CHAPITRE III
Évèqnes de Sl-Berlrud. — Ginias de Lort, rm d*en, trinléré à AiA. ^ L» eomles de Foii et de Gommisget, el le TieoDte de Béin ti leoieikeil àl*Bftiie.— GoilluuDe succède à Gaston duu U licorne de Béara. — Si lérecité.— Pétruiile, comtesse de Bigorn^ épouse Gay de Monfort. — Géraod , eomte d*Aniagii€, rad ^eomage à Sinoi. — Guerre dei Albigeois. — Mort de SIdob de ÏMlfort. — Siège di Maraaide. — Mort de Goy de Monfort, eomte de Bigorre. — M èe Gérand, eomti d'Àrmapit. — Ses snecessean. — Mort des «nies di Voix et de Gomminges. — législatioB du Béan.
Garsias (1 ) avait pris, jeune, Thabit monastique dans le monastère de St-Pé-de^Gënërez, s'y ëtait distingué par sa piété et en avait été élu abbé vers Tan 1 183. Il gouvernait depuis longtemps cette maison lorsqu'il fut appelé sur le siège de St-Bertrand où s'étaient à peine arrêtés Sparague et Adhémar. On place son sacre en Tan 1210. Quelques chartes de Bonnefond parlent de lui en 1212 et même 1213 (avril). Ainsi, la déposition de Bernard de Moulant que rien ne fixe , est postérieure à cette date. Cest Garsias qui à la bataille de Muret, un des plus brillants faits d'armes de ce siècle, prit la relique de la vraie croix que tenait Foulques, évèque de Toulouse , et s'écria en Télevant aux yeux de l'armée du comte de Montfort, réunie à ses pieds (2) : « Allez au nom de J,'C, ; je vous servirai et je vous serai caution au jour du jugement que tous ceux qui
(1) GcHlia ChrittianayU. d'AignaD, Dom Bnigelles.— (2) Pierre de Vaux , Sermai.
mourront dans ce noble combat, obtiendront la récompense et la gloire des martyrs^ sans passer par le purgatoire, pourvfu qu'ils se soient confessés avec les sentiments d'une contrition véritable , ou du moins quils aient une ferme résolution de déclarer à un prêtre , après faction^ les péchés qu'ils ri ont point encore déclarés. »
A peine eut-il pris possession de son nouveau siège qu'il partit pour le Concile de Montpellier, convoque le 7 décembre 1 21 4 (1) par Robert do Gourçon , et où furent appelés avec l'archevêque d'Auch les métropolitains de Bourges, de Narbonne et de Bordeaux, avec les ëvéques , les abbés et les archidiacres des quatre provinces. On y élut Simon do Montfort -ponr prince et monarque du pays, et on députa à Rome Tarchevéquc d'Embrun et quelques ecclésiastiques pour supplier le pape de confirmer cette élection.
Quelques mois auparavant (48 avril) (î) , les comtes de Comminges et de Foix , défaits à Muret le i 3 septembre 1213, avaient fait leur soumission au cardinal de Bénévent; ils abjuraient toute doctrine contraire à renseignement de rÉglise et promettaient sur les saintes reliques, Teucharistie et la vraie croix , non seulement de ne pas favoriser, mais de combattre les hérétiques fît les routiers , et d'accepter la pénitence et la satisfaction qui leur seraient imposées pour les excès qu'ils avaient commis et qui leur avaient attiré l'excommunication. Ils s'engageaient, en outre, à remettre entre les mains du cardinal, le premier, le château de Salies, et le second, le château de Foix avec toutes les places que
(i) Pierre de Vaux, Scrraai.Dom Vaisselle, tom 3— '2' Les moines.
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le légat jugerait à propos de demander. Enfin, ils oonsentaient à ce que les châteaux qu'ils devaient livrer au légat demeurassent confisqués au profit de Téglise romaine, et à être réputés eux*mémes excommuniés et parjures s'ils manquaient à leurs promesses.
Le vicomte de Béarn, qui n'avait point combattu à Muret , mais qui j avait envoyé des troupes , se soumit avant eux. Le G>ncile de Lavaur Tavait accusé (1 ) entr^autres méfaits de s^étre joint aux hérétiques contre les Croisés, d^avoir marché au secours des Touloosains durant le siôge de Castelnaudary , d'être le persécuteur déclaré des églises et des ecclésiastiques, de garder près de lui le meurtrier de Pierre deCastelnau, d^avoir eu longtemps et d'avoir encore à ses ordres des routiers; enfin, d^en avoir introduitrannée précédente^quelques» uns dans la cathédrale dXDleron où ils coounirent un affreux sacrilège. Ils coupèrent la corde qui tenait suspendue la boite qui renfermait la Ste-Eucharistie, et répandirent ainsi par terre le corps sacré du Sauveur. Ces accusations paralysèrent la bienveillance du souverain-pontife et tous les efforts que Pierre d'Aragon faisait en sa faveur; déjà sa vicomte de Bruillois avait été saisie. Simon de Montfort, après la victoire, marcha sur le Bigorre et alla assiéger le château de Lourdes; mais il y trouva plus de résistance qu'il n'espérait , et fut contraint de se retirer sans s'être assuré d'aucune place.
