‹ Histoire de la Gascogne (volume 4)Chapitre 10 sur 33 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Le cMtê k Ginniftt répudie u (eime et épeon Hirie 4e leitpellier , — il bit la |iem tt celte k Feix , leit répdier lirie, la (éne i n retirer prêt ie lei père, et ea élifé le 11 rcpreién. — Ceatei de llsle-ieirdiii. — Gierre éei Teileisaiii iTee le Tieiate de Uaipe. — Érifiet de Lecteire. — Mirie tiit cesser m ■iriice avec le ceote de Genii|es. — Gastei , lîceite de Béan. — . ÉTè^ de Bayeiie.— lairie de Bayeiie.— ÉvèfMs de Dax,— d'Aire.— Bernrd de leitait, arderèfie d*Aieh.— I^ de l'hérésie des Alhi|eeis. — Bcnard de leilait est d^.

Les moeurs des chrétiens d'Occident s'ëtaient amollies au contact de la moUe Asie ; les guerres d'ailleurs et surtout les guerres lointaines poussent toujours à la licence. Enfin, Téglise, gardienne des austères prescriptions, ne pouvait se montrer très-sévère pour ceux qui allaient verser pour elle et leurs trésors et leur sang. On le sent, les foudres de Grégoire VII et de ses premiers successeurs durent plus d'une fois dormir durant les GrcHsades. Ajoutons, pour notre Midi, le voisinage des Musulmans dont les faciles harems se préuient aux caprices des passions. Ainsi s'exphquent ces divorces frëcpients dont l'histoire de cette époque attriste nos regards , contre lesquels Téglise protestait toujours et avec lesquels elle ne pactisait que lorsque l'inflexibilité de ses lois était sauvegardée. Bernard , comte de G)mminges, avait déjà eu un fils de G)ntors de Labarthej; mais ni le fils ni la mère ne purent fixer son cœur , et dégoûté de sa seconde femme encore plus vite que de la première, il prétexta une parenté éloignée et se pré-

238 BisToiaE

senta dans Téglise de Comminges au mois de noTembre 1197(1), G)ntors y parut de son o6të accompagnée de ses proches. Le comte établit devant Févéque que sa femme descendait de Brune de G)mmingeSf sœur de Roger, son trisaïeul. G)ntoi^ en convint en présence des siens , de tout le clergé et d^une multitude de peuple accouru au spectacle d'une épouse et d'une mère délaissée , et donna son consentement à la dissolution du mariage. L'évéque prononça la séparation, etFarchevéque d'Auch la ratifia sur-le-champ en sa qualité de métropolitain.

L'évéque de Comminges se nommait Raymond Arnaud (2). Il avait remplacé vers Tan 1 190 Arsias, successeur d'Arnaud Roger , dont le testament nous a été conservé. Celui-ci appartenait à la famille de Comminges et possédait avec son évéché Tabbaye de Bonnefond. Ces trois titres expliquent à peine l'immensité de ses legs {*). Au commencement de son épiscopal Raymond

(1) Dom Yaissette, toin. 3. L'Art de vérifier les dates.^(8) GaUia ChrUtiana,

(*) Nous apprenons par ce testament que sur la fin de ses jodrs, le prélat alla passer deux ans à Montpellier, et qu'il y dépensa 25 sols par jour; qu'il y acheta quatre mulets pour 1000 sols toumob, et deux palefrois pour 500 tournois; qu'il donna à R. de Glermont, sacristain de Magueloune, une mule qui valait 300 sols Ifforlas. A sa mort il fit les legs suivants : au Chapitre général de Giteaux, pour qu*on lui fit un service soleuoel dans tout l'Ordre, 2000 sols ; à l'abbaye de Fonfroide, 100; à Tillelongue, KO; à Bolbonne, 100; à Casers, KO; à Eulnes, KO; aux Dominicains, 400; aux Franciscains, KO; à Peyricias, 40; à Belleperche, KO;ÀGrandselve, 100;à Bouilhas, KO ; à Flaran , KO ; à la Case-Dieu, KO; à Berdoues, 100; à Boulau, KO; à l'Escalc-Dieu , iOO;àSarranco]in, 60; à U Bénédiction-Dieu, 100; à St-Laurent. 100; à Fabas, 100; aux Feuillant, 100; à cinq églises, 250; au\ Chanoines de 6t-Bcrtrand. la \aIour di? 3000; ,iui Clianoîn?6dL» Sl-Gaud?ns, 1500: à Mon^nnicr,

DE LA GASCOGHC. 239

Arnaud transigea avec Tabbesse de Fabas pour les dîmes dues à sou siège ; roais, en i 195, il se relâcha de ses droits et exigea pour toute redevance une livre de poivre pour lui , et une seconde pour le chapitre de St-Gaudens.

Stéphanie de Bigorre vivait encore; néanmoins ni les prélats ni le comte ne paraissent avoir songé à elle. Bernard avait porté ailleurs ses vues. Il était appuyé par Raymond IV, comte de Toulouse, son cousin germain, aussi inconstant ou plutôt aussi licencieux que lui. Conduit parce parent, accompagné de Tarchevéque d'Auch et des évèques de Comminges, de Toulouse et d'Agde, et suivi de quelques seigneurs, il se rendit peu de jours après à Montpellier et y épousa Marie (1), fille de Guillaume VIII, comte de cette ville, et veuve de Barrai , vicomte de Marseille. Guillaume constitua à sa fille deux mille marcs d argent (près de 200,000^), et Bernard lui assura pour douaire le château de Muret avec ses dépendances. Il fut stipulé que le fils qui naîtrait de ce mariage succéderait à son père dans tous ses domaines, et que s'il n'y avait qu une fille, eUe recueil-

1000; aai Cbapelains de son diocèse, 2000, en restitution de ce qu'il avait le?é sur eux injustement; à ses domestiques, 1000, à partager enUip eux selon leurs services; à un médecin, 60 sols. EnjQn, 2000 sols à Bonnefond pour que deux prêtres y célébrassent à perpétuité le St-Sacrifice pour le repos de son &me; 1000 aux FeoillaDS et 1000 à Monsaunicr pour une messe obiluaire à dire tOQS les jours. Après quelques autres legs, il établissait Dodon, son neveu, son héritier universel, et lui abandonna la terre de St-Frajou jofqa'À ce qu'il eût achevé de solder toutes les sommes léguées par le testament.

