CHAPITRE IV
Testinciit de Gmllame , Tieoite de Bto. — Harii|es mmh de PétraiUe, chh teste de Bîgorre. — Mort de rmbeTèqne d*Anil. — Seonimi et nri di Mie de ritle-JoBrdiio. — SeBmittion du eoMte de Teileue ,^ dn eeite de Veix »— do eoMle d'Aslarte. -^ Mort de Gnilltue, Ticeite de Béam. ^ Séfirité de Boson de Mitlts, eoMte de Bigorre. — ETêqQes d*Aire, — de LeKir. — BUUbunent de l'Iiiptition. — Grimoal , éTiqne de Gonuigei. — Mert dei ceiilei de Foix, — de Gonninges , ^ de risle4ovdaii , — di eoate d*Attine, — k rireheTè(ioe d*Aoeli*
Cuillaume^Rayinond n^avait pas aœompli son voyage d'outre-mer, lorsqu'il fut appelé à succëder à son frère. Les.divisiovs qui réloignèrent quelque temps du Béarn et, quand il j eut été reçu, les soins qu'il se donna pour recueillir les coutumes et établir la législation , ne lui permirent guère de l'exécuter. La mort le surprit à Oleron. Â ses derniers moments (1), cédant aux conseils deGarsias, archevêque d'Âuch, d'Âmaud-Goillaume de Biran, évéque de Tarbes, et de Pierre de Cluny, il abandonna aux Templiers , en compensation de son pèlerinage, la terre de Mazères où s'élevait jadis un magnifique château. Il en réserva seulement les dîmes pour Tcglise d'Auch et le péage qu'il affranchit de tout droit. Il supprima aussi le péage de Manciet et assura sur ses ferres le libre et paisible passage des voyageurs. Il donna à l'archevêque d' Auch , Ekiuze et Dému , en nantissement de neuf mille sols Morlas que lui avait
(1) Marca, liv. 0, ch. 28. Gallia Christiana.
prêtés ce prélat ou son prédécesseur. U affecta au paiement de ses autres dettes les revenus que produiraient ses terres jusqu'à l'arrivée de son fils Guillaume; et lorsque son fils aurait pris possession du Béarn , la moitié de ses revenus devait être employée au même objet Ses dettes payées, cette moitié devait être pendant doux ans convertie en aiunônes. Ses vassaux ne furent pas plus oubliés que les voyageurs et les marchands. Le vicomte voulut assurer leur tranquillité, et signa avec les comtes d'Armagnac et de Bigorre une trêve de cinq ans que Tarchevêque d'Auch et Tévêque de Tarbes se chargeaient de faire accepter. Enfin, il nomma les deux prélats ses exécuteurs testamenuires et leur adjoignit R. G- de Navailles, J. Od. d'Andouins, G. A. de la Gingue et R. A. de Coarase. Il leur confia Tadministration de sa terre jusqu à l'arrivée de son héritier. U leur ordonna néanmoins de conserver les gouverneurs actuels de tous ses châteaux. Ce testament est du 1 7 février 1223. Le vicomte de Béarn ne laissait qu'un fils, Guillaume de Moncade, jeune et brillant seigneur mêlé aux guerres civiles qui désolaient TAragon sous la minorité du roi Jacques.
Arnaud-Guillaume de Biran qui avait recueilli les derniers soupirs de Raymond-Guillaume, ne lui survécut que quelques mois. Il fut remplacé pr Amanieu ou Emmanuel de Gressignac, de la noble famille de ce nom (1). Amanieu était né à Rioms, petite ville du Bordelais sur les rives de la Garonne, et avait été attaché à Téglise d'Angoulême , dont il était devenu le doyen , lorsqu'il fut élevé le <" juin < 224 sur le siège de Tar-
(1) GaUia Christiana. Dom Brugelles.
bes. Le.prédécesseur d^Âmanieu vit, ayant de descendre dans la tombe , Pétronille de Bigorre passer dans les bras d'un quatrième mari, quoique le second vécût encore; mais ce mariage dura encore moins que le précédent. Aymar de Rançon , ainsi se nommait le nouvd époux, et Nugnos, moururent presqu^àla fois, et Pétronille, toujours volage, contracta une cinquième alliance avec Boson de Mastas ou plutôt de M attas , sei. gneur de Cognac en Angoumois.
La lutte avec les Albigeois s'était affaiblie; le saintsiége en hâtait la fin , mais les Conciles de Montpellier et de Bourges ne paraissent pas avoir secondé ses desseins. L'archevêque d'Auch avait pris part à Tun et à l'autre ; il mourut en odeur de sainteté peu de temps après le dernier (22 mars 1 226) et fut enterré au monastère de la Sauve-Majeure (1). Sa modération et son humanité égalèrent sa piété et son zèle. Magré la haine qui divisait les esprits, les deux partis honoraient également sa haute vertu. Il eut pour successeur Amanieu de Gressignac, qui, lui-même, fut remplacé à Tarbes par Hugues de Pardeillan. Celui-ci eutpresqu*aussitôt une querelle avec Tabbé de la Case-Dieu, au sujet du patronage de Tcglise de Ste-Quilterie de Rive-Haute (depuis Plaisance). Odon deLavedan, pris pour arbitre, jugea en faveur de Tabbé et la querelle cessa ; celle des Albigeois se réveillait alors. Louis VIII accourut avec une armée nombreuse. Bernard VI , comte de Comminges, voulut conjurer l'orage : il se rendit (2) au camp d'Avignon , fit sa paix avec l'Eglise , mil sa per-
(1) GcUlia Christiana. Dom Bruge)Ies. — (2) Registres de la couronne de France.
sonne et ses terres à Tentière disposition du roi , lui fit hommage lige, s'engagea à Taider contre tous ses ennemis etàattaquerlecomte de Toulouse. PonsdeThesan, Pierre-Raymond de Comeillan (^), et quelques autres seigneurs imitèrent sa conduite et prêtèrent le même serment Après la prise d^Avignon, le prince s'avança vers Toulouse.
