ARCHEVÊQUES D'AUCH
Léonard de Trappes, dont nous avons déjà parlé, passa la fin de sa vie dans Texercicc de la plus haute piété. La ville d'Auch lui doit une partie de ses établissements religieux. Ce prélat y attira les Capucins, les Ursulines et les Carmélites. Le seigneur des Vives donna le local du couvent des Capucins, et les consuls, au nom de la ville, l'affranchirent de toute taille. La croix fut plantée solennellement le 6 mai 1607, et le dimanche suivant le prélat bénit et posa la première pierre, entouré de tout son clergé, de presque tous les habitants d*Auch, et d'une foule innombrable accourue des campagnes environnantes. Le P. Vincent d'Uzès, nommé supérieur, commença les travaux le 3 juillet, et les poursuivit avec tant d'activité, que dans l'espace d'un an le couvent fut en état de loger les religieux. Le fondateur consacra l'église sous le vocable de St-Antoine-de-Padoue. La cérémonie se fit le 16 août 1617, et, s'il faut en croire une ancienne tradition, quand la cérémonie fut terminée, le prélat prit en secret l'habit do l'Ordre et fit profession de la règle de Saint-François. Quoiqu'il
/|) Vpir, pour les Prélats qui roui suitrc, les sources où nous avons puisé pour leurs prédécesseurs, et les Biographies de Micbaud et de Feller.
lUSTCMi E
i*n Kiit de cattr lr«JiiK>ii. il *^i crruin *ydi\ «e rrnervi dan» lecouvenl une chambre ou il ^ r^iriit m^^i «ouveot et où îl passait quelquefois des çemaioes entières. Les Crsulines du Cbemin- Droit, appelées de la sorte de la rue qu'elles habitaient . datent de ranoée iéÎ3. La maison coûta deux mille étus: l'archet ^ue en donna cinq cents; la %-ille d'Auch et la maifon de Toulouse, d'où venait la nouvelle colonie, en fournirent chacun* autant. Les cinq cents ccus restants furent assifrnés pour dot aune des iilles de l'ancien propriétaire, qui entra dans l'institut. Catherine Je Pins-Moubnin en devint la première supérieure. La (Communauté, composée d abord desi\ religieuses, grandit bientôt au point qu'il fallut envoyer une emiif ration au dehors. Ainsi naquit le couvent de St-Joseph ou de Camarade.
Celui des Carmélites dut son origine à la peste qui désola plusieur» fois le rojaume, sous le règne des derniers Valois. Forcée de quitter la ville d'Agen , en proie à Thorrible Héau. la Mère ^inte-Trinité, une des principales colonnes de cet Ordre, se réfugia avec ses filles llans le château de Meilhan, presque aui portes d'Auch Léonard de Trappes gou%'ern.'iit alors le diocèse. Quand les religieuses lui demandèrent la permission d'avoir la messe dans le château, il la refusa avec obstination. Pieux et bon comme était le prélat, il ne voulait , sans doute , qu'nliirer IVssain errant dans sa ville métropolitaine. Ses vœux ne furent pas trompés. Les Carmélites se déterminèrent à venir chercher à Auch les secours de la religion , qui sont Tâmc du cloître. Léonard songea aussitôt à les y fixer. Il obtint sans peine le consentement de la ville, cl en attendant qu'une maison fût bâtie, il engagea la maréchale de Roquelaurc à prêter son hôtel. Les habitants les accueillirent avec tant d'empressement, que Le Mazuyer, premier président du Parlement de Toulouse, qui pensait à fonder une maison de (Carmélites, se détermina à faire cette fondation à Auch.
Les soins que Léonard de Trappes donnait aux diverses communautés religieuses de son diocèse ne lui fit pas perdre de vue l'église métropolitaine et le séminaire. La première était depuis longtemps négligée. Il fit reprendre les travaux et y consacra des sommes considérables, comme nous le verrons ailleurs. Après la métropole, le séminaire attira surtout son attention. Les cardinaux Hippolyte et Louis d'Est en avaient jeté les fondements. Entrant dans les vues du Concile dn Trente, ils achetèrent une maison voisine du collège, où ils placèrt>nt douze enfants qui recevaient une éducation gratuite. Ils dotèrent avec générosité ce premier établissement; mais ils laissèrent à la duchesse de Nemours, nièce du cardinal Hippolyte et sœur du cardinal l«ouis, et à un autre de leurs parents, la présentation des élèves. On appela cette maison le Pttit-Séminaire-d'Est. Léonard trouvant cet
ofipace trop (Hroil, acheta hors des murs de la ville, en f«ce d'un ancien cimetière depuis longtemps abandonné, un grand emplacement, et y bâtit une maison nouvelle; mnis, toujours humble, il voulut que ce second établissement porlAt comme le premier le nom de ses deux prédc^cesseurs.
Cependant ses forces épuisées par les travaux, plus encore que par les années, réclamaient un aide. II demanda et obtint pour coadjuteur Dominique de Vie, qu'il sacra de ses mains , le 25 mai 1625, dans l'église d'Ermenonville, sous le titre d'archevêque de Corinthe. Plus trahquille désormais, il se prépara à ses derniers moments etmourut dans son palais après une courte maladie, le 29 novembre 1629. Les sentiments de foi et d'humilité, qui l'avaient animé toute sa vie, dicté rent ses dernières dispositions. Il avait d'abord élu sa sépulture chez, les Capucins ; mais son chapitre l'ayant fait changer de résolution, il voulut du moins être enterré avec l'habit du tiers-ordre de St-François , un cruciGx et le livre de l'Imitation de J.-C. dans les mains. On plaça son corps dans la chapelle souterraine de St-Âustinde, et sur sa dépouille mortelle, on grava, comme il l'avait commandé, pour toute épitaphe , ces simples et touchantes paroles : Leonardus de Trappes^ archiepiscopus Auxitanus^ vermis et non homOyOpprobrium hominum et ahjectio plehis. On a depuis relevé ses cendres et cm les a transportées auprès du mattre-autçl, au lieu où l'on avait d'abord déposé son ccrur. Elles reposent sous une dalle de marbre noir , où sont imprimées ses armes avec quelques paroles de juste reconaissance que lui consacra son neveu. Depuis St-Austinde, aucun archevêque n'avait montré autant de zèle et de piété. Pas une des fonctions du ministère pastoral ne lui fut étrangère. On le vit souvent porter le St- Viatique aux malades, même dans les plus humbles réduits. Il rehaussait ses autres vertus par une douceur et une aménité de caractère qui lui gagnèrent tous les cœurs. Ni ses nombreux établissements, ni ses réformes plus nombreuses encore, ne rencontrèrent j.iumis de résistance sérieuse. Tous les monuments nous attestent qu'aussitôt après sa mort, on se mit à l'invoquer comme un ami de Dieu. A défaut de jugement solennel , l'opinion publique le béatifia. Le temps n'a point détruit l'auréole de sainteté dont ses contemporains entourèrent son nom : on garde avec un respect religieux non seulement ses ossements, mais tout ce qui servit à son usage, sa croix, son chapelet surtout, qu'on fait toucher aux malades. Dans toute la province, on ne le nomme que le vénérable Léonard (1).
