CHAPITRE IV
NouTfllcs incarsioBsda prince de Galles.— Boitille de Peilien fignée ei iride piriic par la Talear des Gascons. — Captirilé dn roi Jeai.— Deileir de la France i celle noiTelle.— Sacrifiées qn^elle sMipose ponrproenrer sa deliTrance. — Le ente d'Armapiac. — Nootc! arebeiwjne d*Aneh. — ÉYèqnes de Bans , — de Tarks , — d'Aire.
Pendaat que le comte de Foix fatiguait le Midi de SCS sourdes menées et de ses étroites rancunes , le prince de Galles se préparait à recommencer ses incursions. Les marches et les combats avaient affaibli le nombre déjà assez faible des chevaliers qui avaient passé la mer avec lui, et quoique le printemps lui eût amené quelques recrues, il n'eût guère pu tenir la campagne^ si la fîdélité et plus encore ses promesses et Tappât du butin n'eussent attiré sous ses drapeaux une foule de seigneurs Gascons. Fort de ce secours, il retourna à La Réole et feignit de vouloir rentrer dans le Languedoc. Changeant aussitôt de direction et dérobant sa marche aux Français , il pénétra dans TAuvergne. Le comte d'Armagnac et le connétable convoquèrent à la hâte les milices delà province; mais leur résolution fut trop tardive. Quand ils parurent en armes, Tennemi était déjà éloigné. Ils furent d'ailleurs lâchement abandonnés dans la route par les Génois et les Lombards qui se débandèrent, en sorte que le comte d'Armagnac fut obligé de les faire arrêter et ramener de force dans son camp.
DE LA GÀSCOGITE. 325
Cependaat le pritice de Galles, après avoir ravagé TAuvergne, s'était jeté sut le Limousin et le Poitou, et ne trouvant nulle part aucune résistance sérieuse, il s'avançait vers là Touraine , lorsqu^il apprit que le roi de France marchait contre lui à très-^grand foison de gens d*armes. Il se hâta de reprendre le chemin de Bordeaux; mais il s'arrêta quelques jours au siège de Romorantin que défendaient Boucicault, Craon et Thermite de Chaumon. Il donna ainsi le temps au roi de France de l'atteindre à Maupertuis près de Poitiers. Ce retard, qui devait le perdre, lé couvrit à jamais de gloire. Craignant d'être enveloppé , il envoya à la découverte le captai de Buch à la tête de deux cents armures de/er tous montés sur fleur de coursiers. Le captai revint bientôt rapportant les dispositions de Tarmée ennemie , et ajoutant que les Français étaient moult grand nombre de gens. Le prince se hâta de répondre ; et adonc , Dieu y ait part. Or (maintenant) il nous faut, savoir comment nous les combattrons à notre avantage. En même temps il prit position sur un lieu élevé coupé de haies, devigneset de buissons, et ordonna de faire une garde vigilante autour de ses lignes. Les Français en firent de même et la nuit vint couvrir les deux camps de ses voiles.
Le lendemain matin, dimanche 18 septembre, le roi fit célébrer une messe solennelle dans sa tente et y communia avec ses quatre fils qui avaient voulu l'accompagner dans cette expédition. Il assembla ensuite un conseil où il fut résolu qu'on marcherait à l'ennemi. Aussitôt les trompettes sonnèrent. A ce cri de guerre , tous coururent se revêtir de leurs armes. Les chevaliers s'élancèrent sur leurs coursiers et vinrent prendre
place dans la campagne là où siélevait dans les airs et flottait agitée par les'vents roriflamme royale. Partout brillaient riches armures, nobles bannières et éclatants pennons. Car là était , dit Froissart auquel' nous empruntons ces détails, toute la fleur de la France. Nul chevalier ni écuyer n'osait demourer à thoftel (au manoir) 5V/ iie voulait être deshonnoré. A tous les âges nous retrouvons les Français insouciants du péril et écoutant peu la prudence dès que le nom de ThoDneur, ce mot toujours magique , retentit à ses oreilles. Le connétable et les deux maréchaux deClermont et d'Ândeneham partagèrent Farmée en trois corps composés de seize mille hommes chacun. Le premier était aux ordres du duc d'Orléans , le seoocid reconnaissait les lois du Dauphin, qui conduisait les pqnces Louis et Jean ses deux frères. Le roi commandait lui-mén^e le troisième corps et avait auprès de lui Philippe son quatrième fils, jeune enfant à peine âgé de 4 4 à 1 5 ans; et telle était Timprévoyance de ces temps chevaleresques, que ces dispositions avaient été prises avant qu*on eut reconnu Fordonnance des ennemis. Jean détacha Eustache de Ribaumont, Jean de Landas et Etienne deBeaujeu; et pendant qu'ils chevauchaient, il parcourut les lignes monté sur un cheval blanc II criait aux chevaliers : quand vous étiez àParù^ à Chartres y à Rouen y à Orléans ^ vous menaciez les AngUùs et désiriez a%foir le bassinet en tête devant eux. Orjr étes- 7fous. Je vous les montre. Si leur veuillez remontrer leur mal talents et contre^^enger les dommages çu*ils ont fait. Tous ceux qui t entendirent répondirent : sire y Dieuj ait part! et tout ce nous verrons volontiers. Les trois chevaliers revinrent aloi^ et rendirent
