‹ Histoire de la Gascogne (volume 2)Chapitre 25 sur 44 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

mkm^k ritli-iiuùii« —Ai tire é'ilM.— U laiMi k MUj. — U MifipiM. — Li JMfMrie. — U fienlle Mtn GuUi k Foii il Jeu é* Anifiac le lîfeilU. — Jeu, lit du ni de FriiM, épwse li lille du ente d*Araa|iie.— Tnité k Bréti|ty. — Betair du roi Jen ei Fmce. — GMùat de LtDic. — le iMli i*Anugiie Inl pritenier née tut lei tim. — Neivelle réeMcilialiii lelwMlle etfre lei deii ■aiieu m ilet. — Miri de Béilrii , eeiteiie d*AmipM, ~ù lii Jeu. — Le priice de Gillet à Tirbet.

Jean^ comte de Tlsle-Jourdain, qui avait servi avec distinction dans les campagnes prëcëdentes/ ne parut point dans la dernière. Ses infirmités Tavaient force k renoncer aux combats, elles le rendirent même bientôt incapable.de gouverner ses domaines. On lui donna, en 1362, deux curateurs (1), Jean Jourdain seigneur de Qermont son oncle , et Arnaud vicomte de drmain son cousin. Depuis ce jour, il ne fit que traîner péniblement les restes d^une vie trop courte, mais du moins honorablement ëpuisëe. II mourut vers la fin de 1364. Il ne laissait qu^un fils nomme Bertrand comme son grand père; car Bernard Esi , le second, était mort au berceau. U avait épousé en 1350 Jeanne d'Albret C)

(1) Gran^ Officiers, ion. 2, page 70e.

(*) Le» pactei du uMiiage eureot lieu duas U naisoD ôm Hotpl- Ulien d'Argentin et eurent pour lémoins Bertrand de Montrerrand, Falquet de PreisMc , Pierre d*Ormelas, chevaliers , Bertrand de Terride et Jean de Barthès, damoiseani.

fille de Bernard £^i et de Mathe d'Armagnac qui lui apporta en dot, d'abord trente mille deniers d^or et quatre mille écus d'or plus tard. Jeanne vécut encore moins que son mari. Elle était déjà descendue dans la tombe en <359.

Bernard Esi, sire d'Albret , père de J^nne, mourut cette même année , quoique tous les auteurs fixent sa mort à Tannée, précédente. Il laissait de Mathe d^ Armagnac, outre Jeanne, douze enfants (1) dont plusieurs héritèrent de la valeur de leur père. Bernard Elsi avait légué en 1 3 40 la plus grande partie de ses biens à son fils aine: il y ajouta quelques terres dans un codicile en langue gasconne qu'on gardait au château de Pau. Longtemps avant sa dernière maladie^ il avait fait une fondation pieuse en souvenir d'une de ses sœurs dont il avait hérité. Se sentant près de sa fin , il songea à en fiiire une seconde pour lui-même , de concert avec Mathe d'Armagnac sa femme , et bâtit (2) à Nérac le couvent de Qaristes qu'il fit élever hors des murs sur la place du Marcadieu. L'Évéque de G)ndom ratifia la fondation le 26 décembre 1 358. Nous ignorons combien de temps Bernard Esi survécut à cet acte suprême. Rose , une autre de ses filles, avait épousé en 1 350 Jean de Grailly, troisième du nom, captai de Buch , un des héros de la journée de Poitiers. Les ancêtres de Jean étaient originaires du pays de Gex sur les bords du lac de Genève. Jean I^ de Grailly (3) son bisaïeul, s'était attaché à Exlouard I" et l'avait suivi en Gascogne. Il y reçut d'abord quelques terres et puis le comté de Benauges. Les biens de Gaillard de Lamothe seigneur de Landiran,

(1) Grands Officiers, lom. 2. L'Art de vérifier les dates.— (2) Char* lier du Séminaire. ^ (3) Grands Officiers, p. 367 et saiy^

DE LU GJLSeOCRE.

dont il épousa rhérilière, augmentèrent ses domaines. Des âlU^tnces heureuses , les bienfait de la cour d'Angleterre et une bravoure qui ne se déiuenut poiut du* ranl plusieurs gëne'ralions placèrent les Grailly à la léle des familles gasconnes. Ils porlaieut pour armes ttar^ feni à la croix de sable, chargée île cinq coquiiîexd^argent. Le œplal ne voulut ps prendre part aux dévastattons qui suivirent la capjtjvilë du roi Je^n* Il aima mieux quitter sa patrie et alla cueillir sons un ciel éloigné des lauriei^ plus nobles et moins chargés de malédictions. Il entraîna avec lui le comte de Foixson cousin. Les deux preax s acheminèrent bientôt vera la Pnis&e (1) suivis de nombreux chevaliers. Gaston surtout amenait sous sa bannière une foule de vassaux que U crainte de leur maître avait cm péchés de se mêler a la lutte entre la France et rAngleterre, et qui allaient chercher au loin des combats et des pëiils qui leur étaient interdits dans leur patrie.

Ce départ, en délivrant le comte d'Armagnac d'un ri l'ai toujours pr^t h s'armer, lui permit de se livrettout entier aux soins que réclamait la province. Les maux s*aggravaieni de ce qui eût dû les soulager. La eessatîoB des hostilités avait fait renvoyer les gens d'armes. Ceux-ei ^ au lieu de rentrer dans lents fojers , s'attroupèrent sans distinction de parti ^ se donnèrent des chefs, et sous les noms de compagnies ils parcouru-

ni Ifô provinces qu'ils désolèrent. L'un de leurs principaux capitaines fut Seguin de Badifol qu'on appelait le roi des compagnies. Un autre capitaine de ces brigands, nommé Arnaud deCervolle eidhi'archiprétre de Vesim^ parce que, quoique laïque, il possédait a ce

(i) VÂH ût rérlÛtr les iialei, loin. 2. FroifSiri» lom. !> ch. IS3.