Le succès n'endormit point la prudence de Gaston; il sollicita de nouveau sa grâce; le comte de Comminges ta sollicitait aussi de son côté. Innocent commit le car-
(1) Pierre de Vaux. Marca, liv. 6, ch. 16.
dinal de Bënévent. Le 20 janvier 12 H , il lui adressa le bref suivant ( 1 ) : « Quoique les excès des nobles hommes, le comte de G)mminges et Gaston, soient très graves et énormes, néanmoins comme les portes de TÉ* glise ne doivent pas être fermées à ceux qui y frappent Humblement, nous mandons k votre discrétion qu après avoir reçu d'eux une caution suffisante, selon que vous le jugerez expédient, vous les réconciliez à Tunité de rËglise et vous disposiez d'eux selon Dieu, conune vous croirez le devoir faire suivant le conseil d'hommes prudents. »
Le cardinal désigna Févéque d^Oleron , Bernard de Morlas (2) pour absoudre Gaston. En rentrant dans rÉglise, le vicomte voulut réparer tous les dommages qu'il avait causés au prélat et à son chapitre durant sa liaison avec les hérétiques. Il leur abandonna les hommes et les droits qu'il possédait à Ste-Marie et k Catron. L'acte de cession fut passé à Monens, jadis station romaine et aujourd'hui petite ville de la Soûle. Déjà , en 1209, il leur avait donné la dlme de Sauveterre , ville voisine de Monens, avec le privilège de pouvoir accepter sans son autorisation les dîmes et les autres droits ecclésiastiques dont le gratifieraient ses vassaux. Gaston survécut peu k sa réconciliation avec l'Église ; il mourut dans les premiers mois de l'année 1215 sans laisser d'enfants. Ses états appartenaient de droit k Guillaume Raymond, son frère. Néanmoins, sa reconnaissance souffrit quelques difficultés. Raymond Guillaume prétendait prendre en main l'administration par le droit
(1) LeUre d'Innocent III, liv. 4, lettre 171. — (2)Marca, Gallia Ckrisiùma,
de sa naissance, tandis que les Béarnais , acooutamés depuis trois génërations à élire leur seigneur, voulurent qu'il attendit sa nomination (1). Pour trionipher de la résistance, Guillaume fit un traité d^alliance défensive avec Pétronille Tannée même de son veuvage; mais ni cette alliance, ni Tattitude fière et menaçante de Guillaume nHntimidèrent les Béarnais. Ils défendirent ce qu'ils regardaient comme un de leurs droits les plus précieux, et la querelle se poursuivit
Guillaume était né avec un caractère violent. Cest lui qui dans son -berceau avait été trouvé les poings fermés, triste présage qui avait arrêté le» députés du Béam et qui ne tarda pas à se vérifier. Bernard , archevêque de Tarragone, Pavait comblé de bienfaits et lui avait donné sa nièce en mariage; mais le prâat crut devoir en exiger un hommage pour quelques fiefs dépendants de son église. L'âme altière du jeune seigneur s'indigna de cette exigence , et dans son ressentiment il ne craignit pas de porter des mains sacrilèges sur un onde doublement sacré. Le meurtre fut accompagné de ces circonstances atroces qu'on trouve souvent dans les siècles de barbarie (2). Une bulle nous en a conservé le récit Cachant son noir dessein, Guillaume supposa le nom de sa femme et invita Bernard à s'avancer jusqu'à Gironne pour traiter avec elle d'une affaire importante. Comme le prélat approchait sans défiance, le traître se porte à sa rencontre, et le frappant d'une main sûre, il le renverse de son mulet La blessure était mortelle , néanmoins il redouble par trois fois, et ajoutant l'impiété à
(1) L'Art de vérifier les dates, tom. 2. Marca, liv. 6. ch. 21 et 22. —(2) Carlulaire de Féglise de Tarragone, Marca, liv. 6, ch. 27.
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lakarbarie, il s'effoix^ d'empêcher que son oncle paisse confesser ses péchés à son chapelain, tandis que celui-ci criait à la Tictime de pardonner à son meurtrier. Le prélat avait rendu le dernier soupir et Guillaume s'était éloigné, mais sa Tengeance n'éuit pas encore satisfaite. Il retourne au cadavre , s'acharne sur lui , et après l'avoir percé de mille coups il s'élance de son cheval, et de la pointe de sa lance il entr'ouvre le crâne et fait jaillir au loin la cervell&
On déféra oe lâche assassinat au roi d'Aragon , mais ce prince et son épouse s'en émurent aussi peu que si Guillaume eût égorgé un mouton ou un veau. Cette froide indifférence ou plutôt ce déni de justice enflamma le zèle du souverain-pontife. Il frappa d'ex<x)mmunication le coupable et ses complices, et ordonna aux vassaux de l'église de Tarragone de courir sur eux comme sur de désespérés Sarrasins. Il menaça même de ses foudres le roi et la reine d'Aragon. Le meurtrier n'osa pas lutter avec les chefs de l'Église et courut à Rome chercher son pardon.
E^ l'absolvant, le cardinal grand pénitencier le condamna, aussitôt qu'il serait rentré dans la Catalogne, a aller visiter la ville de Tarragone. Mais dès qu'il en apercevrait les murs il devait descendre de cheval et continuer sa route nu-pieds, en chemise, la hart au col et des verges dans la main. Entré dans la cité, à chaque église qu'il rencontrerait sous ses pas, il se ferait battre par quelque prêtre. Parvenu enfin à la cathédrale , il demanderait humblement pardon au chapitre et à l'archevêque successeur de sa victime, leur prêterait Thommage refusé et leur assurerait trente livres de rente sur sa terre. Comme il avait reçu la croix des mains du
souverain-pontife, il lui enjoignit encore de passer les mers, d'y conduire à ses dépens dix chevaliers et trente archers bien armés, et d^y combattre cinq ans les Infidèles. Là ne se bornait pas la pénitence : tous les vendredis il devait jeûner au pain et Teau, aussi bien qne tous les anniversaires du jour où il avait oommis son forfait. A ces anniversaires il devait nourrir cent pauvres et leur donner un habit de lin. Il devait étendre le jeûne du Carême à TA vent et à tous les lundis et les mercredis de Tannée, à moins qu^il n^aimât mieux nourrir ces deux jours cinq pauvres ou qu'il ujb combattit les Infidèles. Enfin il devait, avant son voyage k la Terre-Sainte et après son retour, porter sur sa chair un cilice qu'il ne pouvait déposer qu« dans de rares circonstances. Seulement, le cardinal romain laissait aux évéques de la province le soin de mitiger la pénitence s'ils la jugeaient trop dure. Il dut en coûter à l'orgueilleux seigneur qu'une légère sujëlion avait transporté de fureur , de subir des conditions aussi rudes et aussi humiliantes, mais on ne s'affranchissait pas alors des prescriptions de l'Église. Guillaume se soumit; néanmoins il différa de passer les mers. Les prétextes ne manquaient jamais à de tels délais.