(l)Dom Vaissette, tom. 3. L'Art de vérifier les dates. Grands Officiers de la couronne.

lerait toute la succession paternelle, à rexceptkm da comté de G)iiiminges« Bernard ne se réserva que quatre châteaux pour en disposer en faveur du fils ipi'il avait eu de G)ntors. Le comte de Toulouse, Vital de Montaigu, et trois ou quatre autres seigneurs jurèrent les clauses au nom du comte de G)mminges. Kardievéque d'Auch et les évéques promirent de leur oAté d^excommunier le comte et de jeter Tinterdît «ur toutes ses terres , et Raymond s^engagea à venir Tattaquer à la tête de tous ses vassaux s'il n'ex^utait pas fidèlement ses promesses. G>mme s'il n'était pas assez de ces garanties , Hugues de Baux , Guillaume son frère et Arnaud d'Anduze se portèrent pour cautions du contrat. Toutefois toutes ces précautions ne devaient reof dre le mariage ni plus solide, ni plus heureux.

L'année qui le suivit, Bernard déclara la guerre à Roger Bernard, comtede Foix, occupé alors à combattre Armensol, comte d'Urgel (1). Cette dernière querelle, née à l'occasion de la limite des deux états, partaget toute la Catalogne. Le comte de Foix franchit les Pyrénées , désola le pays, assiégea et prit Ui^el , pilla la cathédrale, rançonna les moines qui la desservaient et laissa commettre à ses troupes d'horribles profanations.

Nous ignoroiis ce qui advint de sa lutte avec Bernard , comte de Comminges. Nous savons seulement qu'il s'aida contre lui des seigneurs de Gannae , avec lesquels il contracta une alliance offensive et défensive. Mais cette alliance lui servit assez peu , la guerre ayant fait place à une union si étroite , que Bernard réconcilia Raymond de Foix avec le comte de Toulouse

(i) Dom Vai«5etlo, lom 3.

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prêt à l^ttaquer pour quelques droits qu'il rédamait sur le château de Saverdun. Cette paix , en rendant le oomte de Gnnminges à ses foyers, le rendit à son inoonsttmce naturelle. Deux années ne s'étaient pas encore écoulées, et déjà son oœur se lassait delà jeune et belle Marie. Pour rompre ces nouveauxliens devenus chaque joor plus pesants, il recourut au prétexte qu'il avait invoqué contre G>ntors; mais Farchevéque d'Auch et Tévéque de Comminges, loin de lui prêter leur ministère, combattirent hautement son projet (1). Bernard descendit alors k la violence , et à force de brutalités il contraignit (1200) l'infortunée Marie a abandonner le Comminges et à se réfugier auprès de son père. Guil* kume prit en main avec chaleur les intérêts de sa fille; mais oonmie si tout devait être triste dans ce drame déplorable, en la défondant il obéissait non à sa tendresse, mais à un vil égoïsme et à un froid calcul. Bernard et Marie avaient renoncé au comté de Montpellier en faveur d'enfants nés d'une mère que Guillaume avait épousée du vivant de sa première femme. Le vieux père craignait qu'un divorce ne donnât à sa fille un mari moins généreux. De là l'ardeur qu'il mit à la faire rentrer dans le lit conjugal. Il s'adressa au pape et se plaignit à lui des tentatives de son gendre et des mauvais traitements dont il accablait Marie.

Le pape était Innocent III dont le dernier siècle n^avaitni su comprendre, ni peutrêtre osé apprécier (2) Faction sur l'église et la société , et que notre époque moins prévenue et plus juste commence à glorifier, à

(l)I>oiii ViisseUc, tom. 3. Guilloume de Puyinurens. (2) Paroles de M. Laorentie.

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l'égal des plus grands pontifes du calboUcisme^^ écrivit (1) aussitôt à Tarchevéque deNarbonne, i Févéque 'de G)mminges et aux chapitres d^Auch et de Toulouse dont les sièges vaquaient alors pour leur ordonner d'avertir le comte de G>mminges de reprendre Marie et de la traiter comme sa femme légitime. Il leur enjoignit de recourir, s'il le fallait, aux censures ecdésiastiques pour Yj contraindre. Bernard n'osa pas lutter contre Innocent, et obéissant à regret il rappela Marie et la garda tant que vécut GuiUaume. Cette double affaire avait été précédée d'une querelle plus vive encore avec Jourdain II , comte de l'Isle , auquel il réclamait les châteaux de Castéra, de Lasserre et de Monfiel avec le droit de guidage du chemin de St Jacques depuis Toulouse jusqu'à Auch en passant par AubieL JourdaÎD redemandait de son côté le château de St-Thomas. Ces prétentions diverses (2) amenèrent une guerre atroce et implacable, comme presque toutes les guerres de cette époque. Averti par la clameur publique, Raymond, suzerain des deux comtes, interposa enfin scm autorité. Il ordonna d'abord à Bernard et à Jourdain de poser les armes. Il les réunit ensuite à Verdun, dans le mois de janvier 1 191 , les fit désister de leurs demandes réciproques et leur fit jurer Toubli du passé en présence de Garsias , abbé de Crandsel ve , de Roger de Mongaillard et de Hugues de Ségouville ou Ségoufielle. La réconciliation n'était nullement volontaire. Les deux seigneurs avaient dû céder à la puissance de Raymond. Aussi, déclarèrent-ils n'agir ainsi qu'à la prière et par l'exprès commandement du comte de Toulouse.