qu^on prétend un archiprétré , passa en Pnnrence, s^associa aux seigneurs de Beaux qui faisaient la guerre dans le pays et s^empara de plusieurs châteaux. P6ittsant ensuite ses courses jusqu'aux portes d'Avignon , il fit trembler la cour romaine {\), Il menaçait même d'assiëger cette ville et de la livrer aux flammes. Le pape, alairmë de ses menaces^ leva des troupes, (organisa une défense et appela à son secours le comte d'Armagnac. Le comte s'étant d'abord rendu à Montpellier, y assembla un corps de mille lances , passa le Rhône et reprit divers châteaux dont l'archiprétreet les seignencs de Beaux s'étaient empara. Froissart nous apprend toutefois qu'il fallut que le souverain-pontife subit une composition. CervoUe entra à Avignon accompagné de la plupart de «es. gens et fut aussi ret^erencieusement reçu comme s'il eût été fils au roi de France {2). Il dina plusieurs fois avec le pape et les cardinaux et bu furent pardonnes tous ses péchés ^ et au moment de partir on lui livra quarante raille écus pour partager à ses compagnies. Cette bande se dispersa en suivant les tt«ces de l'archiprétre qui se jeta alors dans la Bourgogne. Il y commit les mêmes brigandages.

La France n'était pas au terme de ses épreuves. Ces dévastations et le retdur des prisonniers, qui venaient arracher h des populations malheureuses* les grosses rançons qu'attendait l'Angleterre, donnèrent naissance à la Jacquerie. Les peuples pillés, pressurés de toutes parts, s'en prirent aux nobles. Ils s'irritèrent contre une couardise qui le^ livrait sanS défense aux invasions étrangères. Ils disaient u que tous les nobles de France,

(1) Froissarl, lom. 1, ch. 177. — (2) Lo même.

i DU éeuyefs liQiiniiîeaieni (1) le royaume, et K*C serait un grand bien de lis louts détruire : et acun ri?pondait : c est vrai. Honni soit celui pr qui il adviendrait que tous It^ gentil hommes ne soient dé- IruitJ, H Pleins de cos sentiments, ils s^attroupèrent dans le Beauvoîsts au nonabre de cent seulement, et sans ' auires armes que des bâtons ferres et des couteaux^ ils Ht jx>rterent vers le manoîr d'un cbevalier voisin, brî- $èrÊîii les portes, tuèrent le chevalier, la dame et tous leurs enfants, et brûlèrent le manoin Ils alltrcnl ensuite ailaquer un cliateau très - fortifie , prirent le maître , rallacbèrent à un poteau et violèrent sous ses yeux sa femme et sa fille qu'ils cî;or*;èrenl ensuite. Apres te long et douloureux martyre, ils massacrèrent le chevalier sur le corps sanglant de celles qu'il avait iâioiées ; et avant de s^ëloiguer ^ ils abattirent les murs ' mij avaieut seni de théâtre à tant de férocité. Ils trailurent ainsi un grand nombre de châteaux et rie l)on' [ maisons. Leurs troupes grossissaient tous les jours. Tous les gens du fjcuple couraient ù eux, tandis que les dames s enfuyaient au loin cjnprjrlant leurs enfantai el abandonnant leurs maisons ouvertes avec I0ut ce f[uVlle!i renfermaient* Et cf*% méchmtim gi^is fîsx€*mbita sans capitaine et sam armures ^ r^jbuhnt , ar- ! daksmi *it occisaieni (jallaicnt^ brûlaient , tuaient) iott^ g&ns rJ honifne,î quih trouvaient , et tfui piuxj'rmit f r/r.ï nwfW-i' et lie vilaine faits lel^ fjue cr/'attac ne de^ i*roii^ ni n'oxeraà [yenser^ celui*h\ vtait le ptm prisé rntrû ew-r et le plm grand maître. Je n*oserais écrire^ dit Froissari(î), dont toutefois la plume n'est pas tou-

jours très-réservée, je n'oserais écrire les horribles faits et inconceuahles qu'ils fesaient aux dames* Entre les autres desordonnances ^ ils occirent un chet^alier et k boutèrent à une haste (une broche) et le rôtirent au feu en présence de la dame et des enfants, et quand ils eurent épuisé sur elle leur lubricité, ils la firent mourir de nialemort. Les pages sanglantes de 1 793 pâlissent ' à côté de ces horreurs. Le lion éuit démuselé pour la première fois : il s'ébattait dans toutQ sa sauvagerie native.

Le comte de Foix et le captai de Buch rentraient alors de la Prusse à la tête de soixante lances. Ils apprirent que cette jacquerie (*) tenait enfermées à Meaux les duchesses de Normandie et d'Orléans avec trois cents dames et demoiselles et le duc d^Orléans qui les protégeait. Le rassemblement se composait d'environ neuf mille paysans accourus des lieux voisins au bruit de cette riche proie. Déjà les habitants , d'intelligence avec eux , leur avaient ouvert les portes , et leurs flots denses et épais , encombrant les rues y atteignaient le marché, point fortifié qu'environne la Marne, et où s'étaient réfugiées les dames. Le comte et le captai introduits dans le marché en firent ouvrir les portes et déployèrent leurs bannières. A cette vue les Jacques effrayés s'arrêtèrent ; mais dès que les premiers rangs commencèrent à sentir la pointe des lances et le tranchant des épées, ils reculèrent de fraycUr et tombèrent pêle-mêle. Les gens d'armes poussèrent à eux et les égorgèrent (1) comme on abat de faibles trou-

(*) Le^ paysans étaient alors connus dans les chants publics sous le nom de Jacques, de Jacquet bons hommes. (1) Froissart, cb. 183.

OU les firent sauter à monceaux dans la riYière, Ils ne s^arr*?lèrent que lorsque leur bras fut fatigué de Ptrna^îe, H n'eu eut pas échappé un seul, si Gaston et le ^tplril eusseni voulu les poursuivre. Ils furent plus im* pitoyables k T égard de la ville de M eau ?c. ils lardèrf^fU mte ei tous îes ^inlaim dii faubourg qu^ih en purent iedani enclore ^ parce ^u^ih Mnieni de la partie des facquiers.