Le danger était trop voisin. Jourdain, comte de ITsle, dut plier aussi (2); il fit sa soumission entre les mains de Tabbë des Feuillans ; il mit sa personne, ses barons, sa ville de Tlsle et toute sa seigneurie à la discrétion du Yice-légat du saint-siége, et s'engagea par serment à se présenter devant le cardinal pour répondre touchant les griefs qui avaient attiré Texcommunication sur sa tête. Pour gage de ses sentiments il remit Jourdain, son fils aine, au comte de Gomminges qui devait le garder au nom du roi de France et du légat. Cette soumission eut lieu dans Téglise de St-Marlin-de-risle , le 26 septembre 4226. Bertrand Jourdain, seigneur de Launac, frère du comte, B. de Marestang, G. de Merens, Odon de Pressac et une foule d'autres seigneurs se soumirent en même temps que Bernard Jourdain. Une vieille amitié unissait le comte de Tlsle avec le seigneur de Marestang; un double mariage devait resserrer cette amitié (3). Mascarose deTIsle était promise au fils aîné de Marestang, et la sceur de celui-ci devait épouser le fils aîné du comte. Le premier mariage n'eut point lieu. Mascarose s'allia avec Guillaume-Bernard de Lavaur. Les deux maisons n'en restèrent pas moins unies, et
(1) Goillaume de Puylaurens. Dooi Vaissettc.— (2) Id. — (3) 14.
294 histoihe
un an après les noces de sa sœur, Bernard Jourdain III
épousa la jeune Âuglësie de Marestang.
Le vieux comte survécut peu à Thommage prêté au roi de France. Il fit (1) son testament dans le mois de mars 1 228 , après s'être donné au monastère de Grand- Selve où il élut sa sépulture {*). Il légua a Bernard Jourdain III, son fils aîné, le comté de Tlsle et les châteaux de Merenville et de Castéra , et à Jourdain , son second fils , Montégut et Leguevin avec tout ce qu'il possédait dans le Gimois et sur la rive droite de la Garonne. Il destina Tenfant que sa femme portait dans son sein à être chanoine régulier de St-Etienne de Toulouse, si c'était un garçon, ou religieuse de lapinasse, si c'était une fille, et dans ce cas elle devait apporter à son couvent trois cents sols Toulousains» Enfin , A plaça ses enfants et ses biens sous la tutelle d'Indie, sa femme, à laquelle il assura dix mille sols Toulousains qu'il lui avait promis pour douaire. Bernard Jourdain II mourut peu après ce testament, et Indie ne tarda pas à mettre au monde un fils qui reçut le nom de Bertrand et fut voué aux autels suivant les dispositions testamentaires de son père. On l'agrégea au chapitre de la cathédrale de Toulouse, dont il eut plus tard la prévôté et dont il occupa enfin le siège (2).
Roger-Bernard de Foix, plus fidèle que les autres comtes de la province, loin d'abandonner Raymond de Toulouse, se ligua (3) plus .étroitement avec lui, et dans
(1) Archives de Montpellier, Preuves, 272.
(*) En demandant un tombeau à Grand-Selve , il lui laissait son cheval; aux Chevaliers du Temple de Toulouse , il laissait ses harnais et ses armes , mea munimina , et à Tabbaye de Gimont son mulet
(2) Gallia C/imtiana.— (3) Marca, liv. 8, ch. 21. Dom Yaissette, tom. 3.
œ traité passe à Toulouse le 30 septembre 1226, Roger-Bernard et Raymond s'engageaient en présence de Bernard de Montant et de Pons de Villeneuve, à ne oondure ni paix ni trêve avec le roi de France et ses alliés sans leur consentement mutuel. Ils attendirent Téloignement de Louis (ju'un mal secret poussait vers la tombe. La guerre se réveilla alors , et après des succès divers où des pertes momentanées avaient été compensées par des avantages durables , et quand tout pouvait lui faire espérer un triomphe définitif, Tinexplicable Raymond abjurant tout son passé, signa le 12 avril 1 229 le traité le plus humiliant ( 1 ) qu'un prince eût pu signer même après une entière défaite.
a II sera désormais fidèle et obéissant à FÉglise et au roi; il combattra les hérétiques et en fera prompte justice; il protégera les églises et les rétablira dans leurs biens et leurs droits; il prendra la croix et passera cinq ans dans la Terre-Sainte ; il rendra son amitié à tous ceux qui ont fui ses drapeaux pour s'enrôler sous les étendards de Monfort ; il fera démanteler Toulouse et trente autres places parmi lesquelles sont désignées Verdun, G>ndom, Auvillars et Launac ; il prêtera ser-> ment de fidélité au roi et se faira son homme lige. Il ajoute : le seigneur roi ayant égard à notre humiliation et dans t espoir que nous persév^érerons dans notre déuouement pour t église et dans notre fidélité à la couronne^ voulant nous faire grâce^ donnera notre fille que nous lui délivrerons en mariage à un de ses frères.
(1) GoiUâume de Puyiaurens. Alber. chroo. On trouve ce traité dans dom Yaîssette, tom. 3, Preuves, page 329, et dans le P. Labbe, ColUet, Conc.y tom. Jl, page 415.