(i) Lettre d'Innocent III. —(2) Dom Vaivsette, lom. 3,

DE Là gajsgogiib. 243

Jourdain acheta au mois de mars siÙTant, d^Âmaud de Montaîgu , son cousin , la moitié de la vicomte de Gimois (1 ), située sur les deux rives de la Gimonne. La vicomte entière avait été possédée avec la seigneurie de Verdun par Arnaud , frère d'E^rone , sa mère. Arnaud alla mourir en 1 163 dans le couvent de Grandselve ; mais avant de quitter le siècle, il partagea ses biens à ses trois fils , Bernard , Arnaud et Guillaume. Les deux premiers, dont Tun prit le titre d* Astafort, et Tautre celui de Montaigu, eunent le Gimoi& Verdun échut au troisième qui en garda le nom. Jourdain survécut peu à cet achat, si toutefois il n'est pas le même que celui qu'on a appelé Jourdain III , ce qui est très vraisemblable et ce qu'affirme dom Vaissette. Celui-cî avait épousé Esdarmonde, fille du comte de Foix. Il fit son testament (septembre 1200) du consentement de Raymond, comte de Toulouse, et donna à sa femme deux mille sols Morlas qu'il lui assigna sur le château du Thil. Il reconnut en outre lui devoir mille deniers Morlas, sept verres et deux coupes d'argent. Il légua à Escarone, sa fille, et à Ratier, son mari, neuf mille sols Melgoriens pour lesquels il lui donna en gage le château de Castéra. A sa fille Obice et à son mari Pel- 'fort il laissa six mille sols Melgoriens. Il institua pour héritiers ses trois fils (2), Bernard Jourdain , Jourdain et Othon. Bernard Jourdain eut pour sa part le comté de risle avec ses dépendances et le château de Castéra engagé à sa sœur Escarone. Il était chargé de marier Philippe, une autre de ses sceurs, et de la doter de cinq mille sols Melgoriens ; mais si cette monnaie était dé-

(I) Don VaisMtle, page ai. —(2) Ictem, lom. 3.

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prëciëe, il devait lui compter cent mares d*arge&t fin. Jourdain eut Launac avec quelques terres, et Othon Bernard deux châteaux et la moitié de la partie da Gimois qu'avait acquise son père ; l'autre moitié était partagée entre les deux aînés. Leur père établissait que désormais les filles n auraient point de part aux domai* nés de la maison de Tlsle, mais que leur dot serait toujours payée en argent L'acte fut signé par Raymond, comte de Toulouse , Bertrand , évéque d'Agen, Ray* mond Roger , comte de Foix , Othon de Montant el Isam de Verfeuil.

Bernard Jourdain n hérita pas de la haine de son père ou de son grand-père pour le comte de G)mminget. La réconciliation était complète au commencement de février 1207. Le comte deTIsle épousa alors Indie (i), sœur naturelle de Raymond YI et veuve de Guillabert de Lautrec. Indie se constitua en dot cinq mille sols Mdgoriens qu'elle abandonna à son mari en cas de survie, et Bernard Jourdain, de son côté, lui assigna un pareil douaire. Ce mariage eut pour témoins Bernard, comte de Comminges, Raymond de Rabastens, Jourdain de Villeneuve, Jourdain, frère du nouvel époux, Doat d'Allemand et Aymeric de Castelnau. Raymond n'eut pas plutôt vu sa sœur unie au comte de l'Isle qu'il s'éloigna de Toulouse et alla porter les armes snr les bords du Rhône. En partant pour la Provence , il laissa sans doute dans le Languedoc son beau-frère et Bernard de Comminges, car nous les voyons avec plusieurs autres seigneurs présider à l'accord passé à Toulouse durant le mois d'août suivant entre les consuls de

(1) Dom Vaisselle, tom. 3, p. 1K1.

DB LA OÀSCOGHIE. 245

cette tille et les consuls de Gihors. Les deux cités brouillées pour quelques difîérends s'étaient portées mutuellement à des excès que cet accord tendait à faire oublier.

La ville de Toulouse venait alors de faire sa paix avec Vésian (1), vicomte de Lomagne, etOdon,son fils. Ceux-ci avaient augmenté la leude ou impôt que les étrangers payaient à Auvillars. On se soumit généralement , mais de mauvaise grâce au nouveau tarif. Les marchands de Toulouse , plus hardis , ayant refusé de Taocepter, subirent des vexations. Les Toulousains se vengèrent sur les marchands de la Lomagne. D'autres sévices réciproques aigrirent les esprits et on en appela enfin aux armes des deux côtés. Le sort des combats parait avoir été favorable aux Toulousains. Leur armée^ commandée par les consuls , assiégeait Auvillars , lorsque le vicomte et son fils s'engagèrent à ramener la leude à l'ancien étaL A ce prix le passé fut oublié et la confiance rétablie. L'acte fut passé à Auvillars le lundi, 1 4 juin 1204 , en présence de Géraud, comte d'Armagnac, d'Odon de Lomagne son parent, de Raymond , ëvéque de Toulouse, de Bernard de Marestan, de Pierre Raymond, frère du comte de Toulouse, de Bernard Jourdain, comte de Tlsle, de Bernard d'Orbessan, de Pierre de Montbrun, de Jourdain de Villeneuve et de quelques autres seigneurs. Bernard d'Orbessan (2) composa aussi avec les consuls de tous les méfaits et de toutes les déprédations dont son père et lui avaient pu se rendre coupables à l'égard des habitants de Tou-

(I) Lafaille , Annales de Toulouse, Preuves, tom. 1, pag. 93 et «uif. — (2) Idem.