I ; Ce prt^lal donna a perpéiuiu* au diuci'sc, en vertu d'un induit qu'il av.iii uhteon du |i.ipo Paul V, la pormi^ion d'u4<>r du lailapc durant U; Carômo.
:") IG uiSToir.K
Dominique de \k, qu il a\uit appelé ù partager avec lui le farilfdii |)astoral, naquit en 1588 du gnrdedes sceaux, Aymeric de Vie, comte de Ficnnes. Il fut pourvu de Tabbaye du Bec dès l'âge de sept ans, à la recommandation du gouverneur d'Amiens, son oncle. Son père ayant été nommé ambassadeur en Suisse, Tamenadans sa légation et l'envoya commencer ses études à l'université d'Ingolstad. Quand l'habile négociateur rentra en France , il plaça son fils au collège de La Floche, dirigé par les Jésuites. Au sortir de ce collège, Dominique alla suivre les cours de la Sorbonne. Partout il se distingua par son intelligence et son application; aussi, dès l'âge de trente-trois ans, il fut nommé secrétaire-d'état par Louis XIII, qu'il accompagna en cette qualité dans la Guienneetdansle Languedoc, la première foisquc ce prince vint s'y montrer à ses peuples. Léonard de Trappes alla saluer la cour ùToulouse. Touché du mérite du jeune secrétaire-d'état, il le demanda avec instance pour coadjuteur et l'obtint sans peine. Celte nomination n'empêcha pas Dominique de Vie de suivre Louis XIII nu siège de Montpellier, durant lequel le comte de Fiennes, son père, termina sa longue et honorable carrière; mais lorsque le roi reprit le chemin de Paris, le futur prélat se dirigea vers l'Italie pour aller raviver sa foi et son zèle près du tombeau du prince des Apôtres.
Grégoire XV, qui occupait alors le saint-Siégc, l'accueillit avec une distinction toute particulière. Le Pontife étant mort sur ces entrefaites, les bulles furent retardées et de Vie ne put être sacré que le jour de la Trinité (25 mai 1525). Il fit son entrée à Auch , le 16 février suivant, et refusa à celte occasion les honneurs que la ville lui {iréparait; mais chez lui la fermeté s'alliait à la modération. Les cofisulsayanl voulu exiger le serment d'alligéance que les archevêques prêtent à la ville, Dominique de Vie le refusa ouvertement, se fondanlsaos doute sur ce qu'il n'était encore que coadjuteur. Ce refus souleva des murmures et des plaintes; toutefois ces nuages ne tardèrent pas à se dissiper. Leprélatsc trouvaitabsent quand son pieux prédécesseur alla recevoir dans le ciel la récompense due h ses vertus. Une épidémie qui suivit de près cette mort et qui sévit cruellement à Auch et dans tout le diocèse, prolongea son absence ; mais dès que le Qéau eut cessé , il éprouva le besoin d'aller consoler ses ouailles et leur annonça son retour. A cette nouvelle, les consuls d'Auch s'assemblèrent, et Sancei, le premier d'cntr'eux, lui écrivit au nom de ses collègues pour prendre ses ordres touchant sa réception. La circonstance n'avait pas de précédent dans les fastes consulaires; car on n'avffit pas encore vu à Auch un prélat, déjà reçu comme coadjuteur, se présenter en sa qualité d'archevêque. Dominique de Vie répondit qu'il ne se pardonnerait pas de grever une ville, si maltraitée par l'épidémie : qu'ainsi ildé- IVndait toute dépense, et qu'il entrerait sans aucun cérémonial.
Maigre cette défense, les consuls avaient fait dresser quatre arcs de triomphe. Ils continuaient leurs préparatifs lorsqu'ils apprirent que rarchevéque, après s'être arrêté quelques instants à Demu, était arrivé au chAteau de Mazèrcs. Ce qu'on faisait à A.uch l'obligea de mander de nouveau qu'il ne voulait auaune pompe et qu'il entrerait secrètement à l'archevêché. Il tint parole : il partit subitement de Mazères, franchit la porte delà ville vers huit heures du soir par une nuit obscure, porté dans une litière couverte, et gagna son palais sans être reconnu de personne. Le lendemain, les consuls allèrent lui présenter les clefs de la ville et lui prêter serment de fidélité. Après avoir ainsi accompli ce qu'ils devaient au prélat, ils lui demandèrent a leur tour le serment qu'il devait à la ville. L'archevêque se prêta de bonne grâce à leur demande. Le soir même, vers quatre heures, il se rendit à l'hôtel de la commune et y jura tout ce qu'avaient juré ses prédécesseurs. En se retirant, il invita les deux premiers consuls à venir s'asseoir à sa table. De part et d'autre on ne pouvait mieux sceller uno entière réconciliation.
Dès ce moment, il tâcha de marcher sur les traces de son prédécesseur. Rien ne fut changé dans l'administration; les visites pastoralo se poursuivirent avec la même activité. Les synodes diocésains se tinrent avec la même exactitude : on crut voir revivre celui que Ton pleurait toujours. De Vie ajouta même à ce qu'avait fait le vénérable Léonard; il rétablit l'usage des conférences ecclésiastiques et en augmenta le nombre. Dans l'assemblée des évêques de si suiïragance , en l6î$5 , il fit décréter le rétablissement des Conciles provinciaux : on indiqua le premier dans la ville de Mirandc cl on en fixa l'ouverture au l**** septembre de l'année suivante ; mais des obstacles se mirent sans doute h la traverse. Rien du moins ne prouve que le Concile ait eu lieu. Ami des ordres religieux comme Léonard de Trappes, Dominique de Vie établit des Recollets à Gondrin et des Ursulines à Mirande et à Castelnau-Magnoac. Enfin, il ramena la régularité dans les abbayes de Gimont et de Saramon, d'où les malheurs du temps l'avaient bannie; mais s'il eut le zèle et une partie des vertus de son saint prédécesseur, il n'en eut pas la douceur et la condescendance.