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coin pic «tu voï àii I;i dii|XïSJtiuti du uaiu|i L'Uiicmû H }wjtivait rtïnitirtner etivirondeuK mille hommes d'armes^ i|iintre mille arcUers et qualic cents brigands (*), Sur ct^sept h liuît tnillc guerriers ^ il n'y avait guère que trois rnd le zVii{^lab* Presque lotit le ixste était Gasi^^n.^. Leur ordontiaoce sage et habile compens;iit le nombre. On fie pouvait aller à eux que par uii chemin borde de haies. Derrière, le jeune Edouard av.*it posté un griiiid nombre d'archers, dont U f^illaii assujer les décharj^es avant que d'arriver au gi'Os de Tarniée^ et il ne fH^uvait entrer dans ce chemin que qu;*tre eavatiei-s de front, A texlrétnite du défilé du cèié du eamp étaient pbcés sur une ligne des gens d^armes Ani^Inis, la plupart a pwdt ajanl devant eux gniod no m bi'e d'archers, lie tt-rmin, Vu fort inégal et en diarrasse de vignes et de buissons^ ue permettait pas de les y attaquer à cheval. Le prince de Calle^î avait pris son poste d^nslefond des vignes ^ an mil i en de ta ligne que forma ietit les gens d armes. Il avait près de lui les plus va ill a nis guerriers de r Angleterre et de la Guyenne* Parmi les premiers un tx>uiptuit les comtes de Warvic, de SnlUolck, de SalisburVï de StralTort^ Jean Qiandos Té m nie de notre Dugnesclin, Fclletouet Richard de Pembirticq, ce! èbi-es dans tes guerres de la Bretagne, et enfin Jaym<^ d*AndeJéc» ffiuteurde-s dispositions adoptées yniv le prince. Au nombre des secimds, on remarquait le captai (t) dt» Itaeb un des capitaines les plus braves et les plnscon-
(*} t*iiHoîi* ptiftanl des brij^aadin* T «ipécc dccuk^t^^ si-lou lei un» ft d'Arme» kcIoii Ji^ Jiuire».
(t) FrvJiMrt, eh. tGI. Xmi<( lui mom fm|iruiilé tnm 1f*« ûéUÏU àç^ t<f comNl; rnt i^ns cuiuirdii \v pin* bejfti rédi dr ^t^trr ûu cfirnoiqueut ei pcul-êtrc Je Itjul U inojcn âge.
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sommés qu'aient eu jamais à leur tête les armées anglaises, les sires de Lesparre, de Rosan, de Bourg de Pommiers, deCosansde Monferrand, de Landiran^Jean de Chaumon , Le Sourdic de Lestrade et une foule d'autres seigneurs qu on ne saurait nommer. Le Hainaùd avait fourni quelques chevaliers dont deux seuls sont connus, Eustache d'Aurbetricourt et Jean de Gistelle.
Le roi demanda avis au seigneur de Bibaumont sur la manière dont on ferait rattaque.^Ribaumont répondit qu'il ne voyait qu'un moyen de réussir vu la qualité du poste que les ennemis occupaient. Il fallait que la cavalerie mit pied à terre et qu'on choisit seulement trois cents gens d'armes des plus braves , des plus vigoureux et des mieux armés de toute la troupe. Ceux-ci entreraient à cheval dans le défilé pour essuyer la première décharge des archers ; et après qu'ils leur auraient passé sur le ventre, les gens d'armes à pied dont ils seraient suivis, pénétrant par la brèche, donneraient l'épée à la main sur le gros de l'armée anglaise.
Ce projet ayant été adopté, le combat allait s'engager quand on vit accourir à toute bride un cavalier qui demanda à parler au roi. C'était le cardinal de Taleyrand. Le ppe l'avait envoyé depuis peu avec le cardinal d'Urgel pour tâcher de renouer les négociations; quoiqu'il n'eût d'abord pu rien obtenir , il ne se rebuta pas , et s'attachant aux traces des deux armées i il arrivait au moment où la querelle allait se vider. Il s'inclina profondément devant le roi, et joignant ses mains il lui dit : très-cher sire , vous avez ici toute la fleur de chevalerie de votre royaume contre une poignée d'Anglais ; s'ils se rendent à vous sans combat, il vou^
DR LA oàsmanÊ. 329
stffi plui Ulilf et plus honorable de les avoir ainsi ^ que if 'aventurer tant de nobles cbnvîiliers qui se prpsscîii AUtimr de vosbaiiuieres. Ainsi, je %oils prie au nom de Dieu, de me permellre de chfvautrher vers le prince de GaUeâ el de lui représenter dans quel 4^n£^er vous le tenez renfermé. Le roi lui rrpondit : ii nous platî èiefij nitm retournez tanlo$t (prompiemenl).
