Histoire de la Gascogne
— Ste-Me. — ArebeYèqiMs d'Aoek. — < AtUiOTe , eoite de Feniue. — Ihes de GuciCM. — Benird Tioapaler , c«te d*Anupie. — Geitile lit , lieenle de Béin. —Celles "de Bifim. — St-Autiide, ir^Tèfie d'Aich. — RéUMisseieit dei éTèehéi d'Aire , de Bizis, de Dix , de Lesctr , d'Olerei et de Biyeue.
— Receiitnietioi de l'église Ste-Marie d'Aoeh.
Odon ( 1 ), le frère de Bernard, remplaça Garsie sur le siège d'Auch en 988, et conserva en même temps son abbaye , car nous le voyons qualifié à la fois d'abbë et d'arcbevéque, et recevoir à ce double titre les donations faites à sa métropole et à son couvent Cest le premier de nos prélats dont nous connaissions avec certitude la famille. Il portait pour armes écartelé
(i)Gattia Chriitiana. Dom Bragelles. Manuscrit de H. d'Aignan.
d*a2ur et de gueules^ qui est d'Astarac. 11 siégeai tcncoie en 1020, car en cette année il donna son consentement à Télection d^un évéque de Barcelonne en Espagne, et assista avec trois de ses sufTragants qui ne sont {K)int nommés, à un concile de Toulouse (1) où Ton excommunia ceux qui jetteraient ou laisseraient jeter des substances détériorées, aliquem usaticwn malum^ sur la voie publique.
A peine rentré dans son diocèse, Odon fut témoin de la donation que Kaymond de Bassoues fit au monastère de Pessan, de Téglise de St-Frix (2) avec la terre qu'il y possédait, à condition qu'on y érigerait un couvent de Tordre de St- Benoît. Cette charte est du 3 novembre 1020, sous le règne de Sanche, comte de Gascogne. Bassoues, comme l'indique son nom en langue escualdunac {Bossoa broussailles, bois), fut d'abord un lieu couvert d'immenses forêts où les druides avaient placé quelqu'une de leurs divinités. Sous les Romains , cette divinité se changea en dieu Mars; le Marsoulès nous le rappelle encore. Le temps et la civilisation avaient abattu une partie des forêts primitives; la dévotion à St-Frix vint hâter cette destruction. On ignore la vie de ce saint, jadis si célèbre dans toute la province. Un manuscrit très ancien où cette vie était relatée s'est égaré au commencement du dernier siècle (*).
Si nous en croyons une vieille tradition très accré-
(1) CoUect. CùncU. tom. 7. — (2) Cartiilaire de Pessan. Dom Brngelles.
(*) Ce qui reDd4:eUe perte plus doolourense^ c*est qu'il renfermait l'histoire de la lutte année que les catholiques soutenaient contre les religionnaires au moment où le copiste transcrivait la vie.
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ditée dans le pays (i), mais qui renferme plus d'une erreur, notre saint, fils de Rabod^ roi ou duc des Frisons, avait embrassé le christianisme malgré son père, et pour fîiir son courroux, il s^était retiré auprès d.^ Charles -Martel, son oncle. Charles guerroyait alors contre les Maures d'Espagne qui, ayant franchi les Pyrénées , s'avançaient à travers la Gascogne. Occupé ailleurs, il donna à son neveu un corps d'armée^ à la' tête duquel celui-ci vint chercher les ennemis. Ils étaient campés au delà de Lupiac sur ces hauteurs où le château de Castelmaure témoigne encore de leur passage. A la vue des mécréants, le saint enflammé de zèle et bouillant d'ardeur se jette sur eux et en fait un horrible carnage. Tout pliait sous ses coups, lorsque Abdérame accourt en personne à la tête de renforts considérables, ramène Tordre parmi les siens et force les chrétiens à fuir à leur tour. Le neveu de Charles protège la retraite. Arrivé près de Bassoues, il plante sa bannière , là où s'éleva depuis le moulin de Vétendard^ et ralUe autour de lui la plupart des siens. Une seconde action s'engage , chaude et vive comme la première; mais comme dans la première, la victoire, après s'être longtemps balancée, se décide pour les infidèles. Atteint d'une flèche mortelle qui lui traverse les cuisses, le brave et infortuné général alla expirer près du pont, auquel sa mort fit donner le nom àepont du Chrétien. Ses soldats poursuivis par l'ennemi l'enterrèrent à la hâte dans l'endroit où il venait de rendre le dernier soupir.
Le martyr dormit longtemps dans sa tombe ignorée,
(1) Manuscrit de M. d'Aignan ci dom Brugclles.
et lorsque Dieu voulut le glorifier parmi les hommes, il rëvëla miraculeuflement ses ossements sacrés. Une vache allait tous les jours lécher une pierre cachée sous d^ëpaisses broussailles, et quoiqu'elle ne prit pas d'autre nourriture,. elle était plus fraîche et plus grasse que le reste du troupeau. Des pasteurs observèrent le prodige et le firent observer à leurs voisins. On creusa sous la pierre et on trouva le corps d'un guerrier armé du casque et de la cuirasse. Au même instant, aux yeux de la foule étonnée, de dessous le tombeau s'échappa une fontaine qui coule encore de nos jours. Parmi ces prodiges, on porta les saintes reliques sur le penchant du coteau voisin et on les enferma dans un tombeau de marbre autotur duquel on bâtit bientôt une église devenue aussitôt paroissiale. G)mme on ignorait le nom véritable du saint, on Tappela Frix , du nom de la nation qui lui avait donné le jour y et on surmonta son casque d'une couronne en mémoire de la naissance royale que lui attribuait la tradition. Le nom du saint ne tarda pas à se répandre dans la contrée ; plusieurs églises le choisirent pour leur patron. Le plus ancien missel du diocèse que nous connaissions lui consacrait une messe particuUère. A Vic-Fezensac , où la chapelle du cimetière lui était dédiée, sa fête était solenniséc avec pompe, mais nulle part le concours n'était aussi grand qu'à Bassoues ; ce culte a traversé les kg^. Dans notre siècle positif, alors que toutes les dévotions populaires , ou plutôt toutes les poésies de la vie s'en vont tristement une à. une, le culte de St-Frix s'est maintenu, et la multitude se presse sinon aussi recueillie , du moins aussi nombreuse que jamais autour de sa tombe quoique veuve maintenant du précieux trésor
qu elle renfermait et qui disparut en 93 avec la plus grande partie de la basilique {*).