Iou6«, et s'engagea à vêler au secours de la ^iUe avec six chevaliers bien et dûment armés dès qull en serait requis. Pëlegrin de Legmond ou Leomond et trois autres seigneurs se rendirent garants de la parole de Bernard d'Orbessan.

Bernard II (1) occupait alors le siège de Lectonre. Plusieurs prélats s'étaient assis sur ce siège depuis Vivien, mort après 1 166 ou peut-être après 1 183 ; car vers cette époque une charte de Belleperche nous parle d'un En Besian, évéque de Lomagne , le même, pour ceux qui connaissent la langue Gasconne^ cpxe notre Vésian. Mais si la date est vraie, Vésian épuisé par rage s'était démis de son évéché. Il est cmain qu'en 1 1 70 il avait été remplacé par Bertrand de Montant, qui, ainsi que Garsias Sanche son successeur, n*a laissé que son nom dans quelques donations faites aux abbayes de Belleperche et de Gimont. Bernard est plus connu. Il s'attacha à la maison d'Aquitaine et parut à côté d'Aliénor , lorsque la princesse confirma en 1 197 les privilèges accordés par Henri II son mari et Bichard son fils au monastère de Sauve-Majeure. Il l'acoompagna deux ans après a Poitiers et fut témoin de quelques actes de souveraineté qu elle fit avant d'associer à son duché Jean-Sans-Terre, que la mort de Richard venait d'appeler au trône d'Angleterre.

Cependant Guillaume, comte de Montpellier, étant mort, Marie, sa fille, qui n'avait pu oublier ni Foutrage, ni les mauvais traitements de Bernard, provoqua à son tour son divorce. Elle prétendit n'avoir donné sa main au comte de G)mminges que malgré elle et sous la

(1) Gallia Chrûtianay Dutemps , Oihénart.

DE LA GASOOGHIB. 247

ificrenr des injonctions paternelles. Bernard appuya sa réclamation et prétexta, de son côté, qu^il n^avait pas été légitimement séparé de Stéphanie, sa première femme. n faisait encore valoir une double parenté naturelle et spirituelle au quatrième degré. Ces raisons furent admises (1) et les deux époux séparés canoniquement. Marie conclut presqu^aussitôt un nouvel hymen avec Pierre II, roi d^ Aragon, et le volage Bernard de son côté forma une quatrième alliance. Ils avaient eu deux filles : Mathilde qui épousa Sanche de Labarthe , vicomte d^Âure, et Péronelle ou Pétronille, mariée dans la suite au brave Centule II , comte d^Astarac.

Bien différent de son beau-père, Gaston de Béarn, en paix avec tout ce qui Tentourait, fît chérir son nom et conquit par un gouvernement doux et paternel le glorieux surnom de Bon, que lui décerna la reconnaissance de ses peuples. Mais sa bonté ne Tempéchait pas de réclamer ses droits dès qu^ils étaient méconnus. D'après la coutume du Béarn ou plutôt diaprés les lois de la féodalité, tous les seigneurs devaient trois fois Tan remettre leurs châteaux entre les mains de leurs suzerains. Cet usage prévenait les révoltes et assurait la suprématie. Raymond Garsie de Navaille^ voulut s'y •soustraire (2). Le vicomte de Béarn s'avança aussitôt en armes pour Ty contraindre. Des amis communs s'entremirent et Garsie se soumit. Il s'obligea à ne pas nuire avec son château à Gaston et à le lui remettre trois fois Tan. Dans le cas où il ne le rendrait pas, dès qu'il en serait requis , il consentait à être tenu pour parjure et

(I) Dom VaisscUc, tom. 3. L'Art de fériûer les dates.— (2} Marca, liv. 6, ch. 13.

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traître au vicomte , qui , s'il pouvait s'emparer da.ciâ» teau, oe serait plus obligé de le restiUKr ni à Garsîei ni à ses successeurs; mais aussi Gaston denrait garder le cbâteau sans j faire aucun dommage, et s'il refusait de le rendre il serait tenu pour parjure et Uakre à Garsie ; et si celui-ci pouvait le reoouTrer, il ne serait pas obligé de le livrer à Gaston ni à ses successeurs. Cent convention fut garantie par les seigneurs de GavasiOB, d^Âudouins de Lanusse, de Gerderest, de Domi^ de Cadelon, deCastetpujos, de Miossens, de Jassea, de Tan que, d'Eâpouy , de Bidouse, d*Arcisaii , de Lajs, de Montaner , d'Escot et de Miramont, qui tous s'oblige* vent à donner mille sols à la partie l&ée. Les lëmoîiis furent Guillaume de Cazenove , Arnaud de «Qarae, Nespa d'Aspe, Bernard d'Ouse, GttîBaujBe*B«ymond de Nay , N. d'Anicau , RajmoBd-Guillattme de Oiarrase et une foule d'autres. Gaston assiégeait alors le château de Miramont enlevé sans doute au aeigneor de ce nom qui parait dans cet accord , mais en %BOEe pour quel motif il avait entrepps ce âège.