Pétronille, comtesse de Bigorre, sa belle-soeur, fut plus empressée de contracter un nouveau mariage (1). Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis la mort de Gaston, qu'oubliant ce qu'elle devait à la mémoire de son époux , elle passa dans les bras de dom Nunno ou Nugno, comte de Cerdagne, neveu de Pierre d'Aragon et petit-fils d'Alphonse IL Les noces se firent avec
(1) L'Art de vérifier les dates, tom. 2, Marca.
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une scdennitë qui ne laissait guère pressentir une pro-* chaine rupture; mais presqu^aussitôt Nugno et Pëtronille prétendirent être dans les degrés de parenté prohibés par les lois ecclésiastiques , et soit qu'ils obéissent aux sentiments d'une foi véritable, soit que la religion ne fut qu'un vain prétexte et qu'ils cédassent a un dégoût ou à une répulsion réciproques , ils se se* parèrent volontairement sans attendre le jugement de l'Église.
• Quelques écrivains (i) ont avancé que Simon de Montfort ne fut pas étranger à cette détermination. Graignant que le nouveau comte ne se déclarât pour Raymond de Toulouse comme l'avait fait son prédécesseur, le chef des Croisés se servit, d'après eux, du ministère, du clergé qui lui était dévoué pour semer dans le GCEur de Pétronille des doutes sur la validité de son mariage, et amena ainsi une séparation contraire aux règles ou du moins insolite, car elle n'avait point été précédée par un jugement canonique; les parties n'avaient pas même été entendues. Telles sont les raisons que firent valoir dans la suite les partisans de la maison de Béam, mais elles nous paraissent bien faibles. Il y avait parenté , tous Tavouent. Cette parenté était-elle au degré prohibé ? Cétait là la question; car celle-ci admise, qu'importait l'instruction de l'affaire, ou même la sentence juridique? Et certes, en voyant presque tous les évêques de la province sanctionner de leur présence et de leur bénédiction le troisième mariage de la comtesse , il doit rester peu d'hésitation dans les esprits. Ce n'est pas sous Innocent qu'ils eussent osé violer •
(f ) L'Art de t érifier les dates, Guillaume de Puylaurens.
hautement les Canons. Nous ne trouTons pas mieux fondés les soupçons qu'on fait planer sur la tête de Simon de Monfort ; aucune preuve positive , aucun monument ne les étaie.
Simon triomphai talorâ. Géraud, comte d'Armagnac, crut devoir se plier aux circonstances et reconnaître les droits de la victoire. Peut-être craignit-il que ses démêlés avec Tarchevêque d' Auch ne le fissent confondre avec quelques seigneurs que poursuivaient les armes des Croisés ; ou plutôt, arrogant et emporté devant TÉglise faible et désarmée , il se fit lâche et petit en présence du courage et de la force , et s'abaissa à un acte de vasselagé dont aucun de ses ancêtres ne lui avait donné Texemple. Le 8 juin il souscrivit en présence de Louis, fils de Philippe- Auguste , Tacte que nous transcrivons (^).
« Géraud, comte de Fezensac et d'Armagnac, non par contrainte, mais librement et volontairement^ agissant en mon nom et au nom de tous mes héritiers, je reçois en foi et hommage de vous, seigneur Simon, comte de Montfort , et de vos héritiers , le comté de Fezensac et d'Armagnac, et la vicomte de Fezensaguet, et tout ce que je possède dans le Magnoac, excepté ce que j'ai dans la cité d'Auch et son aleu, dans le château et aleu de Jegun , et dans les villes et aïeux de Vie et de Nogaro qui appartiennent à l'église d'Auch. Je fais h vous et à vos héritiers foi et hommage contre tous les hommes. Chaque fois que mes héritiers et moi serons requis par vous, par Amaury votre fils, par Guy de Montfort votre frère, ou par les vôtres, nous nous
(1) Dom Vaisselle, ton). 3, Preuves. Manuscrit de M. d*A'gniiD.
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joindrons à vous et vous suivrons par toute la province d^Âuch et même au delà de la Garonne dans les évéchés de Toulouse et d'Agen. S'il arrive que vous ayez à soutenir un combat en plein champ ou à faire lever le si^e de quelqu'une de vos cités, châteaux, villes ou forteresses situées au deçà de Montpellier, et que vous nous requériez, nous volerons à votre secours. Je jure en6n,sur le saint évangile, que je remplirai fidèlement toutes ces promesses. Et moi , Simon , comte de Montfort, j'accorde à vous, Céraud, comte de Fezensac et d^Armagnac, et à vos héritiers, en fief et hommage les susdits comtés et vicomte avec toutes les terres exprimées ci-dessus. »
L'évéque de Carcassonne et Tarchevéque d'Auch ratifièrent cet hommage, mais Tarchevéque eut soin de réserver tous les droits de la métropole. Le comte s'était Élit accompagner d'Arnaud, son firère, de Bernard- Jourdain de risle, d'Odon de MonUut, d'Odon de Pardaillan , de Céraud de Cazaubon et de Guillaume Vital d'Aignan , Guillermi Vitàli de Agnan. (Passé à Montauban).
Simon de Montfort était trop habile politique pour ne pas faire entrer dans sa maison le comté de Bigorre. La main de la comtesse Pétronille éuit libre ; il la demanda et l'obtint pour Guy, son second fils. Il partit de Toulouse à la Toussaint, se rendit à St-Gaudens et alla ensuite à Tarbes, où le contrat fut passé le dimanche suivant (1216) (1). Arnaud de Biran qui occupait encore ce siège, Guillaume, évéque de Comminges, Sanche de 0>userans , Bernard d'Oleron , Jean d'Aire ,
(1) liarc«, lÎY. 3, ch. 10. L*Arl de vérifier les dites.