Deux de ses ordonnances lui aliénèrent le cœur de son chapitre > comme son refus de serment lui avait aliéné momentanément les consuls de la ville. Ici, le droit de l'archevêque parait incontestable. La première ordonnance réduisait ù trois mois les vacances des pré bendiers, ainsi que le Concile de Trente l'avait prescrit pour les chanoines; Id seconde statuait que la messe canoniale et les offices qui la précédaient commenceraient à six heures et demie quand il y avait
obil, et à neuf heures les autres jours. Les prébentiicrs et les chanoines se réunirent pour appeler de ses ordonnances au parlement de Toulouse. Le parlement condamna le prélat; mais celui-ci déféra Taffaire au conseil du roi qui jugea en sa faveur (1649). Les règlements furent ainsi maintenus. Cette querelle ridicule ne l'cmpècha pas de s'occuper de sa métropole. Il fit faire Tannée suivante les vitraux des chapelles de la nef. Les peintures qui les décorent sont l'ouvrage de François Deneits, dont les descendants vivent encore à Auch. Étant allé visiter sa famille en 1661, il tomba malade au chAteau d'Ermenonville prcsqu'en arrivant, et y mourut peu après. Il avait gouverné seul le diocèse, plus de trente-deux ans.
Le siège vaqua plusieurs mois. Louis XIV y nomma enfin, le !«' juillet 1662, l'évéque de Rennes, Henri de Lamotbe-Houdancour. Henri naquit en 1615 de Pbi lippe de Lamolhe, seigneur de Houdancour, près de Beaumonl-sur-Oise en Picardie, et de Louise du Plcssis- Piquet, sa troisième femme. Deux de ses frères parvinrent comme lui à Tépiscopat. L'un fut évoque de Mende et l'autre évoque de St-Flour. Un troisième frère se distingua par ses talents militaires et se plaça à côté de cette foule de grands généraux que firent éclorc les premières années du règne de Louis XIV. Ses services lui valurent le bâton de maréchal de France, la vice-royauté de Catalogne et le duché de (!ardonne. Henri fit avec éclat ses premières études, prit à la Sorbonne le bonnet de docteur et fut élu bien jeune proviseur du collège de Navarre. 11 devint bientôt après abbé de Souillac et plus tard de St-Martial-de-Limogcs, de Froidmont dans le Beauvoisis et de Lescale-Dîeu dans le Bigorre. II était, en outre, théologal de l'église de Paris, lorsquch 1639 Louis XIII le nomma à l'évéché de Rennes. Son sacre fut retardé jusqu'à l'Epiphanie de l'année 1642. Victor Leboutilleer, archevêque de Tours, lui donna Tonciion sainte dans l'église de St-Germain-des-Prés , assisté des évoques de Saintes et d'Autun. Le cardinal Barbcrini, archevêque de Rheims, s'étant démis des fonctions de grand aumônier de la reine Anne d'Autriche, Henri de Lamotbe-Houdancour fut appelé à le remplacer. Peu de mois après, le roi Louis XIV le décora du grand collier de ses Ordres (8 juin 1654).
Le Jansénisme commençait a agiter la France. Rome avait condamné les cinq propositions de Tévêque d'Yprcs. Henri porta, par ordre delà cour, la bulle de condamnation à la Sorbonne, et l'y fit recevoir sans peine. Il parait même qu'elle y fut enregistrée d'un consentement unanime. Ce succès, les talents du prélat , la gloire du maréchal, son frère, le crédit de sa famille, devaient le conduire sur un siège plus élevé que celui de Rennes. Louis XIV le nomma archevêque d'Auch le 13 juillet 1662.
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Henri prit aussitôt possession de son nouveau siège par procureur : il ne se présenta lui-même à Aoch qu'en lG6i. Il entra dans la ville sans aucune pompe et refusa de se soumettre aux formalités qui accompagnaient l'intronisation de nos archevêques. Les mem- Ires du chapitre le Grent en vain supplier de se conformer aux exemples de ses prédécesseurs; envain ils lui flrent offrir de supprimer une partie des exigences voulues par l'usage: toutes leurs démarches furent inutiles; ils recoururent alors aux formes légales et requirent par acte le serment. Henri ne Gt qu'une réponse évasive, et pour se soustraire à toute nouvelle demande , il repartit le lendemain pour Paris. Ses adversaires s'adressèrent alors au parlement de Toulouse, qui condamna le prélat à se faire recevoir dans les formes ordinaires et à prêter le serment accoutumé. Durant ces débals, le prélat ne quitta point la cour ou le retenait la longue et cruelle maladie, qui précipita au tombeau la reine Anne d'Autriche. T/est lui qui annonça à la prrncesse qu'elle devait se préparer au terrible passage de l'éternité, qui lui administra le St- Viatique et qui l'exhorta jusqu'à son dernier soupir. Après la mort de la princesse, il conduisit son corps à St- Denis et ofGcia à ses obsèques. H revint à Auch en 1667 , et cette fois cédant de bonne grâce à l'injonction qui lui fut faite , il jura comme le voulait le chapitre, de garder les privilèges de f église d'Auch. Dès ce moment la paix se fit et rien ne la troubla depuis. Pour mieux faire oublier les débats passés, le prélat s'occupa h orner la métropole. Il fit d'abord bâtir le jubé qui domine l'entrée du chœur , il entreprit ensuite de construire le porche et les clochers de §te-Marie. Malheureusement dans cette œuvre, si belle d'ailleurs, il céda trop aux goûts de son époque; il négligea de mettre ses travaux en harmonie ave le reste de Tédifice; c'est la seule anomalie qui dépare notre splen • dide métropole, dont la pureté des lignes et la correction du style sont peut-être le premier mérite. En même temps il entouriiit de balustrades de marbre loi diverses chapelles, et faisait des règlements pour augmenter la régularité et la pompe des offices divins. Les études ecclésiastiques attirèrent surtout son attention. Il acheta un vaste enclos adjacent aux constructions déjà faites sous Léonard de Trappes; il éleva et prolongea ces constructions et y en ajouta de nouvelles, entr'autres, la belle façade qui longe la promenade.
