‹ Histoire de la Gascogne (volume 2)Chapitre 22 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

BiUHle k Grécy. — Jea, CMte é'Ampie, iMienev èi Lii|ieiie.— n prai ^H, im to^iite h Ml, i ropééiliM k Cilfli.— Anui GéDm, oale* PardiK. — Peste et fiiiie — Giiliiue de Flnaeeift, vétït^ d'ÂKh , in- Tenetr di Lu|iedee. — Jea W, roi de Fruee. — Le eeite d'Anufiac Mni eicore lenTeneir de Laoïpedee. — le fM^ triTaiile à Hlablir Ii paii ciln lèi ■lisMt de Fni et d'AnufflU. ^ lort dn eeite de Pirdiie.^ Le priiee de Gilles dAtripe à' Berdean , — il fimnrt l'Anugue et leife le Kfim. — Ll toBte de'Foii le prend iicae pirt à U litte qie seitieit It Pruci.

Le roi d'Angleterre instruit de tout ce qui se* passait en Cuyenne, résolut d^y passer en personne. Il rassembla une flotte nombreuse à Southampton et fit voile (juin i 346) vers les côtes de Cascogne ; mais après deux jours de marche le vent tourna subitement et rejeta la flotte vers le p^s de Comouailles. Geoffroi d'Harcourt, un seigneur normand qu'une querelle avait jeté sur la tente d'exil et qui se vengeait des soupçons par des crimes, montait le vaisseau royal. Il conseilla d'aborder dans la Normandie, province riche et ouverte aux invasions. Ce conseil devait perdre la France. Edouard le goûta et dirigea lui-même sa nef vers le rivage.

Depuis que la famille des Capétiens était assise sur le trône, bien des malheurs avaient pesé sur notre patrie, mais du moin^ jamais l'étranger ne s'était aventuré dans l'intérieur du pays, et surtout jamais il n'avait entamé nos provinces. Maintenant aux maux qui n'atteignent que trop souvent les grands états allaieiu se joindre tous les fléaux de Tinvasion et delà conquête.

Débarqué paisiblement à la Hogue , Edouard parcourt la Normandie , couvrant de cendres et de sang une terre sur laquelle il se prétendait appelé à régner. Il s'avance ensuite jusqu'aux environs de Paria , et épouvanté lui-même de sa témérité , il recule en toute hâte vers la Somme. Il venait de la traverser , lorsqu^alteint près de Crécy dans le Ponthieu , il est force d'accepter (26 août 1 346) un combat inégal et remporte la plus sigqalée victoire. Philippe, qui ne devait sa défaite qu^à son imprudence, fit en vain des prodiges de valeur. En vain les comtes d' Alençon , 'de Blois, de Flandres , de Nevers , d'Auxerre , d^Aumale , en vain les ducs de Bourbon et de Lorraine , en vain surtout le roi de Bohême , guerrier aveugle qui pour combattre s'était fait attacher* à son cheval, y déployèrent un brillant courage , cette désastreuse journée n'en coûta pas moins à la France plus d% trente mille hommes et de douze cents princes, seigneurs ou chevaliers.

Les ordres réitéra du roi de France avaient déjà forcé le duc de Normandie à lever le siège d'Aiguillon après plus de quatre mois de tranchée ouverte. La nouvelle du désastre de Crécy hâta sa marche; mais avant de s'éloigner de la Gascogne , il se reiidit à Ageu ou il ordonna la levée d'un nouveau fouage de dix sols par feu payable dans trois mois. H y établit le 23 août son très cher et féal cousin, Jean, comte d'Armagnac (1 ) lieutenant du roi son pèfe et le sien es parties d*àg9r nais, Èordelais, Gascogne y Périgort, Caoursin et en tous les pays de la Languedoc. Il lui donna en même temps des pouvoirs très étendus , lui permit d'accorder

1) Dom Vaisselle, lom. 4, page 261 el suivante».

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des rémissions pour toutes sortes de crimes excepte le 'crime de lèse-majesté ; lautorisa enGn à disposer des biens du domaine et à faire toutes autres choses quà office de capitaine ou lieutenant des dites parties peuvent ou doivent appartenir.

Le comte d'Armagnac établit, à l'exemple des autres gouverneurs sa principale résidence à Ageu , "pour être plus à portée de veiller sur les provinces qui lui avaient été confiées. Malgré ces précautions, les Anglais, trouvant moins de résistance autour d'eux, et excités surtout par le triomphe de Crécy , ireprirent TofTensive , s'emparèrent de plusieurs places et étendirent leurs coui:ses jusque dans le Toulousain. Le 12 septembre, il manda au sénéchal de Carcassoune de le venir joindre en toute hâte à Agen avec deux cents hoqimes d'armes pour arrêter les .progrès des Anglais. En même temps, il envoya saisir dans les troj^ sénéchaussées du Languedoc tout l'argent des recettes afin de l'employer aux nécessités de la guerre. Peu de jours après , il fit un voyage à Moncucq en Quercy et y donna des lettres en faveur d'Amalric , vicomte de Lautrec , seigneur d'Ambres, à qui le duc de Normandie avait délaissé le fouage de 20 sols par feu dans sa baronnie. Il était de retour à Agen le 4 octobre. Le 10 de ce mois , il permit a^ix capitouls de Toulouse de rendre plus générale l'imposition de 4 deniers par livre que le prince àvai^ autorisée pour la réparation de leurs murailles. On l'étendit à toutes les denrées excepté le blé. On 'devait recueillir ainsi jusqu'à douze mille livres tournois , somme jugée nécessaire pour relever les murs que Ton voit encore, mais que les progrès incessants de Tindusirie font disparaître tous les jours.

Jean d'Armagnac pressait alors le départ des gens d^annes de la province, et, joignant la fermeté et la vigueur au zèle et à l'activité , il envoya de^ commissaires dans tous les lieux de sa dépendance pour saisir les biens de ceux qui refuseraient d'obéir à ses ordres, ou oseraient se déclarer contre \e roi. Il convoqua à Moissac pour le 8 novembre deux consuls ou députés de chaque bonne ville pour délibérer avec eux sur les malheurs du temps. Il se rendit ensuite à Toulouse. Durant le séjour qu'il y fit , il accorda divers privilèges aux villes et aux communautés de la Judicature de Verdun pour les récompenser de leur fidélité et de leurs services durant la gu^re. Il passa par Castel-Sarrasin ou ildonna quelques ordres, rentra à Agenet s'avança jusqu'à Monflanquin où nous le trouvons le l*' novembre.