Jeanne, ainsi s^appelait la jeune princesse, ama pour dot tous les domaines du comte de Toulouse ; son père n*eii gardera que 1 usufruit avec la propriété de quelques domaines de TAgenais, du Rouergue, du Querci et dWe partie deTAlbigeois, et si Jeanne meurt sans enfants, ses biens resteront au roi lors même que le ocxnte aurait d'autres enfants. Raymond entretiendra à Tonlouse quatre professeurs de théologie pour instruire ceux qui voudront étudier les questions qui <mt si longtemps armé ses peuples {*), Enfin, il fera la guerre ans seigneurs de Languedoc qui refuseront de se soumettre au légat et même au comte de Foix. » Et comme si ce n'était pas assez d'humiliations entassées dans une transaction, il souscrit à ce que ses vassaux soient dâiésda serment de fidélité s'il contrevient à quelqu^un des articles.
Tel était le traité mmtié religieux et moitié pcditique imposé par la reine Blanche de Castille, nommée régente à la mort de Louis VIII. Sous la destruction de l'hérésie se cachait la destruction d'une vassalité formidable à la couronne. L'impartiale histoire loue et bénit la main ferme et habile qui étouffa des principes subversifs de toute société et sut faire tourner les circonstances au bien de l'État, mais elle doit flétrir le cœur lâche et couard qui signa la déchéance de sa race et
(*) Il s'engageait à payer quatre mille marcs d'argent pour entretem'r pendant 10 ans quatre maîtres en théologie, deux endroit canon, six maîtres ès-arts et deux régents de grammaire. Ces sciences continuèrent à y être enseignées après les 10 ans. On y ajouta dans la suite des professeurs en droit civil et en médecine, ce qui forma les quatre Facultés dont se composait T Université de Toulouse avant
DB UL CASCOGNB. 297
abandonna à une fiimille étrangère le noble et brillant héritage que lui avaient transmis une longue suite d^aleux. Guillaume de Puylaurens, chapelain du comte, observe que lors même que son maître eût été fait prisonnier dans une bataille , une senle condition de ce traité dût été plus onéreuse que la plus grosse rançon- Le lendemain, Raymond entrait dans la cathédrale de Paris , nu-pieds , en chemise et en haut-de-chausses pour aller faire amende honorable. Cétait un spectacle digne de compassion, dit encore le désolé chapelain, de voir un si grand homme , après avoir résisté k tant de nations , s'avancer ainsi jusqu'aux pieds des autels. Après la cérémonie , il alla se constituer prisonnier au Louvre jusqu'à ce que les murailles de Toulouse fussent détruites.
Raymond essaya d'engager le comte de Foix à imiter sa soumission ; mais sa voix ayant été méconnue , il se jeta sur les états de son plus fidèle allié et en conquit une partie (1 j. Cette aggression fut snivie d'une plus redoutable encore : Matthieu de Marli ,• lieutenant du nn s'avançait à la tête d'une armée vers le pays de Foix. Incapable de résister plus longtemps, Roger-Bernard alla à sa rencontre jusqu'à St-Jean-de- Vergés ( 16 juin 1229) et se soumit sans réserve aux vdiontés du roi et du vice -légat qui accompagnait Matthieu de Marli. Peu de mois après , il s'achemina vers la cour où il termina sa réconciliation (2). Le roi, pour le dédommager des pertes que lui avait fait essuyer Raymond, lui assigna mille livres de rente sur quatre
CI) Guillaame de Puylturens. Dom VaisseUe.— (2) Les mêmes. L'Art de vérifier les dates.
OU cinq terres du Carcasses. Raymond ne tarda pas de lui rendre lui-même ce qu'il lui avait enlevé. Cëtait encore payer assez peu tous les services que les comtes de Toulouse avaient reçus de la maison de Foix.
Le comte d'Astarac, mieux conseillé que Roger- Bernard, n'osa pas trop compter sur la reconnaissance de Raymond. Après sa délivrance il sentit le besoin d'expier sa courte participation à la cause des hérétiques en allant combattre les Infidèles. Avant départir, il prit le bâton de pèlerin à Berdoues et déclara franches toutes les terres qu'il avait données à ce monastère. Cette expédition dura peu. En 1229, voyant Raymond disposé à faire son accommodement avec la couronne de France, il le prévint et fit (1 ) sa soumission particulière. Le roi connaissant sa bravoure , voulut l'attacher à ses intérêts et lui donna en fonds mille livres de rente qu'il promit de lui assigner sur l'Âgenais , lorsqu^il aurait conquis ce pays sur Raymond. Il stipula seulement que Centule l'aiderait dans cette entreprise à la tète de neuf chevahers. En attendant cette conquête, il le gratifia de cent marcs d'argent que le sénéchal de Carcassonne devait lui payer tous les ans.
Raymond se montra d'abord piqué de cet accord et surtout de la précipitation qu'y avait mis Centule; mais il ne tarda pas à s'apaiser , et pour reconnaître tout ce qu'il devait au comte d'Astarac , il lui donna (2) ce qui appartenait à la maison de Toulouse dans les châteaux de St-Orens, de Caussens, de Béraut, de Caulason et de Francescas , et y ajouta ce qu'elle possédait dans le
(1) Registres de la couronne de France. Dom VaisseUe. — (2) L'Art de vérifier les dates. Dom Vaissette.
DE LA CÀSGOGNB. 299
Fimarcon, sans compter le château du St-Puj dont il Tavait déjà investi. Au prix de ces concessions, Centule lui renouvela l'hommage de sa vassalité.
Pendant que les comtes de Foix et d'Âstarac déposaient les armes, Guillaume de Moncade, vicomte de Béam, toujours mêlé aux luttes de la Péninsule, trouvait une mort glorieuse au sein des combats. Il s'était montré un instant en deçà des monts , en i 228. Par un acte daté de Capsius, (1) il fit hommage au roi d'Angleterre pour ses terres de Gascogne, et pour le Marsan, le Bruillois, Eauze et Manciet II retourna bientôt en Aragon et prit part à la conquête de Majorque. LJexpédition réussit , mais Guillaume y perdit la vie. Sa mort fut vivement sentie par Tarmée qui lui fit de magnifiques funérailles , et qui pour le venger donna aussitôt Tassant à la capitale et l'emporta de force, le 31 décembre 1229 (2). Le vicomte avait épousé Garsinde de Fortcalquier, veuve d'Alphonse, comte de Provence. Il en eut Gaston YII et Constance, mariée àDias-Lopez de Haro, seigneur de Biscaye.