Le cardinal s'éloigna aussitôt et courut vers le prince ffti'il trouva k pied dans une vigne au milieu de ses gfUS, Dès qu'il T eut aperçu , il mit pied à terre et s avaQÇâ vers le jeune héros qui le reç^ut avec bouté* Certes^ beau fils, lui dit le cardinal dès' quil Teut salué ^ si vous aviez examiné les forces du r6i de France , tous lïii^ laisser tez essayer de vous accorder avec lui. si )e le
Ëo&vats. Sire, répondit le prince^ pourvu que mon onneur et celui de mes gens soit sauvé? je coudescenrai volontiers a toutes les voies de raison. I)eau Ois, ^pliqua le cardinal , vous dites bien, et il retourna en louic bâte vers le camp français. Sire, dit-il, eu se repré-
KoUiiii devant le roi, vous n avez que f^ire de vous tant lier de les tx>m battre, ils ne sauraient vous écbiippert je vous cti eoiïjure, daignez leur donuer le reste du jour et la nuit suivante pour rétU^hir sur leur ijosition- IjC mi s'y reftis^ d abord sur Ta vis de la plus jurande prtie de sou conseil, mais il cé^la coïiii aux proies pressantes du cardinaL 11 fit dresser au lieu laéme où
(était uu pavillon vermeil, mon il joli et ru'ht% et oromia h toutes les troupes de rentrer sous leun» lentes* 1 demanda d abord que le prince se rendit sans iiju- ' dît ion avec* lûute son armée et qu'on Itir livrât en outiT qUàitre ries principaux scif;neursd*Anj;lctrrre. IjC prince , <jiTrait de son côté de restituer toutes les vdles et les
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châteaux qu'il avait conquis et.tous le3 prisQouiersquil avait faits depuis le commencemeut de son expédition. Il s'engageait en outre à ne point porter pendant sept ^ns les armes contre la France, et pour gage d'une entière pacification , il sollicitait la main d'une fille du roi, et pour dot le seul comté d'Angouléme. Jean et son conseil n'y voulurent point entendre, ils exigèrent pour dernière condition que le prince vint se constituer prisonnier avec cent de ses chevaliers. Le jour s'éooola durant ces pourparlers. Les Anglais en profitèrent pour faire entr^ dans leur camp quelques vivres et pour creuser de larges fossés devant le lieu qu'occupaient leurs archdb et les border de fortes palissades.
Le lendemain, 19 septembre 1356, jour à jamais néfaste pour la monarchie française , dès que le soleil parut, le rm remit son armée en bataille dans le même ordre que le jour précédent. Les Anglais, au contraire, changèrent quelque chose à l'ordonnance de leurs troupes. Elles éuient à peine disposées que reparut le cardinal Taleyrand , ange de paix qui eut -épargné à la France un de ses plus grands désastres. Mais il lui fut signifié dans le camp français qu'il eût à s'éloigner, car il UU en pourrait bien mal prendre. Sur ces dures paroles il prit congé du roi, et se dirigeant vers le prince de Galles, il lui dit :. beau fils, faites ce que vous pourrez, il vous faut combattre. Le prince répondit : c*est bi&i r intention de nous et des nôtres. Dieu veuille aider au droit.
Pendant que le cardinal retournait tristement à Poitiers , le jeune Edouard se tournant vers les siens leur cria : Or , beaux seigneurs , si nous ne sommes qu en petit nombre contre les forces si supérieures de nos en-
immïs , fie qous laissans poiiU aLialUe. La \ icloîre ne ji arrête pas dans le^ rangs les plu& nombreux, mais 1h où Dieu veut renvoyer. Si aons irioaiphons nous serons IiiS plus liouûres du monde ; si nous succombons , j'ai un père et de bcuux frèr^, vous avez de bons amis. ils non» vengeront- Je vous en prie, ne songea qu à bien combaitre* Pour moi, s' il plait a Dieu et à St-Georges, vons me verrez aujonrd'hui bon cbev*ilier.