L'épuisement du trésor l'obligea de suspendre les libéralités assignées par la Cour à plusieurs chevaliers sur le dernier fouage établi par le duc de Normandie. Le roi à qui les chevaliers s'en plaignii^nt donna main levée de cette suspension, et manda au receveur de la sénéchaussée d e Toulouse et à Pons Isalguier de prendre en même temps l'argent des décimes. Pons, et le receveur n'osèrent point obéir sans avoir pressenti les intentions du comte d'Armagnac. Ils lui écrivirent aussitôt et en reçurent la réponse noble et ferme que nous transcrivons. Elle est datée de Montignac le 5 novembre.

u Si hobéirez au commandement dudit seigneur comme besoin est, et sachiez que nous envoyons devers ledit seigneur pour nous décharger de notre lieutenance; quart nous ne saurions, ne voudrions être liou-

(1) Dom Vaissette, pajfc 263.

tenant et capitaine là , où ledit seigneur déferait sans nous appeler ce que nous aurions fait au profit de sa guerre, rf

Le roi apaisa la juste susceptibilité de son lieutenant et lui laissa Tentière administration du peu d'argent que pouvait fournir une province déjà si épuisée. Il alla plus loin. A sa recommandation, il fit cesser la fevée d'un second fouage et remit ce qui était encore dd à la couronne pour le premier. Le comte d^ Armagnac avait alors entrepris le siège de Tulle en Limousin j dont la gailiison composée de quatre cents hommes fut obligée de se rendre {i 5 décembre) après quinze jours de tranchée. Ni cette victoire , ni tous ses efforts u arrêtèrent les progrès des Anglais. Ils étendaient tous les jours leurs conquêtes. Déjà ils ne menaçaient de rien moins que d'envahir tout le Languedoc La crainte qu'ils inspiraient porta à réprer les fortifications que le tempsou les guerres avaient détériorées. Carcassonne, Limoux , Albi et une foule d-autres villes se hâtèrent de relever leurs murailles.

Pendant qu'on se préparait ainsi de toutes parts à la défense , le comte d'Armagnac rentra à Agen d'où il se transporta à Toulouse pour activer par sa' présenoeles travaux de clôture. Il y publia quelques ordonnances où il reconnaissait les services que les Toulousains avaient rendus et rendaient tous tes jours à la cause du roi. Il retourna à Agen dans le mois de mars et y donna des lettres de rémission en faveur de noble Bernard de Grossoles. Bernard s'était déclaré pour Eklouard et avait pris part à la révolte de Vilaie en Périgord que Bernard de Durfort avait soulevée etlivréeaux Anglais.

Bernard de Grossoles (1) appartenait à une ancienne maison de Périgord. Son second fils, nommé Bernard comme-lai, vint s'établir à la fin de ce siècle dans la Lomagne où il acheta, en i 390 , la terre de St-Martin près de St-Oar , possédée encore de nos jours par sa famille.

La guerre, semblable à un chancre toujours ouvert, dévorait depuis plus d'un demi-siède la Gascogne ou plut6t la France entière. Argent et hommes, tout disparaissait, et toutefois, quel que fût son épuisement, les circonstances si critiques où se trouvait Tétat , réda* maient impérieusement de nouveaux sacrifices. Le roi, n osant point s'adresser au peuple, confisqua sans pitié les biens des Lombards, qui avaient succédé aux Jui& et qui concentraient dans leurs mains le peu de commerce que faisait alors la France ; mais ces confiscations se trouvèrent insuffisantes. Philippe s'adressa alors au clergé et en particulier aux prélats de la province d'Aucfa (2) , et sollicita un secours qui lui fut accordé. En même temps il appela près de lui toutes les milices de ses états. Il voulait faire lever le siège de Calais qu'Exlouard était allé attaquer après sa victoire , mais cette fois encore , un des armements les plus brillants et les plus coûteux que la France eût mis sur pied fut complètement inutile. Le roi d'Angleterre ne put être forcé dans ses retranchements, et après un an d'efforts, sa constance fut couronnée de succès. Il entra le 4 août 1347 dans Calais, d'où sa nation parut, pendant plus de deux siècles, insulter à la France.

Les comtes (3) de Foix et d'Armagnac avaient pris

(1) Grands Officiec^, lom. 9, page 384 et suiv.— (2) Doni Vaissftte, paire 265 — (3) Froissart, ch. 144. Dom Vaissettc<:

part à Texpëdition de Calais. Le dernier avait, résigné sa lieutenance pour pouvoir se porter vers le Nçrd. Le comte de Valentinois en fut d'abord seul pourvu, mais la Cour lui adjoignit bientôt (1) Guillaume de Flavacourt, archevêque d'Auch. Le dernier décembre, le roi nomma encore Gaston Phœbus, comte de Foix, et Bertrand, comte de Tlsle-Jourdain, ses lieutenants généraux et spéciaux en Gascogne et en' Languedoc Bertrand mourut peu après nelaissant qu un fils, Jean, non moins brave que son père. Le roi lui substitua Gallois de La Beaume qui avait déjà administré la province. L*ad: ministration reposa bientôt tout entière sur lui , Gaston Pbcebus s'étant retiré , et Tarchevéque d'Auch ayant reçu mission de se transporter dans les diverses sénéchaussées du Midi. Il fallait en déterminer les habitants à aider le roi à soutenir le poids de la guerre, si la tréwe précaire qui arrêtait le roi d'Angleterre venait à se rompre. Le prélat assembla à Toulouse les députés des diverses communautés ou plutôt le tiers-état du pays et en obtint ce qu'il demandait. Dans cette assemblée , TArmagnac , ou pour parler plus exactement , le pays de Rivière fut représenté par le juge, du pariagé d^Auch, par Raoul de Monts ou du Mont, et par Pierre de Cours (de aulâ) , sergent d'armes , frère de Jean de Cours, juge d'Albigeois.

Philippe fut si content du 'succès de cette missiqn, que le 13 janvier 1349 il établit de nouveau Guillaume de Flavacourt son lieutenant en tout et par tout le pays de Gascogne et du Languedoc , avec pou. \;oir spécial de garder et gouverner tout ]^it pays par

(1) Voir,, pour tou$ ces détails, dom Vaisselle , pa^. 160, 67 et 68.