Profondément dévoué à la maison royale, dont lui et les siens avaient reçu tant de bienfaits, il fonda douze chapellenies dont les titulaires auraient pour mission spéciale de prier pour elle. Il attacha cette fon • dation à l'autel du saint Sépulcre, en souvenir de la dévotion que la reine-mère avait pour les lieux saints, et surtout pour le tombeaii du
Christ. Il dota à ses frais (1) six de ces chapelienies et leur affecta deux mille quatre cents francs de rente : les sii autres devaient èti^ assises sur la mense abbatiale de Lcscale-Dîeu. Le roi autorisa cette destination ; mais l'archevêque étant mort avant que l'afTaire eût été consommée^ on abandonna ce projet. Il fallut que les douze chapelains se contentassent de la portion laissée par le prélat : encore cette dotation fut-elle réduite de quelques cents francs. C'est au milieu de ces occupations, si dignes d'un prélat, que Henri de Lamothe-Houdancour passa ses dernières années. Il quitta peu son diocèse , et résida souvent dans Te château de Mazcrcs, que son prédécesseur avait restauré, et qu'il se plut à embellir. Il y tomba malade et y mourut le 24 février 1684. Son corps fut porté à Auch et enterré sous le porche septentrional du clocher avec cette inscription qu'il avait dictée luimême : Cy-gll, en attendant la résurrection des morts, Henri de Lamothe-Houdancour, indigne archevêque d'Auch. En face du tombeau on incrusta dans le mur un cartouche de marbre noir sur lequel le chapitre métropolitain, bien revenu de ses anciennes préventions, fit graver en lettres d'or cet éloge justement mérité : Quod Henriei tneritis detraxit humilitaSj id reddit veritas , illum ptetate, dactrinâ et nobilitate clarisgimum venturis rétro sœculis commendans (1684). Kome cllo-même s'associa à ces éloges. Innocent XI s'écria, en apprenant sa mort : La religion vient de perdre une de ses colonnes.
Cet archevêque eut de vifs démêlés avec les juges royaui au sujet de la justice de Vie- Fczcnsac et de Barran. Nous avons vu que ces deux villes appartenaient par indivis aux archevêques et aux comtes d'Armagnac ; mais quand les rois de Navarre eurent succédé ft la maison d'Armagnac, et surtout lorsqu'ils furent montés sur le trône de France, ils agrandirent leur part d'autorité. Du reste, ce qui se pMsait dans le diocèse d'Auch était à peu près général dans tout le royaume. Presque partout la royauté avait abattu cette multitude d'autorités rivales qui affaiblissaient son action. Avec la féodalité devaient disparaître les rouages, qui la faisaient mouvoir. L'archevêque d'Auch protesta contre cette usurpation : il cita le juge royal
(I) Cet nrchevéqne augmenta aussi les fonds dos chapelienies de St -Martial et de St-Jacques; il fonda un sarristain et un roattro des cérémonies; il donna dix mille livres pour la construction d'un orgue; il laissa des missions. EnQu , à sa mort , il partagea entre l'hâpital-général et le séminaire l4\« arrérages des revenus de son archet^éché ; il fît des statuts synodaux pour tuut le diocèse et des statuts particuliers pour le chœur de Ste-Maric. Il donna aux recollcls la chapelle de Notre-Damedc-Roses, près do Jegun (1677), et unit Tégliso de Stc-Marie de- Consolation A l'archipAtré de Lavardens.
DE LA GASCOCr^E. 521
devant le Parlement et obtint que la tuansaction passée en 1340 entre le comte d'Armagnac Jean II et Guillaume de Flavacourt fût maintenue. Une antre affaire litigieuse fut provoquée par deux religieux de l'ordre de Prémontré (Puntous et Gavarret) que Tabbé de Lacaze- Dieu avait pourvus de deux cures dans le diocèse, et qu'il toul ut ensuite rappeler dans le monastère contre leur gré et malgré la défense de Tarchevéqueetla résistance de leurs paroissiens. L'affaire était délicate ; deux juridictions se trouvaient en présence. L'abbé, soutenu du général de l'Ordre, invoquait son autorité sur un membre de sa (Communauté. L'archevêque revendiquait ses droits sur un curé de son diocèse. Le conseil d'État jugea, le 12 décembre 1678, en faveur du dernier. La lutte' avait duré plus de deux ans.
À la mort d'Henri de Lamothe-Houdancoùr, le roi désigna pour le remplacer Tévéque de St-Omer. Armand- Annc-Trislan de Labaumede-Suze, ainsi se nommait le prélat, était tils d'Anne de Labaurac, comte de Roquefort en Dauphiné, et fut d'abord pourvu de l'abbaye de Quarante, dans le diocèse àe Narbonne. Louis XIV le nomma à l'évèché de Tarbes en 1675, et le transféra, deux ans après, au siège de St-Omer. 11 y remplissait avec zèle les devoirs de premier pasteur, lorsqu'on mai 1684 il fut élevé à Tarchevèché d'Auch. Les démêlés de Louis XIV avec Innocent XI, l'empêchèrent longtemps de recevoir l'institution canonique. En attendant que les difficultés fussent aplanies, il se transporta h Auch et prit en main l'administration du diocèse, de l'agrément et avec les pouvoirs du chapitre, qui l'avait nommé vicaire-général. Ainsi l'avait exigé l'impérieux monarque^, dont les hautaines prétentions fallirent à précipiter la France dans le schisme. Pendant cette administration capitulaire, assez peu conforme aux Canons, une terreur panique s'empara de tout le diocèse et des pays voisins. La veille de la 8t-Barthélemy, a l'entrée de la nuit, le bruit se répandit, partout à la même heure, que les protestants, réunis en corps d'armée, venaient venger leurs anciennes insultes et surtocft l'exil dont les avait /rappés la révocation de l'édit de Nantes (1). On sonna à Auch et dans plusieurs villes le tocsin ; les citoyens coururent aux armes, mais aucun ennemi ne se présenta. D'où était né simultanément en tant d'endroits cette alarme, et qui l'avait propagée? on ne put pas le découvrir, et on l'ignore encore. Après la mort dln* nocent XI, les cours de France et de Rome se rapprochèrent. Les bulles furent données aux prélats nommés par Louis XIV, durant la querelle. Anne deSuze reçut les siennes le 22 janvier 1692. Néanmoins, il ne prit possession solennelle de l'archevêché que Tannée sui-
il) Cetèdit ordonna la dcslruclion de presque lou» les lomples prolestanlt. (Voir a la noie 19).