L'abbë de Pessan s^empressa de remplir les conditions imposées et jeta les fondements d'un monastère qui ne fut achevé que sous son successeur , et où £arent placés trois religieux gouvernés par un supérieur portant lui aussi le titre d'eibbé. L'abbaye , à laquelle Bernard de Bassoues restituait cette ancienne aliénation par une anomalie si fréquente dans Tbistoire de cette époque, était elle-même aliénée ; c'est-à-dire que la plus grande partie de ses revenus ou du moins celle du supéiteur, était possédée pçir les étrangers ; ce qui n'empêchait pas que la maison n'eut sa communauté , ses officiers claustraux et son abbé propA. Cet abus n'était que trop fréquent; il atteignait même les sièges épiscopaux. A quelque temps de là, Pons, comte de Toulouse, laissait à son épouse Tévêché d' Alby, et Roger, comte de Carcassonne, léguait à son second fils l'évéché deG)userans, età Pierre, le dernier, toutes les abbayes qu'il possédait dans les comtés de Carcassonne et de Rases, à l'exception de l'abbaye de Caulues qu'il plaçait dans le lot de l'ainé , son héritier principal.
Les anéêtres du comte d'Astarac, vraisemblablement à l'époque où ils commandaient à toute la Gascogne et par conséquent sous Sanche Mitarra ou son fils, s'étaient emparés de Pessan. Guillaume s'empressa de le
(*; Des trois nefs qui la composaient une seule a été conservée afec le portail latéral et le tombeau du saint. Le tombeau surtout est remarquable. Nous devons cette conservation à M. Tabbé de Belloc, aujourd'hui vicaire-général de M<>r T Archevêque d*Auch et alors curé de Bassoues. Voir aussi note 3.
rendre (1) à Fortoa II, abbé de Simorre, et reçut en échange huit vases d'argent du poids' de 900 livres. Nous ignorons pourquoi le monastère de Pessan fut rendu à Tabbé de Simorre , qui ne s^étaya jamais de ce titre pour réclamer même la plus légère suprématie ; preuve manifeste que Tabbé ne faisait que prêter son nom à cet acte. Peu de mois auparavant, le même comte d^Astarac , par le conseil de Dacon , son frère , et par Texprès commandement du vieil Arnaud, son père, et de Talèse, sa mère, et du consentement de toute sa famille, avait bâti un monastère sur le tombeau de Ste-Dode, et Tavait donné encore à Simorre (2) "dans la personne d'Othon, prédécesseur de Forton. Ce don eut poiu: témoin Garsie de Laly rthe, successetu: d'Odon sur le siège d'Auch. Néanmoins , il tomba bientôt dans Toubli, parce qu'à Tacte qui le constatait on n'avait pas eu soin, nous dit une vieille chronique , d'appeler des petits enfants et de fixer leurs souvenirs en pinçant leurs oreilles ou en souffletant leurs joues. L'ignorance ne régna jamais sans peser de quelque manière sur rhumanité. Ici, pour consolider des témoignages, elle toiurmentait d'innocentes victimes. Ailleurs pour éclairer ses j ugements, elle recourait à des voies aussi cruelles qu'absurdes. Le nouveau monastère nous en offre un exemple.
A la mort de Dacon, le premier abbé que nous croyons frère du fondateur, les religieux ne voulurent jJus reconnaître la suprématie de Simorre et se déclarèrent indépendants. Ils étaient soutenus par Sanche, comte
(1) Oom Brogelles, Preuves, p. 11. Manuscrit de M. d'Aignan.— (2) Les mémos.
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d^Astarac, fils de Guillaume. Pons, qui joignait le titre d'évéque de Tarbes à cekii d'abbë de Simorre, en porta ses plaintes à son métropolitain. Celui-ci s^empressa de convoquer les ëvéques de la province : rassemblée se tint dans Téglise de Notre-Dame d^Orre (1); ainsi s'appelait encore alors la ville de Tarbes. Les esprits étaient trop échauffés, la médiation des évéques échoua; la loi civile put seule vider le différend. Il fut décrété, je traduis le texte , que la chose serait prouvée par le jugement de Feau froide, selon la coutume du pays(*). L'archevêque bénit Teau de sa propre main en présence de tout le peuple. L'épreuve ne fut pas favorable aux religieux de Ste-Dode , qui , cédant au bon droit , se soumirent de bonne grâce. Sanche lui-même, à cette vue, dépouilla ses préventions, et la main étendue sur Tautel de Ste-Marie , il confirma à jamais la donation de son père.
Longtemps avant ce jugement , Garsie de Labarthe était mort en laissant à son chapitre la moitié de la terre de Ramensan (2) , et il av ait eu potu: successeur Raymond Coppa (3), que le catelogue d'Auch a passé sous silence. Ainsi que son prédécesseur , Raymond descendait des anciens comtes de Fezensac , car il portait conune eux dans ses armes d'or au Lion de gueules. Peut-être toutefois ne leur appartenait -il que par les femmes. Il eut du moins, pour sa part des biens patrimoniaux, la terre de la T remblade que le comte Aymeric I*' donna à sa sœur en la mariant au seigneur
(l)Gartulaire de Simorre. Dom Brugelles.