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dessus tous capitaines, sénéchaux et autres officiers. Rien de plus fréquent alors dans toute la chrétienté que de voir les prélats appelés à gouverner les provinces. Double malheur pour Téglise, d'abord parce que ses princes lui ravissaient ainsi une partie d'une vie qu'ils lui devaient tout entière , et puis parce qu'ils introduisaient dans le sanctuaire des mœurs mondaines qu'on prend presque toujours même malgré soi au contact continuel du monde. Ce malheur s'aggravait encore de la dépravation profonde dans laquelle était tombée la société. Des prélats désertant leurs sié€:es pour ne s*occuper que de l'état , comme Guillaume âe Flavacourt; ou opinant sur la guerre comme l'évéque de<Châlons à la journée de Poitiers, et mourant sur le champ de bataille à côté des preux, n'étaient guère propres à ramener des jours meilleurs. La religion , durant tout ce siècle, s*afTaissait avec les royaumes.

Guillaume de Flavacourt exerça sa charge toutecette année et la plus grande partie de l'anriée suivante, et rien ne prouve qu'il ait eu aucun collègue. La ville de Penne en Agenais était surtout menacée pr les Anglais. Il en confia la défense à Arnaud-Guilhem comte de Pardiac,qui courut s'y enfermer avec quatre-vingt-dixhuit écuyers et cent quatre-vingt-quatorze sergents. Cet Amaud-Guilhem était le cinquième de nom (1), quoique l'Art de vérifier les dates ne le compte que pour le quatrième, et les Grands Officiers de la couronne que pour le troisième. L'identité du nom adbpté pendant près de deux siècles par les atnés de cette famille, ne pouvait qu'égarer les écrivains, et faire confondre les

(1) MtniMcril du Séminaire. Grands orficîcrK, tom 2. Art dr vérifier les dates, tom. 2.

fils avec les pères. Celui dont nous parlons avait pris les rênes de Tadministration dès i 333, et s^était formé au métier des armes sous son prédécesseur. Il servit dans les guerres de Flandres, et la valeur qu41j déploya lui mérita Fhonneur d*'étre armé chevalier devant St- Orner en 1339. Il prit part aux campagne; de 1 342 et 4343, et fut chargé de défendre, de concert avec Géraud de Labarthe plusieurs places de TÂgenais contre le comte de Derby. Son courage était éprouvé et son expérience connue des ennemis. Aussi dès qu ils le surent à Penne, ils ajournèrent leurs desseins et portèrent leurs armes iiilleurs. Arnaud-Guilhem, ne craignant plus pouf la place , s'ennuya de s'y tenir enfermé. Il en remit la garde à un de ses lieutenants, y laissa la jeune comtesse de Durfort qu'il avait épousée après la mort de sa première femmp, et s'étant joint à Robert de Noudetot sénéchal d'Agenais , il alla avec lui prendre position entre la Garonne et la Dordogne. Delà, ils se portaient suc tous les points menacés et faisaient aux Anglais une guerre de partisans, la seule peut-être qui eût alors sauvé la France. Ils étaient soutenus par Thibaut de Barbazan, que Tarchevéque d'Auch avait chargé de veiller sur les places situées au delà de la Garonne, et qu'il avait nommé gouverneur dé G)ndom, de Montréal, de- Villeneuve près Mézin,. de Poudenas et de quelques châteaux voisins.

Jean de Galard, fils aine et héritier de Pierre de Galard, grand-maltre des arbalétriers, fut moins heureiix que ces seigneurs. Il fut pris dans une rencontre près de Bragiac, et condamné à payer une très-forte rançon. Le toi de France vint à son aide et l'aida à compléter la somme. Jean^ dans sa reconnaissance, fit hommage au

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^jwrigoe et «engagea â combattre les Anglais avec une HklDtlvelU ardeur. NéanmoiDS quelques mois après , il Hiemhrassa le parti de F Angleterre et prêta a Edouard "le serment qu il venait de prtHer k PhiljppeSe- Valois* Jean avait un frère, Guillaume de Galard seigneur de Brassacquï m montra plus fidèle et continua de servir

Isous les ordres de Guillaume de Flavacourt. Pendant que toul entier aux combats Arnaud^ Cuilhem couvrait ainsi tous les jours sou nom d'une nouvelle gloire, la volnj^c comtesse se crut dédaignée, et oubliant ce qu'elle devait h son rang et a son époux , elle pri*tâ Voreillc aux discours H^ducteurs de son médecin (i)* Le bruit en parvint bien t6l aux oreilles de Téptjux outrage. Il accourut furieux, arracha de la bouche de TinCdèle Tavcu de son crime et la fit aussitôt Bfaisir. On la transporta par ses ordres dans un de ses H clûteaiix et on la ccmCna dans un noir cachot où elle B ne tarda pas ii expirer de houle, de remordi et sans doute aus§i de faim et de mauvais traitements; car Arnaud-GuiHïem crut devoir pour cette mort demander au roi des lettres de remission, qui lui furent octrujées le 4 novembre i 3 49, La ix*mtesse de Dur fort ne lui laissait point dVnfants,

■ L^administration de Tarchevcque d'Auch devait surtout rëprer les maux sans nombre quune affreuse épidémie (2) était venue ajouter à ceux que la guerre et la famine faisaient depuis longtemps peser sur la GasfTOgne. Déjà ce pays avait été, en < 339^ en butte a un iuaI cruel que les chroniques œutemporaines ne déG-

(1) ùrmih Officiers, tom, 2, pag. 028. —(2) Voir, pour Umiic«lte épJdanS^ 1a 9Cf onde <fi)ntinuAtron de 'Sm^h et 1e$ Ilîi!!oir«f de

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nissent ps , mais qui présente tous les caractères de notre fièvre jaune. Le flëau avait été précédé par une comète enflammée qui commença à paraître la nuit du Samedi-Saint et se montra durant trente-huit jours. Pendant ce temps la France fut agitée par des tempêtes violentes et des tremblements de terre. L'efîroi était dans tous les cœurs. Il redoubla lorsqu'on lut en gros caractères ces mots : Gémissez et faites pénitence, car le grand et formidable jour approche. En voyant Thumanité si malheureuse, comment ne se fût-on pas défié de son avenir. Aussi la fin du monde fixée d'abord à Tan 1000 venait d'être placée en 1365. De toutes parts hommes et femmes se précipitaient dans les églises, confessaient leurs péchés et jeûnaient au pain et à Feau le mercredi et le vendredi. Ce premier élan s'arrêta bientôt, et, pendant qu'un petit nombre retournaient à la vertu , là plupart cédant à l'ivresse des sens se plongeaient avec plus de fureur dans toutes 1^ volupté.