vante. 11 eut presqu'aussitôt un démêlé avec les chanoines au $uj«i Jd droit de correction qu'il revendiqua et qui lui fut adjugé comme un privilège inhérent à son siège, et avec Tarchcvèque de Bordeaux, qui prétendait à un droit de suprématie sur l'archevêché d*Aucb. Cette affaire étant parvenue aui oreilles d'Innocent XII, ce pontife, par un bref du 18 juin 1697, commit les évéques de Montauban, de Gondom et d'Aire pour la terminer (1).
L'année 1694 fut eicessivement stérile : cette stérilité (ut suivie de la famine, sa compagne ordinaire. Le Qéau sévit avec tant de violence, que malgré les secours de la charité on trouva plus d'une fois le matin, dans les rues^ des personnes mortes de faim durant la nuit. A la vue de cette détresse, l'archevêque ne balança pas à faire une brèche à la discipline ecclésiastique; il permit l'usage de la viande dans le diocèse. Il exceptait, toutefois, le mercredi, le vendredi et le samedi de chaque semaine , et maintenait la collation du soir et le jeûne. En 1698, il tint un synode diocésain où il promulgua de nouveaux statuts pour le clergé. L'année suivante une affaire délicate le força de réunir , après une longue interruption^ le Concile de la province.
Egaré par la bonté de son cœur , le célèbre Fénclon , archevêque de Cambrai, avait publié l'ouvrage si souvent nommé et si peu connu dêi Maximes des Saints. Bossuet, avec son regard d'aigle, en aperçut les erreurs et les dénonça au Saint-Siège. La sentence de Rome, après s'être fait attendre, parut enfin. Les maximes furent condamnées, et Fénelon, plus grand dans sa défaite qu'il ne l'eût été par le plus éclatant triomphe, joignit sa condamnation à la condamnation du Saint-Siège. Ses collègues de France furent appelés à se prononcer à la suite du souverain pontife. Des Conciles s'assemblèrent dans toutes les provinces. L'archevêque d'Auch convoqua le sien dans lachapelle de son chAteau de Mazères, par ménagement, sans doute, pour le noble condamné, et sans doute aussi ^ur le même motif aucun de ses suffragants n'y parut en personne ; ils s'y ficent représenter par leurs vicaires-généraux. L'èvêque d'Aire, absent de son diocèse, et Tévêque de Lescar, retenu dans son lit par une maladie, n'envoyèrent même ni excuse ni représentant. Le bref fut reçu avec le respect et
(I) En 1737, Mnnaoignoar de Manibnn, archevêque de Bordeaux, ayant ronconln* nuohàte&u du Biisca,chez son coihmi, le premier président au parlemonl de Bordeaux, Etienne d'Aignan du Sendat, vicaire-général du cnrdiii.il de Polignar. convint avec lui qu'il ne recevrait aucun appel d'Aucb, cl le vicaire-i;t'nérid, au nom dr «on archevêque, promit qu'a Auch on n'en arruriiliTail «unin de Borle.iux. Ce qui Jul exécuté dans la nuite.
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la soumission dûs à Taulorité donl il émanail, et on vola une lettre de remerctment à Louis XIV, dans laquelle on eialtait son zèle pour la pureté de la foi. Anne de Suze, avant de terminer sa carrière, appela à son Grand-Séminaire les Jésuites et édita un rituel d*Auch, le premier que nous connaissions sous ce titre. Ce rituel fut, en trèsgrande partie, l'ouvrage de Paul de Gbaulnes, son premier vicairegénéral, qui ne tarda pas à être élevé sur le siège de Sarlat. L'archevêque survécut peu à cette promotion. Ayant été obligé d'aller à Paris, en 1700, il y tomba malade et ne se rétablit depulA jamais complètement. Son état ne lui permit pas de retourner au milieu de ses ouailles : il mourut la où la maladie Tavait atteint, et fut enterré dans l'église paroissiale de St-Paul (^ mars 1705).
Peu de jours après la mort d'Anne de Suze ^11 juin 1705), Augustin de Biaupoului fut donné pour successeur. Il naquit à Paris de René de Maupou, président au Parlement, et de Marie Doujat, l'un et l'autre d'anciennes familles de robe. Il fut d'abord docteur de Sorbonne et doyen de St-Quentin. Il entra ensuite dans la magistrature et fut reçu avocat au grand conseil à la place de Pierre, son frère aîné. Louis XIY le nomma évéque de Castres le 7 juillet 1682; mais les obstacles, qui avaient arrêté les bulles d'Anne de Suze, arrêtèrent les siennes. Il ne fut préconisé que le 27 septembre 1693. 11 siégeait à Castres depuis douze ans, lorsque le roi le transféra à Parchevêché d'Auch, dont il prit possession le 22 juin 1706. Deux ans après, il commença la visite de son diocèse. La rigueur de l'hiver qui suivit le força a la suspendre : c'était le terrible hiver de 1709. Les années, qui vinrent après furent bien différentes. Leur hiver ressembla à un printemps ordinaire. Quand les plaies, causées par les froids eiccssifs, eurent été guéries, le prélat songea à restaurer le palais archiépiscopal. On sait qu'aucun siècle n'aima autant à retoucher à ce qui avait été fait au moyen-Age que le siècle de Louis XIV. En même temps, il 6t bâtir la chapelle de son séminaire. C'est le seul monument de sa piété qu'il ait pu achever. La mort le surprit pendant qu'il songeait a doter la métropole d'un mattre^utcl, et surlout à élever un hôpital général. Il mourut le 12 juin 1712, d*une phthisie pulmonaire, dont son tempérament robuste semblait devoir le mettre à l'abri. On l'enterra avec la plus grande pompe, en face du maltre-autcl qu'il avait vainement eu l'intention de reconstruire. Sa mort dévoila l'étendue de ses aumônes, et apprit qu'il assistait une infinité de familles indigentes; mais son testament révélait encore mieux son cœur noble et bienfaisant. Il laissait près de deux cents mille livres de legs pieux. Sur cette somme, il donnait douze mille livres à son église, et il fondait à perpétuité dans le séminaire quatre places pour quatre élèves
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mais les pauvres d'Aiicli eurcul la plus large part dans ces libéralité^: Il leur légua soixante-douze mille livres. Lamoignoo-Ba ville, le célèbre intendant du Languedoc, un de ses exécuteurs Icsiamentaires, en employa seulement douze mille à des bâtiments. Le reste fiut consacré* à acheter des biens-fonds et des rentes pour Tentrctien des indigents.