Gaston faisait partie de l'expédition de Majorque. On ne pouvait l'oublier dans le partage d'une conquête que son père avait payée de sa vie. On lui déféra malgré son extrême jeunesse Thonneur de présider à la distribution, et il reçut plusieurs fiefs, prix légitime de^ exploits de Guillaume. Toutefois il séjourna peu en Espagne, et vint bientôt (3) se montrer & ses vassaux de ^ France. Garsinde, sa mère, lui servit de tutrice et administra sous son nom.
(l)MarGa, lir. 6, ch. 33.— (2) L'Art de vériGcr les dates. Marca^ cb. 34. — (3) Les mêmes.
Boson de Mastas , loin de songer à porter les armes au loin, ne s'occupa qu'à gouverner en paix le Bigorre et surtout à y £aiire fleurir la justice. Le vioomte de Soûle élevait quelques prétentions sur le château de Bidalos. Boson le désintéressa en lui cédant dix cazab de terre dans le Lavedan. Les deux parties prirent pour témoins Tabbé de St-Savin et le vicomte Arnaud d'Asté, et se soumirent aux censures ecclésiastiques de Hugues, évéque de Tarbes, s'ils violaient la transaction. Les meurtres et les brigandages étaient fréquents; la ville de Vie s'en plaignit plus que les autres. Le oomte, du consentement des juges et de toute la cour de Bigorre statua que si quelqu'un de ses citoyens recevait une injustice à force ouverte ou autrement, il n'aurait qu'à le déférer à son viguier. Que celui-ci, après avcMr assemblé les juges de la ville, le ferait dédommager par la communauté, mais qu'ensuite les juges et la communauté rechercheraient soigneusement le coupable et prélèveraient sur ses biens ce qui avait été donné au plaignant. Après cette compensation, le reste des biens et le coupable lui-même devaient être mis entre les mains du comte pour en statuer à sa discrétion. La loi contre le meurtre est encore plus sévère : elle ordonne ( 1 ) que celui qui tuera un honune dans la ville de Vie sera incontinent enterré vif sous le cadavre de la victime. Elle permet en même temps à chacun de se saisir du meurtrier 6t de le retenir prisonnier sans craindre l'amende qui punissait les détentions arbitraires.
Cette sévérité ayant ramené l'ordre, Boson put songer aux intérêts de sa femme. Pétronille réclamait sa
(1) Marca, liv. 9, ch. 11. L'Art de vérifier les dates.
DE lA GASCOGNE. 301
part du comté de Comminges depuis la mort de Bernard V, son père. Le comte tenta les voies de la douceur pour l'obtenir; mais quand il les vit inutiles, il en appela à la force et déclara la guerre à son beau-frère. Au moment où on allait en venir aux mains, Âmanieu d'Albret s'interposa entre les deux parents et obtint (1) que le différend serait jugé par fui et le comte de Toulouse. Le lieu du rendez- vous fut assigné dans la lande de Bosc en Nebouzan, limitrophe du Bigorre et du Comminges. Cette lande passait dans Topinion du peuple pour le théâtre où les sorciers de la Gascogne tenaient leurs assemblées, {sans que pourtant on soit obligé de le croire^ ajoute gravement le président Marca). La paix s'y fit, les deux parties ajant promis de s'en tenir au jugement que rendraient les deux arbitres dans la quinzaine de la Toussaint. Pour gage de leur promesse, ils remirent entre les mains de l'archevêque d'Auch, le comte de Comminges, les châteaux de Salies et de Fronzac , et le comte d e Bigorre , les châteaux de Moncassin et de St-Blanquat, avec pouvoir de les donner â leurs adversaires en cas d'infraction. Us l'établirent en même temps juge de toutes les difficultés que soulèverait l'exécution de la sentence et aov cepièrent l'excommunication pour eux et l'interdit pour leurs terres s'ils se montraient infidèles à leur serment.
Ces querelles armées, en réveillant les passions , réveillaient le feu mal éteint des combats journaliers. En vain l'Église se sentant impuisslinte à arrêter le mal , avait-elle cherché à l'atténuer en prenant sous sa pro-
(i; Harca, liv. 9, ch. 11. L'Art de térifier les dates.
302 HISTOIHE
tection Thomme des champs, le faible, le marchand et le voyageur, et en prohibant les hostilités trois jours par semaine, sa voix était méconnue et ses défenses transgressées; mais pour le bonheur de Thumanité Rome veillait sur son œuvre. Grégoire IX qui venait de soocéderà Honoré III, adressa en 1229 une bulle à 1 archevêque d'Âuch, dans laquelle il se plaint que la trêve de Dieu est violée dans la Novempopulanie, et loi ordonne en conséquence de la faire jurer de nouveau par les évéques, les abbés, les archidiacres et les autres clercs, par les comtes, les barons (principes) , les chevaliers et tout le peuple. Il veut encore que ce serment soit renouvelé tous les ans. Enfin , il lui enjoint de frapper sans pitié et sans s^arréter à aucun appel tous lés transgresseurs de cette sainte et salutaire institution. Cette bulle fut suivie (1) de deux autres: dans la première le pape chargeait Tarchevêque de veiller sur la conduite de son clergé et de sévir contre tous ceux qui violeraient les lois de la continence. Dans la seconde le souverain-pontife ne perdant jamais de vue Thér&ie des Albigeois, exhortait le prélat à s'opposer de tontes ses forces à la propagation de Terreur. Grégoire avant son exaltation avait connu et distingué Âmanieu ; quelques auteurs prétendent même qu'il Tavait admis dans son intimité. Aussi dès qu'il fut assis sur la chaire de St-Pierre il voulut lui donner une preuve de son attachement. Il lui octroya pour lui et pour ses successeurs le droit de faire porter la croix devant eux dans toute la province ecclésiastique d'Auch. Ce privilège a été depuis étendu à tous les métropolitains.