Parmi ces anomalies, il se déclara vers l'automne une maladie épidémique qui sévit d'abord à Toulouse et se répandit bientôt dans les provinces environnantes. Elle s'annonçait par une légère fièvre , puis venaient de^ vomissements noirs, et le quatrième jour les malades étaient emportés. L'art des médecins fut forcé de s'avouer impuissant. Tous ceux qui furent atteints périrent sans exception. Suivant le cartulaire de la métropole, le diocèse d'Âuch fut encore frappé d'un fléau semblable en 1342. La ville et surtout les faubourgs furent en proie à ses ravages. L'archevêque espéra fléchir le ciel en mettant la dernière main à une fondation laissée par Ispan un de des prédécesseurs. Il établit (1)

(1) M. d*Aigiian, Pièces justificatives.

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US la chapelle de Si- Denis huit prébeades du St-Rîirii cl y a joula de ses deniers une chapellenie en Thonneur du premier évéque de Paris. Udola ceue fondation d^une renie de vingt-cinq livres touniois et de quelques dimes. II réserva le droit décollation k ses suceesleuf^ par un acte du .13 février 1342, mais en 4354 il l'abandonna au Chapitre qui ratifia alors 1 érection. En 4347, 1348 et 1349 la mortalité s'étendit presque à toute TEurope. Apportée à ce qu on croit du levant en Italie^ elle passa en Provence où elle commença a la Toussaint (4347) pour ne disprtitre que seize ojois après. Narbonne ne fut visitée par le fléau que la première semaine du Carême, elle pei-dii plus de trois mille habitants^ le Languedoc plus maltraite n en garda guère plus que le dixième. On dit généraletneni que cette maladie, r^tée dans T histoire sous le nom de peste noire ^ ou de peste de Florence, emporta le tiers du genre humain. Cest la froide observation que la vue de tant de tombeaux qui s'ouvraient à la frmirrache à rinsouciani Froissart ; mais on n a, comme on le pense^ aucune donnée positive à cet égard.

Le peu d'hommes que la famine et la peste avaient épargnés et que la culture des champs presque abandonnée réclamait impéneusement^ Tétai les redemandait pour sa défense. Jacques de Bour]>on était arrivé dans la province au mois de iuin et avait pris le commandement des troupes. Le comte de Derby commandait toujours en Guyenne pour le roi d^Angleierrc, Mais le pape et les cardinaux qui après la prise de Ca* lais avaient arraché une trêve à Philippçel^ Edouard^ slMierposcrent entre leurs généraux et la trêve fut prorogée* Il eût d'aillcuni été assesi diflicile de œurir

aux armes. La peste faisait encore cette année de nom* breuses victimes. Mais rien ne pouvait contenir les Anglais. En dëpit ^es conventions, ils faisaient jour* neUement des courses et revenaient chargés de butin. Enhardis pr ces succès^ ils s'avanoèrent jusqu'aux por* tes de Toulouse. , ,

L^ Archevêque d'Auch , ne pouvant pas recruter de nouvelles milices autour de lui , envoya le sénédml de Beaucaire dans la Provence, à Gènes et jusques au fmid de la Toscane pour y lever un corpa d'arbalétriers. D'un autre côté le roi députa deux nouveaux commissaires dans les diverses sénéchaussées du Languedoc. Us étaient chargés de recueillir de l'argent qu'ils devaient employer au paiement des gens d'armes et des garnisons qui défendaient le pays. Il leur permettait (1) de légitimer, d'ennoblir et ^e donner rémission pour tous les crimes, excepté celui de trahison et de lèse-majesté. A quel degré de misère n'était pas alors descendu notre beau pays de France pour que son souverain recourut à de pareils expédients afin d'alimenter le trésor; et néanmoins ces jours si tristes devaieift être suivis de jours plus tristes encore. Jean P' ou plutôt Jean II venait de succéder à Philippe-de- Valois son père, mort à Nog^itle-Rotrou le 22 août 1350.

La magnificence , que déploya d'abord le nouveau monarque, sembla insulter aux malheurs publics. Rien jusqu alors n'avait approché des fêtes de Reims et sur- é tout de Paris , fêtes funestes que devait terminer une exécution sanglante. Le comte d'Eu , connétable de France, fut arrêté au miheu de la cour; on l'accusa de

(1) Dou Vaifisclte, poge 270.

Les torlureç lui en arrachèretil, Jil-an, ravctl, • celle preuve il fut exsuda mnc mrm aoeiine ÎQvme \àt justice et dÀ^apît^ dans m prism , eu présence du lie d* Armwj^iïC ( 1 ) et de quelques autres sHgueurs. Ijitit que ses acemsa leurs se partageaient ses riches [dépotiilles^ lean envoya le camle d'Artna^ac eu Nor- I nuindie pour tâcber d'arrêter les An^bi^n et Et partir pour b Casc^ogue le roé de Navarre avec le titre de son lieiite' [ QâUL Le nouveau gouverneur, si tristement eëlèbredans Inos annales mn% le nom de Charles-le^Mauvais , était I peui-fils par sa mère Je Louis-le-Hulin cl venait de r succéder sur le trône de Navarre à Philippe d'Evreux* lu rassembla à Condom une armée formée delà noblesse j et des communes du pjs, cl alla assiéger MuntréaL [C'est tout ce que nous savons de cette expédition qui l dut profiter ass^ peu à la France , car les Anglais me* fut bientôt après Moissac dont on s*e m pressa de nâe^er les fortifications*

Charles -le- Mauvais ne parait avoir gardé cjue quel* qucs mois le commandement de la province; et comme, mali^ré la trêve , les incursions des ennemis s y multipliaient, Jean nomma h la fois divci^ commandants, Amaury de Craon, Fan d'eux, retint a Toulouse Tliihaud de Barbazan pour la garde de Gjndom avec cent hommes d'armes et deux cents sergcnu k pied. Il confia en m#*rae temps la défense de Marniande à Arnaud ile Ijorna^^ne» Arnaud était seigneur de Juinut et du .lu ma dois qu'il ne faut pas confondre avtxr le Qî mois dont Gimont est la capitale. Le roi, pour réœmjïctiser le comte d* Armagnac, se dessaisit (2) en sa faveur dn