Le reste de la Gascogne n'était pas pkis paisîUe; ATphonse-Ie-Noble, roi de Castille, y faisait la guerre â Jean, roi d'Angleterre, contre lequel il revendiquait sans doute cette province qui parait avoir été donDéeea dot à la jeune Aliénor, sa femme, fille d'Henri II et de la trop célèbre Aliénor d'Aquitaine. Ce qui nous le fait augurer, c'est que l'année précédente (26 octobre i 20é), Alphonse attira à St- Sébastien Gaston, vicomte de Béam, Géraud, comte d'Armagnac, Arnaud Raymond, vicomte de Tartas, et Loup Garsie , vicomte d'Orthe. Bernard, évéque de Bayonne, et Gaillard, évoque de Basais, y parurent aussi, et en leur présence le roi et sa

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femme (1) donoèrent quinze paysans à Téglise de Dax et à son évéque Fortaner, qu'ils qualifiaient du nom de leur cher ami. Alphonse prend dans cet acte le titre de seigneur de la Gascogne où il règne (*). Nous ignorons le succès de cette lutte dans laquelle les auteurs eqngnols, avec leur exagération ordinaire, ont vu une conquête armée»

L'évéque de Bajonne était encore Bernard de Lacanre. Aucun de ses successeurs n*a laissé plus de traces dans le cartulaire de la cathédrale. En 1 186, peu de mois après être monté sur son siège , il fit une transac- Cmmi qui adjugeait à son chapitre les deux tiers des biens et des revenus de son église, et des immeubles des chanoines, etkâ assurait le reste. Cet acte fut passé à Dax, •ous les auspices de Tévéque de cette ville , de Tarche- ▼éque d'Âuch et de Tabbé de Sordes. Deux ans plus tard quelques nouvelles difficultés s'étant élevées au Stt)et des nominaftions aux cures, Tévéque d^Aire se )oignit au métropolitain et k Tévéque de Dax, et adjugea avec eux quatre paroisses à Tévéque et trois au chapitre; oes trois dernières étaient Arsais, St-Jean-de" Lus et Anglet (2). Bernard de Lacarre transigea à la même époque avec les hospitaliers de St-Jean de Jérusalem au sujet d'un hôpiul que ceux-ci possédaient dans le bourg du St-Esprit. Au retour de la Croisade , il reçut de Raymond-Guillaume de Sault la confinnatien de tous les droits que Bertrand , vicomte de La-

(l)Marea,KT.e,cb. 13.

(*) Dcmhms Voicmim , et plus bas , E^ Alphonna régnons m Ca$taiaet Toiedo et m f^aseonià.

(2) Miniucrit d« Bayonne.

2 50 Huvoias

bour, ayaii jadis ooncëdés à Féglise de Bay^mne dam

toute retendue de la vioomtë.

Cettelibéralité fut Pacte suprême de la maison yioointale. EUle disparaît depuis , sans qu'on sache certai* nement ce qu'il adrint et d'elle et de sa vicomte. On soupçonne que celle-ci passa dans Içs mains du roi d'Angleterre, ou plutôt qu'elle se perdit dans le dudié d'Aquitaine. Du moins , en 121 5, Jean-Sans-Terre (1) accorda à Bayonne la faveur dont il avait gratifié pea d'années auparavant La Rochelle, et l'érigea en espèce de république, comme l'étaient en France Marseille et Montauban^ Il y établit un maire et cent pairs , dont douze seraient échevins et douze conseillers ou jurats. Les premiers étaient pris parmi les nobles et les bourgeois; les seconds appartenaient au corps des marchands, le reste pouvait être choisi parmi les artisans. Tous étaient élus librement chaque année; à eux apparte- - naientla justicecriminelle etla justicecivile. Seulement le roi se réserva le droit de choisir le maire sur tnHS candidats que la communauté lui présenterait. Ce magistrat recevait cent livres Morlas d'émoluments; mais comme on craignit plus tard la corruption ', les habitants arrêtèrent, en 1327, que les trois candidats après leur élection, et le maire après la confirmation royale, prêteraient serment qu'ils n'avaient point acheté les suffrages des électeurs ou le choix du prince.

Bernard de Lacarre termina un loùg différend que son église avait avec la maison de Bardos au sujet delà dime des landes de cette paroisse et de deux paroisses voisines. On convint de six arbitres auxquels fut ajouté

(1) OihéDart, pa^e tf45. Manuscrit déjà cité.

Dl LA^OASGOGMB. 251

un septième pour faire exécuter la sentence des autres. Le jugement rendu , le seigneur de Bardos renonça, à la Tue de toute la cour, au droit qu*il prétendait sur ces landes moyennant deux cents sols qu^il reçut L^é^éque recouvra plusieurs autres dtmes; celle d^Anglet lui coûta quinze cents sols et une rente de quatre deniers; encore fallut-il compter trois cents sols à un autre seigneur qui en possédait une partie. Ces transactions et ces privilèges furent confirmés par le pape Célestin IIL La bulle dénombre les biens dont jouissaient alors Févéque et son chapitre (*).

A la mort de Bernard de Lacarre, le siège de Ba jonne resta quatre ans sans pasteur, s'il faut en croire le manuscrit de M. Compaigne, qui attribue cette vacance à la guerre allumée entre les rois de France et d'Angleterre. Les chanoines, selon lui, craignant de déplaire à Tun ou Vautre des deux monarques, s^abstinrent longtemps de nommer ; mais leur choix s'arrêta enfin sur Arsinsde Navailles. Ainsi Font écrit avant lui Denis et Scévole de Ste-Marthe. Oihénart et les titres de la cathédrale se taisent sur cette double assertion, et placent après Bernard, Raymond d'Onzac, dont le pontificat commença le plus tard en 121 3.

Gaillard de Lamothe, évéque de Bazas (1 ), qui avait traversé les Pyrénées avec Tévéque de Bayonne, avait franchi aussi avec lui les mers et pris part à la Croisade de Richard-Cœur-de-Lion. Avant de s'embarquer il fixa à dix-huit le nombre des chanoines de la cathédrale. A son retour, il les enrichit des dîmes de Marim-

(*) Voir la note i2k la fin du toIuidc. (1) GaUia Ckristhma. L'Abbé Oreill;.