Ces pîtroles relèvent les esprits et enllamment le eou- Tiige- Ils attendent les Français qui, souâ les ordres des Jeux tnarfichaux de France, se précipitent à travers le 40ié; mais h peine sont-ils engagés entre lejt deux haies cjuî la bordent , que les archers Anglais font pleuvoir sur élix une grêle de flèches. Ces Jlèches, tirées à bout (lortani et tombant sur une ma^se oompaete, renversent les cavaliers, blessent et culbutent les chevaux et portent la confusion dans le premier rang. Ceuv qui suivent , en voulant passer sur les corps abattus de leurs tfrèr«s, tombent à leur tour et augmentent le détordre. Des deux maréchaux , Tun p^irit^ etrautre, couvert de laQg, est fait prisonnier* A la vue de cet échec, le Oauphiu et ses deux frères prirent la fuite et enlralmVent le duc d'Orh^ans. Le
IJC(ir\is commandé |ïar lo roi resta bientôt seuL A peine Ml cpielqut^ cavaliers des deux autres , ne |>onvant se irésondre k fuir devant Tennemi , vinrent se î^^rrer au- I tfjur de leur mouari]uc. Fjc prince de f malles , apprenant que le friVe et les trois fih du roi avaient abandonné le champ de bataille avec les troujîes placer?; ■ê(m% leurs ordres, ordouna a ses rhevalierK de remonter ' â c he V a h Jean C h a n d os , qui coni ba II a j l a ses côtivs , lui dit : u *ire ^ cheinuihe^ en i»vanl, Lîi journik' est à
vou^, Dieu sera aujourd'hui dans vos mains. Marchons au roi de France, là est lefoH de la besogne^ bien sai que par vaillance il ne fuira points ainsi il nous demeurera s'il plaît à Dieu et à St-Georges; mais qu'il soit bien combattu. Le prince répondit : Jean, allons, vous ne me verrez d'aujourd'hui reloumer en arrière. II crie aussitôt à sa bannière : chevauchez en avant, jiannières, au nom de Dieu et de St-Georges; et il descend de la colline avec tou^ son armée.
«Le roi , ici nous laisserons parler M. de Chateaubriant qui a embelli de ses inimitables couleurs ou plutôt marqué du sceau de son immortel génie le brillant récit du plus brillant de nos annalistes, le roi , faisant serrer les rangs , marche aux Anglais qui sortaient du défilé pour l'attaquer. Il se faisait remarquer au milieu des siens par sa haute taille, son air martial et pr les fleurs de lys d'or semées sur sa côte d'armes- Il était à pied comme le reste de ses chevaliers, et tenait à la main une hache à deux tranchants, arme des vieux Franks. Â ses côtés était son fils , le jeune Philippe , comme le lionceau auprès du lion. Son corps se subdivisait en deux troupes: il en conduisait l'une, l'autre était aux ordres du connétable. Le prince de Galles avec Chandos attaqua la* division du connétable : et le captai de Buch avec les maréchaux d'Angleterre et les sires de Pommiers, de Charie ou Caritte, de Landiran et de Lestrade se trouva en face du roi.
« Jean le vit approcher avec une joie intrépide. Abandonné des deux tiers de sessoldats, il ne lui vint pas même un moment la pensée de reculer, résolu.qu'il était de sauver Thonneur français, s'il ne pouvait sauver la France. Nos hommes d'armes ayant raccourci leurs piques , le
roi ne put les faire remonter à cheval comme le prince de Galles avait fait remonter les siens. Les Anglais étaient en outre accompagnés d'archers qui décidèrent de la victoire en perçant de loin des fantassins pesants qui ne pouvaient joindre leurs légers ennemis. L'armée anglaise, toute à cheval, se ruait avec de grands cris sur Tarmée française toute à pied. Les flots des combattants étaient poussés vers Poitiers , et ce fut près de cette ville que se fit le plus grand carnage. Les habitants, craignant que les vainqueurs n'entrassent péleméle avec les vaincus, refusèrent d'ouvrir leurs portes. Déjà les plus braves étaient tués; le bruit diminuait sur le champ de bataille ; les rangs s'éclaircissaient à vue d'oeil ; les chevaliers tombaient les uns après les autres , comme une forêt dont on coupe les grands arbres. Charny, haussant loriflamme, luttait*encore contre une fotde d'ennemis qui la lui voulaient arracher. Jean, la tète nue (son cascpe était tombé dans le mouvement du combat), blessé deux fois au visage, présentait son front sanglant à l'ennemi. Incapable de crainte pour lui->méme, il s'attendrit sur son jeune fils déjà blessé en parant les coups qu'on portait à son père ; il voulut éloigner l'enfant royal et le confia à quelques seigneurs; mais Philippe échappa aux mains de ses gardes et revint auprès de Jean , malgré ses ordres. N'ayant pas assez de force pour frapper , il veillait aux jours du monarque en lui criant : « Mon père , prenez garde : à droite , à gauche , denière vous ! » à mesure qu*il voyait approcher un ennemi.
fc Les cris avaient cessé. Charny, étendu auprès du roi, serrait dans ses bras, raidis par la mort, l'oriflamme qu'il n'avait pas abandonnée ; il n y avait plus que les
fleurs de lys debout sur le champ de bataille : la France tout entière n^était plus que dans son roî. Jean, tenant ' ' sa hache des deux mains, défendant sa patrie, son fils, sa counmne et Toriflamme, immolait quiconque Posait approcher. Il n'avait autour de lui que quelques chevaliers abattus et percés de coups, qui se ranimaient dans la poussière à la voix de leur souverain, faisaient un dernier effort et retombaient pour ne plus se rdever. Mille ennemis essayaient dé saisir le roi vivant et lui disaient : « sire , rendez-vous. » Jean , épuisé de fatigue et perdant son sang , n'écoutait rien et voulait mourir.