Le comte d\4rmAgnac élntt occupe à préserver le [Midi des exct% des Jacques et de^^ incursions des com- ]|>agnies, 11 eût obtenu ce double résultat s'il n^eiH été Lappelé en Norciaudic par les ordres du Dauphin. Il laissa le gouvernement de la province à Thibaut de ■Barba zan (1) sénéchal de Careassonne et à Pierre-Ray- Imoad de Rabaitens sénéchal d'A|;eiiais et de Gascogne. LScm absence fut courte ; dans des eirconstances aussi IdifGciles, Vautorilë ne pouvait se dclë;^uer à d^ inféierurs. Ce n'était pas même asscK du îèle et de l'activité Ldu comte d* Armagnac ; la captivité du roi avait achevé Lde briser les liens de la subordinatton toujours asses I faible avec rorganisation sociale du moyen Age, 11 l fallait un gouverneur qui, pr sa haute naissance, supériorité généralement acceptée alors ^ commandât le respect et triomphât Aes résistances. Le comte se démit kdeson emploi M obtint pour successeur Iceomte de ^ïoitjefs plus connu sous le nom de duc de Bêrrii Ce Ifeunc prince n'avait alors que quinze ans. Le Dauphin I le nomma le ^4 décembre 1S57, et le roi confirma ce ( choix cfans sa prison le 8 janvier suivant* A son iocx- I |iéricncc on donna pour conseillers (2) Tévéque de LectourCt Pierre d^Aurelsérii qui avait succédé en 135'i

(1) Dom Vai«ietU!, lom. I , fM|e Wï. ^ r2) Le mêmi^t P^f^ ^^'

à Arnaud-Guillaume de Labarthe et venait de négocier ]sk trêve conclue sous les auspices du cardinal de Périgoîrd. On lui adjoignit quelques seigneurs et en particulier les comtes de Pardiac et d^ Armagnac.

Un des premiers soins du nouveau gouverneur (bt d^ordonner que le comte d^ Armagnac serait remis en possession du comté de Gaure dont le roi ieatn Tavai^ gratifié en 1355, mais dont Tétat ne s^était pas encore dessaisi (1). Cette tardive justice fut suivie d'un acte assez impolitique. Il ordonna à Pierre-Raymond de Rabastens de tenir sous 5a main le comté de Bigorre et d^empécher que personne ne s^en saisit sans que le comte d^ Armagnac en fût averti. Le comte de Foix nouvellement revenu de sa lointaine expédition, avait du chef de Marguerite son aïetde des prétentions assez fondées sur ce pays. Il ne put pas le voir sans dépit passer sous les lois de son rival. Il fit attaquer TArmagnac par ses vassaux. Innocent YI, à qui cette levée de boucliers fut connue, s'empressa d'écrire (2) au comte de Foix. Il le conjurait d'enjoindre à tous les siens de déposer les armes, et lui représentait que cette aggression ne pouvait qu'augmenter les troubles qui désolaient la France. Il le menaçait enfin de la colère divine et des foudres de l'église. Mais les représentations et les menaces furent également inutiles. Le eomte de Foix s'obstina dans son entreprise, et peu content d^attaquer

(1) Jeén prit possession du comté le 7 juin 1355. Il se présenta successivement au St-Puy, à Fleurance et dans les outrés dépendances, et reçut en personne le serment de fidélité de toutes les communautés. Les consuls du St-P(iy se nommaient Arnaud de Selon l Pierre d'Angladeet Gérand d'Auzère. Col. Doat, tom. 23.— (2) Mène collection.

Dl LA r.ASCOCNE, 357

le cooitc d'Atiiiîignac^ il lii des incursions sur tes do- I niai nés du roi (4) sous le spécieux prétexte que ceux [qui y commandaient, prêtaient aide à son ennemi. Le [duc de Brrri avait intérêt de ménager un seigneur k'tiuissant *qui pouvait se jeter facilement dans les bras lés Anglais. Afais cette audace le força à se prononcer. Faible toutefois juscp^ie dans sa rigueur, il n alla pas demande r raison au comte de son irruption sur les terres de la couronne ; il se borna à saisir les biens de tous les sujets du roi qui servaieol sous ses bannières et encore en même temps comme pour tenir la balance ëgaie, il défendit à la noblesse de s^armer en faveur , de Tantre riYaL Cette intervention fut plus efGcace que [ >a voix du souverain pontife; les hostilités s^a frétèrent et le comte d'Armagnac put aller rejoindre le prince à Alb] \t*{2 août 1 J 58. 11 assistait à 5^ conseils lorsque le duc^ avec consentement du Dauphin son frère, accorda Ides lettres de rémission k levéque de Gistres et à cin- Iquante-^K de ses ecclésiastiques qui s'étaient élevés [contre les collecteurs des stibstdes, les avaient fort mal* imités et avaient refusé de contribuer aux charges publiques. Malgré ce prdon, les coupables furent condamnés à six cents livres d'amende et perdirent quelques biens déjà saisis.

' Bientôt après Gaston, toujours plus jaloux de voir que le comte de Poitiers ne se conduisait que par les «vis de son rival et qu'il se plaisait à Tappeler son gou* verneur, leva hautement le masque et se joignit aux Anglais, qui avaient recommencé leurs courses; mats ivant de se mettre en campagne, tl envoya demander

(t) Uom V«b<«ite, Hnn. A, pif€ 3BT^

au Daupbia (1) réparation des griefs qu'il avait contre le prince son frère et contre le comte d'Armagnac, protestant que s'il se déterminait à la guerre, ce n^était nullement par haine pour la France ou la personne royale, et offrant même de vivre en paix si on voulait retirer le gouvernement du Languedoc au comte de Poitiers pour len revêtir lui-nnéme. Le Dauphin ne pouvait accueillir une pareille demande. Phoebus, qui ne s y attendait pas sans doute, s'avança aussitôt en armes et obtint sans peine quelques succès. ^ Le comte de Poitiers assez occupé à repousser les Anglais était hors d'état de résister à un double ennemi. Néanmoins il fil d'abord saisir les biens de tons ceux qui avaient embrassé le parti de Gaston et dédaia en même temps le comte rebellé et confisqua tous ses domaines. Apçès ce coup de vigueur , il s'avança vers Toulouse à la tête d'un corps de troupes ramassé à la hâte, et malgré l'inégalité du nombre, il alla fièrement présenter la bataille ; mais il fut complètement défait Maître de la campagne , le comte de Foix se répandit dans le pays, brûlant les châteaux, levant des contributions, semant partout le ravage et la désolation.