252 HISTOI&B ^

baud et de Préchac, et termina les différends qoi avaient régné entre ce corps et ses prédécesseurs. Cet accord fut suivi d'un second qui ramena la paix entre les chanoines de sa cathédrale et ceux du Mas-d^Agenais divisés au sujet de la possession de Téglise deCasteljaloux. Son amour pour la paix ne Tempécha pas de s^élever contre les exactions des anglais toujours porléi k traiter TAquitaine en pays oonquis. Ils d^uillaient les riches, maltraitaient les prêtres, preasoraîent le peuple. Gaillard frappa les coupsUes d'excommunication et suspendit ainsi leurs excès. Une.note ajoutée k la marge du livre rouge de Baa&as nous apprend qu'à la fin de ses jours Gaillard se démit de «on siège et alla prendre Thidnt rdigieux dans le monastère de k Couronne, diocèse de Limoges, où il mourut » odeur de sainteté le 1 5 juillet 1 21 4. La chronique Bazadoîse le fait remplacer par un Guillaume dont rexistencene repose que sur ce titre.

L'évéque de Dax, dévoué aux intérêts d^ Alphonse, avait déterminé ses ouailles à reconnaître ce prince pour duc de Gascogne, du chef de sa femme. Ainsi s'explique le titre de cher ami que lui donne le prince espagnol et la libéralité dont ii gratifia son église. Fortanier (1) mourut dans le mois de mars 121 5. U appartenait à une branche de la famille de Mauléon et était monté sur son siège en 1 1 99, après la mort de Jean de Caunar, ou plutôt Cauna, omis par Qihénart , et qui i peine sacré accompagna Richard dans la Palestine où il mourut. Jean avait remplacé Guillaume Bertrand , fils de Bertrand, vicomte de Labour et frère des vicomtes

(1) GaUia Ckristiana. Manuscrit de Dax.

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Pierre et Arnaud. Il fut d'abord abbé de la CagHote, d^où il fut ëlevé en 4 167 ou 1 168 sur le siège de Dax. Il ratifia la transaction passée entre son prédécesseur et le chapitre de la cathédrale, en signa une autre avec Vabbé de La Réole et reçut de trois seigneurs Béarnais nommés Baylens, Forcade et Cando, la dîme de Gistdtarbe. Il assista au Concile de Latran en 1 1 79, et en 1 193 à la confirmation des privilèges déjà accordés par son père à Téglise de Bayonne. Raymond de Sault, neveu du prélat, en les confirmant, cédait aux conseils de son onde. Guillaume Bertrand vécut encore quelques années. Rymer (1) le nomme parmi les témoins présentés par Jean, roi d'Angleterre, dans le traité qu il c<»clut en 1202 avec le roi de Navarre. Le nécrologe de Dax ne le fait mourir que Tannée suivante; mais, ou ces dates sont erronées , ou Bertrand avait abdiqué avant la Croisade.

Enfin, révéqued'Aire étaitceGuillaume Bernard (2) que nous avons rencontré à la naissance de Thérésie des Albigeois. On croit qu'il mourut vers Tan 1 192. L'Ordre de Prémontré faisait depuis près de cinquante ans Tomement du diocèse d'Aire. On jeta les yeux sur Martin, abbé de la CasteUe, pour succéder à Guillaume Bernard. Cet abbé était réformateur apostolique des mmiastères de la province. Ses lumières, son asèle et plus encore sa piété avaient attiré sur lui les regards du souverain pontife , qui ne tarda pas à lui donner cette hante marque de confiance. L'église d'Aire avait besoin d^un prélat semblable; mais malheureusement

(1) Actes d'ÀDgleterre, tom. 1. — (2) Manuscrit d*Aire , Gallia Ckriêfkma.

elle le perdit trop tAt, car ëlu eh 1 194,11 descendit dans la tombe en 1199. Hugo donne une autre ëpoquea son élection et à sa mort: il met la première en 1 188, et recule la seconde jusqu'en 1208. Martin avait fait briller tant de vertus qu'on alla chercher son suœesseur dans son Ordre, et qu'aussitôt après ses obsèques on nomma d'une voix unanime Vital d' Albret , abbé d'Arthous, qu'on dit appartenir à l'illustre famille de ce nom, mais qui vraisemblablement était simjdement né dans le lieu d' Albret (*). Oihénart assure qu'ail vivait encore en 1211. 11 mourut le 28 avril suivant le nécrologe de St-Sever.

Le métropolitain de tous ces prélats, Bernard de Sérillac, survécut peu au refus qu'il avait fait de servir les caprices licencieux du comte de Comminges. H mourut à la fin de cette même année ou au commencement de la suivante, et fut remplacé par Bernard de Montant que les auteurs de la Gaule Chrétienne ontconfonduavecleprécédent, etquedom VaiasetieCl), par erreur aussi, nomme Bernard de Labarthe. Il ne fut pas plutôt intronisé qu'il reçut deux brefs d'Innocent III. Le Midi s'agitait, sourdement travaillé par le levain des plus monstrueuses erreurs, et sous cette fermentation de graves abus s'étaient introduits dans le sanctuaire. Des clercs avides se jetaient sur les bénéfices comme sur une proie et les accumulaient sur leurs

(*) Quand l'usage des noms particuliers sMntroduisît en Europe , «es hommes de lettres et les religieux tirèrent les leurs) des lîeoi d^ leur naissance, les seigneurs et les nobles de leurs Gefs, les bourgeois et les gens du peuple des qualités ou des défauts de leur eorpi ou de leur esprit. Vital suivit sans doute la loi commune.

(1) Tom» 3, p. 205.