(*) Voir la note 4 à la fin du volume.
(2) Cartulaire d'Anch. Dom Brugelles. Manuscrit de M. d'Aignan-
(3) Les deui derniers. GaUia Christiana.
de Préneron {de pratoneronis) y ce qui nous fait augurer que le nouvel archevêque était le fruit de cette alliance. A peine eut-il reçu Vcniction sainte , qu'il assembla à Dax le G)nci]e de la province (1). Cest le premier que noiu sachions avoir été convoqué par nos métropolitains. Celui-ci avait pour but de terminer une autre querelle monastique. Uabbaye de Sordes était demeurée longtemps soumise à celle de Pessan , mais Tacte de suprématie avait été dérobé par un moine de Sordes dont Tabbé de Pessan avait fait un sacristain de son église, et qui en s^enfuyant alla demander l'hospitalité au monastère de Puntoux où il brûla la charte. Durant la nuit, la chandelle dont il s'était servi pour cette action déloyale tomba dans son lit, et le moine profondément endormi , et la maison entière qui l'avait reçu devinrent la proie des flammes. Le G)ncile condamna ses confrères , et les replaça sous Tautorité qu'ils déclinaient. Ce jugement subsista peu, Sordes ne tarda pas à reconquérir son indépendance , et cette fois pour ne plus la perdre.
L'empressement qu'avait mis Raymond-Coppa à convoquer le Concile attestait son zèle pour la discipline. Ce zèle , il l'exerça avec succès autour de lui. Les clercs de sa métropole avaient été soumis à la règle de St-Benoit; mais le temps, cet implacable ennemi de toutes les institutions humaines , avait amené le relâchement et les désordres qui marchent à sa suite. Une nouvelle règle , celle-là même ou à peu près que St-Augustin avait jadis prescrite à son clergé, commençait à s'introduire en Europe. A la nouveauté,
(i) Dom Brugclles. Manuscrit de M. d'Aignan. GalUaChrùtiana,
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elle ajoutait Tavantagc d'être mieux appropriée aux besoins de Tëpoque. Raymond parvint à la faire adopter dans sa métropole (1). Il fut secondé dans cette pieuse entreprise par un prêtre suscité de Dieu , par Raymond le grammairien , dont la voix puissante remuait alors la Gascogne , l'Aquitaine et la Gothie {le Languedoc). Astanove , comte de Fezensac , qui avait succédé k Aymeric, mort vers 1 03 5, joignit ses efforts et ses libéralités aux efforts et aux libéralités de son oncle. Us construisirent de concert Tancienne maison cano^ niale pour recevoir la nouvelle communauté qui prit alors proprement le nom de chapitre. Restait à assurer sa subsistance. L^archevéque -byii abandonna le; archidiaconés de Juliac, de SavA>.TÔs , d'angles, d'Armagnac et de Magnoac, avec la moitié^^es offrandes, ainsi que la moitié du marché et des tetti:s qui ilppartenaient à l'église métropolitaine. Le comte y ajouta de son côté les églises d'Espax , et de Seran (peot^tre Castel -Navet) avec la moitié d'Ornesan et de Sti^ Ghristie, et quelques autres dons. Nos lecteurs l'ont remarqué sans doute : seul maître dans Auch , l'archerêtpie donne le marché et le terroir urbain. Le comte, lui, est obligé de prendre ses dons hors des murs. Cet acte important pour notre église se passa en 1040.
Six ans après , Raymond , agissant toujours de concert avec Astanove, tenta une entreprise que nous croirions aussi facile que naturelle, et qui néanmoins jeta durant plus d'un siècle le trouble dans Auch et abreuva d'amertume les derniers jours du prélat. Auch
(1) Cartalaire d'Aucb, cilé dans dom Bruxelles, Preuves, p. 17, et dans le manascrit de M. d'Aignan.
n'avait encore qu'un cimetière. Céuit toujours le même qu'avaient établi les premiers chrétiens autour de Tancienne église de St-Jean. Quand St-Orens et quelquesuns de ses successeurs y eurent choisi leur sépulture , on aima à reposer près de cendres aussi vénérées , et plus d'une fois sans doute la piété des fidèles se montra généreuse et paya largement l'hospitalité qu'elle venait demander. Tant qu'il n'y eut dans la cité qu une église paroissiale, dirigée par les archevêques , cet ordre de choses s'explique sans peine. Mais au partage de la ville entre Ste-Marie et St-Orens , érigé aussi en cure , il semble qu'il eût dû en être autrement. Les développements qu'Auch avait pris depuis cette époque , rendaient chaque jour ce changement plus nécessaire.
Raymond-G>ppa , qui le sentit, ne s'arrêta ni aux clameurs, ni aux protestations des moines de St-Orens, et choisit un local dans l'intérieur de la ville aux portes de la métropole , car à cet âge de foi il fallait pour les tombes non-seulement l'ombre de la croix qui sauve et console , mais encore le voisinage du temple sacré d'où s'exhalent les prières, et où s'immole la victime de propitiation. Il bénit solennellement l'endroit choisi , et l'enrichit d'indulgences le 4 novembre 4045. L'acte qui nous a été conservé (4) est souscrit, on ne sait à quel titre, par St-Austinde qui y prend la qualité de clerc de l'église de Bordeaux. Le lendemain de cette solennité, l'archevêque y enterra sa nièceCandide, fille de son frère, et Richarde, comtesse de Bigorre , épouse de Garsie- Arnaud ; ce qui parait
(1) Dom Brugelles, Preuves, page 18. Manuscrit de M. d'Aignan.
confirmer Topinion qui fait descendre son mari de la maison d'Astarac. Pourquoi Richarde eût-elle choisi une terre étrangère si elle n'eût pas voulu dormir près de la métropole de la famille de son adoption , et peut-être à côté de la tombe de son époux?