(1) Dom Brugellcs. Manuscrit de M. d'Aignan.
Les malheurs de J'églisc d'Aire appelaient la sollicitude de rarche\éque d'Auch. La œntinuité des guerres, la contagion des eaux et Tintempérie de Tair avaient tellement dépeuplé la ville qu'il n'y restait peut-être pas douze habitants. L'évéque privé de tout secours avait à peine où reposer sa tête, et dans cette détresse la dignité épiscopale avait perdu son lustre. Nous empruntons ces détails à une lettre qu'Amanieu écrivit au pape (1). Après lui avoir peint l'état des choses, le prélat observait qu'à c6té d^Aire s'élevait une abbaye dédiée à Ste-Quitterie , fondée jadis par un comte de Gascogne et alors habitée seulement par quelques moines. Il demandait le pouvoir de l'unir à la mense épiscopale ou d'y transférer le siège. Grégoire, sans acquiescer complètement à sa demande, le commit pour régler ce qui serait le plus opportun, en lui adjoignant toutefois Hugues de Pardaillan , évêque de Tarbes, et Guillaume qui avait succédé à Bernard de Morlas sur le siège d'Oleron (2).
La bulle est du 7 janvier 1228. Les commissaires se rendirent dans le monastère de Ste-Quitterie avec les évêques de Lescar, de G)mminges et de Bayonne ; ils convinrent d'unir la mense abbatiale à Tépiscopale. Ils ordonnèrent que l'évêque prendrait le titre d'évêque d'Aire et de Ste-Quitterie du Mas, ce qui a duré jusqu'à nos jours. Ils statuèrent enGn qu'à chaque vacance l'élection serait faite alternativement dans Tune et l'autre ^lise ; que les moines continueraient à observer la règle deSt-Benolt, mais qu'ils auraient voix avec leschanoi-
(1) Manuscrit d'Aire.
(2) OihéDart et la Gaule chrétienne le placent plus loin , mais à ton.
304 BISTOIAB
nés de la cathédrale pour rélectipa de Tévéque. Malgré cette fusion, chaque église devait garder à part ses lois, ses privilèges et ses biens particuliers. Cet acte passé au Mas le 30 avril, eut pour témoins, outre les prélats, une foule de notables {bonorum virorum). Il était tout an long dans le livre rouge d'Aire avec lequel il a disparu.
L'évéque qui occupait alors le siège se nommait Arnaud ou plutôt Auger. Il parait quHl était déjà abbé de Ste-Quitterie lorsqu'il fut promu à Tépiscopat, et vraisemblablement il avait, suivant un usage assez gêné* ralement reçu, gardé sa première dignité , ce qui provoqua peut-être ou du moins facihta Funion. Il avait succédé à Gautier (1 ), moine de Oairvaux, dont on lisait, dit-on, Tépitaphe dans la nef de Tabbaye de Bonnevaux. L'église d'Aire aimait à aller chercher ses prélats dans le doitre. Avant Gautier et après Vital d'Albret, elle élut Jean que d'autres appellent Jourdain (*), abbé de la Case-Dieu. Cétait un religieux d'aune haute sainteté. Son humOité opposa une vive résistance. On dut recourir à Gervais, abbé de Prémontré, pourqu^il Tobligeàt à se rendre aux vœux du diocèse. Jean céda alors et s'appliqua à faire restituer les dîmes usurpées sur son église. C'est cet évéque d'Aire que nous avons vu assister au mariage de la comtesse Pétronille avec Guy de Mont fort.
L'évéque de Lescar que nous trouvons ici n'est connu que par l'initiale A qui désignait le plus souvent un Arnaud. Il était en même temps abbé de St-Sever.
(1) Manuscrit d'Aire. GaUia Chriitiana.
(*) L'usage où étaient les copistes de ne désigner les prélats et les seigneurs que par Viniiiale de leurs noms amène ces fréquentes équivoques.
DE lA GASCOGNE. 303
Ueat en celte qualité des démêles >avec Tévéqùe d'Aire an sujet de Texemplion de ses moines. L'archevêque d'Âuch et les évéques de Tarbes et d'Oleron, pris pour arbitres, décidèrent en faveur de Tabbaye. Ce jugement fat confirmé par Clément IV, et plus tard par le Concile de Baie. L'archevêque transigea lui-même en 1234 aTec Hugues, abbé de 6erdoueS| et en 1239 avec Raymond de Moleon, abbé de TEIscale-Dieu, pour le dioit de visite dû à son siège dans les églises dépendantes de ces monastères {*).
Zi'ëvêque de Lescar avait remplacé Raymond de Benac, qui lui-même avait disputé son siège à son successeur. Celui-ci nommé Arsius était aussi abbé de St-Sever. Il l'emporta sur son concurrent, mais ne jouit pas longtemps de son triomphe. A sa mort, Raymond de Benac obtint enfin Tévéché , objet de tant de vœux, €t en jouit désormais paisiblement. Il vivait encore en 1220. On ignore la vie de son successeur depuis son différend avec Févêque d'Aire et l'époque de sa mort. L'archevêque d'Auch, si zélé pour rétablir la concorde et l'union parmi ses sufTragants, Tétait encore davaittage à défendre les intérêts de la foi. Il assista en 1 229 au Concile de Toulouse (1 ), convoqué par le car. dînai de St-Ange, légat du saint-siége. On y vit avec lai non seulement les archevêques de Narbonne , de Bordeaux et un grand nombre d'évéques et d'autres prélats, mais encore le comte de Toulouse avec tous les autres comtes du pays excepté celui deFoix, qui n'avait
(*) Les premiers droits épiscopaux furent le droit de Synode , le droit de fbîte , le quart funéraire et les secours charitables dans la aéoeisîté.