Pierre, abbé de Gairac, Odon, abbé de StrPé-de- Générez et Arnaud de St-Savin s'y trouvèrent. Pëtionille constituait en dot à son mari le comte de Bigone et la vicomte de Marsan , et en assurait la suocessioii aux enfants qui naîtraient de leur mariage. Guy, de son côté, abandonnait à sa femme toute la terre que son père lui assignerait, et il voulait qu'après elle cette terre fût possédée par leurs enfants communs. Outre ces institutions héréditaires , on stipula un douaire de cinq mille marcs pour le survivanL Guy donna pour pleiges ou garants à Pétronille et à ses barons le ducson père et Âmaury, son frère aine , et la comtesse fournit quatre de ses barons : Raymond Garsie de Lavedan, G>mtebon d'Antin, Bernard de Castdbajac et Arnaud- Guillaume de Barbasan. Le lendemain les noces ayant été solennellement célébrées selon les rites de FÉglise, les seigneurs de Bigorre et les bourgeois de Tarbes prêtèrent, par ordre de Pétronille, serment à leur nouveau comte , après toutefois lui avoir fait jurer qu'il gouvernerait suivant les bonnes et louables coutumes du pays. L'archevêque d^Auch arriva à Tarbes peu de jours après et confirma de son sceau le contrat, à l'instance de toutes les parties qui se soumirent à toute^les censures de leur métropolitain si elles venaient à en violer aucune des clauses.
Simon et le nouveau comte allèrent peu après assi^er le château de Lourdes qui était toujours entre les mains de leurs ennemis (1); mais la garnison se défendit avec tant de valeur qu'ils furent obligés d'abandonner cette entreprise. Centule , comte d'Astarac , combattait avec
(1) Dom Vaisselle, lom. 3.
DE lA GASGOGNE. 273
eox; peu content de s'être signalé contre les Albigeois, il avait profité d^un instant de calme que goûtait le Midi pour traverser les Pyrénées et voler au secours d^Alpbonse; il cueillitde nouveaux lauriers à la journée de Las-Navas-Tolosana8(1) où les chrétiens remportèrent le 6 juillet 1212, une victoire complète sur les Infidèles. Rentré en France après ce triomphe, il s'attacha au service de Montfort et Taccompagna devant Lourdes.
Les Croisés furent plus heureux ailleurs. Tout pliait sous leurs armes , lorsque les habitants de Toulouse , outrés des rigueurs exercées parmi eux , rappellent le vieux Raymond qui accourt suivi du. comte de G>mminges, de Roger Bernard, fils du comte de Foix, et de quelques autres seigneurs. Il traverse à gué la Garonne sous le moulin du Basacle, entre sans être aperçu et s^erapare de la ville le 1 3 septembre 1217. La comtesse de Montfort se trouvait dans le château Narbonnais avec la comtesse de Bigorre et ses enfants. Guy, qui se battait du côté de Garcassonne, instruit du péril que courait sa famille, vole à son secotu^. Comptant emporter la place d'emblée , il y donne mais inutilement deux assauts successifs. Ces essais lui firent comprendre qu^un coup de main ne lui rendrait point Toulouse. Il implora le secotu^ de Tarchevéque d'Auch et du comte d^Armagnac (2).
Géraud n'*avait point paru jusqu ici sur le théâtre de la guerre. Il se fut sans doute abstenu encore, mais il n osa pas rester à une voix que la prudence lui con-
(1) L'Art de vériGer les dates, fom. 2.
(2) ]>oin Vaisselle.
Il, 18.
seillaitde ménager; il accourut avec ses troupes. Simon de Montfort, occupé à combattre le jeune Raymond sur les bords du Rhône , se hâta , de son côté , de conclure une trêve et de se replier sur Toulouse, où il donna un nouvel assaut plus infructueux que les premiers. Guy, son frère, y eut les deux cuisses percées d'un trait lancé par le comte de G>mminges, et Guy de Bigorre y fiil aussi dangereusement blessé (1). Karchevéque d'Auch approchait à la tête d'un renfort levé avec peine; les populations du Midi ne se prêtaient qu'à regret à soutenir Montfort. Les soldats que conduisait l'archevêque saisirent le prétexte de cet échec; ils se débandèrent et rentrèrent dans leurs foyers.
Simon , sans se laisser déconcerter, change l'attaque subite en siège régulier ; en même temps il veille sur le pays qui reconnaît sa domination. La fidélité des habitants de Montauban lui était suspecte. Pour les contenir, il en exigea des otages et envoya parmi eux son sénéchal d'Agenaiset l'évêque deLectoure (2), Arnaud, élu vers l'an 1215. Ces précautions irritèrent les habitants. Ils firent prévenir secrètement le comte de Toulouse et promirent de se saisir du prélat et du chevalier, et de les lui livrer pour peu qu'ils fussent soutenus. Raymond détacha aussitôt cinq cents hommes d'armes. Introduits dans la ville au point du jour, les soldats étrangers s'emparent des places publiques , et cernant les maisons qu'habitaient les deux envoyés de Simon . ils y portent une grande quantité de bois, prêts à y mettre le feu s'ils ne pouvaient s'emparer de leurs personnes; mais les Français qui étaient dispersés dans la villcs'é-
(J) Dom Vaisselle. — (2) Idem.
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veillent au bruit de leurs pas, courent auxarmes, attaquent les conjurés, les forcent à reculer, délivrent Tévéque et le sénéchal, et , dans leur exaspération , ils abandonnent la ville aux ûammes et au pillage.
Cette tentative avertissait Simon de s'assurer de risle-Jourdain dont le comte s'était d'abord déclaré pour Raymond, son beau-frère, et avait été forcé plus tard de subir la loi des Croisés. La ville fut mise en séquestre (^) dans les mains du comte d'Armagnac, de Roger , son frère , d'Anessance de Caumout, et d'Othon de Montant, qui s'engagèrent à la garder pour le comte de Montfort jusqu'à la fête de la Toussaint, et se rendirent garants jusqu'à cette époque des sentiments de Bernard et des habitants. Cet engagement fut passé sous les murs de Toulouse le 18 décembre 1217. Le siège de cette dernière ville traîna en longueur tout l'hiver. Le printemps ayant ramené de nouvelles troupes, Simon le poussait avec vigueur, lorsque le 25 juin <2<8 il fut atteint d'une pierre lancée du haut des murailles. Il n'eut que le temps de recommander son âme à Dieu , et il expira. Ainsi mourut les armes à la main, après avoir longtemps rempli la chrétienté du bruit de ses exploits, un des plus grands capitaines dont s'honore la France» Nul historien ne lui refuse les qualités qui font les héros. Plusieurs accusent son ambition et son fanatisme. Pour nous , qui n'avons point osé raconter cette lutte qu il est si difficile d'apprécier sainement, nous regrettons qu*il n'ait pas su , en refusant sa part dans les dépouilles des vaincus , préserver de tout soupçon malveillant le souvenir de ses victoires.