Cependant les moines de St-Orens, repoussés à Auch, portèrent leurs plaintes à Rome. Le saint-Siége était alors occupé par Léon IX , pontife dévoué aux Bénédictins, ou plutôt gouverné par le célèbre Hildebrand , prieur général de Tordre , que nous verrons plus tard ceindre luirméme la tiare. Léon admit leiu: requête; et sous Tétrange prétexte que nous ne sommes pas meillews que nos pères, et qu'^ainsi toute innovation est dangereuse ou du moins suspecte, il ordonna (I) à Raymond de fermer son cimetière et de rétablir les choses dans Tancien état. Le ressentiment des moines de St-Orens n'était point satisfait. Ils accusèrent leur premier pasteur d'ignorance et de simonie ; c'étaient les deux plaies de l'époque. Nous ignorons si ces aoiusations étaient fondées. Nous serions loin d'admettre la seconde surtout. Quand on s'est fait ouvrir à prix d'or les portes du sanctuaire, il est rare qu'on s'y tienne avec décence , et surtout qu'on y déploie du zèle , et Raymond se montra également pieux et zélé. Il avait racheté des mains des deux frères Garsie et Raymond Arnaud de Panassac l'église de St-Mamet (2) en Magnoac. Ses ennemis présentèrent peut-être ce rachat , quoique chose commune alors , comme un acte de simonie. Le pape était prévenu, et sans autre infor-
(l)Cartulaire d'Auch. Dom Brugelles. Manuscrit de M. d'Aignao. Goi/ta Chrittiana. — (2) Dom Bruxelles, Preuves, p. 19. Manuscrit de M. d'Aignan.
mation , il prononça une sentence de déposition (1 ) à laquelle Raymond ne se soumit pas, s'il faut en crcnre un manuscrit que nous avons sous les yeux. Nous aimerions mieux croire que son trépaâ, arrivé dans cet intervalle , ne permit pas qu^elle lui fût notifiée. Nous ^ devons ajouter que cette déposition n^est attestée que par des dociunents tirés de Téglise de St-Orens , et où nous signalerons plus d'une trace d'erreurs et de partialité. Le nécrologe de St-Mont n'en parle nullement, et se oontente de raconter le décès de Coppa dans les mêmes termes que le décès de ses prédécesseurs. Il le place au 23 septembre. Ces tristes débats furent longtemps éclipsés par une autre lutte bien autrement importante.
En l'absence du comte de Fezensac , un comte Berlanger ou Beranger (2) , s'empara du duché de Gascogne, on ne saurait trop dire à quel titre , quoique Marca le croie fils d'Âlduin II et d'Alausie ; mais il jouit peu de temps de sa nouvelle dignité , car il mourut en 1036. Eudes (3), fils de Guillaume IV, comte de Poitiers et de Brisce , fille du duc Guillaimie et sœur du dernier duc Sanche, s'empressa aussitôt d'ailler prendre, selon Tancienne coutume , l'investiture du duché de Bordeaux dans l'église de St-Séverin , et ailleurs sans doute des autres états que ce duc laissait vacants. Le moyen âge était partout le même. Ce que nos rois faisaient à Reims et à St-Denis, les grands vassaux et sous eux les comtes et les barons le faisaient dans
(1) Dom Brugellcs, Preuves, p. 19. Manuscrit de M. d'Aignan, et GalUa Chrittiana.^2) L'Art de vériûcr les dates. Marca. Olbéiiarl. — (3) Les mômes.
leurs seigneuries respectives. Eudes ne fit presque que se montrer en Gaso^e; il fut tué le 10 mars 1040 devant le château de Mauzè dans FAunis dont il pour, suivait le siège. G)mmeson prédécesseur, il ne laissait point de lignée. A sa mort, deux descendants de Mitarra se levèrent à la fois (1 ) pour disputer cet héritage à Guy Geofroy , comte de Poitiers , frère consanguin d'Eudes, mais étranger à cette souche. La Im salique ou féodale ne fut n uUement invoquée , du moins ici encore rien ne prouve que le comte de ]Fezensac se soit mis sur les rangs.
CentulelII, vicomte de' Béam, se présentait au nom d^Angela sa femme. Nous ignorons quels droits faisait valoir le comte d'Armagnac, Bernard II (2), que son caractère sombre et taciturne faisait surnommer Tumapaler ou plutôt TumopaiUès , et qui venait de succéder à Géraud Tranche-Lion , son père. Mais ses droits devaient être bien évidents puisqu'ils ne tardèrent pas à être reconnus de son compétiteur. Les deux parents conclurent une transaction qui assurait le duché de Gascogne à Tumapaler, et qui vaisemblablement établissait l'entière et complète indépendance du Béam. Ainsi s'expliquent les paroles du cartulaire de Lescar qui qualifie Centule de Grand dominateur de la terre (magnum domùiatorem terrœ). Le mariage d'Adélaïs, sœur du comte Bernard, avec Gaston, fils aine du vicomte, vint bientôt cimenter cette transaction et réunir sous les mêmes drapeaux les forces des deux maisons ou plutôt de toute la Gascogne. Leur
(l)llarca, liv. 4, ch. 7. L'Art de vérifier les dates, tom. 2, p. 256. — (2) Grands officiers de la couronne, tom. 2. L'Art de vérifier les dates. Manuscrit de M. d'Aignan.
ennemi commun avait proGté de leur courte mésin* telligence pour se mettre en possession d'une partie de rhëritage, et tous les efforts de Bernard et de Centule ne purent le chasser du Bordelais et de TAgenais.