(i)Collê€t.Con.yiom.2.
306 HISTOIHE
pas encxMre fait sa soumission. Le sénéchal de Garassonne et denx consuls de Toulouse, Tun de la ville, Tautre du bourgs y parurent aussi. Le Concile fut ainsi une assemblée mixte, et les Canons qu on y dressa émanèrent de l'autorité des deux puissances. Le légat déclare agir {*) avec le consentement et la volonté des grands, et ordonner par le conseil des barons et des chevaliers, aussi bien que des évéques et des prélats ecclésiastiques.
On établit en chaque lieu un tribunal d^inquiâtioo ou d'enquête contre des sectes qui s'étaient révélées par des crimes et des révoltes; mais Ton plaça ce tribunal sous le jugement suprême des évêques diocésains^ et on renvoya la punition aux seigneurs et à leurs baiUis. Il fallait purger le pays de dogmes ennemis de toute morale et subversifs de toute société. Nous ravoueroos toutefois : Tinstitution que Ton créait était dangereuseei redoutable, et malheureusement encore elle s'impr^foa aussitôt de Tesprit de réaction qui l'avait enfantée et de la sévérité des peines judiciaires d'alors. On Ta rejetée toute entière sur l'Église, comme si l'Église avait présidé seule à sa naissance , et surtout on lui a fait un crime de la sévérité de ses juges, comme si les juges seigneuriaux étaient alors moins durs et moins barbares. Qu'on rappelle l'ordonnance de Bozon de Mastas. Quoiqu'il
(*) Nos tamen attendentes terras prœdictas post Umga et miserabilis turbationis discrimina nunc quasi miraculosè pœt gaudere , de assensu et voluntate majorum ordinandutn duxitnuset statwndum de concilio archiepiscoporunij episcoporum et prœlatorum et baronum et militum quœ ad purgationem hœreticœ pravitatis conservationem pacis necnon et temjB quasi neophytœ nùvimus expedire.
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en soit des actes de ce tribunal dont rimpiété s'est plu k grossir le nombre et la barbarie, la religion ne saurait être complice des tortures que Terreur et la passion infligèrent , et moins encore du sang qu elles répandirent en son nom. Les cœurs chrétiens plus que les autres gémissent d'aberrations si opposées à Fesprit du christianisme. Laissons à chaque siècle ses malheurs.
Les précautions prises à Toidouse ne parurent pas suffisantes à Amanieu. Pour mieux éloigner Thérésie, combattre l'usurpation des biens ecclésiastiques,. conserver la trêve de Dieu et réprimer les brigandages qui en infestaient le pays, il institua TOrdrc de la Foi ou de la Paix (1) que le pape Honoré III s'empressa d'approuver. Grégoire IX, successeur d'Honoré, le confirma en 1231, et lui prescrivit des règles. Les chevaliers faisaient les trois vœux de chasteté, d'obéissance et de pauvreté. Néanmoins les gens mariés pouvaient y être reçus. Leurs femmes étaient alors aggrégées à l'Ordre. EHles demeuraient dans' un appartement séparé des hommes , quoique dans le même monastère; ils ne renonçaient pas à la vie conjugale. L'habit des chevaliers était blanc , sur la poitrine ils portaient une croix de laine rouge brodée en sautoir et formée d'une crosse et d'une épée pour marquer qu'ils devaient combattre sous l'autorité épiscopale. Outre les jours prescrits, ils jeûnaient depuis l'Ascension jusqu'à la Pentecôte, et depuis la St-Martin jusqu'à Noël, comme aussi la veille des fêtes de la Vierge. Dans les autres temps ils ne pouvaient faire que deux repas et manger de la viande
(l)Marca. L'Art de vériGcr les dates. Gaîïii Christiana. Haniis< crit de M. d'Aignan.
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que trois fois la semaine. Le nouvel Ordre fut uni plus tard àTabbaye des Feuillants, diocèse de Rieux, avec les lieux de Roques et de Roquètes que lui donna le comte de Comminges, en 1261 ; mais depuis cdmme avant , Tarchevéque d' Aueh en fut le grand-maltre Odon de Pardeillan est le premier commandeur que nous connaissions dans le diocèse.
Âmanieu, Tannée même où il établit TOrdre de la Foi, consacra Tabbaye de Fabars. Grimoal , évéque de Comminges, qui l'assistait dans cette cérémonie, Tattira peu de moisaprèsà la consécration de la Sauve-Majenre. Grimoal en était abbé ; il y avait pris lliabit religieux, et en était devenu camérier lorsqu'il ,fut place sur le siège de G)mminges, en 4215. Ses anciens confrères qui n'avaient point oublié 'ses vertus, Télurent pour leur supérieur malgré son titre d'évéque, en 1222. Le nouvel élu mit la dernière main à T^lise de son monastèrie et la fit consacrer avec grande pompe par Géraud de Malemort, archevêque de Bordeaux, en ^présence de l'archevêque d'Auch et d'une foule de prélats. En 1234, il reçut du consentement de la communauté, Arnaud, évéque d'Aire, en qualité de moine, et lui conféra le prieuré de Bougue. Arnaud était ainsi à la fois évéque, abbé et prieur. Les abus s'accroL<;saienL La multiplicité des bénéBccs fut toujours un malheur pour la religion. Nous verrons dans les Conciles TEglise le reconnaître la première et le procLimer plus haut que personne. Mais il est plus facile de constater un abus et de s'éh plaindre que de lextirper. Celui-ci souvent réprouvé, et toléré ou plutôt pallié plus souvent encore, se jouera de tous les Canons et se perpétuera jusqu^en 1789. Arnaud ne jouit pas longtemps de son nouveau
bénéfice, mais nous ne œnnaissons point Tépoque précise de sa mort.