Cette guerre se traîna longtemps. Elle aida aux progrès des Anglais qui, rompant ouvertement la trêve, débordaient de toutes parts dans le vaste gouvernement confié au comte de Poitiers. Perducas d'Albret, un de leurs partisans, s'avança jusqu'à Clermont en Auvergne. Le vicomte de Narbonne s'élança à sa poursuite, soutenu du fils aîné du comte d'Armagnac, jeune seigneur qui portait alors le nom de comte de Qiarolais. Le fils du

(1) Dom Vaisseltc, pag. 301 et 302.

OÊ LA UASGO(;llE, 359

a te d'ArmagEiac avait fa il ses prcDiières armes 1 aimée lente, à la tête de trois cents hommciî d'armes et de quatre cents sergents de pied; maintemint il coEumaadatt treize dicvaliers bannerets, treize baclieliei^ et cent soixante-quinze écuy ers. Déjà le vicomte avait atteint Perducaset Tavait enferme dans uoe vigne en Ire deux tomes* C en était fait des Anglais slk eussent été attaqués itur le champs mais la nuit lombait^ et le jeune comte de

B Cbarokis ( 1 ) aima mieux attendre le grand jour. Nourri dans les nobles préjugés de la chevalerie , son courage ne voulait pas d'une victoire proté^^ée par les ténèbres- Cet avis prévalut ; et quand le soleil se montra, les cnnetnis avaient disparu , proGuiûi de l'obscunté pour se dérober secrètement k une défaite a*>5urée.

Pendant que sou ills poursuivait les ennemis de Tétât i le centre de la France , le comte- d'Armagnac se ënait près du comle de Poiliers et Taidait à mettre son gOQTemement a labri des incursions. Il se tranf>porta «voo lui 6Uc€<^5ivenient à Gircassonne , à Hbodez , à Toidouse, à Béziers, à Gimont , à Buzet, à Grenade, à Castelsarrasin. Toutes ces courses avaient pour but de défendre les divers points de la province attaqués pres-

H quaU fois; mais elles n'empéebaient p$ les Anglais

B lie porter partout le ravage et de prendi^ plusieurs

B places.

B Lliynien vml consoler le comte de Poitiers de ses revers* 11 épousa, le 2 i j uin i 369 , J eanne (2), fille aînée du comte d'Armagnac et de Béatrix de Clermout.

B Jeanne lui apporta cent mille florins d'or. Les filles des

B rots n'étaient pas plus ricUement dotées. he& états du

(I) Dom Viii&citOt liage 302. — [%) Gnindf Officiers, to». 1

Rouergue donnèrent à leur seigneur six mille deux cent quatre-vingts florins. La ville de Rhodez en donna seule deux mille. Le Fezensac, TArmagnac et la Lomagne fournirent le reste. (*).

Ce mariage projeté depuis longtemps acheva d'irriter leicomte de Foix. Il en prit prétexte de continuer la guerre et leva de nouvelles troupes ; mais la papauté veillait pour les peuples. Jamais elle ne comprit mieux et ne remplit avec plus de constance, quoique, hélas ! jamais peut-être avec moins de succès , sa mission de concorde et de paix. Innocent s'eo^pressa de dépnter au comte Tévéque deChàlons; Le Dauphin, considérant combien cette querelle particulière nuisait à Tétat, unit ses efforts à ceux du souverain-pontife et envoya en Languedoc le maréchal de Boudcault. Le maréchiJ se joignit à Tévéque. Les deux ambassadeurs se rendirent à Pamiers où ils s'abouchèrent avec le comte. Après quelques jours de conférence, ils lui firent signer (4 ) un traité qui fut arrêté dans le doitre des Jacobins le 7 juillet 4360.

Le comte promettait de rendre au maréchal toutes les places dont il s'était emparé depuis le commencement de cette guerre, excepté celles qui appartenaient

(^)Le8 vassaux devaient à leur seigneur une redevance au manage de son Gis et de sa fille aînée et quand le fils était armé chevalier ou entrait pour la première fois en campagne. Ils lui en devaient assez souvent une aussi, quand le seigneur recevait une visile importante. Raymond , comte de Ck>mminges , était allé visiter Bernard de Faudouas le 4 septembre 13^6. Il y fut traité comme il étaii ctmtwmB entre de tellee gens, distinguét et noblee, de bonnet montre et d*aneienne amitié etaUiancey et Bernard exigea en cette occasion les redevances de ses vassaux.

'^1) Dom Vaisselle, lom. 4, Preuves, page 2^5.

iucoiuie d'Aimaguac cm à ses alliés. U s engage»! l à woyer tous les soldats ei rangers qu il avait pris ii son service et à pardonner au comte de Comminges et à ses reuts , k Roger Bertrand de Mi repoix et au sire TAurerjui s'étaient déclart's contre lui; mais il excepta seigneur de Sauveterre qu il accusïfil de s être entieent voilé au comte d'Armagnac* Enfin, il s'obligeait faire au comte de Poitiers les réparations que le fftuphîn jugerait convenables. Le maréchal promettait le son côté de faire restituer k ceux t\m avaient émisse le parti du comte de Fotx , le5 places, les chaux et les biens dont ils avaient été dépouille^ à c^ltc oceasien; d obtenir non seulement du comte de Poiticis^ niais encore du roi el du Dauphin ^ de^ lettres de r^ailinoii pour le œmle ei ses adhérents , enfin de faire ugér dans un bref délai les prétentions que Gaston 'levait sur le comté de Oigorre.