Jacques Desmarets succéda à Augustin de Maupou. Il était Dé à Soissons, où son père était alors intendant-général des finances. Il eut pour mère Marie, sœur du grand Colbert,et pour frère Nicolas Desmarets, qui, après avoir rempli tous lesposteséminenlsde la hiérarchie, fut enGn contrôleur-général des finances en 1708, et secrétaire d'Etat sept mois après. Voué à l'état ecclésiastique, ainsi qu'un de ses frères, qui devint plus tard évéque de St-Malo, Jacques obtint, le 9 mai 1679, un canonicat à Notre-Dame de Paris. Il achevait alors ses études à la Sorbonne, où il prit le bonnet de docteur, le 5 juillet 1681. La même année, il fut nommé agent général du clergé. L'agence conduisait toujours à Vépiscopat. Quand elle eut expiré, on lui donna Tévèché de Riez, qu'il échangea, 28 ans après, contre l'archevêché d'Auch. Il reçut gratuitement, en sa qualité de frère d'un ministre, ses bulles datées du 12 février 1714, et quitta Paris le 2 décembre suivant. Il alla d'abord consoler ses anciennes ouailles. Après un séjour de deux mois à Riez, il fit enfin ses derniers adieux à un troupeau qu'il aimait autant qu'il en était aimé, et prit la route d'Auch, accompagné de l'archidiacre d'Aignan du Sendat, qu'il avait appelé près de lui. Il fut reçu à l'entrée du diocèse, dans la chapelle de Notre- Dame de Cahusac, d'où il alla coucher au château du Sendat. Le lendemain, 14 mars 1715, il fit son entrée solennelle dans la ville d'Auch, précédé de tous les Ordres de la ville. Le concours n'avait jamais été plus grand. Tous voulaient faire honneur à leur premier pasteur, au neveu de Colbert, au frère d'un ministre d'Ftat. Le clergé le reçut à la porte de l'église, où le nouvel archevêque prêta au chapitre le serment accoutumé. Desmarets avait été un des quarante prélats chargés d*examiner la bulle qui condamnait les fameuses propositions du Père Quesnel. Il voulut, dès son arrivée, s'assurer des sentiments de ses prêtres, et les ayant trouvés unanimes pour repousser l'erreur, il publia avec plus de joie son ordonnance d'adhésion au décret de Rome.
L'église d'Oleron était alors troublée par un démêlé qui s'était élevé entre l'évéque et le chapitre. Un nouvel office, composé en l'honneur de St-Grat et imposé au diocèse sans avoir été soumis au chapitre, avait donné naissance ù cette querelle, et dans une cause toute de piété, la piété avait reçu de graves et de nombreuses atteintes. Dixsept appels comme d'abus s'étaient succédé de part et d'autre auprès du Parlement de Navarre, et après tant d'arrêts là cause était plus
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obscure que jamais. Dans cette incertitude, le roi, de sa pleine autorité, chargea l'archevêque d'Auch et l'évêque d'Aire de vider les différends. Ils donnèrent leur décision et furent assez heureux pour la faire accueillir avec joie par les deux parties. L*archev6que d'Auch survécut peu à ce jugement. La province l'avait député à 1 assemblée générale du clergé ; mais l'état de sa santé l'avait déterminé à rester à Auch, lors()u'une lettre du Régent, qui réclamait sa préscnceau nom des intérêts de l'Eglise, vintchangersa résolution. Il partit pour Paris déjà souffrant; son mal s'aggrava dans la roule, et, à peine arrivé am terme de son voyage, il succomba en peu de jours (27 novembre 1729). On lenscvelit dans le caveau de Notre-Dame. Sa mort fut déplorée à Auch, où ses abondantes charités lui avaient gagné tous les cœurs. Sa généro5ité alla quelquefois au-delà, si non des besoins, du moins des demandes. Un gentilhomme dans la détresse lui empruntait un jour cinq cents livres : le prélat, informé de sa position, doubla la somme et ne voulut pas être remboursé.
Melchiorde Polignac, son successeur, a laissé une réputation bien autrement éclatante dans le monde , mais des souvenirs moins précieux dans son diocèse. Il vit le jour au Puy en Yelay, le 11 octobre 1661, d'une des plus anciennes familles du Languedoc. Conduit pour ses études A Paris par son père, qui le destinait à l'état ecclésiastique, il étonna ses condisciples par ses talents et sa facilité. Le cardinal de Bouillon, enchanté des agréments de son esprit et de la noblesse de ses manières, le prit avec lui lorsqu'il se rendit à Rome, après la mort d'Innocent XI. Il l'employa non seulement à l'élection du nouveau pape, mais encore dans raccommodement qu'on traitait alors entre la France et la cour de Rome. L'abbé de Polignac eut occasion de parler souvent au souverain pontife, qui lui dit dans une des dernières conférences : Vous paraissez toujours être de mon avis, et à la fin c'est le vôtre qui triomphe. Les difficultés ayant été aplanies, le jeune nég|^ ciateur vint en porter la nouvelle à Louis XIV. C'est au sortir de cette audience que le monarque dit à quelques courions : Je viens d'entretenir un homme et un jeune homme, qui m'a toujours contredit et qui m'a toujours plu. I«e monarque, appréciant sa rare aptitude pour la diplomatie, l'envoya bientôt en Pologne avec le titre d'ambassadeur. Il s'agissait d'y faire élire un roi dévoué aux intérêts de la France. L'abbé do Polignac présenta le prince de Conti et lui concilia la pluralité des suffrages ; mais le prince ayant trop tardé à se montrer à ses nouveaux sujets, un autre concurrent lui fut préféré. Forcé de quitter la Pologne, l'ambassadeur fut puni d'un événement qu'il n'avait pu ni prévoir ni empêcher, et au lieu des récompenses qu'il méritait, il ri'çni Tordre de se retirer dans son abbaye de Bonport. Rappelé trois
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ans après (1702), il reparut à la cour avec plus d eclal que jamais. En 1707, il fut chargé avec le maréchal d'Uxelles de représenter la France aux conférences de Gertruidcnbcrt ; mais son habileté échoua contre les prétentions exhorbitanles de la flollande. Il fut plus heureux en 1712 au congrès d'Ulrech, où il répondit aux plénipotentiaires hollandais qui déclaraient aux ministres français qu'ils pouvaient se préparer à quitter les terres de la république : Non, Messieurs, nous ne sortirons point d*ici ; nous traiterons chez vous, nous traiterons de vous, et nous traiterons sans vous. La paix, dont la France avait un impérieux besoin, fut signée. Le roi récompensa les succès du négociateur en obtenant pour lui le ch^ipcau de cardinal et en lui donnant. Tannée suivante, la charge de maître de sa chapelle.