(( Un chevalier fend la foule, écarte les soldats, s'approche respectueusement du roi, et lui parlant en français : « Sire , au nom de Dieu , rendez-vous! » Lé roi , ffappé du soti de cette voix, baisse sa hache et dit: u à qui u me rendrai-je? à qui ? où est mon cousin le prince de <( Galles? si je le voyais, je' parlerais. — Il n'est pas ici, « répondit le chevalier , mais rendez-vous à moi et je « vous mènerai vers lui. — Qui êtes- vous? répart le « roi. — Sire, je suis Denis de Morbec, chevalier d'Ar- « tois. Je sers le roi d'Angleterre parce que j'ai été oMigé a de quitter mon pays pour avoir tué un honune. »
a Jean ôta son gant de la main droite et le jeta au chevalier , en lui disant : « Je me rends à vous. >^ Du moins le coi de France ne remit son épée qu'à un Français.
(( On ne voyait plus ni bannières, ni pennons de notre armée dans les champs de Poitiers. Le prince de Galles ignorait encore toute sa gloire. Chandos lui conseilla de planter sa bannière sur un buisson pour rallier ses troupes et se reposer. On dressa une petite tente
DE LA GASOIGiri. US
&ug€ ; le pnnc(! y entra. Les oftîciers de la chnnibre lui [^Uïclièretil sou casque et lui préseîitèrenl à hoïte; les ntnpettes sonuèrenl le rnppeL Les chevaliers Anglais Gasttius accourent, amenant avec eux un nombre ligîeux de prisonniers. Il y avait tel soldai c|ui , à ut seul , eu avait jusqu'à dix. On les traita avec une fi^iierosUë exlraordinairc. La plupart furent renvoyés mr parole et sur la siiuple promesse d'une rançon |u on eut soin de ne pas rendre assez forte pour les miner.
u Les deux maréchaux d'Angleterre arrivèrent aut prè^ du OU d'Edouard, qui leur demanda des nouvelles du roi de France. " Sire, répondirent^ ils, nous ne n savons ce qu il est devenu, mais il faut qu'il soit mort in ou priSf car il n a pas quitté Tosi. ^* Oiandos avait déjà iligé que Jean , par vaillance , ne fuirait point ; War^ FvLck déclare qti'il est mort ou pris^ car il n'a pas cessé ide combattre; nous allons voir le prince de Galles pi*CH lamer lean le plus brave gentilhomme de son armée. [Un monarque français, dont la valeur est si hautement I reconnue, même de ses enneuùs^ peut être vaincu sans ' cesser de régner : les rois chevelus ne perdirent cjue ir la pourpre la couronne qu'ils avaient reçue sur un [ïuclier.
w Le Prince Noir dit à Warvick et à Cobbam : « alle^^ je vous prie, et chevauchez si loin que vous me puissiez apprendre nouvelle du roi de France» ^ War- Lct Cobhani partirent, et tout en chevauchant moult sur un tertre , afin de regarder autour d'eux, nvrireot une troupe d'hommes qui marchaient dl et s'arrêtaient ii rhaf|ïjc pas. Lt^ deu\ Imtxïniî lesceadirimt aussitôt de h rollinc et piqut'rent de ce
côté. Ils s'éorièrent en approchant de la troupe : ce Qu est u ceci? » on leur répondit: u c^est le roi de France qui <c est pris ; il y a plus de dix chevaliers et écuyers qui (( se le disputent. »
a Jean, au milieu de ces soldats, menaitt son (ik par la main, était exposé au plus grand péril. Les Anglais et les Gascoqs .s'arrachaient tour à tour la proie;, ils Tavaient enlevée à Denis de Morbec. Chacun criait en parlant du roi : <( je Tai pris , je 1-ai pris ! » Jean di-» sait : (( menez-moi courtoisement et mon fils aussi de* yant le prince de Galles, mon cousin. Ne vous quereUêz point pour ma prise , car je suis assez grand seigneur pour vous faire tous riches. » Ces paroles apaisaient un moment les hommes d^armes ; mais ils n'avaient pas fait un pas qu'ils recommençaient leur contentiont Warvick et Cobham se jettent dans la foule , écartent les soldats, leur défendent sous peine de vie d*^appcocher du roi, descendent de cheval, saluent le monarque et son fils, et le mènent à la tente du prince de Galles.