Les pays situés en deçà de la Garonne reconnurent seuls rautorité de Tumapaler. La part était rétrécie; mais quoique mince, du moins c'était l'Aquitaine primitive. Parugée entre les divers rameaux d'une souche vénérée , elle vivait libre de toute domination étrangère sous les lois de ses anciens maîtres. Au-dessus de ces seigneurs , en qualité de leur suzerain, s'élevait celui qui, par l'extinction prochaine de la maison de Fezensac, allait devenir l'aîné de la race Mérovingienne. Cet état de choses, le Tranche-Lion l'eût sans doute défendu contre les ennemis du dehors et transmis à sa postérité. Son fils sut à peine se maintenir quelques années.
Le vicomte de Béarn fut plus courageux ou plus habile. Ses succès passés et sa nouvelle indépendance éveillèrent la jalousie d'Arnaud, vicomte de Dax, petitfils d'un Arnaud Loup dont on ignore la famille , et qui possédait cette vicomte vers l'an 980. Il attaqua (i) ouvertement Centule sous un prétexte assez léger. La guerre fut d'abord ardente et vive comme les sentiments qui l'avaient allumée. Heiureusement pour les peuples , la paix ne tarda pas à être conclue ; mais elle laissa au fond des cœurs une haine secrète qui ne s'éteignit qu'avec la famille de l'agresseur dont elle amena la ruine.
Pendant la première lutte, un seigneur de la suite
( i; Marca, p. 275.
DE LÀ GÀSGOGNE. 49
du vicomte de Dax, et qui habitait ordinairement à sa cour (près de lui) , appelé Garsie Cuillem de Salies se présenta à Centule et lui promit de livrer son ennemi entre ses mains, ou de l'en défaire s'il voulait le gratifier des dîmes et des revenus de l'église de Caresse que le duc Guillaume avait donnés au monastère de Lescar. Centule, peu délicat sur les moyens d'assurer son triomphe, accepta avec joie la proposition, et croyant facilement désintéresser les moines (1), il leur proposa cinq églises dans les terres de sa dépendance en échange de l'église ambitionnée par le traître. Mais les moines ne voulurent jamais se prêter à ces arrangements ; le vicomte demanda alors à la force ce qu'il n'avait pu obtenir par la persuasion. Il enleva Caresse au monastère et en investit Garsie Guillem , sans se soucier de donner au monastère la compensation qu'il avait offerte. Nous ignorons ce qui advint de la trahison promise, mais le succès ne dut pas tourner contre Centule , observe judicieusement Marca ; car la chronique qui se plaint de la violence, ne remarque pas que le ciel l'ait punie; ce qu'elle eût certainement fait , si le sort des armes eut condamné le vicomte de Béarn. Il en fut autrement de Garsie Guillem de Salies, s'il faut en croire le cartulaire de Lescar. Privé de la vue qu'il recouvra en promettant solennellement de rendre Caresse , il oublia presqu'aussitôt la promesse jurée, fut excommunié par le métropolitain et ses suffragants , et mourut peu après emporté par la petite vérole. Mais, ni les foudres de l'église, ni l'approche du dernier moment n'ébranlèrent son obstination. A son lit de mort ,
(1) Cartulaire de Lescar.
il légua 1 église à sa veuvQ et à ses enfants; nous retrouverons cette affaire sous le petit-fils de Centule.
Celui-ci , après s'être servi d'un traître devait finir sous les coups de la trahison (1). Il avait entrepris de soumettre le pays de Soûle. Les habitants trop faibles pour résister ouvertement , en appelèrent à la ruse et l'assassinèrent. On place sa mort vers l'an 1058. Son fils aîné, Gaston, qu'il avait associé à ses états l'avait précédé dans la tombe, et Âdélaïs, sa veuve, le gage de l'alliance entre les maisons de Béarn et d'Ârmagnac, s'était déjà remariée à un vicomte Roger, après avoir eu de son premier mari un fils nommé Centule (2), comme son grand père.
Quoique peu avancé en âge, le nouveau vicomte songeait à venger le meurtre de son prédécessetir. Les peuples eux^nêmes n'avaient appris qu'avec indignation qu'on eût répandu le sang de leur maitre. On s'armait de toutes parts. Le vicomte de Soûle, qu'on accusait d'avoir soudoyé le meurtre craignit poiur sa personne; il se Imta d'abandonner le pays Soulan et coiu-ut se réfugier dans le Lavedan sur les frontières du Bigorre où il possédait plusieurs terres considérables. Mais pour parvenir jusqu'à sa retraite, il devait traverser le Béarn. L'évêque d'Oleron, son parent, favorisa son passage et obtint pour prix de sa protection la réunion de la vicomte de Soûle , alors dépendante de Dax, à l'évèché d'Oleron, auquel cette vicomte demeura annexée depuis. Ainsi le raconte le cartulaire déjà cité qui nous paraît toujours empreint de partialité. Nous
(1) Cartulaire de Dax. Marca, p. 284. — (2) Mai'ca, liv. 4. ch. 81. L'Art de vérifler les dates, tome 2, p. 256.
ignorons où s'arrêta le ressentiment des Béarnais et de Centulc leur vicomte, ou si même ils punirent Tattentat qui avait provoqué ces changements.
