 ou dans les premiers mois de 1324. Son zèle lui coûta la vie (1). Tersol de Baulat,
(1) Gailia Chrùtiana, tom. i. Le Père Labbe, «om. Il, fm$ tecunda. Manuscrit d'Aire. Dom BmgeUes.
DE LK GÂSCOGTiE. 205
BtftiJird el Raymond riUilIaiimc de Gmei, Jean €t Arnaud de Rive-Haute, fds de celui qui avaU vendu Yemplâcemêat sur lequel âvaii été bâtie la ville de Pkimnça^ le bâtard de I\fedo, Pi erre ^ bâ lard de Sani^uiuede^ Arnaud Guiltaume deiSariac bâtard de Jû^ Meooi et Jtatt de Capdeville frères , irrités de ses déniarclies ^ Fatteodi relit k une lieue de Nogaro , se jetèrent sur lui et le massacre ïèiit le 1 3 octobre ^ 326. Une pierre |il&cée iur le chemin ijui ccmdaît de Nogaro à Aire murque , dit^n ^ encore le lieu où il tomba sous les roupâ de ses asaa&sius ^ el une tombe vide ^ qu^on voit sous lé porche de la petite église d*Espaguet, renferma cl âbûrdses dépouilles mortelles transportées sans doute plu» lard dans sa cathédrale. Depuis Tévéque Jean, laisHKré sous Clia rie ma g ne , en haine vraisemblable* ment de la donii nation Fmnque, la Gasœgne était restée pure du sang de* ses prélats. On avait pu souvent aiéoQnnakre leur voix ou braver leur autorité^ mais du moins on avait toujours respecté leurs jours. Ce meuriïe audacieux souleva l'indignation publique* Néanmoins tels étaient les malheurs des temps et le rang des ODupables, que la justice fut contrainte de gémir qu«l- ^ue temps en silence et de s avouer impuissante*
L*ârchevéque luttait alors avec le comte d'Astarac au sujet des dîmes du comté. La querelle s^était outtrte presque avec son épisoopat ; mais comme les seigttein se groupaient autour de leur suzerain dont ils ptrUgisaient les envahissemenLs, Guillaume de Flava- Qourt crBignit les violences qui avaient ensanglanté le silge d'Aire, et invoqua Tautorité royale. Celle-ci vint à son aide. Guillaume de Villa rs et Raymond de Ral>a<*teas, sénéchal du Poitou , reçurent ordre de faire
resutuer toutes les usurpations, et s'il le fallait, d'ei^B ployer laJorce pour robtenir. Us citèrent devant eux (fr Âmaud-Cuilhem de Betpouy, GuillaumerBemard de Larocbe, Céraud Dartigues, Vital et Bernard de S^- Marie, Menaut de Peguilhan, Raymond de Mercadier, Raymond d'Auvillars, Raymond de Seissan, Pierre de Panassac, Vital de Lafitte, Bernard de Mons, et quelques jours plus tard , ils appelèrent les seigneurs de Bazillac et de Sadornin, et les ouvriers de St-Jean- Poutge , et jusqu'à Pictavin de Montesquiou , évéque de Bazas , et après de longs débats ils condamnèrent les seigneurs. La plupart se soumirent et abandonnèrent leurs prétentions. ;
Le comte d'Astarac, qui avait provoqué ces débats se nommait Amanieu (2) ou, selon d'autres, Jean. Il était le second fils de Bernard V. Son frère ^iné était mort longtemps avant son père safis laisser de postérité. Amanieu lui survécut pour le malheur de sa famille et plus encore de ses vassaux. Dans sa jeunesse , il se laissa entraîner par la fougue de ses passions et commit de nombreux méfaits. Les excès s'élevèrent si haut que le viguier de Toulouse se saisit de sa personne et l'amena (1322) à Paris où il fut enfermé dan» les prisons du Châtelet. Son père, qui pleurait encore la mort de son fils aine , trembla pour les jours dû second , et pour intéresser la religion en sa faveur , il combla de bienfaits les Cordeliers d'Auch. Le del eut pitié de ses larmes et rendit Amanieu à sa tendresse. Bernard survécut plus de deux ansà ce retour; mais nous ignorons l'époque précise de sa mort. Nous savons que siur la fin
(i) M. d'Aignan. Preuves. — (2} L'Arl de vérifier les dof», lom. 2. Dom Vaissette. tom. 4, page 29J.
et ses jours il flt la guerre au comte de G>mminges et marcha contre lui. Déjà les deux partis étaient en présence et le combat allait s^engager , lorsqu'on vit apparaître Bernard de Castelbajac , seigneur de Rouède. Une haine profonde et invétérée le séparait du comte d'Astarac ; mais à la nouvelle des hostilités , oubliant tout ressentiment , il était accouru à la tête de ses vassaux. Il se joignit à Bernard et lui assura une pleine victoire. On ne pouvait résister à tant de générosité ; la réconciliation se fit sur le champ de bataille et, depuis, Tunion la plus étroite régna entre le comte et le seigneur de Rouède.