Grimoal venait de signaler sa fermeté contre Raymond de Toulouse (\). Les abbés de Moissac, de Gaillac et de Montauban se plaignaient du comte. Le cardinal de S^Ange, ne voulant pas juger par lui-même, renvoya la décision de cette afBiire à Tévéque de G>mminges qui cita Raymond. L'archevêque d'Auch , Tévéque d'Alby, Tabbé de La Qiaise-Dieu et quelques seigneurs s^interposèrent, et sons leurs auspices il y eut une transaction, mais la querelle se raviva bientôt entre le comte et Tabbé de Moissac. Nommé une seconde fois commissaire, Grimoal fit citer quatre fois Raymond, et n'ayant jamais de réponse, il se rendit lui-même à sa cour et Tinterpella de vive voix. Sa démarche n eut point un meilleur succès. Il s'adressa alors au prévôt de St-Etienne et le chargea d'avertir son maître. Ce moyen ne lui ayant point réussi, il l'alla trouver de nouveau à Carcassonne, sans pouvoir l'engager à compraitre. Enfin, après un délai de deux ans et des citations si réitérées, il fulmina contre lui en présence des archevêques d'Auch et de Bordeaux, une excommunication dont la sentence est datée de Toulouse {\6 mars 1236), et il ordonna aux évêquesde Toulouse, d'Alby , de Cahors, de Rhodez et d'Agen de la faire publier dans toutes les églises de leurs diocèses. Il donna au mois de mai suivant un ordresemblable à l'archevêque de Narbonne et à tous ses sufTragants. Cette affaire se traîna longtemps encore. Grimoal n'en vit point la fin. Son nom est mentionné dans les chartes jusqu'en \ 240. Il mourut
(1) In tab, Moi$8, Gatlia Chrittiana, Dom Vaisscltc
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ifraisemblablement le 23 juin de cette année etfûten* seveli dans le chœur de la Sauve-Majeure.
Bernard VI, comte deComminges, s^était rapproché de Raymond aussitdt après la paix de Paris, et bientôt la réconciliation fut si complète, qu''il suivit le comte dans le Rouergue et se joignit à lui pour onnbattre Raymond Béranger, comte de Provence. Il survécut peu à cette guerre et mourut subitement à Lautar, le 29 novembre 1241 (1). On Finhuma dans Tabbayede Bonnefond, près de son père (2). Il laissait, outre Bernard son fils ahié, Arnaud Roger de Gomminges , d'abord chanoine, puis prévôt et enfin évéquede Toulouse. Arnaud-Roger fut sacré à Rome par le pape lui-même^ mais il mourut en repassant les Alpes et fut enterré dans Téglise des G)rdeliers de Samatan. Bernard avait eu encore de Cécile de Foix, sa femme, Mascarose, seconde femme d'Henri II , comte de Rhodez; enfin, S^^is et Rouge dont nous ignorons le sort.
Bernard VII lui succéda , et le 4 décembre suivant il fit hommage au comte Raymond pour les châteaux de Muret et de Samatan (3), et pour tout le reste des fiefs qu il possédait dans le diocèse de Toulouse. L'évêque de Commiugcs , Roger, comte de Foix, Jourdain et Bernard- Jourdain de Tlsle, Siccart et Gallabert de Montaut, Sicart de Miramonl, Jourdain de Lnutar, Guillaume Arnaud de Toulouse , Arnaud-Guillaume de Si morre, Arnaud-Guillaume de Labarthe, Guillaume de Bouville, assistèrent à cette cérémonie.
Roger veoait de succéder lui-même à Bernard-Roger,
(1) L*Art de vérifier les dates, Dora Vaisselle. — (2) Les mêmes — (3) Dom Vaiselle, lom. 3, p. 429.
comte de Foix, son père. Celui-ci, après avoir conquis sur les champs de bataille le titre de Grand dont le sa . luèrent ses peuples , coula le reste de ses jours dans le repos. Sentant sa fin approcher, -il se fit porter dans Tabbaje de Bdlbonne . j prit Thabit monastique (1) et y mourut paisiblement après avoir reçu les sacrements des mains de Tabbé. Il avait été marié deux fois. Ermessende de Gistelbon , sa première femme, lui donna Roger IV et Esclarmonde, qui épousa en 1231 Raymond, fils du vicomte de Cardonne, et qu'il dota de sept cent cinquante marcs d'argent. Ermengarde de Narbonne, la seconde, qui lui survécut longtemps, le fit père de Cécile. Celle-ci à peine échappée au berceau eut dans le testament de Roger-Bernard trente mille sols Melgoriens. Elle épousa, en 1256, Alvarez comte d^Urgel , qui répudia Constance de Moncade pour obtenir sa main. Roger-Bernard à ses derniers moments fit divers legs à plusieurs églises et surtout à Tabbaye de Bolbonne , où il choisit sa sépulture. II chargea les religieux qu'il établit ses exécuteurs testamentaires de payer cinq mille sols Melgoriens aux villes d'Aurillac et de Gaillac et à leurs abbés pour les dédmnmager des maux qu'il leur avait ci^osés lorsqu'il fit prisonnier Géraud, abbé d'Âurillac. Une fin aussi chrétienne semblait devoir le mettre à l'abri des poursuites des inquisiteurs de la foi. Cependant plusieurs années après, ils poursuivaient sur sa tombe l'ancien fauteur des hérétiques, et il fallut que Bernard de Fbssan (2) , bailli de Mazères, qui lui avait prodigué
(1) Arefa. de Bolbonne. Dom Vaissette. L*Art de vérifier les dales (2) ]>om Vaisseite, Preuve», page 552.