>î) Griitdés tjirailiquos de Franctv— (2) Grandii ttïûcit^n, l2.

haut domaine de ceUe baroanie et Fattacha à la vicomte de Lomagoe. Arnaud protesta contre cet abandon qui reculait son yasselage. Il refusa quelque temps son hommage à son nouveau suzerain. Il ne pouvait se défendre d^un secret dépit en voyant celuiHsi remplacer les descendants directs d^Arnaud Othon et commander en maître à une contrée où la maison de Lomagne avait si longtemps dominé. Néanmoins sa fiâUesse dut subir la loi, et après quatre ans de refus ou de tergiversations, il prêta le serment qui pesait à sa fierté.

La libéralité du roi à Tégard du comte d^Ârmagnac ne se borna pointa cette faveur ; il y n jouta en 1344 la riche baronnie de Benavent que Jean incorpora ans* sitôt à son comté de Rhodez, d^où elle n'a jamais, été distraite. Amaury de Craon et ses collègues étaient soumis à Alphonse de la Cerda , nouveau favori ,' que le roi Jean avait nommé connétable après la mort du comte d'Eu et qu'il avait envoyé dans le Languedoc i avec une pleine autorité. La trêve avec les Anglais venait d'expirer. Les insulaires commandés par le comte de Straffort^ successeur du comte Derby^ se jetèrent sur les possessions françaises et se montrèrent en armes devant Agen. Alphonse convoqua les hommes capables de porter les armes, et dégagea la place ; mais il ne put arrêter les ennemis qui pénétrèrent dans le Languedoc et y commirent d'affreux désordres, pillant les campagnes, brûlant les bourgs, égorgeant tout ce qui tombait sous leurs mains. On craignit pour Toulouse. Jean , comte de l'Isle-Jourdain ( i ) qui commandai t dans la contrée ordonna aux bourgeois et aux chefs de famille de

(i) Dom Vaissette.

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La pk

viguene

gneuLTS (lu pays n'attendirent pas ses ordres. Ik coururent se renfermer dans la ville. Caston Phcsbnâ comte de Foii^ ne se montra pas le moins empresse ( \ }. Les Anglais n^osèrent pas se présenter devant une place si bien dë< fendue et portèrent ailleurs leur rage dévastatrice.

L'empressement de Gaston et les succès qui Tavaient ixmronné excitèrent la jalousie du comte d^Ârmagnac. hes mémoires du comte de Foix, les seuls qui nous aient transmis ce fait ^ le disent du moins ainsi. Sans songer combien la France avait besoin des bras de tous ses enfants pour résister à l'étranger, il se prépaie à porter la guerre dans le Béa m [iji mais le sénécbal de Toulotise lui dc^fendit d exécuter son dessein. Cette défense eût été sans doute méconnue comme laut d autres ^ si le «énédial n'eut pas été vivement secondé par le pape Clémfillt VI , qui députa vers les deux concurrents Tévéqne de Ferrare. Ce prélat leur fit accepter une trêve assen courte. Elle ne devait durer que jusqu'après les fêtes de Pâques de Tan 1Î53, et néanmoins ce délai parut trop long au comte de Foix devenu cette fois agn^seur. Il voulut profiter à son tour de labsence de ennemi.

Jean venait en effet de remplacer le connétable Tappelé par le roi. Il avait à peine repris le commandement de la province^ qu'il assembla une petite armée à Castel-Sarrasinetâlla assiéger sur les Anglais la ville deSt-Autonin située à rextrémilé du Rouergue, Mais le siège traînant en longueur , il en laissa la conduite à Bernard Arnaud de Preissac, maréchal de son ârmée^

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(1) fioat Vaissette, paj^e 2TS — (S) Id. Voir, pour loui c« qui laît |wgt S79 et fai¥.

et se rendit à Najac o& il avait convoqué les communes du Languedoc. Après en avoir obtenu des subsides qu^on n^aooorda que sous certaines réserves., il retourna devant St-Ântonin ; mais tandis qu'il pressait la place avec une nouvelle vigueur^ Gaston Phœbus, au mépris de son sergient, fait attaquer TArmagnac par quelquesuns de ses barons. Ceux-ci ayant néuni secrètement à Aire un corps de trois cents chevaux et de deux mille hommes, tombèrent à Timprotiste sur les villes voi^nes et y portèrent le ravage et la mort. Qément VI, le médiateur et le garant de la dernière trêve , venait de descendré dans la tombe (6 décembre 1352). Deux ans auparavant il avait voulu remplir le vide que la peste avait fait dans les rangs du Sacré-Q)llégeet avait nommé douze cardinaux dont deux appartenaient à notre province. L'un était Pictavin de Montesquiou qui en recevant la pourpre abandonna le siège d'Albi , et Tautre Pons ou Arnaud et plus vraisemblablement Pons Arnaud de Villemur. Celui-ci naquit d'une ancienne famille, dans le comté de Foix. D'abord chanmne et prieur de Yic de Sos , il devint ensuite évéque de Pàmiers. Cest là qu'alla le chercher le choix de Clément VI.

Le roi Jean, à la nouvelle delà mort de Qément VJ, reprit en toute hâte la route d'Avignon. Il s'avança à grandes journées pour faire élire un pape entièrement dévoué à ses intérêts; mais le sacré -collège prévint son arrivée et nomma le 18 décembre, après deux jours de conclave, le cardinal d'Ostie qui pritle nom d'Innocent VI. Etienne Aubert, ainsi se nommait ce cardinal, était né à Breyssac diocèse de Limoges, d'une famille qui lui doit tout son lustre ; et lui-même ne fut redevable de son élévation qu'à l'intégrité de ses mœurs et

DE LA GASCOaUfi. H'S

I il sa probité. D'abord profcrnsour de dmii à Toulouse, puis juge ordinaire ou selon d autres juge-mage deJa ' sétiëchauss^e de cette ville , il entra plus lard dans l'ë- ^lisê, posséda tour à tour les évêches de Woyon et de Clermont, et lut d<?coré de la pourpre a la première pîomotion que fit Qémeat VI en 1 3 42, Il venait d'être iiominé évècpie d'Ostie et grand pénitencier en 1351 lorsqu'il fut élevé sur la chaire de St-Pierre.