(» Déjà averti de l'approche du roi, le fils d'Ektouard sortit pour recevoir le grand prisonnier, s'inclina devant lui jusqu'à terre, l'accueillit de paroles courtoises, le pria d'entrer dans sa tente, commanda d'apporter le vin et les épices, « et les présenta lui-même à Jean et à son fils, disent les chroniques, en signé de fort grand amour. )> Ainsi sont écrites au ciel les défaites et les victoires ; ainsi s'élèvent et tombent les empires ! Hui. siècles auparavant , le premier roi Frank triompha des Wisigoths presqu au même lieu où Jean devint prisonnier des Anglais , et Charny succomba en défendant l'oriflamme dans les champs où, quatre cents ans après lui, Larochejacquelein devait mourir pour le drapâu blanc
Bétak
UtL tu GASœCBJE* 337
c( La nuit venue, le Prince Noir fit dresser dans sa timte une lableahondamnienl servie, où s'assirent, avec roi cteoti fils, 1^ plus illustres prisouniers: Jacques dcBcmrbon^ Jean d'Artois , I^ comtes de Tancarvillc, d'E lampes^ de Dam p- Ma rie, de G ra ville, et le sei faneur de Partheiiaj. Les a titres barons et ckevalier s français,
ipa^nons des jicnls et des malheurs de leur maître , étaient placés à d'autres tables. Le prince de Galles servait lui-même ses hôtes. Il reftisa couslamment de parUiger le reps du roi, disant qu'il n^elait ps asser. prc^somptueuK pour s'asseoir à la table d'un si grand prince et d'un si vaillant homme. « Cher sire, disait^il n i Jean^ ne vous lûissez abattre; si Dieu n'a pas voulu 9 faire aujourd'hui ce que vous désirirjc. mon seigneur «I mou père vous traitera avec tous les honneurs que vous méritez, et traitera âvec vous à des conditions •m n rationna blés, que vous demeurerez pour toujours « amt^ Vous devez certainement vous rt^ jouir ^ quoique « la jouniéc n'ait pas été vôtre, car vous avez acquis le h kat&i renom de prouesse, vous avex surpassé tous ceujt H de votre côté. Je ne dis mie cela, cher sire, pour vous Il consoler, car tous mes chevaliers qui ont vu le oom- 4 bat s'accordent à vous en donner le priir «t la cou* « ronne* »
ti Jusc^ue là, Jean .ivatt supporte son malheur avec mAgnânîmIte; aucune plainte ifetaii §ortie de sa boa* cbc, aucune martpie de fVvibk^se n avait trahi Hiomrae; mais qnrtnd il se vit traiter avec celte gcném^ïitr. quâud il vit CCS mi^mes ennemis, (|ui lui rel usaient sur le tr6acï le litre de roi de France, le rcronnaUre [loûr roi dan& les fers, alors il se scmit rt^ellciiîcnt vaincu. Des larmes seeha purent de ses yeux et l«i%cirui les Irat^îi*
de sang qui restaient sur son visage. Au banquet de la captivité, le roi très-chrétien put dire comme le saint roi : mes pleurs se sont mêlés au vjn de ma coupe.
c( Le reste des prisonniers se prit à pleurer en voyant pleurer le roi. Le festin fut un moment suspendu. Les guerriers français , si bons juges en nobles actions, regardaient avec un murmure d^admiration leur vainqueur à peine âgé de vingt-six ans. k Quel monarque tt il promet à sa patrie, disaient-ils, s'il peut vivre el (c persévérer dans sa fortupe !»
Telle fut cette célèbre bataille de Maupertuis pins souvent appelée bataille de Poitiers. Elle couvrit d'nne gloire immortelle le prince de Galles; mais une partie de cette gloire doit rejaillir sur les Gascons. Outre qu^ils formaient k peu près les trois quarts de Tarmée anglaise, ils composaient presque exclusivement le corps qui battit çt mit en fuite la division du roi Jean , la seule qui disputa la victoire, et ils avaient à leur tête un chef Gascon, le captai de Buch. Enfin, si le monarque français jeta son gant à un chevalier Artaisien , un chevalier Gascon eut la gloire de mettre le premier sa main sur la personne rojale. La noblesse française au contraire sembla oublier son antique valeur. Jamais on ne Tavait vue plier devant un ennemi aussi faible et montrer tant de pusillanimité après avoir fait preuve de tant de jactance. Du moins à Grécy elle était morte payant courageusement ses fautes de son sang; mais à Poitiers elle ne sut que fuir ou se rendre (4).
Le lendemain après une messe d^actions de grâces (2),
(i) Tant chevaliers comme escuiers s'enfuirent vilainement el honteusement. Grandes chroniques citées par M. Laurentie , tome 3> page 403. — (2) Froissart, tom. 1, ch. 169.
OASCOCITE*
le^ Anglais abandonnèrent le cliamp de bdlaille où la \icloire avait seiiiWe se jouer des apprëlieiisions et de5 espérances, et cx)ntinuèreDt leur retraite vers Bordeaux* Il« niarrlîfiient à petites jounwes, ne rainant que quatre ou cinq lieues, tani ils et aient cfiargés (tor\d'ûrgenf de fi^ûtix fit de &ons prisonniers. Ils n^attaquèrent aucune place, ntaii leur st^mhlait un grand exploit s* ils pommaient mener à sanvetè te roi et leurs conqueites en iu cité de Bordeaux. Personne n osa leur barrer le passage ei moins encore ^ï^îayer de leur ravir leur proie. Tous les gens d'armes se tenaient renfermés dans (es Jbneresses. L'effroi planait sur tout le pays. Le prince de Galles parvint ainsi à Blaye où il passa la journt'e et entra enfin à Bordeaux qui lui avait prépare une brillante réception. Il conduisit son royal prisonnier k labbaye de St-Ândré, le plus bel édifice delà cité ; et lui abandonnant la première partie, il se logea dans la seconde. Il s'empressa d'achesler^ des barons , des chei^aiiers ei des êcujers de Gascogne la plupart des comtes du rcrfaume de France ifuim*aient été pris ei lespaja à bemtic deniers. Il dut assembler plusieurs fois les barons au sujet de la prise du roi, Uu é:!uyer GaiEcon (i) notumé Bernard de Toutes, de Trouics ou de Trustes en disputait riionneur à Denis de Motbocque et disait y a\foir grand droit. L anaire fut longtiemeni débattue. Les deux rivaux, it]ipatientsd€ la tlck^ision^ allaient la vider les armes à la main; maïs le prince y mit obstacle et renvoya le jugement des débats à son pt^re. Cependant^ comme le roi de France m prononçait en faveur de Morbecque , le prince fil
fi) rroiisari» é^, %m, dfjt dU.