(1) Trésor des chartes do Touîoîisi» , doin Vaiî=scltc. Preuves, 259.
Cette mort changea la fortune et jeta la diTÛioii dans Tarmée catholique. Les uns prêtèrent serment à Amaury, fils aîné de Simon, les autres demeurèrent jadëcis ou passèrent â la maison de Toulouse. Parmi ces hésitations Amaurj, abandonné de la plupart des Croisés, dut se borner à protéger les conquêtes faites par son père. Le jeune Raymond n^eut qu^à se montrer dans TAgenais pour le ramener à son obéissance. Condom , Marmande , Aiguillon , s'empressèrent de loi ouvrir leurs portes (1 ) et chassèrent les garnisons que le comte de Montfort y avait établies. Le comte de Comminges prit aussi quelques troupes, et k leur tète il recouvra tous les domaines qui lui avaient été enlevés durant la Croisade. Chaque jour amenait quelque perte , et malgré le zèle et l'activité des prélats restés fidèles à la famille de l'ancien général, le triomphe de Raymond de Totdouse n^eût pas été éloigné , si Louis, fils aine de Philippe-Auguste, ne fût venu au secours d'Amaury. Celui-ci assiégeait alors la ville de Marmande où commandait le comte d'Astarac.
Centule ne s'était pas contenté d'abandonner les Croisés après la mort de Simon ; il s'était réconcilié avec le comte de Toulouse et s'était chargé de défendre Marmande. Vésian, vicomte de Lomagne, Amanieude Buglon, Arnaud de Blanquefort, Cuiraud deSamatan, Guillaume-Arnaud de Tantalon et plusieurs autres seigneurs avaient voulu partager ses dangers et s'y étaient renfermés avec lui (2). La présence du prince français et de l'armée brillante et nombreuse {*) qui se pressait
(1) Dom Yaissctte, Manuscrit de M. Pcyrèse. — (2) Les mêmes. (*) On y comptait, dit-on, une vingtaine d'éTÔques, 33 comtes « plus de MJO chevaliers et 10,000 archers.
SOUS ses bannières, n'intimida pas leur courage ; ils osèrent braver Fattaque : mais que pouvait une poignée de braves protégés par des murs à demi entrWverts contre des forces si supérieures? Au premier assaut, Louis s'empara d'une partie des ouvrages extérieurs. Les assiégés comprenant alors que toute résistance serait inutile, offrirent de se rendre pourvu qu'on leur accordât vie et bagues sauves ; mais on ne voulut les recevoir qu'à discrétion.
La condition était dure et tout faisait craindre que les vainqueurs, prétextant l'outrage fait à la couronne de France, n'abusassent de la victoire. Il fallut néanmoins s'j soumettre. La garnison sortit de la place et vint se ranger devant la tente de Louis où ses chefs étaient réunis pour décider de son sort. L'évéque de Saintes conclut à la mort de Centule ; les comtes de St-Paul et de Bretagne, au contraire, opinèrent en sa faveur. Les esprits étaient en suspens , lorsque Céraud Delort, archevêque d'Auchf prit la parole. Jamais bouche sacerdotale ne iit entendre un langage plus noble et plus évangélique ; pourquoi faut-il qu'il ait été si rare dans cette guerre déplorable ! Nous traduisons , d'après M. Dumège, un document de l'époque : c( Pardon! beau seigneur roi , si le droit est connu, le comte ni les siens ne seront morts ni perdus , car il n'est ni hérétique, ni faux, ni apostat : au contraire , il a suivi la croix , et par lui les droits de celle-ci ont été maintenus, et bien qu'ensuite il ait mal agi avec l'Église, il n^est pas cependant hérétique ni n'a point failli contre la foi. L'Église doit recevoir avec bonté les pécheurs vaincus, afin que l'âme ne soit ni confondue, ni perdue. Songez d'ailleurs que Foulcaut est prisonnier à Ton-
louse, et que si vous condamaezle comte, Foulcaut sera pendu. Beau seigneur archevêque, vous serez cru , dit Guillaume des Roches, ]e comte ne périra point; il sera livré pour la rançon de Foulcaut (*).
Non seulement rechange prévu s'accomplit, mais la garnison entière conduite d^abord à Pujlaurens fut rendue à la liberté afin d'obtenir Télargissement àé^ soldats pris par le jeune Raymond dans nn combat récent. La ville de Marmande fut moins heureuse que sa garnison: une soldatesque effrénée s'y étant introduite durant ]a conférence n'épargna ni l'âge ni le sexe et égorgea tout ce qui tomba sous sa main (1). Cette boucherie irrita , dit-on, l'âme royale de Louis ; néanmoins il s'avança vers Toulouse dont il forma le siège le 6 juin <2<9. Le jeune Raymond y avait rassemblé l'élile de ses chevaliers. Autour des comtes de Comminges et de risle-Jourdain, du vicomte de Lomagne et du jeune Roger-Bernard de Poix se pressaient les Noé, les Montant, les Labarthe, les Montus, les Villeneuve, lesDubarthas et une foule de noms (2) dont quelques-uns ont disparu. Tous jurèrent de défendre vaillamment les postes qui leur seraient confiés. Le Nord se ruait contre le Midi ; cette fois du moins le Midi triompha. Le nombre vint se briser contre Tobslination et le courage. Voyant ses efforts inutiles , Louis leva le siège »nprès cent quarante-cinq jours de tranchée ouverte; il s'éloigna avec tant de précipitation , qu'il abandonna toutes ses machines. Ce départ privait Âmaury d'un appui tous les jours plus nécessaire. Plusieurs places
(*) Voir la note 13 a la fin du volume. (1) Histoire des Albigeois en Languedocien, dom Vaisselle. — (2) Les mêmes.
que la crainte ne retenait plus sous ses lois ouvrirent volontairement leurs portes; d'autres, mal défendues, se rendirent.