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ses soins dans sa dernière maladie et lui avait fermé lèi yeux, attestât sur les saints évangiles, en présence de deux abbés, sa parfaite et incontestable orthodoxie.
Roger IV ^'empressa de prêter serment au comte de Toulouse (1). Il se rendit à Lunel le 27 juin et loi fit hommage pour le cliâteau de Saverdun et tons les domaines qu'il possédait dans le Toulousain, Manrin, abbé de Pamiers, avait accompagné Roger k LuneL II offrit «1 Raymond le paréage de la ville dont avaient déjà été gratifiés les prédécesseurs de Roger. Le oomle de Toulouse refusa généreusement cette offre , et en» gagea Tabbé à laisser le paréage de Pamiers au jeune comte de Foix ; il écrivit même en sa faveur à la oonr de France. Roger suivit de près cette lettre, et se re* connut vassal de Louis IX pour toutes les terres <pi'il possédait dans le diocèse de Carcassonne. A son retour, il renouvela le 23 juillet avec Maurin le paréage que Raymond n'avait point voulu accepter.
Le comté de Ilsle venait aussi de changer de mattie. Bernard Jourdain III était mort en 1240 (2). Jourdain, son fils , Pavait précédé dans la tombe sans laiswr d'enfants. Lui-même ne laissait qu une fille, Âlpays, à laquelle il légua cent marcs d'argent , mais il fit son héritier universel Jourdain de Tlsle, son frère, qui hit le quatrième du nom. Celui-ci ne tarda pas à marier Alpays avec Céraud de Fourcès , fils de Hugues de Pardaillan. Hugues de Pardaillan, évêque de Tarbes, Guillaume de Poudenas, Bertrand et Raymond Jour-' dain de Tlsle furent présents au contrat (1 5 mai 1244).
(1) L'Arl de vêrilicr les dates. Dom Vaissette, tom. 3. — (2) Dom Vaisselle, lom. 3, page i28.
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Raymond Jourdain était fils d'Othon Bernard de Tarride, et possédait une partie du Cimois. Il en fit Bommage au comte Raymond, ainsi que de tout ce qu^il possédait dans le Toulousain. Il mourut sans enfants et disposa de ses terres en faveur d'Odon de Tarride, fils d'Alpays sa sœur.
Les principaux auteurs de la grande lutte des Albigeois disparurent presqu'à la fois. Centule d^Astarac qui avait longtemps suivi des drapeaux opposés aux bannières des comtes de Foix , de Comminges et de risleJourdain , venait de les joindre dans la tombe. Quelque temps avant sa mort, il fit son testament dans lequel il s'intitulait comte par la grâce de Dieu et lais* sait TAstarac à Bernard, son fils aîné. Cet acte ne porte pas de date, mais il doit appartenir à peu près à Van 1230. Oihénart et le Père Anselme le reculent de trois ans. Dom Brugelles prétend que Centule vivait encore en 4238. Le manuscrit de M. d'Aignan le fait même Titre jusqu'en 1240. Suivant dom Brugelles, il fit rebâtir Téglisede Castillon, près de Simorre, où Ton voit encore à la clef de voûte ses armes accolées de la croix de la guerre sainte. Quoiqu'il en soit, il survécut a Boémond. Il laissa encore deux fils , Centule et Bernard , lenne enfant né après le testament de son père. Ce tesr tament avait été précédé d'une double largesse faite k l'église. Quand il partit pour aller combattre les Infidèles, en prenant à Berdoues le bâton de pèlerin , il déclara franches toutes les terres qui avaient été données a Berdoues, et plus tard, le i" mai 1229, il abandonna â l'arcbevéque d'Auch toutes les dîmes qu'il possédait dans l'étendue de son comté.
Amanieu reçut quelques autres libéralités de divers
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seigneurs. Le pape, sous prétexte que les ëvéqaes occupés de leurs autres devoirs ne pouvaient pas veiller avec assez de soin sur les hérétiques, avait déjà commis Tinquisition aux Dominicains dans tout le royaume, et spécialement dans les provinces d'Âuch , de Bourges , de Narbonne, de Vienne, d'Arles, d'Aix et d'Embrun. Ce décret semblait soustraire les Albigeois ail zèle de Farchevéque. Toutefois il n' assembla pas moins en 1 24 1 un Concile provincial dont le lieu n^est pas déterminéi et que les uns placent à Auch , et les autres à Nogaro, vraisemblablement parce qu'il en réforma le Chapitre. Outre les hérétiques, on j condamna les Albigeois et les Simoniaques. Peu de mois âpr^ cette assemblée, Amanieu s'achemina vers l'Italie (1)* H allait assister auG)ncile convoqué dans l'église de Latran, par Innocent IV, successeur de Grégoire. Ce pape lui destinait la pourpre, mais Amanieu fut arrêté dans son chemin avec Géraud de Malemort , archevêque de Bordeaux, par ordre de l'empereur Barberousse, contre lequel le Concile allait s'assembler. L'empereur le 6t transporter à Capoue et jeter dans un noir cachot où il mourut bientôt épuisé de faim, de misère et de tortures. Son corps fut depuis rapporté en France et enseveli dans l'église de la Sauve-Majeure, où une épitaphe tronquée qu'on y lisait avant 1789 nous a appris son origine, sa prison et sa mort.
(1) Gallia Christiana. Dom Brugelles. If. d'Àignan.
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