compter à celui-ci deux mille nobles pour Taider à soutenir son ëuu
La nouvelle de la bataille de Pcâtiers porta la oans* temation dans les provinces : tout semblait perdu pour la France. Son roi était captif, ses armées détruites, ses finances épuisées; mais Dieu lui gardait le Dauphin pour présider à ses conseils et Duguesdin, un h^osà la façon des anciens Romains, pour refaire et oondoiie ses armées. Une providence paternelle a toujours veillé sur notre patrie. Jamais ^nos lys n'ont reverdi jius brillants et plus beaux que lorsqu'ils paraissaient abattus.
Dès que la première stupeur fut pass^, le oomie d'Armagtiac s^empressa de faire parvenir k Bordeaux (4) des meubles et toutes sortes de provisions de boadie avec deux cent soixante-seize marcs de vaisselle d'argent pour la table du roi. Quand le printemps lut venu, il convoqua à Toulouse, pour le 43 octobre, ks états du Languedoc, tandis que le Dauphin convoquait à Paris les éuts de la Langue-d'Oil. L'Agenaia et le Périgord n'y furent pas représentés parce que les An-* glais, maîtres de ce pays, ne laissaient pas les cheodins libres. La jalousie ne permettait pas au oû«nte de Foix d^ prendre part à une assemblée formée sous lesau^-* ces de son rival.
Le comte d'Armagnac , qui présida au nom de son maître, peignit avec chaleur les malheurs de- la patiie et réclama aide et conseil dans les conjonctures où l'on se trouvait. L'amour de la royauté était profondjément gravé dans tous les cœurs. Sa voix fut entendue. Les députes le conjurent de travailler sans relâche à la
(1) Dom Vnissctic, tom. i, page 288.
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di^Iivrance de rinfortuné monarque qui n avail point efKX>re quitte lûiir Languedoc (*), et de prendre en niiiii li défense du pu js contre les ennemis. Ib Ini promirent pour ce «louble but et leurs corps {\) et leurs biens. Les trois Ordres se réunirent séparément et transmirent en commun leurs résolutions. Ils ofi rat eut d'entretenir k leurs frais trots mille cavaliers et deux mille fantassins. Pour fournir à leur entretien , chaque chef de iimilte devait payer trois petits dctuers tournois par «etnaine, et les nobles , exetnpts de subsides durant la guerre, en pay^iient cette fois le double* Cette imposition s'appela d'abord capage et plus lard c^ipitation. Telle est rorigioe de U capitation qui se paie encore. Loi élùÈM offrirent yussi une autre taxe hel>domâdairr proportu>niiëeaux bien5 meubles eti mmeubles, mais qui ti atteindrai I pas les nobles. Ils se réservaient eependani le pouvoir d'assembler les états toutes les fois qu'ils le jugeraient à propos pour la levée de ces subsides, lia voulurent tiooiiner quatre trésoriers chargés seuls de ptyer 1^ troupes, et ils firent surveiller leur gestion pir dou:ce ronimissaires pris dans leur sein et élus p«r euK. Tels sont les principaUK ailirles de eclLe eélèl}r(* Ris«niblée que le comte d' ArmagfUïic approuva le jour même et que le Dauphin ratifia au mois de février sui- «iaL Vivant sous un gouvernement représentatif, nm lecteurs ont sans doute remnrtiué avec plaisir, dans d<» tifXipf si recul<^« les premiers pas d'une assemblée délibérante; et ce n^'est pas sans étonne ment qu'ils Tout vue déplo^r tant de générosité dans les sacrifice et tant
(') Oti ne f «ccordc pasi «ur 1 étendue da Languedoc, A cetleépo^ fjUf , on veut qu'on y compreaait qiieli|Q«foifr Bordetiiii
(1) I>am Vaif^cii^. toai. i, po^c 389.