La mort de Louis XIV vint arrêter le cours de sa faveur. Lié avec la duchesse du Maine, il se prononça pour les princes légitimés contre le Régent et fut exilé dans son abbaye de Corbeil, d*où il ne fut rap« pelé qu'en 1721. 11 allnù Rome pour l'élection du pape Benoit XIII, et y demeura huit ans chargé des affaires de France. L'archevêché d'Auch étant devenu vacant pendant son ambassade, il y fut nommé deux jours après la mort de Desmarets. Benoit XIII voulut le sacrer de ses mains (1*^^ mars 1726), et en lui envoyant le pcllium, il lui fit remettre trois épingles d'or enrichies de diamants et de rubis, qui avaient servi à attacher son pallium durant la cérémonie du sacre. Cardinal, archevêque, ambassadeur, il ne lui manquait que le grand collier du Saint-Esprit, que le roi lui donna en 1732. Il repassa cette année en France, où il reçut Taccueil le plus distingué. 11 y vécut entouré de l'estime et de la considération publique, et mourut à Paris, le 20 novembre 1741, dans sa quatrevingt-unièmc année. Il était membre de l'Académie française depuis 1704 , de celle des sciences depuis 1715, de celle des belles-lettres depuis 1717. Les sciences et Ip; arts, les savants et les artistes lui étaient chers. Sa conversation é(t)it douce, amusante et inGniment instructive. Le son de sa voix et la grâce avec laquelle il parlait achevait de mettre dans son entretien un espèce de charme qui allait presque jusqu'à la séduction. Sa mémoire n'hésita jamais sur un nom propre ou sur une date, sur un passage d'auteur ou sur un fait. Il laissa, à sa mort, Y y^nti-Lucrècey poëme latin, publié en 1747,. où il foudroie en vers, dignes quelquefois de Virgile, les principes matérialistes de l'antiquité payenne que la philosophie du XYiii'' siècle commençait alors à ressusciter.
A part le cardinal de Tournon, un de ses grands oncles, l'église d'Auch n'avait pas compté de prélat plus illustre; elle en compte peu d'aussi riches, car le cardinal, avec son archevêché, possédait les abbaye? de CoriH'il, d'Auchen, de Mouzou, de Bégard et de Bonport,
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ainsi que les prieurés de Monldidier, de La Voule-sur-Loire, et de Nogenl-lc-Rolrou. Malgré les richesses que lui donnaient tant de bénéfices, il ne lit rien pour son église métropolitaine, dans laquelle il ne parut jamais ; il ne la gratifia même .pas du présent que lui offraient tous les prélats à leur prise de possession. Il fallut qu'un arrêt du grand conseil le condamnât, en 1740, à lui payer une chapelle com> plète d'une étoffe d'or. 11 se fit représenter à Auch par trois prêtres de mérite, d*Aignan, d'Aspe et Simon, qu'il établit ses vicaires-génénéraux ; mais quels que soient les vertus, le zèle et les lumières d'unn administration diocésaine, son action laisse ioujours à désirer, lorsque le premier pasteur ne rient jamais la soutenir de sa présence. De graves abus s'étaient introduits parmi le clergé. Pour les c\lirper, il fallait une main ferme et habile. Le cardinal Fleury , qui tenait alors les rênes de TKtatsous l'indolent Louis XV, le comprit, et nomma àl'archevêche Jean-François de Chatillard de Montillet, né dans le château deChamp-d'Oren Bugey, le 11 mars 1702, d'une ancienne famijle du Dauphîné.
Joseph de Revol, évêque d*01eron, dont Montillet était le neveu germain par sa mère, l'avait appelé jeune près de lui et avait déposé entre ses mains une partie de son autorité. Quand l'âge , les infirmités et sans doute aussi d'injustes et mesquines tracasseries, déterminèrent le vertueui évêque à se décharger entièrement du fardeau pastoral, il demanda et obtint (1735) son parent pour successeur. Le nouveau prélat né comptait alors que trente-trois ans. Il fut sacré dans l'église de St-Sulp^ce, le 28 octobre, par les mains du cardinal de Polignac, assisté des évêques de Tarbes et de Couserans- Il n'occupa que sept ansIesiéged'Oleron, mais il remplit pendant trente-trois celui d'Auch. Durant ce long épiscopat, il répondit complètement à l'attente qu'on avaitconçue de son mérite. Malheureusement l'abbé d'Aignan, cet infatigable compilateur dont les travaux nous ont été si utiles, n'a pas dépassé la mort du cardinal de Polignac, et Dom Brugclles, le copiste de l'abbé d'Aignan, n'a conduit sa chronique qu'à Tannée 1746. Ainsi , nous n'avons sur cet épiscopat que des notions générales. A la place de faits précis, il est une appréciation plus juste peut-^tre, qui a survécu au temps; et dans les souvenirs non seulemement deFéglise métropolitaine, mais encore de toute la province ecclésiastique d'Auch, François de Montillet est resté comme un des grands prélats de son siècle. Il renouvela tous les livres liturgiques du diocèse , il édita un nouveau catéchisme, il mit en vigueur les conférences et les retraites ecclésiastiques, il dota la métropole de sa chaire et des grilles de fer qui l'ornèrent longtemps, il restaura un nombre considérable d'églises, il inscrivit .<:on nom au frontispice du vestibule du séminaire, construit
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en in'S-gr.indo pdrlie avec le fniil de ses libéralités ; enfin • il acbera le palais archiépiscopal et répara le chAteau de Mazères. Différait de son prédécesseur, qui ne se montra jamais à Auch, il quitta peu son troupeau et s'efforça de le prémunir contre les erreurs qu'enfanta ou rajeunit le xviii<^ siècle, si raisonneur et si frivole. Ses nombreui mandements attestent sa science autant que sa piété: Le temps n'affaiblit point son zèle. Malgré son Age avancé, il crut devoir accepter le mandat d'aller représenter sa province à rassemblée générale da clergé. Son chapitre et une foule d'habitants voulurent l'accompagner jusqu'à la belle avenue dQ Toulouse^ alors récemment achevée. Là, il bénit pour la dernière fois ses ouailles. 11 tomba malade à Paris et V mourut en i775.