Les comtes de Bigorre, moins guerriers ou pltfi paisibles que les vicomtes de Béarn laissèrent aussi moins de pages dans Thistoire. Carsie Arnaud, le dernier dont nous avons parlé, avait été un des protecteurs du monastère de St-Pé de Génères, fondé par le duc Sanchc ; mais peu content de ce titre , il voulut en être aussi un des bienfaiteurs (1). Il lui donna le titre des droits prélevés au marché de Lourdes, un paysan à Adè et une terre produisant pour redevance trente pains et deux jambons; et pour assurer ces libéralités il fit jurer à Fortaner, vicomte de Lavedan, quil ne réclamerait jamais rien à raison de sa vicomte. Il n^eut point d'enfants de sa femme Richarde que nous avons vu ensevelie dans le nouveau cimetière de Ste-Marie d'AucIi. Garsinde (2), sa soeur, fut son héritière. Elle était mariée à Roger Bernard , comte de drcassonne et tige de la maison de Foix , qui parait avoir une souche commune avec la maison de G)mminges et descendre conune elle d'un Asnaire, ou plutôt d'un Loup-Asnairc, vivant vers Tan 900. Frodoard qualifie ce dernier de comte de Gascogne, et dit qu'il fut du nombre des seigneurs d'Aquitaine et de Gothie (Languedoc), qui vinrent faire hommage au roi Raoul en 932 , lorsque ce prince se montra au delà de la Loire. Il ajoute qu'Asnaira montait alors un cheval plus que centenaire et néanmoins très vigoureux. L'obscurité qui règne sur le
(l)Cartulaire de St-Pé. Manuscrit de M. Larchcr.— (2)Mémc maDuscrit. L'Art de vériGcr les dates.
berceau de ces deux familles s'étend sur leurs premiers membres (1). Nous ny trouverions d ailleurs qu^une sèche et aride nomenclature. A peine si nous savons leur nom, celui de leurs femmes ou de leurs enfants, qui tous prenaient part à Théritage de leur père et se titraient de sa seigneurie. Vienne le jour sur toutes ces ténèbres, et nous nous étendrons davantage.
Garsinde eut de Roger-Bernard, mort en 4037 (2), trois fils et deux filles. Bernard, Tainé des fils, succéda à sa mère dans le comté de Bigorre (3), et se signala par sa piété. Roger, le second, est regardé communément comme le premier comte de Foix. Il mourut vers Tan 4064 sans postérité d^Arnia ou d'Arsinde, sa femme, et fut remplacé par Pierre I*' (4), le troisième fils de Garsinde qui continua la famille. Les deux filles allèrent s^asseoir sur deux trônes d'Espagne. Etiennette, la dernière, épousa en 4036 dom Garsias, roi de Navarre, et Ermelsendeou plutôt Gilberge Tainée s'unit la même année à Ramire I*', roi d'Aragon (5), frère naturel de Garsias. L'évêque de Tarbes, Héraclius , qui venait de remplacer sur son isiége Richard I", et les deux vicomtes de Lavedan, Garsias et Guillem-Fort, la conduisirent à son royal époux.
Cependant Bernard Tumapaler avait fait accepter sa suprématie des Pyrénées à la Garonne. Les seigneurs de Lectoure prenaient encore le titre de vicomtes de Gascogne. Arnaud II en céda les droits au comte d'Armagnac par un traité solennel (6) et se reconnut son
(1) Voir Marca. L'Art de vérifier les dates. Les Grands officiers de la couronne et dom Vaissette. — (2) Les mêmes, moins Marca. — (3) Les mêmes. — (4) Les mêmes. — (5) Bris Martinez. — (6) Archives de Nérac. L'Art de vérifier les dates, tom. 2, p. 280.
vassal pour le Bruillois et le Cimois. Depuis ce traite dont la date est inconnue, les successeurs d^Ârnaud ne se qualifièrent plus que de vicomtes de Lomagne et d^Auyillars. Arnaud lui-même est appelé ainsi dans une charte où il restitua le château de Nérac qu'il déclara retenir injustement au préjudice du monastère de Condom, et où il confirma les largesses faites à ce monastère par sonaïeul. Bernard ne prit cependant jamais le titre de duc ou de prince qu'avaient porté les membres de la branche aînée. Il se contenta de celui de comte de Gascogne et se montra, en cette qualité à la consécration de Téglise de Lescar (1) à laquelle il donna une terre située dans Salies. Il se montra avec plus d'éclat encore à une fondation qui fut presqu entièrement son ouvrage et qu'il soutint en dépit del'archevéque d'Auch.
Le siège métropolitain était alors occupé par un de ces hommes de haute vertu et de noble fermeté, dont le zèle actif et courageux triomphe de toute résistance. L'action du sacerdoce ne fut jamais plus sociale que sous sa houlette pastorale. Austinde (2) , ainsi se nommait le nouveau prélat, était né à Bordeaux. Dès ses jeunes années, il renonça au monde et se fit inscrire parmi le clergé de sa ville natale. Il en faisait partie encore lorsqu'il assista à la bénédiction du cimetière de Ste-Marie. Malgré cette adhésion aux tentatives de Coppa, lorsqu'il voulut se mieux dérober aux espérances du siècle, et embrasser une vie plus parfaite, il ne balança pas à se retirer parmi les moines de St-Orens, que sa conduite
(1) Gartulalre de Lescar. Harca , liv. 4,ch. 13.— (2) Cartulaire d'Auch, de Simorre, de St-Hont, les Bollandistes , dom Brugellcs^ MaDuscritde M. d'Âignan.
avait du singulièrement indisposer; et, chose étonnante, c'est lui que ceux-ci choisirent pour le mettre à leur tête, après deux ou trois ans de noviciat. La vie du nouvel abbé devait offrir une autre singularité plus grande que la précédente. L'archevêque d'Auch étant mort sur ces entrefaites, le chapitre de Ste-Marie , en lutte ouverte avec les moines de St-Orens, plaça d'un commun accord leur supérieur siu: le siège métropolitain. Certes, il fallait un mérite bien rare et bien avéré, pour triompher ainsi des préventions les plus légitimes et conquérir si vite des suffrages si opposés.