de prudence pour rendre ces sacrifices fructueux. Les malheurs forment vite les peuples plus encore que les individus, ou plutôt Tinstinct du bien est inné dans notre patrie. La petite chronique de France ou de St-Denis écrite par un auteur contemporain ajoute que les trois états arrêtèrent encore (1) c( que hommes, ne « femmes du dit pays du Languedoc ne porteraient c( par le dit an si le roi n'estoit avant délivré, or neartt gent, ne perle, ne vair, ne gris, robes, ne chapperonà t( décopés, ne autres cointises quelconques et que aulu cuns ménestrels, ou jugleurs, ne joueraient de leur c( métier. )) Le père de la patrie était dans les fers. Le Midi, aux sensations plus vives, au cœur {dus expansif que le Nord, devait surtout prendre le deuil. S'il fallait même en croire un auteur plus récent , mais aussi plus suspect, quoique sa version ait été adoptée par plusieurs écrivains, les états auraient , sans en être priés , offert pour la rançon du roi les bijoux et les autres ornements de leurs femmes. Les vertus de Tantique Rome pouvaient facilement se retrouver dans un pays qui avait gardé en grande partie la législation romaine.
Pendant que le Dauphin éuit forcé de dissoudre les états de Langue-d'Oil qu'il avait tenté de réunir de nouveau au mois de février 4357 , le comte d'Armagnac, plus heureux, rassembla encore les états de Languedoc à Béziers le 1^' mars, et en obtint les sacrifices que commandaient les malheurs du temps. Il fit ensuite un voyage à Agde , d'où il revint à Toulouse au commencement de mai pour y tenir une nouvelle assemblée dans la salle royale du château Narbonnais. On y or-
(1) Voir dom Vaisselle, tom. 4, pages 290 et 291, et note xxit , page tf73.
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(jotina la conûnmùoti de la levt^e du capagequi devait «spirer alors, d'aprik une des claiis€s de son iiisûtution. A celle «ouvellp , le peuple de Toulouse, qui souffraii impaltemmeni cette levée , s'attroupa. L exaspération croissant avec le nombre, on s'arma et on courut en fureur au château Narbonnaîs dans le dessein de massacrer le comte d'Armagnac et les autres officiers du roi. Les fnctieus. les assiégèreni pendant un jour entier et firent pleuvoir sur le château une grêle de pierres et de flèches embrasées; mais ils ne purent le foirer]; le comte s^évada heureusement (1} pendant la nuit Cette fuite p'apaisa pas la mnllilude ; elle s obstina durant plu^ sieurs jours au pied du château^ et quand elle vit lous ses Hïoris inutiles^ elle le livra aux flammes. Après cet eicploit, elle alla piller et brûler les maisons des olBciers du roi, entr'autres celle du juge*mage Pierre de Montrevel , égorgea ensuite plusieurs personnes et commit une multitude de désordres; mais entin le tumulte s*apaisa de lui-même. Le comte d^ Armagnac profila de ce calme pour faire saisir une partie des principaux coupables et en faire une justice estem plaire. Les autres prirent la fuite.
Le comte chargea le sénéchal de Beaucaire de les arrêter. Lui-même se rendit à Avignon et alla demander au pape qu il permit au clergé du Midi de s impo- 86% mais il revint promptemeni, et le 12 juillet îl tiot à Albi une nouvelle a^emblée dans laquelle on prit des mesures jjour s opposer aux entreprises des Anglais* Coa lents de leur triomphe , ils avaient pris leurs quarliers d'hiver eu arrivant a Bordeaux; ils ue s'occupèrenl
(t) nom yalnetle, |)a§ei 201 ei ^9^.
duraat toute la mauvaise saison qu a garder leurs prisonniers. Le prince de Galles voulait transporter le roi en 'Angleterre, mais les seigneursGascons s'y opposèrent (4 ). Ils exigeaient qu'il fût détenu dans un château de la Guyenne. Le prince n'osant pas les mécontenter ouyertement , sema For parmi eux et leur 6t entendre que la paix, qui devait seule amener le paiement de lom» les rançons, ne pouvait être conclue qu'après l'arrivée du roi Jean auprès du vieil Edouard d'Angleterre. Il obtint ainsi leur désistement. Cet obstacle levé, il cnîgnit que les Français ne fissent quelque tentative sur mer pour délivrer leur roi ; le bruit s'était répandu en effet que le Dauphin préparait secrètement un arme^ ment considérable. Cette crainte lui fit prêter l'oreille à des propositions de trêve qui toutefois ne furent pas réalisées alors.
Un peu plus tranquille, il manda les sires d'Albret, de Mucidan, de Lesparre, de Pommiers et de Rosaa, et les chargea de veiller sur le pays jusqu'à son retour. Il s'embarqua ensuite au con»mencement d'avril avec son royal prisonnier et plusieurs seigneurs Gascons, et après onze jours de traversée, il aborda sur les côtes d'Angleterre qui firent au monarque vaincu une réception dont l'éclat eut insulté à la défaite^ si elle n^eàt pas été destinée à rehausser la victoire. Le cardinal de Périgord suivit les deux princes à Londres par ordre do souverain-pontife, et plus heureux cette fois, il fît sans peine goûter sa médiation. Les Français , divises au dedans, s'estimaient heureux de n'avoir pas à combattre au dehors. Les Anglais, comptant que leur proie ne
^1) Voir, pour \om ces détails, le ch. 173 de Froissirt.