Amanieu ne pesa pas lon]gtemps sur ses peuples. Il était déjà mort en 1331, car nous trouvons alors Centule IV sous la tutelle de Cécile de G)mminges. Cécile se remaria dans la suite avec Jean Paléologue, marquis de Monferrat. Longtemps après elle plaidait contre les enfants du premier lit pour répéter la dot qui lui avait été. fixée par son contrat de mariage et la jouissance deCastelnau-Barbarens que lui avait donnée son époux, et que Centule son fils lui contestait. Mais la cour la maintint dans toutes ses prétentions.
La piété de ces temps ne se piquait pas toujours d^étre aussi éclairée que généreuse. Amanieu au miUeu des orages de sa jeunesse voulut se signaler par une fondation et bâtit le couvent des Cannes de Pavie. Du reste, pendant qu'il souillait par ses excès le nom d'Astarac, d'autres membres de sa famille Fillustraient dans les lettres, carrière nouvelle que plusieurs seigneurs de la province parcouraient comme eux avec honneur (1).
(1) Dom Vaiswlle, tom. 4.
Guillaume de Montlesun brillait parmi les plus célè* bres professeurs dont s'honorait alors Tuniversilé de Toulouse. Il composa ce que composaient les beaux génies de son temps, un commentaire sur les Clémeiitines et un sacramentaire. A la même époque, à la tâte d'une requête présentée par les étudiants de runiver» site de Toulouse, nous remarquons Robert de Foix frère du comte de ce nom, Pierre-Rajmond d'Astarac, Guillaume de Durfort, Etienne d'Apcbon , Sicard de Montant et Bernard de Latour.
Le monarque qui avait protégé Tarcbevêque d'Auch contre le comte d'Astarac n'était pas ChailesIV (*). La main de Dieu s'était appesantie sur le persécuteur de Boniface et des Templiers et sur sa postérité. Philippele-Bel s'était assis dans le Gmcile de Vienne entre ses trois fils tous dans l'âge d'homme et tous comme loi remarquables par leurs traits maies, par leur robuste constitutien et par leur beauté physique; et presque aussitôt tous les trois sont trompés par leurs femmes et révèlent leur honte à l'Europe par des procès scanda* leux. Lui-même meurt bientôt dans toute la vigueur de l'âge. Le premier de ses fils le suit de près, à peiae âgé de 26 ans, laissant un fils posthume qui ne vît que cinq jours. Le second meurt âgé de 28 ans après nirmt vu mourir son fils avant lui. Le troisième, Charles-le* Bel avait d^à perdu ses deux fils, lorsque dans sa 34* année, il tombe malade à Vincennes le jour même de Noël 4327. Sa maladie est longue ec douloureuse, il y succombe dans la nuit du 34 janvier au 4*^ février 4328, laissant sa troisième femme Jeanne d'Evreux,
(*) On rattache assez commuDément Torigine des Jeui Florâiii à un voyage que Charles IV fit à Toulouse en 1324.
t)E LA GASGOGNE. 209
désolée et enceinte. Et ainsi la lignée du roy PliUippek-Bclen moins de treiz^{msjut défaillie et amortie^ dont ce fut très-grand domfnage (<).
Philippe-de- Valois cousin germain des trois derniers monarques, et le premier prince du sang fut d^abord nommé r^ent du royaume ; durant sa régence (mars 1328) il confirma le paréage de Solomiac. Cependant la reine étant accouchée d^une fille deux mois après , le 1'' avril , Philippe fut ^lué roi. Diaprés les*exemple$ que venait d'offrir la famille royale et Tàscension successive an trône de Philippe-le-Long et de Gharles-le- Bel a Texclusion de leurs nièces , sop droit ne pouvait élre contesté, mais il restait une fille de Philippe-le-Bel, Isabelle, Tépouse adultère du faible Edouard et vraisemblablement la meurtrière de son roi et de son époux. Elle prétendit, malgré les Français, succéder au trône de France, non par elle-même , mais par son fils comme si sept princesses, une fille de Iiouis-Ie-Hutin, quatre de Philippe-le-Long et deux de Charles-le-Bel n'eussent pas pu élever des prétentions mieux fondées que les siennes» On lui opposa la loi salique d'après laquelle Jame , ne par conséquent son fil ne pouvait par coustume succéder el royaume de Franca{2) , et le droit prévalut; mais la prétention subsista, prétention funeste qui , pendant plus d'un siècle devait couvrir de sang etde^ruines notre malheureuse patrie.
(!) Gnades Chrohiqnes citées .par Laurentic, Histoire de France, tom. 3, page 360. — (S) Idem, page 361.