Le vieux Raymond ayant recouvré Montauban, la donna en fief avec quelques autres villes à Raymond- Roger, comte de Foix, en récompense de ses services. Son fils ratifia quelques jours après cette donation et y ajouta bientôt quelques terres situées dans Gastelnaudary. Âmaury et Guy, son frère, assiégeaient alors celte place. Le jeune Raymond avait eu le temps de s y jeter avec Roger- Bernard, fils du comte de Foix. Leur présence et leurs exemples animaient la garnison qui, peu contente de repousser les assiégeants, allait souvent les chercher dans leurs lignes. Une de ses sorties fut surtout meurtrière (13 juillet 1220); le comte de Bigorre sur qui tomba principalement le choc reçut une large blessure, fut pris par les ennemis et expira entre leurs • mains (1).
Le jeune Raymond honora son triomphe par la noblesse et la générosité de sa conduite. Oubliant ce que le père de Guy avait apporté de malheurs et à sa famille et à la province, il fit enfermer le corps dans une bière, et le recouvrant d'un drap de pourpre, il le renvoya à son frère. Guy était un seigneur jeune, brave, actif, bien fait ; sa mort fut vivement sentie de tous les siens. Amaury, qui laimait tendrement, jura de le venger et s*obstina aux pieds des remparts , mais rien ne prospérait à ses armes. Après huit mois d'efforts inutiles, il fut obUgé de lever le siège, et à quelque temps de là il cédait au prince Louis, fils et héritier de Philippe- Ci) Guillaume de Puylaurens. Dom Vaisselle.
Auguste, toutes ses prëteations sur les comjiiétes de so» père (février 1223).
Le vieux Raymond était mort au mois ^aoùt précédent après avoir vu descendre- dans la tombe le comte d^ Armagnac. Nous ne saurions assigner d'une manière certaine. Tépoque où ce dernier termina sa carrière. Le nécrologe de la Oise-Dieu le fiiit mourir le 30 juillet 1219 ; mais dom Yaissette le fait vivre qudques années encore. Sa femme se nommait Mascaiose let appartenait , suivant dom Clément ^ à la famille de Labarthe, d'où était sortie Tancienne comtesse d'Armagnac, sa mère; ce qui est peu probable vu la sévàité des lois ecclésiastiques pour toute parenté dans les mariages. Il laissa deux fils en bas âge , Pierre et Bernard, et deux filles, dont Talnée, Mascarose, épousa le comte de Lomagne, et Seguis, la cadette, fut mariée à Centule , comte d'Astarac , après la mort de Pétronille sa première femme.
Arnaud, second filsde Bernard et frère deGéraud IV, profita delà faiblesse de ses neveux (1) pour s'emparer des comtés d'Armagnac et de Fezensac Ainsi le racontent la plupart des écrivains qu'il nous a été donné de consulter. Pour nous , nous pencherions à croire qu'il en prit seulement Fadministratiou et qu'il les géra an nom de ses pupilles. Mais fils de comte, comte luirméme, et administrateur des deux comtés, les rares cbronîques qui nous ont conservé son nom l'ont qualifié de comte Arnaud de Fezensac et d'Armagnac ; de là l'erreur que nous soupçonnons. Quoiqu'il en soit, si son usurpation fut réelle , du moins elle ne lui profita pas longtemps.
(1) L'Art de vérifier les dates, tii'aïub Officiers de la eoarooDe.
Il vivait en 4222 , mais il Biounit au plus tard en 4 228 sans laisser de postérité. Dom Bmgelles lui donne pour femme, Véronique, fille de Guillaume de Labarthe, seigneur des quatre vallées. Ainsi , le père et les deux fils seraient allés demander des épouses à la même famille, ou si TOUS le voulez, à des branches diverses de la même soucke. Ce spectacle ne se vit peut-être jamais dans le mojen &ge. Nous croyons quHl ne faut assez souvent admettre qu^avec réserve les assertions du Bénédictin de Srmorre.
A la mort d^Âmaud les deux comtés passèrent entre les mains de Pierre Gérard ou Géraud dont CKhénart suivi par les auteurs de VAti de vérifier les dates et des Grands Of&ders de la couronne , fait le fils de Bernard IV et le frère des dénie derniers seigneurs; mais son nom lui assigne un autre père. Pierre-Géraud, dans le langage ordinaire du temps, signifie Pierre , fils de Géraud, comme Arnaud-Bernard signifiait Arnaud, fils de Bernard. D^ailleurs , pourquoi après lui , Roger , le dernier des frères qui survécut à tous les membres de sa famille, n^eût-il pas imité ses aines et tacbé d'usurper lui aussi V Armagnac? Dans notre opinion , Pierre naquit de Géraud TV. Au décès d'Arnaud, son tuteur, il prit en main l'administration qu'il garda jusqu'à sa mort dont Tépoque est incertaine. Le nom de sa femme et de ses enfants, s'il en eut, sont restés ignorés ; peut-être même ne fut-il jamais marié , ce qui nous fait augurer quMl descendit jeune dans la tombe. Quelques auteurs contestent même son existence. Son successeur est plus connu. Bernard V (4), fils non contesté de Géraud , et
(I) L'Art de TériKcr les dates. Grands OfBeiers de la eouronne.
vraisemblablement frère de Pierre, saisit enfin les deux comtés dont tant de morts lui laissaient l'entière et paisible jouissance.
Raymond Roger, comte de Foix, avait survécu à Géraud d'Armagnac , mais il avait suivi de près dans la tombe le vieux Raymond dont il s'était montré un des plus fermes appuis. Il venait d'achever de reconquérir les domaines que lui avaient enlevés les Croisés. U laissait, outre plusieurs enfants naturels, Roger Bernard qui hérita du comté de Foix et déjà marié depuis 1202 àErmessinde, fille et héritière d'Arnaud, vicomte de Gastelbon, et Aymeric, à qui il légua tous les biens situés dans les diocèses de Narbonne et de Gircassonne. Raymond se piqua de poésie et compta au nombre des troubadours {troubàïres^ ùiv^enteurs). On n'a de lui que deux courtes chansons.