Ses premiers actes annoncèrent ce qu'on devait attendre de son épiscopat. Fort de son droit, et sourd à toutes les considérations humaines, il reprit l'œuvre de son prédécesseur (1); et en dépit d'une bulle dont il soupçonnait la nullité constatée plus tard, il rouvrit le cimetière de Ste-Marie et y ordonna des inhumations. Son ancienne communauté se récria aussitôt et députa deux de ses membres à Rome. Le prélat les y suivit; et avant de s'éloigner, répandant son âme devant l'autel de la Vierge et prosterné aux pieds de son image, il conjura le ciel de défendre sa cause et de traverser les desseins de ses adversaires. Ses vœux furent exaucés. Les députés de St-Orens moururent en route sans avoir vu la ville étemelle, et lui-même n'eut point de peine à justifier ses prétentions aux yeux du Souverain-Pontife et en obtenir une sentence favorable , qui toutefois ne fut point promulguée. Les droits de l'archevêque parurent sans doute si évidents, que cette formalité fut jugée inutile. Austiude retourna à Auch et y célébra
(1) Cartulairc d'Aucli. Manuscrit de M. d'Aignan.
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avec pompe les obsèques de Sanche Area, son sacristain. Ârea était mort durant son absence , et à ses derniers moments, avec Tobstination d'un membre d'une corporation rivale, il avait ordonné qu'on déposât son, corps derrière l'église , afin que le prélat à son retour pût l'inbumer dans le cimetière contesté. Cet acte de vigueui* abattit les moines de St-Orens. Ils ne remuèrent plus sous son pontificat, ni sous le pontificat suivant
Les minces contestations d'un cimetière ne suffisaient pas pour arracber Austinde à son troupeau et le conduire au delà des Alpes; des intérêts plus graves l'appelaient à Rome. Il avait besoin de l'appui du Souverain- Pontife pour exécuter une réforme qu'il méditait. Deux siècles auparavant, quand la Gascogne n'était plus qu'un monceau de ruines, le comte Gombaud s'était feit donner l'onction sainte et avait réuni dans ses mains l'administration des évéchés de Bazas, d'Aire, de Dax, d'Oleron, de Lescar, de Bayonne, et peut-être même de Lectoure. Rien ne s'établit vite comme les abus. Ce qui fut au jour de la désolation, se perpétua quand les temps furent devenus meilleurs; la religîpn gémissait de voir les canons violés, mais la société en souffrait encore davantage.
L'église alors par son esprit , par ses principes , par sa constitution , était à peu près la seule providence des serfs qui couvraient le sol , car tout ce qu'il y avait d'hommes libres, d'anciens propriétaires de petits manoirs, d'babitans attachés par le sentiment de la possession à la patrie, avait complètement dispru. Le manque absolu de garanties sociales avait rendu leur situation intolérable. Après le noble, vous ne trouviez que le serf, le manant {mancns, demeurant)^ le vilain ,
(villanusj travaillant la villa.) Le peuple n'existait pas encore. Le sacerdoce devait le faire naître plus tard , et relever sous son action bienfaisante. Voilà la société qu'avaient faite les Barbares dans presque toute FEurope. Elle était surtout ainsi à Tépoque que nous décrivons. Augmenter le nombre des pasteurs , c'était multiplier les garanties du faible, du pauvre , de tout ce qui souffrait.
Âustinde obtint la déposition de Raymond -le- Vieux(l) qui, au milieu du xi' siècle, possédait autant de sièges qu'en occupait Gombaud dans le ix*, et prenait ordinairement comme lui le titre d'évéque de la Gascogne. Néanmoins, au Concile de Toulouse, de Tan 1056 (2), où il assista avec Héraclius de Bigorre, Bernard de 0)mminges et un autre Bernard de Cousçrans, il ne se qualifia que d'évéque de Bazas, par (Crainte sans doute des censures de l'assemblée. Le {^pe lui ravit même cet évéché et ne lui laissa que le tilre d'évéque honoraire de Lescar, et encore n'accorda-t-il cette faveur (3) qu'à sa haute naissance et au crédit dojft il jouissait dans la. province, ou plutôt voulut-il empêcher que Raymond ne traversât les élections canoniques qui se préparaient.
Le grand coup était frappé, l'ordre ne tarda point à se rétablir. Raymond, neveu de l'évéque déposé, connu dans l'histoire sous le nom de Raymond-le- Jeune, pour qu'on pût le distinguer de son oncle, retint (4) les évêchés de Bazas, de Dax et de Rayonne; mais bientôt il
(1) Gallia Chrittiana. Dom Brugelles. — <2) Dom Yaissette, Histoire du Languedoc, tom. 2. Colleetio ConaiUorum^ toin.9, pag. 1085. — (3) Cartulaire de Lescar, Marca, GaUia Chrittiana,^ (4) Cartulaire de Dax.
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abandonna les deux derniers et ne garda que Bazas. Il fut remplacé à Dax par Macaire (i), abbë de Saramon, qui était entré jeune dans le cloître et qui fit briller sur la chaire pontificale la piété, la régularité et surtout la plus tendre charité pour les pauvres. Il s'éleva avec force contre la simonie, et sut, malgré sa fermeté , conquérir Testime et Tamitié des seigneurs et des nobles, premiers auteurs et surtout chauds partisans d'un désordre qui servait leurs intérêts. Mais son épiscopat fut trop court pour le bien de Téglise. Il dura à peine deux ans et demi; onTenterra dans Téglisede St-Vincent, et c'est vraisemblablement sa tombe que recouvrait la large dalle sculptée qui glt maintenant au fon d d e cette église. On lui donna pour successeur Grégoire (2), abbé de St-Sever. Celui-ci, né dans nos contrées, avait été élevé à Cluny et s'était longtemps formé sous la main de St-Hugues.Sanche, duc de Gascogne, le demanda à son illustre maître pour lui confier le monastère de St-Sever; mais à peine en eut-il pris l'administration , que les bâtiments devinrent la proie des flammes. Grégoire les fit rebâtir avec magnificence. Il fit plus que renouveler et embellir les murs ; il changea l'esprit du cquvent et y fit refleurir les vertus monastiques. Ces succès l'appelèrent sur le siège de Dax. Mais les religieux ne pouvant consentir à le perdre entièrement, voulurent qu'il conservât le titre de leur supérieur. A sa double dignité il joignit bientôt Tévêché de Lescar, car après la déposition de Raymond-le- Vieux , on ne jugea personne plus propre que lui à fermer les plaies de cette
(1) GalUa Ckrittiana. Marca. — (2) GaUia Christiana. Marca. Carttilaire de St-Sever.
dernière église. Il la garda ensuite et renonça au siège de Dax.