Imtocenl, animé des mêmes sentiments que sespré- \ dëeesiears, ne put voir sans peine la levée de boucliers I du comte de Fois* Il lui écrivit (i ) pour se plaindre de [ t^infi^iction delà trêve et pour le conjurer de la mieux garder à lavenir* 11 remit sa lettre à J^n évêque de Nîmes, qu'il chargea de pacifier tous les différends* Il ccrivit en méuie temps à Eléonore de Comminges^ mère de Gaston , pour la prier d^appuyer de son crédit ' les paroles du nonce apostolique. Les efforts du père ^ commun des fidèles ne furent ps perdus, Gaston suspendit Taltaque et rappela ses vassaux. Lecomted'Ar* magnac s'était contenté de doimer des ordres pour re- I pousser cette a agression et était demeuré sous les murs 'deSt-Antonin, dont il poursuivit le siège; mais une tréire, conclue le l*' mars entre les deux grandes puissances par les soins du cardinal de IWiIog^ne, vint le foncer a suspendre raïuique. La Guyetine et le Lan- [j^i^ûe y étiiieni S|K%inlement compris» Cette trêve rexpiniit que le I" août, mais les haines nationales peut plus fortt*s que toutes les stipulations. Les plus délais pesaient a leur impatience. Le comte [rf Armai^nac avait repris le mè^e dès les premiers jours

(Ijlljsiojrt* dMoniKént Vt. Dam Vjit$»Élte,

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de juillet. Nous possédons plusieurs de ses lettres du 4, du 6 et du 1 4 de ce mois , données sous les tentes de St-Antonin. Il s'était personnellement intéressé à chasser les Anglais d'une place voisine de son comté de Rhodez, et il parvint enfin à s'en rendre maître.

Le prorogement de la trêve poussée jusqu'à la St- Martin l'empêcha de former ostensiblement aucune autre entreprise. Néanmoins elle fut assez mal gardée, du moins par les Anglais , car le 30 octobre il retint Gaillard de Lamothe chevalier banneret pour servir aux gages du roi et résister {\) àla malice et aux en* treprises des ennemis. Nous voyons ailleurs que le roi ayant fait venir des côtés de l'Italie et de la Provence un corps d'arbalétriers, une partie passa seule dans le Nord tandis que l'autre s'arrêta en Gascogne pour y combattre sous les ordres du comte d'Armagnac.

La belle et infortunée Blanche-de-Bourbon traversait alors le Haut-Languedoc. Elle s'avançait sous une brillante escorte vers la Castille où elle allait partager le trône et la couche de Pierre-leXïruel. Le comte d'Armagnac vint à sa rencontre jusqu'à Montpellier, lui fit les honneurs de la province et l'accompagna jusqu'aux frontières d'Espagne. Durant ^n séjour à Montpellier, il obtint de cette ville deux mille écus d'or. A l'aide de ce subside et de celui que lui donnèrent les autres Communautés du pays, il entra en campgne etassi^ea le château de Beauville en Agenais qu'il reçut à composition (13 mai 1354). Gnq jours après, il ratifia une capitulation signée en son nom par le comte de Pardiac^ qui faisait passer sous l'obéissance du roi de France

(1) Dom VaisseUe, page 280.

le oamtc d'Asprcinoiit avec tous ses domames et ses

Ce comte^ nomme Arimud*Cui]liem comme la plu-

afl des siens \enait de succéder a Anuiud-Guilhem V.

I guerre n'avait pu distraire celuj<ci de ses mallieurs

iom^iqiaeSf et il était mort le 1 septembre {353 [i)

lus laisser d^auires enfaots qu'Ârnaud-Cuilliem VI

|u il avait eu d'Alienor de Peralta sa première femme,

m d'une di^ familles des plus ancieunes de TAragon,

kroâud-Cotlhem en téritani du nom et des biens de

ùu père bërita aussi de son amour potir les combats.

Il s attacha au comte d^Armagnac et Taida à repousser

Ifô Anglais. Beraud de Faudouas co-seîgneur de Pli eux

tel de risIe-Bouzon et gouvenieur de Fleura nce, Thitaud de Barba £ao, frère atiié de Tbibaud et oncle du eomtc de Pardiac, Viguier de Calard capitaine de La Salle de Balarin ^ accoururent aussi se ranger sous les ëteud;trds de Jean d'Armagnac et prirent quelques plac^-

ICes avantages furent compensés par les ravages que les Anglais Grcnt dans le Toulousain et par quelques succès qu'ils obtinrent à St^Antonin et plus tard à Madailban. A $t*Antouin les Français tHaient commandes par le îire de Tcrride. Son habileté et son courage atlenuèrent le triomphe des ennemis et sauvèrent la place- La seconde action fut plus chaude ^ les gens d armes qui jusqu'alors portaient presque seuls le poids du combat y donnèrent peu* La lutte fut presque toute entière entre les Lombards aux gages de la France et

(1) L'Art de vérifier ha dalct(. hts Grands Onkien de U muronm Ir cotifôndniit a?ec son fils le font vivre loiigtein(»s encore, quoique II! n^rologc de La Cdsc-Uieu, où il fuï i?n«!vi?ïî, porlp piprcsi^mcnl ' Ohiiannû Dom. t3Ul

les Gascons soudoyés par rAngleterre; Tavanuge resta à ceux-ci (1). Ainsi se révélèrent ces bandes Gasconnes cpie nous allons retrouver pendant plus de deux siècles sur tous les champs de bataille. L'Angleterre leur devra la plupart de ses triomphes. Cest avec les bras Gascons cpi'elle vaincra la France.

La voix d'Innocent VI ne cessait de se faire entendre. A force de sollicitations , il parvint enfin à déterminer Jean et Eldouard à envoyer leurs ambassadeurs à sa cour ; mais les prétentions des deux monarques étaient trop opposées. La paix fut rejetée, et on se prépara de part et d'autre à une guerre plus sérieuse que jamais. Le roi d'Angleterre, adoptant le plan de campagne qu^avait couronné la victoire de Crécy , résolut d'attaquer encore la France par la Normandie et par^ la Guyenne. Il donna une partie de ses forces au prince de Galles son fils aîné et fit voile vers Gilais tandis que celui-ci cinglait vers Bordeaux.