Le vieux comte de Comminges , content d'avoir recouvré ses possessions , s'était retiré de la lutte pour se livrer exclusivement aux pratiques religieuses (<). Ses longs égarements lui faisaient sentir la nécessité d'une expiation, et les continuelles agitations de sa vie appelaient le repos. Aussi, quelques auteurs prétendent que vers la fin de ses jours il prit l'habit religieux à Bolboue, où il mourut et fut enterré l'an 1224. Près de mourir, il maria son fils aîné, Bernard , à Cécile , fille de Raymond, comte de Foix, qui porta à son époux neuf mille trois cents sols Toulousains ou cinq cents marcs d'argent. Cette alliance destinée à resserrer les liens qui unissaient la maison de Foix et de Comminges fut célébrée le 6 mai (2). Le vieux Bernard vivait en- Ci) L'Art de vérifier les dotes, dora Vaisselle. — (2J Dom Vaisselle, Preuves, pag. 255.
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core ; Calel prolonge sa vie jusqu'au mois de février 1225 ou plutôt 1226 et le dit enterré à Monsavez ou Monsaunés. Outre son successeur Bernard, il laissait ^ dit-on, un second fils, Arnaud Roger, qui prit Thabit religieux à Bonnefond et monta sur le siège de G)mminges.
Pendant que les pays de Foix et de Comminges rentraient sous les lois de leurs maîtres, les discussions qui éloignaient du Béam Guillaume -Raymond de Moncade s^apaisaient Un accommodement provoqué parFévéque de Lescar, Raymond de Benac, amena rétablissement de douze jurats perpétuels (1) chargés de rendre la justice avec le vicomte et de contrebalancer son autorité. On nomma les seigneurs de Navailles d^AndouinSj de Lescun, de Coaraze, de Cerderest, de Gayrosse, deGabaston, d'Arros, de Miossens, deDomi, de M iramont et de Mirepoix. Leurs places furent déclarées héréditaires; mais Tun d'eux ayant choqué les mœurs du temps par un jugement trop sévère , fut déposé et remplacé. On a consigné cet événement dans une ancienne compilation de nos fors, et l'idiome Béarnais l'exprime avec une naïveté qu'il est diiBcile d'imiter en français, u Item judia lo signor de Mirapeix que T> si augun diu dars diers et no los pot pagar, que posqué) » et fa disposât de judia que era deùs doutze de Beam. » (Item a jugé le seigneur de Mirapeix que si quelqu'un » doit des deniers, et qu'il soit dans l'impossibilité de » les payer, il faut qu'il le puisse. Ce seigneur fut dé- )> posé de la place de juge; il était un des douze du » Béam.))) On nomma à sa place le seigneur de Bidouse.
^1) Marca, lir. 6, ch. l2et suiv. Voir aussi M. Fjget de Baure.
Il parait que Les deux évéques étaient membres de ce corps ; ainsi, le tribunal d&igné sous le nom de la cour xnajour était composé de quinze juges.
Au jour marqué, le souverain paraissait assis sur un banc élevé, couvert de tapisseries aux armes de Béaro; les deux évéques étaient à ses côtés. Le souverain assis, appelait les Jurats, juges de la cour , dans Tordre qu'il lui plaisait de suivre ; ils se plaçaient sur des bancs disposés à sa droite et à sa gauche, et moins élevés que le sien ; quelquefois le prince les faisait tapisser comme le sien. Lorsque les juges avaient pris leurs places , un derc ou un chevalier , par Tordre du seigneur , disait i haute voix : a Seigneurs et bonnes gens, le seigneur se a présente ici avec sa cour pour faire droit et jugement c( à toutes sortes de gens suivant le for et la coutume de tt la terre. » Le seigneur ordonnait ensuite au notaire assis à ses pieds , d^écrire le nom de ceux qui se présentaient.
Il laut en convenir , cette manière de rendre la justice n'avait rien de barbare : les formes en étaient aussi simples que sages ; elles étaient les mêmes que celle^ des Romains, et peut-être étaient-elles en Béam les derniers vestiges de leur domination. Dès Tinstant où la cour majour devint un tribunal permanent, la manière de rendre la justice devint uniforme; les mêmes questions furent constamment décidées de la même manière. On conserva la mémoire des jugements, et la jurisprudence devint le supplément des lois. L'ancienne <x>mpilationde$ fors n'est presque qu'un recueil d'arrêts- On admire souvent la sagesse de ces décisions antiques- II en est quelques-unes que notre siècle avouerait. ^
Dans Tassemblée où Ton décréta la création des douze
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barons et jnrats, Raymond-Guillaume confirma les fors de Morlas. L'année suivante, 1 22 1 , il se transporta dans la vallëe d'Ossaux, Ursisaltus, et y arrêta avec les habitants les lois qui les régiraient. Nous emprunterons id quelques traits à M. Faget de Baure qui a abrégé Marca. « Si les seigneurs voisins ofTensent le vicomte ou refusent justice à ses sujets , les Ossalois sont tenus de faire ost, c'est-à-dire de prendre les armes et de marcher hors du Béam deux fois par an, si le seigneur Fordonne. Mais il doit venir en personne exposer ses griefs dans Tassem blée de la vallée, convoquée à cet effet par les officiers du vicomte. Le vicomte aura le droit de choisir ensuite dans chaque maison Thomme le plus fort et le plus adroit. Le nombre des levées ne doit pas excéder trois cents soldats; la moitié sera armée de bour cliers et de rondaches, Tautre doit être munie simplement de haches.
« Les Ossalois étaient encore assujettis chaque année à un troisièmearmement. Ils devaient suivre le vicomte jusqu'aux bords de la Garonne lorsque le vicomte ferait ost, c'est-à-dire armerait pour le duc de Guyenne. Enfin , si des étrangers faisaient une incursion dans le Béam, ou si le vicomte était forcé d'assiéger le château d'un vassal rebelle , les Ossalois devaient prendre les armes et former la garde du prince, soit pendant le siège, soit durant la campagne.