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tètes. D^autres ne pouvant les obtenir des prélats ecclé-^ siastiques allaient les demander aux puissants du siècle et s^en mettaient en possession à main armée. Le pape engagea Bernard à avertir les coupables et à les suspendre s^ils résistaient à sa voix. Uarcbevéque se montrait alors digne de la confiance du souverain pontife; du moins paralt-il avoir déployé quelque zèle. Il se joignit plusieurs fois! ses sufTragants, et écrivit à leur tête (1) à Innocent pour Tinformer des progrès que lliérésie faisait autour de lui. Le pape lui répondit; il l'exhortait k employer tous les moyens quHl jugerait convenables pour extirper Terreur, et lui ordonnait de frapper des foudres de Téglise non seulement les hérétiques, mais encore ceux qui avaient quelque commerce avec eux. Si Fautorité de Téglise était méconnue, Innocent III voulait que les évéques appelassent à leur secours le bras séculier.

Mais que pouvaient contre un mal qui débordait de tontes parts la parole et les actes d^un pontife dont les exemples poussaient à la licence, du moins s'il faut en croireses accusateurs? Aussi, Terreur faisait chaque jour de nouTeaux prosélytes. Raymond VI, comte de Toulouse, dont elle favorisait le hideux libertinage, la prot^eait hautement. Roger, comte de Foix, séduit dans une conférence à Castelnaudary, en avait adopté ouvertement les principes. La vie du comte de Comminges appartenait naturellement à la nouvelle secte ; la noblesse était gagnée; le haut clergé lui-même hésitait, et comment se fût-il prononcé avec ardeur , les mœurs d^un grand nombre de prélats n'étant rien moins

(I) Dom Drugelles. GaUia Chrittiana.

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qu^eitemplaires. Les premiers légats da saint-si^ avaient été peu écoutés. L'un d'eux, Pierre de Castdnau, venait même de tomber sous le fer d'un assassin. Dansées déplorables conjonctures, un remède extrême pouvait seul sauver la foi et avec elle la civilisation. Innocent ne balança ps à y recourir : il publia une Croisade, et exhorta le roi de France et ses prindpaox vassaux à prendre les armes pour extirper les Hérétiques de la province.

Raymond, comprenant que Torage allait tomber sor sa tête, envoya ( 1 ) aussitôt à Rome Bernard de Montant, archevêque d'Âuch, et Raymond de Rabastens. Un historien anonyme leur adjoint Tabbé de G>ndom, le prieur des hospitaliers de StrGilles, et Bernard, seigneur de Rabastens, frère de Tévêque Raymond. Les deux premiers étaient entièrement dévoués au comte, mais leur choix dut surprendre Innocent. Raymond, repoussé d'abord du siège de Toulouse, puis sacré, avait été déposé presqu'aussitôt, et Tarchevêque, par sa conduite scandaleuse, avait forcé son chapitre à se plaindre au saint-siége et à demander sa déposition. Néanmoins le pape les admit à son audience , les écouta favorablement et fit répondre au comte que puisqu^'il se soumettait à toutes les ordonnances de Téglise, il acceptait ses sentiments et promettait de Tabsoudres'il prouvait son innocence.

Cependant les Croisés avaient franchi la Loire, conduits par le duc de Bourgogne et les comtes de Nevers, de StrPaul et de Montfort On comptait encore dans leurs rangs Guy de St-Paul et Enguerrand de Coucy, sans y comprendre les archevêques de Rheims, de Sens

(i) Dom VaisMlte, lom. 3, p. 20IJ.

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et de Rouen, six ou sept ëvéques et un grand nombre d^abbës suivis de leurs vassaux. A leur approche , le faible et hypocrite Raymond, non content de s'être soumis à une expiation humiliante, courut se placer sous leurs drapeaux ; mais bientôt désertant leur camp , il passa du côté des Albigeois et s'en déclara le chef. Autour de lui vinrent se ranger (<) les comtes de Foix et deComminges, et les vicomtes deBéarn etdeLomagne à la tête de presque tous les nobles de la Gascogne ; tandis que lecï>mte d'Astarac, fidèle à son passé, portait son épée aux défenseurs de la foi. Seul, le comte d'Armagnac, moins belliqueux ou plus prudent, attendit pour se prononcer Fissue des combats. La lutte devint alors plus vive et plus tranchée: nous ne la retracerons pmnt ici ; on combattit presque toujours au delà de la Gascc^ne. D'ailleurs , les documents de l'époque nous paraissent singulièrement empreints d'une partialité qu'ont partagée à leur insçu peut-être la plupart des historiens. Eki les parcourant, on le sent bien vite, la religion ne fut souvent qu'un prétexte, ou du moins à son impulsion vinrent se joindre les rivalités nationales. Le Nord se ruaitsur le Midi, et leMidi repoussaitle Nord. Cest là, dit un historien moderne (2), ce qui révèle le secret des excès épouvantables qui furent commis de part et d'autre. Ce n'était point une religion toute d'amour et de douceur qui donnait le signal des combats et des supplices, mais bien les haines héréditaires qui portaient pour ainsi dire un peuple à dévorer un autre peuple. Avouons-le aussi : les légats du ppe, témoins

(1) Dom VaisseUc. TArt de vérifier les dates. Grands Officiers de la couronne. — (2) Ilistoire de France, par Âmédée Gabourd^ lom. 2. //. 17.

des atrocités commises parles Albigeois et des fiouffran* ces inouïes éprouvées par les fidèles, entourés d*autds détruits , d'églises livrées aux flammes , de martyrs ou de confesseurs saignants, mutilés et égorgés, de cloîtres souillés par le meurtre , de lieux saints épouvantés par les sacrilèges , ne surent point assez se défendre de rhorreur que tant de crimes leur inspiraient. Us se laissèrent trop aller à tolérer d'affreuses représailles, à fermer les yeux sur d'immenses massacres, sur des exterminations dont le souvenir nous glace d'effroi, et durant lesquelles on fit trop petite la part de la pitié et de la miséricorde, et trop grande celle de la rigueur et de la colère. Ces mêmes légats, comme poiur s'étourdir et se justifier , trompaient le pape et ne lui faisaient pas connaître les malheurs de cette guerre. Toutefois, lorsque de loin en loin la nouvelle de ces excès parvenait à Innocent, il adressait à ses légats de sévères réprimandes; il ouvrait ses bras aux hérétiques et se prétait à leur repentir souvent peu sincère; mais le glaive était sorti du fourreau et la querelle ne devait s'éteindre que par la lassitude des parties.