Au bruit de son approche , le comte d'Armagnac , qui commandait toujours en Languedoc , se disposa à une vigoureuse défense. En ce temps-là , les combats privés commençaient à faire partie des lois d'honneur de la chevalerie. Ce fut une fatale altération (2) des idées de gloire, et peut-être aida-t-elle à la décadence de l'esprit national et patriotique. Tandis qu'on croyait faire assez pour l'honneur personnel, on n'eui point de souci de l'honneur public. On faisait tous ses efforts pour vaincre dans une lice , on s'inquiétait peu d'être vaincu dans une bataille. Telle est la pente des choses humaines. Ces joutes , nobles passe-temps des jours de

(1) Dom Vaiswtto , tom. 4, page 282. — (à) M. Laorenlle, Hift. de France, tom. 3. Nous lui empruntoni cette appréeittion.

paix et de calme , ëcule la plus propre peui-éire à former au métier désarmes, ëuiieiu devenues doublement funeste à la patrie. Le cotnLe d'Armagnac ayant appri* quN^n devait en •célébrer une a Toiilcmse le jour de St-George^^ la fit défendre. Le sénéchal ^ ajoutant à sm défense ^ interdisit toute mascarade durant le carnav^iK 11 craignit sans doute que sous les travesiisj^meuts ae se cachât quelque surprise. G)nime le premier poids de la guerre paraissait devoir tomber sur cette ville ^ Jean ordonna (1) a toiB les habitants des campagues voisines de se retirer dans la cité ou danii les cMteaux fortifiés avec tout ce qu ils possédaient de plus précieux et tous les vivres qu ils pourraient rassembler. Il exhorta tous les habitants de la vi^nerie à prendre les armes^ et exigea qu'un membre de chaque famille le Ût en elTet, et se tint prêt a marcher dans la quinmue de Pâques pour servir pendant quarante jours et aller au devant des Anglais* En même temps d couvocjua la noblesse de la province , ordonna k ses trou|>es de porter une croix blanche sur lenrs habits sous petue de rébellion , et défendit toute émigration hors du pays. Enfin il fit venir un corps d'arbalétriers génois et lombards , et leur enjoignit de se mettre en marche sous les bannières de leurs capitaines dàs qu ils en seraient requis , sons peine d'avoir le pied droit coupé* Les combats avaient endurci les eceurs ; les mœur^ defenaient féroces. Une peine aussi barbare menaçait les sergents royaux. Ils devaient avoir le poing mutilé %A& ne partaient pas au premier avis.

Pour soutenir les frais de cet armement, le comte

(f ) mm TmHmu\ fuige 2P2 t-t m^.

d'Armagnac demanda un subside aux diverses sënëchaussées du Languedoc. Outre ce subside , le roi envoya recueillir d'autres impAts; mais les commissai'' res se livrèrent à Unt d'exactions que le comte à^Arma-' gna , sur la clameur publique, fut forcé de suspendre leur pouvoir. Vital de Nogaret, un des ancêtres du duc d'Epernon {*) , ne se montra pas moins einpressé que ces commissaires dfans la jugerie de Verdun dokit il était pourvu; mais à son zèle il sut joindre tant de prudence, que le comte, pour le récompenser, Fennoblit le 4 avril 1 355, ce que le roi confirma en 1361.

Cependant le prince de Galles était dâ)arqué i Bordeaux. Après avoir renforcé ses titoupes des recrues que lui avaient préparées les seigneurs Gascons placés sous la domination anglaise, il descendit jusqu^'à La Réole. Les comtes d'Armagnac et de Foix, le connétable de Bourbon et le maréchal de Clermont commandaient dans le Languedoc et la. Guyenne. Ils avaient sous leurs ordres deux fois plus de soldats que le prince, etméanmoins, d'après Froissart (1),ils ne firent rien pour arrêter les ennemis ; ce qui fit soupçonner les deux premiers d'intelligence avec les Anglais. Mais l'histoire a repoussé ces soupçons ; on eût mieux fiiit d'accuser l'ambition et la rivalité des généraux ou plutôt l'impéritie du roi Jean qui, au lieu de nommer un chef unique, partagea l'autorité entre quatre seigneurs égaux de rang et de puissance. Nous savons d'ailleurs quelle comte d'Armagnac s'était hâté d'aller prendre position à Agen à la tête d'un corps assez considérable où Ray-

(*) C*est le sentiment le plus générarement suivi. D'autres font remonter bien plus haut les titres nobiliaires des Nogaret. (i)Tom. 1,ch. 154,

DS LA GASCOGyr.^ 3i0

Dondde Preissac faisailTonjce de maréchal. 11 changea lîte son camp et il se porta le 8 juin devant Mo is&ac; sis tandis qu'il s'ctait avancé, le prince de Galles lieu de prendre la droite de la Garonne pour en- ' dans le Toulousain passa sur la rive gauche, et se létoumaut vera la Baïse qu il traversa^ il prit sa route Btrextrcmilé méridionale de T Armagnac (*), Malheur pajs sur lequel il allait s abattre; le sang, les cendres \m ruines marque rcnl partout ses pas* Le souvenir son passage uc s est ps encore eflacé des souvenirs le nos populations. Au fond des canipo^es on vous arle des Anglais et du terrible Prince Noir, Témute, »ns|>lusieurs esprits, du prince d^ ténèbres. Nous ignorons le nom des premières viUciî qui tombèrent sous ses coups. Suivant une ancienne tradition Aignan fut emportée d'assi^ut. Les Anglais entrés par iinct^té quia conservé le nom de brèche ^ la pillèrent et ta livrèrent aun. flammes. Plai§ance attaquée ensuite fut eulièremens détruite (1). Le feu y consuma ce qui ^^vail échappé au fen Trie les arrêta quelques jours (2). ^■le comte d'Armagnac, instruit trop tard de la direction ^Hu'ataiit prise le prince de Galles, ne se sentit |ias dssez ^Burt pour le suivre en personne. Il détacha Herlnind ^^eTerride auquel il donna trois cents hommes d'armes outre la compagnie déjà placée sous ses ordres. Bertrand atletguit les Anglais sous les murs de Trie^ il entra dans

^ {*) L« route suivie pjir h prince de Galle* duran l cette campagne

l tt fnivantis « n«t nu]kment îndîquéc dans Ici auteur» con tempo-

Tttnseï moii» encore énas le» h Gloires riiodernpi. Leï lieut que non»

i ont été braies par IuL IHous rivons luitj a Ja tueur dei

(t) Manuscrit sur k$ ahbés cic Ln CaKe-Dieu <|ur nout dépose rotii i Séfbîniîri*, — (2) M. d'Aiiirnafi,

la place, mais ne put la sauver. Les Anglais la traitèrent coiDine ils avaient traité IHaisance. Montréjeau subit ensuite leur rage de destruction.