Deu\ jours après ^ le comte fit eu prépuce des deux

ambassadeurs, un autre traité (1)av©c 1^ députés des

^b»rtndfmles villes du Languedoi% La main étendue sur

^Vautel, il leur jura de faire sortir de la province toutes

^Hes troupes anglaive^ ou françaises qu'il avait alltrées

^■Dttfi ses drapeaux. 11 promit qu'elle*; respectera ient, en

"îélmgfiani, 1p-s propriéti**, ei s'engageait même a salis-

faine aux plaintes que leur présence pourrait faire naître

depuis ce jour jn*;qui* leur entière sortie* Les sires de

Cauiuont et de Monferranl , Elie de Pommiers, Ama-

«jeu du Fossat, Pierre de Lamothe et quelques autres

tevaliers prtisans^ comme eux, de rAngleterre, et qui

R tj^uvaient prés du comte de Foix^ se rendirent eau*

(I) Iltifit Vii>iietl«, loni, I, l*rfuve», pige 3110,

tion de son engagement. Les députcb payèrent cette pacification de deux cent mille florins d'or , dont dix mille furent coniptés sur le champ. Les autres cent quatre-vingt-dix mille devaient être livrées dans trois semaines, et en attendant les députes donnèrent en otage, Arnaud d'Elspagne , Ajmond de Rochefort , Denis de Pomarède , Arnaud Bernard de Bosc , Raymond d'Erminal , Guillaume de Goyrans , Raymond d^Aore , Bernard André de Villefranche , Arnaud de Gabarret et Germain de Mauriac.

Les ambassadeurs négocièrent ensuite la paix entre les comtes de Foix et d'Armagnac (1 ), et vinrent à bout de leurs desseins avec moins de peine qu'ils n^osaient d'abord l'espérer ; mais, outre que cette paix ne don pas plus que les précédentes , elle greva extrêmement les provinces; car le comte d'Armagnae exigea qu^on lui donnât une somme égale à celle qui avait été promise à Gaston, menaçant, en cas de refus, de livrer la contrée au pillage. Trop faibles pour se défendre, les états du Languedoc durent se soumettre. Le Dauphin ratifia la convention, et Jean, à peine sorti de sa prison, permit au comte d'Armagnac d'exiger ce qu'il avait arraché k la frayeur et à la faiblesse. Il se réserva seulement que le premier paiement serait employé à sa rançon.

Après un traité signé dans les fers , mais tellement honteux que la France l'avait repoussé avec indigna- ' tion , le roi de France en avait obtenu du monarque Anglais un second qui fut conclu à Brétigny le 8 mai 1 360. Le premier article portait (2) qu'Edouard aarait, outre ce qu'il possédait de son chef en Guienne et

(1) Dom Vaisselle, lom. 4, page 306.— (2) Rymer, t. 3, page 202, Froissart, lom. 1^ ch. 212.

DE LA GASCOGNE. i6S

en Gascogne , le Poitou , la Saintonge , le Périgord , le Limousin ^ TAgenais , FAngoumoi^ , le Cahoursain , le Rouergue , le Bigorre et le pays de Caure ; et s'il y a , était-il encore dit , aucuns seigneurs, co|pme les comtes de Foix , d'Armagnac , de Flsle et de Périgord et le vicomte de Limoges ou autres qui, tiennent aucunes terres dans les limites de ces lieux, ils feront hommage au roi d'Angleterre , et tous autres services et devoirs dus à cause de leur terres en la manière qu'ils ont fait au temps passé. Après plusieurs autres clauses , le roi Jean s'obligeait à payer à son vainqueur trois millions d'écus d'or.

Le traité signé et juré, l'auguste prisonnier repassa la mer pour rentrer dans ses états. Froissart (1)qui nous a peint la défaite va nous raconter le retour de l'exil. Le roi d'Angleterre donna au roi de France un grand et magniflque souper dans le château de Gilais. Ses enfants, le duc de Lancastre et les plus grands seigneurs et barons d'Angleterre y servirent tête nue. Après le souper ces deux nobles rois prirent congé l'un de l'autre moult gracieusement et amiablement^ et le roi Jean rentra à son hôtel. Le lendemain 28 décembre, le roi de France partit de Calais avec tous les Français qui devaient le suivre ; il marchait à pied pour venir en pèlerinage k Notre-Dame de Boulogne. Le prince de Galles et ses deux frères l'accompagnaient ; ils vinrent ensemble jusqu'à Boulogne où ils furent reçixs à grande joie et où ils trouvèrent le duc de Normandie qui les . attendait. Ils firent leurs offrandes moult dévotement à l'église, puis allèrent se reposer dans l'abbaye qui

(i; Tom. 1, ch. 213.

avait élé disposée pour recevoir le roi et les enfants d^Ângleterre. Les princes anglais y passèrent ce jour, mais, à Tentrëe de la nuit , ils retournèrent auprès du roi leur père. •

Le traité de Brétigny aliénait Thommage des seigneurs Aquitains en faveur de la couronne d^ Angleterre. Plusieurs d'èntr^eux se refusèrent d^abord à ce changement. Ils s'émerveillaient fort de la manière dont le roi de France les abandonnait, et disaient aucuns {\) quHl ne lui appartenait point et quepUrdrmt il ne le pouvait faire. Car ils étaient en la Gascogne trop anciennement chartes et privilégiés du grand CharlemagnCy qui fut roi de France: qu'il ne pom^aà mettre le ressort en autre cour qu'en la sienne; et, pour ce, ne voulurent ces seigneurs d'abord légèrement obéir à lui; mais le roi de France qui voulait accomplir autant qu*il était en lui ce qu'il auait juré et scellé envoya messire Jacques de Bourbon , son cher cousin. Celui-ci apaisa la plus grande partie des seigneurs et devinrent hommes au roi d'Angleterre ceux qui le devaient devenir, comme le comte dT Armagnac, le sire d'Albret, et moult d'autres qui à la prière du roi de France et de messire Jacques de Bourbon obéirent, mais ce fut bien malgré eux. Le comte d^ Armagnac perdait par ce traité le comté de Gaure. Le roi Jean, en le retirant de ses mains, lui promit cent mille ëcusi qui toutefois ne purent lui être comptés que plusieurs années plus tard.