Navarre, évèqucde Couserans,un des l^ats, mourut au commencement de la Croisade et échappa ainsi aux reproches qui pèsent sur la mémoire de ses collègues. Il était fils (i) de Raymond Arnaud, vicomte de Dax, et de Stéphanie , fille ou sœur de Centide , dernier comte de Bigorre. Il se voua au cloître, embrassa l'institut de Prémonlré et devint abbé de Combelongue d'où il fut élevé sur le siège de Couserans. Le pape l'honora de sa confiance ; il la méritait par un zèle qui

(1) Gallia Chrittiana. Oihi'nart.

ne se dëmentit jamais et qui lui attira la haine des jsectaires. Odon de Montëgut se déclara contre lui; mais après de nombreuses usurpations et d'odieuses violences, il rentra en lui-même , donna quelques vignes en réparation de ses nombreux méfaits, et jura de défendre jusqu'à son dernier soupir le prélat qu'il avait longtemps poursuivi.

Vital, fils d'Odon (<), parut d'abord hériter de ses sentiments ; mais bientAt irrité d'un léger refus qu'il avait reçu du prélat et excité par le comte de Comminges, il menaça publiquement Navarre de lui couper la tête et attaqua la ville de Couserans durant la foire qui se tenait aux environs de la Toussaint , frappant , pillant, amenant tout ce qui tombait sous sa main. La multitude fuyait éperdue devantsa lance. Danscetteprécipitation, plusieurs se jetèrent dans la rivière et vingtsept personnes y perdirent la vie. Outre ce malheur , Couserans eut encore à déplorer des dommages qui s'élevèrent à plus de cinquante mille sols. Après ces excès, Vital leva entièrement le masque et embrassa hautement l'hérésie. Navarre ne vit pas la fin de ces scènes déplorables; il mourut durant la Croisade et fut remplacé par Sanche dont le nom a été omis dans la Gaule Chrétienne. La présence des Croisés ramena Vital et le comte de Comminges à d'autres sentiments; ils demandèrent à entrer en composition, et choisirent pour arbitres les évoques d'Agen et de Comminges qui les condamnèrent et adjugèrent au successeur de Navarre la ville entière de Couserans et quelques moulins, cause ou prétexte de tous ces mouvements. L'évéque

(1) Gallia Christiana, intimmentaj page 185.

de G>mimnge6 , que nous trouvons ici , se nommait Grimoal; il avait succëdé à Garsias Delort {deïiorto) que le chapitre d^Aucli venait de placer à sa tête.

Les plaintes s'étaient multipliées contre Bernard de Montant. Vainement, pour apaiser son chapitre et loi témoigner son attachement comme porte la charte , le prélat lui avait abandonné (1) la chapellenie de Tlsle d'Orbessan, maintenant de Noé ( 1 6 mai 1 2 1 2), en présence des archidiacres Odon de Ferrabouc, Hugues de Pardaillan, Guillaume de Rouede et Guillaume-Raymond de Logorsan. Plus vainement encore avait-il espéré endormir la vigilance d'Innocent en paraissant au Concile de St-Gilles. Le chapitre poursuivit sa déposition, et le pape écrivit à Tarchevéque de Bordeaux, à Tévéque d'Agen et à labbé de Qairac que jugeant Bernard impropre à gouverner son église, il Fa engagé plusieurs fois à abdiquer sa dignité et lui a fait réitérer ses instances par ses légats ; que ceux-ci n'ayant pu rien obtenir, l'avaient plusieurs fois cité à leur tribunal, mais que non seulement l'archevêque ne s'était nullement mis en peine de comparaître , mais qu^excommunic par l'archevêque de Narbonne, il avait continué d'exercer ses fonctions. Innocent (2) ajoutait qu'on lui reprochait de favoriser, de receler et de nourrir les hérétiques ; qu'on l'accusait de dilapidation, de simonie, de prjure et d'un libertinage poussé jusqu'à l'inceste. En face d'aussi graves accusations confirmées presque par un silence obstiné, le pape avait jugé à propos de le suspendre. Après la suspense il les chargeait d'infor-

( 1) Dom Brugelles, Manuscrit da Séminaire. — (2) Lettres dlnnoccnt III, liv. % Ictt. 32, liv. 4, lett. 5. Manuscrit de M. d'Âignan.

DE LA. GASGOGME. 261

mer exactement S^il se présentait des accusateurs qui convainquissent Bernard de quelque crime , il letur ordonne de le déposer sur-le-champ et de lui faire donner un successeur par son chapitre ; mais que si personne ne se présentait pour sout^r devant eux les griefs qu^on lui imputait , il veut qu^ils lui donnent, selon les canons, la facilité de se purger avec la cinquième main, c^est-à-dire par son serment et par le serment de cinq de ses sufîraganta. Le pape observait en finissant que le saint^^iége ne pouvait résister plus longtemps à la clameur publique , et statuait que si Bernard ne s'était point justifié dans le délai d^un mois , il fut déposé de nouveau et sans retour.

Rien ne prouve que Tarchevéque ait cherché à se laver de tant d'imputations. Peutrétre ne trouva-t-il point parmi les sufTragants cinq mains qui voulussent se lever en faveur de son innocence. Dans ce temps de fm ardente et en présence des bataillons armés pour la défense de la religion véritable , des ecclésiastiques et des évéques surtout devaient craindre de s'associer à un fauteur d'hérésie. Aussi, le chapitre procéda à une élection nouvelle, et son choix tomba sur l'évéque de Comminges.

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