Ce nouveau diocèse et son abbaye ne suffirent pas à son zèle. Touché du sort des chrétiens d'Espagne , il leva quelcpies troupes, franchit les Pyrénées et vola à leur secqjirs. Avant de quitter la France , il prit dans le monastère de St-Pé de Générez, alors dépendant de Lescar, deux religieux distingués, Odon d'Espouey et Bernard de Bas. Il créa Tun prévôt et Tautre archidiacre de sa cathédrale. Son absence ne dura que trois mois. Les fatigues de l'expédition et les chaleurs d'un climat ardent achevèrent d'épuiser ses forces. Il mourut Tan 1072, chargé d'années et de mérite. Le cartulaire de Dax Taccuse cependant de s'être laissé enlever la Soûle. Il eût pu au même titre lui reprocher une autre perte que fît cette église vers la même époque (1 )•
Héraclius , archidiacre de Soûle , fils d'un Bergon- Loup de Janute, s'adressa à Loup-Âner, vicomte d'Oleleron, qui avait épousé sa mère, et l'engagea à faire tous ses efforts pour réunir encore à l'évêché d'Olenm les quartiers de Garens et de Revezec, où s'élève la viUe de Sauveterre. Le vicomte opposa d'abord quelque difficulté, ou plutôt il chercha à exploiter sa position. Il fit part des sollicitations qui lui étaient adresiées à Guillaume d^Orgon, abbé de Sordes et archidiacre de Dax, et offrit de les repousser, si Guillaume payait largement sa résistance. Mais celui-ci ne s'étant pas montré assez généreux, Loup-Aner se tourna vers l'archidiacre de Soûle, reçut de lui entr autres dons, deux magnifiques chevaux, et contraignit les ecclésiastiques
(1) Marca, page 290.
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de Jeux quartiers à reconnaître Tëvéque d'Oleron. Loup-Aner mourut peu après, et sa vicomte fut réunie au Bcam, dont elle avait été distraite.
L'évêque d'Oleron à qui profitaient ces violences, se nommait Etienne. Pierre, tiré de St-Sever comme Grégoire, était à Aire et vraisemblablement Jean à Lectoure; Bigocre, 0)mminges etO)userans avaient depuis longtemps leurs pasteurs. Rayonne seule dut attendre encore le rétablissement de son siège. Kéglise était détruite et tousles biens qui en dépendaient étaient entre les mains des vicomtes de Labour, dont on ignore la famille, comme on ignore les autres familles vioomtales de la contrée.
Austinde jugea que Raymond-le- Jeune était seul propre à obtenir la restitution. IlFengagea à se chaîner d'un diocèse si tristement abandonné, et à joindre ainsi le titre d'évêque de Bayonne (4), à celui d'évéque de Bazas. Cette union se fût faite d'elle-même, quelques années auparavant. Les canons sommeillaient alors, maisSt-Austindelesavait réveillés. Raymond futobligé de traverser les Alpes et d'aller exposer au pape les motifs qui réclamaient cette exception. Nicolas II qui occupait la chaire de St-Pierre, prévenu par le métropolitain, y donna sa sanction dans le synode de Latran. Les prévisions d' Austinde se réalisèrent. Raymond fut assez heureux pour faire rentrer Péglise de Bayonne dans tous ses droits. Le vicomte Fortuné-Sanche et Loup-Sanche, son frère, renoncèrent solennellement aux usurpations de leurs ancêtres.
Le cœur des seigneurs était rarement aussi docile à
(1) Gallia Chrittiana.
la voix de Téquité et de la religion. La vie d*Austinde ne fut presque cpi'une lutte continuelle contr'eux. Au commencement de son pontificat, il avait néanmoins trouvé des dispositions favorables dans Astanove ou Guillaume Astanove , comte de Fezensac. L'église de Ste-Marie était pauvre et petite, Austinde la fit reconstruire sur un plan plus vaste (1). Astanove Taida dans cette entreprise et donna à cette occasion trois ooncades de terre voisines de son château d'Auch. L^exemple fut suivi de quelques citoyens et en particulier de Sanche-Beg et de Gouasin, son épouse, qui abandonnèrent leurs biens sous la réserve d'une messe annuelle (*),
Le comte et l'archevêque s'associèrent encore pour agrandir la maison canoniale, devenue trop étroite depuis que tous les chanoines habitaient sous le même toit, et bâtirent ensemble le cloître régulier. Enfin , Astanove soutint l'archevêque dans ses prétentions contre les moines de St-Orens; mais il mourut bientôt après, et son fils Aymeric II, surnommé Forton, ou le Fort (2), n'hérita pas de ses sentiments. Bernard d'Armagnac, le suzerain de la Gascogne, jaloux de son autorité , comme le sont presque toujours les esprits faibles, n'était pas moins prévenu contre Austinde. L'occasion se présenta de le pouvoir molester. Le comte la saisit avec empressement.
(1) Cartnlaire d*Auch. Dom Brugelles. M. d'Aignan.
(*) G*est la première fois que nous trouvons mentionnés , et les concades, et les services obiluaires.
(2) L'Art de vériGer les dates, tom. 2. Grands Officiers de la couronne, tom. 2.
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