La paix , objet des vœux publics et que rendait si nécessaire Tépuisement de la France , ne devait guère

(i) Tom. 1, ch. 214.

fïE LA Gkmx>Gft%. 365

profiter à la Gascû^e. Les comtas de Foiit et d'Armanâc semblaient l'attendre pour recommencer les hostilités (i)* Après qtielques jours de combat^ des amis comniitts amenèrent une trêve jusqu'à la fm de ^1360» Le lierme expire , les liOBlililcs recommenct-rent Urbain (VIII veuâit de s asseoir sur la chaire de St -Pierre à la ttkce d'Innocent, mort le i 2 septembre i 362, Un desies premiers soins fut d'envoyer vers 1^ deux cûmb£itt»nts 1 evécjue de Cambrai avec la cjualité de nonce apostolitpie. Cette tentative ne paraît pas avoir eu de résulte* Sans se décourager , le pape commit alors Tarcheiêqne de Toulouse avec les mi^incs i^uîdités. Plus lieulE que ion prëdécesseiir , celui-ci, aidé du roi de IKavarre Charles-le-Mauvais , beau-fnVe de Gaston, arvini enfin â faire jurer une nouvelle trêve sur te iorps même du Sauveur dans féglise des Cordeliers de f orta s ( 2 1 ma r s 4 i 6 2 J .

Cette triHe^ qui devait se prolonger jn^^qu au moisde nia <3G3 , dnrn a peine quelques mois. Entraîné i>ar sa mauvaise destinée, le comte d'Armagnac la rompit le premier et envoya défier son rival qui releva avec joie k gage de batailte. Ils avaient fun et Tautre hâte de ie memrer. Ils se rencontrèrent à Launac(2), sur la rive 0ft1iche de la Garonne, le lundi 5 déeenibre 1362. Le €OBtte de Foix était suivi du comte de fJsle , qui gagnait ses éperons, du comte d*Astarae, des vicomtes de Casielbon , de Cardonne , de Couserans , du seigneur de Pailles et d'une gnmde partie de la noldcsse de Foix et du Béarn. lie comte de Comminges , plusieurs

{1} nom Vaififtetif. p&gf^ dfSù.^d) Mmnunt ûc U. cl*Aigniii.

membres de la famille d'Albret, le vicomte de Fezen-» saguet , Jean de Labarthc et une foule d^autres soutenaient le comte d'Armagnac. Le nombre était pour lui; aussi son rival se retrancha-t-il sur uneéminence, résolu à garder la défensive. Mais ce qui avait perdu les rois Philippe et Jean à Crécy et à Poitiers, devait perdre le comte d'Armagnac. Les enseignements dePexpérience ne profitaient nullement aux bouillants chevaliers du moyen âge. Impatient de tout» délai et comptant pour rien les avantages du lieu, Jean fit sonner la charge. L'action fut vive et sanglante, mais enfin la vie* toire se décida pour le comte de Foix, et elle fut oomplète. Neuf cents gentilshommes restèrent entre ses mains.

Forcé de fuir et serré de trop près , le comte d*Armagnac se cacha dans une forêt voisine du champ de bauille, mais il fut découvert par un soldat Allemand qui servait sous les drapeaux de son ennemi. Ce soldat le ramena au comte de Foix en chantant les bouts rimes suivants, où Tim reconnaît la muse d^un soldat se servant d'un idiome étranger.

Lou renard estant au boicadjé Loue layroi que panoùan Aro iio à mon damnadjè Ce tou t'en fuyoe plus avant.

Le renard étant au bocage Par les larrons tout est pillé, Maintenant je veux être damné Si tu t'en fuis davantage.

Les prisonniers donnèrent leur foi à Gaston qui les fit conduire au château de Foix. Peu de jours après , le 1 6 décembre , il les rassembla tous dans la cour du château et leur déclara qu'il voulait bien par grâce ne

DE u QkMcoamw^ 3(57

torturer leur corps par la priscm ^ uinis les traiter ^rablemeîit comme nobles et gentihhomiiies. Il assigna ensuite pour prison , pendant un mob, hux uns 1a lille de Maières, et aux autres la Yille de Pamiers , et eur permit de se promener dans les lieux voisins, sans Eîudânt découcher» Les prisonniers s'engagèrent à leur tour i leiiir arrel dans les villes tpji leur euîent sîguëes sous la caution des comtes d'AmiagOAt: et de lîniuges, et sous peine de payer des sommes çousjièmbles. Les principaux seigneurs qui fi renl cette pro- ! furent Bernard d'Albret, seigneur de St-Bazeilie, itid son frire , Berald d'Albret , sei^ieur de Gi- &nde^ leur cousin ^ Jean d*Armaguac, vicomte de Feen sa guet , Jean de Labarthe j seigneur de la vallée L^Aure, le seigneur de Pardaillan . Arsieu de Montesttiiou , Garsic de Castet, Pierre de Montant^ Perducas TAlbret. cet anclco partisan des Anglais et le baron de ileougue .

Le comte de Foix prorogea ensuite œ délai jusqu au juatrieme jour après Pâques^ ei 1# 2i janvier les cornd*Arma]^nac ei tle Oomminges caulionnèrent de nouveau pour tous les prisonniers , et pour Menaud Barbara n , JeâU de Lautar , les deux Fauga , Forisscinf Xaint rai lies , Bazillac ^ Castelbajac , Fimarcon , ESOttdic de Latrau, le sénéchal dVVrningnac , Casielftu, HilltVcs j Montclar et Feriol ie mxé gaiant, dont noms ue se trouvaient point dans les transactions edenies* Le comte de Pardiac était aussi tombeau }iouToir du vaintjueur ainsi que le seigneur de Tarridc; Einis ils trompèrent la vigilance de leurs gardes avant lavoir donné leur foi, ou quelques raisons avaient déjà urté Gaston à briser leurs fers. On traita cnCn de la

rançon générale ; et s'il fallait en croire une ancienne chronique, elle valut au comte de Foix un million de livres (quinze millions d'aujourd'hui). C'était le tiers de l'argent promis au roi d'Angleterre pour la rançon du roi Jean et les siens. Nous savons du moins (1) que le vicomte de Couserans se rendit garant auprès du comte de Foix , son allié , pour la somme de treize mille trois cent trente-trois florins d'or pour la rançon du vicomte de Fezensaguet; que la rançon du seigneur de Gironde s'éleva à deux mille florins d'or et enfin que le comte de Foix donna à Orthez, le 29 janvier 1 364, quittance de trente-trois mille trois cent trentetrois livres , premier paiement de Beraud d'Albret et de ses frères. Nous ignorons la part à laquelle fut condamné le comte d'Armagnac. Il avait su gagner le cœur de ses vassaux. Aussitôt qu'ils apprirent sa captivité, ils lui mandèrent qu'ils étaient prêts à tous les sacrifices pour obtenir sa délivrance. Clergé, nobles, communes, tous rivalisèrent de zèle. Néanmoins, lorsque leur maître sortit de prison il«tait encore redevable à son vainqueur de deux cent cinquante mille livres.