De là , le prince se porta sur Toulouse vers la mioctobre. Après avoir insulté la ville , il passa la Garonne sans résistance et se répandit comme un torrent impétueux. Castannet, Carbonne, Miremont| Mongifrcard , •Villefranche éprouvèrent successivement toutes les horreurs qui accompagnaient alors la victoire; Castelnaudary fut encore plus maltraité.

Après avoir ainsi désolé une partie du Languedoc , le prince de Galles s'avança vers Csircassonne dont il prit et pilla les faubourgs. Il poursuivit ensuite sa marche vers la Provence; mais ayant appris que le comte aArmagnac et le connétable , après avoir enfin rassemblé une armée, marchaient d'un côté tandis que les milices de Beaucaire s'avançaient de l'autre , il craignit d'être enveloppé, et, rebroussant chemin, il s'échappa par les montagnes du Cabardès portant le fer et la flamme dans tous les lieux qu'il traversait. Il rentra ainsi vers la mi-novembre à Bordeaux chargé de butin , et traînant avec lui une multitude de prisonniers (i).

Cette expédition du prince de «Galles avait jeté la terreur dans les provinces méridionales. On ne s'occupait de toutes parts qu'à se fortifier pour se mettre à l'abri d'une nouvelle invasion. Plusieurs familles, ne se croyant pas même en sûreté dans la province (2), s'enfuyaient avec le peu d'argent qu'elles avaient sauvé de tant de malheurs, ou ce qu'elles pouvaient emporter, et couraient se réfugier dans la Catalogne. L'ëmi-

(1) Froissart, tom. 1, ch. 154. — (2) Dom Vaissette, page 284.

DE LX CASCOGHE. 32 1

jçratioa grossissait tous les jours. Le comte d'Armagnac fut obligé de l'interdire et de faire revenir les fugitifs dans leurs foyers; mais la violence rassure peu les cœurs. Ces mesures augmentaient les appréhensions et lefiroi. An courage il fallait opposer le courage, au fer il fallait exposer le fer ; mais tout faisait défaut à la fois. L'aident, premier aliment de la guerre, manquait tou* jours. Jean obtint , malgré Tépuisement général , un assez large subside, et en même temps il recourut aux négociations étrangères.

Il conclut près de Bcriers ( 1 ) un traité avec Tambas^- «leur de Pierre roi d'Aragon. Par ce traité, Pierre s'engageait à envoyer quinze galères armées sur les c6tes de la Bretagne pour attaquer les Anglais et à empéctier ses sujets des'enrôlersousleurs bannières. Le comted'Arma«> gnacpaya ce secours de vingt-quatre millelivres d'or, et aGn de rendre l'alliance plus intime, il demanda etobtint la naaia de l'infante Jeanne pour Louis, comte d'Anjou, second fils de France. Le comte d'Armagnac s'adressa ensuite aux seigneurs Aragonais et s'efforça de les détourner d'acquiescer aux propositions du roi d'Angleterre qui avait envoyé vers eux le comte de Pommiers, un des gentilshommes Gascons attachés à sa cause.

Cette double négociation fut traversée par Gaston Phœbus. Il avait épousé , le 4 août 1349 , Marie (2) , soeiyr de Charles-le-Mauvais, rot de Navarre. Celui-ci ayant (ait assassiner le connétable Charles de la Cerda et s'étint rendu coupable de quelques trahisons , fut arrêté le 5 avril 1 356. Gaston se déclara pour son beaufrère et accourut à Paris réclamer sa liberté. La menace,

(1) Dom Vaissette , page 286 et 287. —(2) L'Art de Térifier les dates, tom. 2. Grands Officiers, tom. 2.

dans sa bouche, accompagnait la plainte. Le roi Jean irrité de son langage, crut devoir s^assurer de sa personne et le fit enfermer dans le Châtelet Biais nul prince ne sut moins que Jean soutenir des mesures de rigueur. Après quelques jours il se laissa fléchir , et content d'avoir obtenu de Gaston la promesse d^aller servir en Gascogne , il le rendit à la liberté. Les annales de Foix prétendent que Phœbus ne fut jeté dans une prison que pour avoir refusé de faire homniage pour le Béam, qu il soutenait éU'e indépendant de la couronne et ne relever que de Dieu et de son épée. Elles ajoutent que le roi d'Angleterre, instruit de son mécontentement , fit tous ses efforts pour l'attirer dans son parti, mais que rien ne pnt le gagner, et qu'il demeura constamment fidèle à la France. Cette double assertion nous parait assez suspecte, et si Gaston ne se révolta pas entièrement, il fit du moins grandement soupçonner sa fidélité (1 }. Dès ce jour, il ne prit aucune part aux guerres qui désolèrent le royaume, et sess vassaux ne contribuèrent en rien aux subsides qu'on leva pour les soutenir.

Sa mauvaise volonté ne resta pas complètement oisive. Irrité du traitement qu'il venait de subir, ou jaloux de la confiance que le roi de France avait mise dans son rival , il essaya de paralyser les démarches du comte d^ Armagnac et de refroidir le zèle ou même de tenter la fidélité des seigneurs dévoués à la France. II s'adressa aussi au roi d'Aragon. Durant le mois de juillet , il se rendh à Perpignan, dépendant alors de l'Espagne , renouvela l'alliance qu'il avait contractée avec le monar-

(1 ) Voir, pour tous ces détails, dom Vaisselle^ page 287.

que espagnol, et employa tout ce qu'il possédait d'artifices et d'habileté pour le déterminer à rompre le dernier traité. Voyant tous ses efforts inutiles, il s'attaqua au comte d'Armagnac , lui déclara ouvertement la guerre et commit de grands désordres dans ses possessions; mais il évita longtemps toute attaque directe contre la France et ne parut point dans les rangs de ses ennemis. •

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