« Les Béarnais ne devaient à leur souverain qu'un service militaire borné aux frontières du pays : il se renouvelait trois fois par an, il ne durait que neuf jours. Les Ossalois s'assujettirent à marcher hors de leurs frontières ; cette espèce de surcharge dut être rachetée par quelques avantages. Les vicomtes de Béarn leur ae
cordèrent des privilèges particuliers. Les amendes furent réduites pour eux à dix-huit sols, tandis qu'dles étaient, en Béarn, portées à soixante^x sols. Ils avaient la garde du camp lorsque le vicomte faisait des tournois à Castet-Gelos , château placé à Tentrée de la vallée , aujourd'hui démoli. Enfin, lorsque la cour majour se tenait au château de Pau , ils avaient une table et des sièges séparés au haut bout de la salle. Peut-être faut-il attribuer cette dernière prérogative à la situation du château bâti sur le terrain du Pont-Long dont les Ossalois sont propriétaires. Ajoutons encore ce trait : si Ton surprenait un Ossalois picorant et ravageant dans la terre du vicomte, on pouvait l'arrêter et le retenir prisonnier dans une basse fosse jusqu'à la réparation du dommage. Si l'Ossalois entrait avec son butin dans la terre d'Ossau , il ne pouvait plus être arrêté. Le lendemain même il reparaissait sans crainte à la cour du vicomte. En vain les intéressés portaient leur plainte, elle n'était point reçue ; mais le vicomte, ou la vicomtesse en son absence, avait le droit de se transporter en Ossau pour y rendre la justice en personne. Les Ossalois étaient tenus de lui- donner main forte pour l'exécution de ses jugements. C'est alors que les voisins dépouillés par les Ossalois venaient former leur plainte et réclamer des indemnités. Quiconque s'était réfugié dans la vallée, y vivait tranquille : c'était une espèce d'asile, mais ce privilège cessait à l'arrivée du prince. » Guillaume fit aussi rédiger cette année les coutumes de la vallée de Barétons. Les fors des Aspais ne le furent que vingt-sept ans après sous Gaston VIL II semble que leur seigneur comptait peu sur leur fidélité; il n'entrait point dans la vallée sans exiger deux otages
qui répondaient de sa sûreté personnelle et de celle de sa suite. Ilss'avançaient jusqu'au ruisseau nommé Loo, et là se plaçant à cheval au milieu du ruisseau, il recevait les hommages et les otages des Aspais.
Les habitants de ces trois vallées étaient fréquemment en guerre avec leurs voisins. Il existe quelque vestige (ici encore nons citerons Tabréviateur de Marca), il existe quelque vestige de cesanciennes querelles dans un droit appartenant à la vallée d'Aspe; elles sont mieux constatées ■ encore par une cérémonie renouvelée tous les ans dansia vallée de Baretous. Nous allons recueillir les traditions du pays à ce sujet; vraies ou fabuleuses, les traditions sont utiles puisqu'elles découvrent , ou rhistoire, ou le caractère des peuples.
Les chroniques des Aspais racontent qu'ils entrèrent en armes dans la vallée de Lavedan. Un abbé laïc employa contr'eux le secours de la magie. Les Aspais sont frappés près de St-Savin par l'effet du charme; ils demeurent immobiles, glacés et sans défense. Les habitants de Lavedan les massacrent de sang-froid. Le pape, instruit de ce crime, lance ses anathèmes sur la terre de Lavedan. L'effet en est aussi prompt et plus terrible encore que celui de la magie ; le ciel devient d'airain , la terre se dessèche , les animaux sont frappés de stérilité, et cette proscription s'étend jusqu'aux femmes elles-mêmes. Six ans s'écoulent et le fléau dure encore. Enfin, les habitants de Lavedan implorèrent la miséricorde du souverain-pontife; il se laissa fléchir et permit aux évéques de Lescar et de Tarbes de lever Tinterdit. Les deux évéques mandèrent dix députés de Ijavedan et dix d'Aspe. La paix fut jurée à perpétuité, et Tinfracteur fut dévoué à l'excommunication. On prescrivit aux habitants de Lavedan un pèlerin«ige de dix députés
au tombeau de St- Jacques, et ils furent eu outre oondamnés à payer annuellement trente sols Morlas au syndic d^Âspe. Cette dette est déclarée imprescriptible; le paiement doit être fait dansTéglise de St-Savin, le jour de St- Michel. Elst-il retardé ? les Aspais ont le droit d'arrêter un habitant de Lavedan sur les terres de Béarn et de le retenir jusqu'à ce qu^il ait acquitté la dette de son pays. Plusieurs arrêts ont maintenu ce droit. La composition pour un meurtre était, en Béarn, fixée à trois cents sols. L'intérêt de cette sooune, au denier dix , était trente sols; ainsi la rente imposée en faveur des Âspais était le prix d'un meurtre. Quelle pouvait avoir été l'occasion d'unequerelle entreles deux vallées? On l'ignore. Et l'on ne sait pas davantage quelle est l'origine d^un usage observé dans la vallée de Baretous.
Chaque année, le 13 juin, les jurats des sept communautés espagnoles de Roncal et sept jurats de Barétons avec un notaire, se rendent ciiacun de leur côté sur le sommet des Pyrénées au lieu nonmié Ama , lieu qui sépare le Béarn de l'Espagne. Tous sont armés de piques, et les députés des deux nations s'arrêtent sur leur territoire. Les Espagnols proposent aux Béarnais de renouvellerla paix. Les Béarnais y consentent et posent leurs piques sur la ligne de démarcation. Les Espagnols les placent en croix sur celles des Béarnais, et le fer est tourné vers le Béarn. Ensuite , Roncalois et Béarnais , tous mettent la main sur la croix formée par les piques. Le notaire Ut une formule de serment, et les députés de part et d'autre répètent cinq fois : « pats à baut^ paix à l'avenir, w Après ce serment, les députés se mêlent et se prient comme amis. Cependant on voit sortir