L'occasion parut belle au pape et au roi de France. Ik députèrent (2), le premier, Raymond de SterGenune son protonotaire, et le second Hamond de Lafaye jugemage de Toulouse et, sous leurs auspices, il fut conda un nouveau traité qui renouvelait les accords précédents. Les deux comtes s'engageaient à le faire jurer à tous leurs vassaux , qui promettraient encojre de refuser à leur maître obéissance et secours s'ils savaient qu'il avait rallumé la guerre; enfin Jean s^engageait à

(1) Dom Vaisselle, page 321. —(2) Idem.

tîK LA GASCOGNE. 3G9

^faire rfiiifier le traité par Jeau son tils alorâ absent, et

viiston s'obligeait à obtenir nue pireille ratifier bon de

an béritier encore enfant dès qu'il aurait atteint sa

alorziènieannée* Les clauses arrêtées, les deux comtes

î Iransporlèrent dans la ratbëdrale de Foi\ (i).

L'évéque d'Oleron célébra la messe pontificalement.

^ sjiint sacrifice s'acbevai t; a ces roots r u seigneur, don-

ne^uousla paix, »i qui fer minent Y^gnus /><?/, lecélé-

bniaise tourna vers les deux comtes agenouillés pr*^s de

fa u tel à côté du non c^ du pape et de ramïiassadenr de

France, et en présence d'une foule de prélats, de

nobles et de barons etd'une multitude immensedepeu-

Bftole, il lut en langue romane ou vulj^aire laccord pro-

^Keté. Prenant ensuite sur Tau tel le eorps sacré de

HKatre-Seigneur^ il demanda aux deux ri vauic prosternés

Hi ses pieds, les genoux a terre cl les mains élevées, s'ils

voulaient de tout leur cœur une bonne et perpétuelle

paix, ets*ils eulcndaieni ob?icrver à jamais^ de tout leur

HmmiYoirf le présent traité de point en point et en prêter

^B» ffsniienl en préseticc du Dieu qui lisait dans leur

HiDonif et en connaiss^âit les pensées. Les deux comlcjt

Hiépondir^nt d'une voi?^ unanime que telle était lenr

Bvoionté et qu'ils T accompli raient Bdèlement de tout

^■^letir pouvoir. Alors levant leurs mains et les étendant

vers le Christ, ils jurèrent ainsi : a par le tràs-saint corps

H|le Ni -S. i.'G* notre créateur et notre sauveur, nous <

Hfaiscnis une puist Ixinne, amicale, ferme, stable et j>er-

H|i4Huellc , et c[ui par nous , nos successeurs , nos su jeîs ,

^Blic»s adhérents durera à jamais sans être violée, et nous

^^oulott» d'iiors et à toujours être bons et fidèles amis, et

lit

pour une plus grande assurance, nous voulons, nous jurons et nous consentons que notre saint-père le pape et le bienheureux collège romain (les cardinaux) confirment ce traite , et nous supplions humblement les rois de France et d'Angleterre de le confirmer aussi. Nous jurons encore que, si quelqu'un des nôtres refuse de jurer la présenta paix , nous Vj contraindrons de tout notre pouvoir. Et qu'ainsi nous soit en aide le corps saint du Christ que non» avons devant nos yeux ! et en signe de paix et d'alliance et d'amour éternel, nous nous donnons un baiser mutuel. »

Ensuite les deux comtes firent jurer la^ix en leur nom , les genoux à terre et les mains étendues sur le corps de Notre-Seigneur , par le vicomte de Carmaiu , Arnaud d'Espagne, Fortanier de Lescun et Guillaume Odon d'Andouins pour le comte de Foix, et par Guillaume Arnaud comte de Pardiac et Arsieu de Montes- ^uiou pour le comte d'Armagnac. Cette scène se passa le M avril 1363 en présence des évéques de Pamiers, de Couseranâ, d'Aire, de Lescar, de Guillaume abbé du Mas-d'^zil} du comte de Comminges et d'Amaud- Amanieu sire d'Albret. Deux jours après le même serment fut renouvelé, au nom du comte d'Armagnac, dans la même église et avec les mêmes cérémonies, par Jean d'Armagnac vicomte de Fezensaguet, et par Arpiaud de Labarthe. Mais la religion avait beau s'interposer entre la haine de ces deux puissantes maisons et les malheurs de leurs vjissaux, elle avait beau déployer ses plus redoutables mystères, elle pouvait assoupir mais non éteindre les feux de la vengeance. Nous les verrons se rallumer bientôt.

La perte d'une épouse chérie vint obscurcir sur le

0E LA GiSCOGHE. 37 1

magïiac k joie de ia délivrance. B^atrÎK de

favail pa, sans un profond saisissement^

'voir son mari à !a merci d^un ennemi implacable* Sa

Sâiitë déjà faible s" a Itéra davantage^ et après avoir lânguî

|uel<|ti€ temps eltc mourut dans Its premteii mois de

Tannée suivante (1364) (1 )et fut ensevelie chez les Gir-

delters de Rhodez où elle avait choisi sa sépulture et

dont elle avait entouré le eouvent de murailles^ de fosses

et de grosses tours.

^m Le roi Jean la suivit de près dans le tombeau. Le

^Huc d'Anjou son second fds s était ëcliappé de TAngle-

^■lerre où il avait été envoyé en otage en vertu d'une

^■des clauses du traité de Brétïgnj. Le roi de France

crut son honneur engagé et résolut d^aller réparer en

personne la rupture du ban. Ce motif est assez vraisem*

blable chez un prince à qui notis devons la maitime

suivante digne de sa loyauté : « si la bonne foi était

bannie du reste du monde, elle devrait se trouver dans

h bouche des rois, » Quelques récils ont dit qu'il

était entraîné au delà de la Manche par une pensée

» d'amour mystérieux et romanesque* Ceserait^ ajoute un bistcrien (2) que nous aimons k citer, un souvenir peu digne de couronner cette vie de roi, vie consacrée par la dignité du malheur à défaut de Téclat de la gloire.

I A près un hiver passé dans les fêtes et les plaisirs » il tomba malade et mourut le 8 avril i364, Edouard lui fit faire de somptueuses funérailles à Sl*Paul de Londres; on y brûla (3)* selon des témoins oculaires^ quatre mille torches de douze pieds de haut et quatre mille trierges de dim livres pesant. 11 laissait le sceptre mt

(ij Gfiadf orScierf ^ tûm. 3.— (S) H, lanrenUe, ObU de Ftêûcc, ^ tam. 3, fMige 51t. —(31 S«i^iidc coniiou^tion de Nauffs.

Dauphin qui régna sous le nom de Charles V et que la reconnaissance publique surnomma le Sage.

Peu après la paix de Brétigny , le roi d'Angleterre atair réuni en une seule principauté, toutes ses posses* sions entre la Loire et les Pyrénées, et les a^ait données au vainqueur de Poitiers avec le titre de prince d^Âquitaine. Le jeune Ekkmard ne tarda pas à aller prendre possession de son nouvel apanage. Débarqué à La Rochelle avec Jeanne de Kent, son épouse, il vécut sur son passage les hommages des barons du Poitou et de la Saititonge, il vint ensuite h Bordeaux où il résida longtemps. Les comtes, les vicomtes, les barons, les chevaliers (1) accoururent à sa cour et se retirèrent enchantés de Taccueil qu'ils avaient reçu. Il habitait l'Aquitaine depuis un an , quand le comte d'Armagnac Tattini à Tarbes avec sa femme sous prétîexte d'aller visiter un pays c[u'il n'avait pas vu , mais dans la réalité, le comte espérait que Gaston à qui il devait encore les deux oe^jK cinquante raille francs, sachant le prince et la princesse si près, viendrait leur fiiire sa cour et qu'il serait possible d^obtenir à ' cette occasion remise de la somme. Dans cette vue , il pressa (2) tellement Edouard et sa femme, qu'ils s'acheminèrent vers le Bigorre avec leur suite qui était nombreuse et brillante. Parvenu à Tar^ bès, ils y séjournèrent quelques jours. Tarbes était déji une belle ville, assise au milieu d'une vaste plaine et entourée de beaux vignobles. On y comptait ville, cité et château tous fermés de.pof'teSj de murs et de tours, Gaston se trouvait alors à Pau où il bâtissait «lï dehors des murs un mouà èel chastel baigné par le Gave. Dès

(1) Froîttan, ch. 216. —(2) Le même, loro. S, (*. 3.

il^il eut apprît Tâirrivée du prince et de 1^ priaceâàe à T^rbaà , il vint les voir aocompugiii^ de sot \n nie dievaliers et de plus de six cents lances. Le prince et la ftincesiâe furent encliiintéi de sa i^>art<>isîe tn lai firent très t}onnn chère, La princesse surtout le prisait et rhonoraît grandement,

Le comte d'Armagnacei le sire d^Albretscirouvaîeni k leur cour. Le premier pria le jeune Edouard de vouloir s'employer auprc's de Gaston pour que celui-ci lui remit les restes d'une ran^^n déjà chèrement p^iyéc. Le pnDGie,c|iii n^était pas moins sage cpie vaillant, répondit après «quelques inslans de réOc?cion qu'il n'en te rail rien* « Et comment ^ comte d'Armagnac : vous fûti^s

• pris en balaille raogée et Ici armeft k b main} Le comte Ae Fot\ eicposa contre vous sa vie et s«îs gens et &i la l'grtune lui fut bonne tandît qu'elle vous riait contraire, il ^oe doit j>as ef\pù imloir. De même, monseigneur mon ^père ni moi ne lui saurions ^ré , s il nous priait de remettre ce que nous tenons par la forlune que nous eûmes S Poitiers et dont nous remercions notre seigneur. \^ Le comte d'Armagnac resta tout cbahi eu entendant ces proies, car il avait été trompé dans mn attente. II ne se rebuta pas néanmoinset s'adressa a la princesse qui se chargea volontiers de cette mission , et, sans expliquer sa pensée, elle pria le comte de F'oiK de vouloir bien lui accorder un don. « Madame, dit celui-ci , je ne suis qu*un petit homme et un petit bachelier, je ne puis pas faire de grands dons, mais ce don, s'il ne vaut pas plus de soisianle mille Uvres, je vous Toctroie. n La princesse tenait a ce qu'il lui fut acconlé en d autres termisi mais le comte qui était clairvoyant, et qui se doutait du piège qu'on lui tendait^ s'en tenait à ses pa-

rôles et disait : pour un pauvre chevalier comme moi, qui bâtis villes et châteaux,. lé don que je fais doit suffire. La princesse ne pouvant en rien tirer davantage, lui dit ouvertement: acomtedeFoix, je vous demande et prie que vous fassiez grâce au comte d^ Armagnac. » (( Madame, répondit le galant chevalier, je dois accueillir votre prière ; je vous ai déjà dit que si ce que vous demandiez n^excédait pas soixante mille livres, je vous raccordais. Le comte me doit deux cent cinquante mille livres : à votre instance je fais grâce de soixante mille livres. Le moyen âge connaissait peu notre délicatesse, il admirait surtout la subtilité. Aussi Fit>issart fait-il honneur au comte d'armagnac de cette démarche; nous eussions mieux aimé qu il eût félicité ses vassaux. Cest sur les vassaux que retombait le poids des rançons de ces hauts et puissants seigneurs.

wTOeS

Page 1