Pendant que la métropole se réjouissait de voir ion siège occupé par un prélat qui faisait revivre ses plus illustres prédécesseurs, la généralité d'Auch avait à sa tête un intendant que ses serrices et ses travaux rendront à jamais cher à la Gascogne. Antoine MégretHrEtigny (1)) ainsi se nommait cet intendant, naquit, en 1720, à Paris, d'un riche fermier-général. D'abord conseiller du Parlement, puis, maître des requêtes, il obtint, à l'âge de trente-un ans, l'intendance d'Auch et de Pau, la plus importante du royaume et l'une des plus difficiles à gérer. 11 ne l'occupa guère que quinze ans, car il en passa deux dans l'exil. Ce temps lui suffît pour donner à la province une face nouvelle. H y sema d'innombrables routes, dont quelques-unes rappellent les superbes voies romaines, y raviva l'agriculture et le commerce, et y créa diverses manufactures. Auch lui doit l'hôtel-dc-ville, l'hôtel de la Préfecture, les vieilles casernes , plusieurs promenades et une partie de ses embellissements. Tant de travaux épuisèrent vite sa vie ; il mourut à Auch, le 2i août 1667. Les améliorations dont il dota le pays no furent pas d'abord généralement comprises; elles rencontrèrent des résistances et soulevèrent des ressentiments. D'Etigny eut le courage de les dédaigner, et en appela à la postérité. Les pères me maudissent, disait-il quelquefois, mais les fils me béniront. L'aYenir n'a point failli à ses espérances. Sa mémoire est chaque jour plus vénérée. Sa statue s'élève à l'entrée de la principale promenade d'Auch, qui a pris son nom, ainsi que la rue adjacente; enfin ses cendres, reueillies au commencement de ce siècle, reposent dans la métropole , sous un mausolée que lui a érigé la reconnaissance de ses anciens administrés.
Après la mort de Je-an-François de Montillet , on alla demander Claude-Marc-Antoine d'Apchon, son successeur, à l'église de Dijon, dont il était le troisième titulaire. D'Apchon avait vu le jour à Mon-
(1) Voir l'iMogc lie M. d'Etigny, par M. Tabbc Sabnthipr, professeur de rh<^lorique au SiHninaire d'Auch.
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brissuu, en 1721. Il embrassa d'abord la carrière militaire et enlrj dans la marine qu'il abandonna de bonne heure pour se consacrer aux autels. Sa naissance et sa haute piété Tappelaicnl aux dignités ecclésiastiques. Louis XV le nomma, en 1755, à révéché de Dijon, et en 1775 à rarcbevèché d'Auch. Sa province le députa avec Tabbé de Galard, alors vicaire-général da Lectoure et bientôt après évéque du Puy,à la dernière assemblée du clergé de France, qui s'ouvrit à Paris, le 29 mai 1780, et se clôtura le 11 octobre suivant. Hcntré psu après dans son diocèse, il ne s'éloigna plus d'Auch, et termina, le 12 mai 1783, dans les exercices de la foi la plus vive, une vie pleine de bonnes œuvres. Ami des pauvres, il voulut être enterré parmi eux. Ses vœux furent remplis : on Tinbuma au pied de la croix du cimetière. Mais après 1800, on retira ses cendres du lieu où elles reposaient et on les transporta dans les cryptes de Ste-Marie, d'où on les a portées dans la chapelle du Purgatoire, sous une pierre funèbre chargée d'une inscription trop longue pour être rapportée ici.
On raconte divers traits de sa charité; deux surtout sont connus. On prétend qu'à la vue d'un incendie qui menaçait de dévorer un enfant, il promit mille écus à celui qui sauverait la petite créature; que personne n'osant braver le danger, il s'élança lui-même sur une échelle et parvint à rapporter l'enfant; et enfm, qu'avant de le rendre h sa mère, il déposa sur son berceau les mille écus promis à son sauveur. Cette action si honorable se lit dans presque tous les recueils d'anecdotes; néanmoins, nous la croyons peu avérée. Ce qui est plus certain, c'est que le prélat voulant épargner à deux personnes de qualité l'humiliation d'une aumône, feignit d'apprécier grandement une mauvaise peinture qu'elles possédaient , et Tacheta à un prix trèsélevé. C'est être doublement charitable que de voiler ainsi sa bienfaisance.
Louis- A poil inaire de Latour -Dupin-Montauban était digne de monter sur un siège où venaient de s'asseoir deux prélats de glorieuse et sainte mémoire. Il naquit à Paris, en 1743, et annonça dès sa plus tendre jeunesse les vertus dont il donna dans la suite des preuves si éclatantes. Fils puîné d'une des plus grandes et des plus anciennes familles du royaume, il fut voué aux autels, et nommé en 1777, évoque de Nancy, d'où Louis XVI le transféra à Audi, le 15 juin 1783. Le nouvel archevêque venait d'atteindre sa quarantième année. Il arriva, dit-on, à Auch avec quelque prévention contre le clergé de son diocèse. Celui ci , de son côté , ne vit pas d'un œil très -satisfait le nombreux essaim de vicaires-généraux qu'amenait l'archevêque. Mats quand le pasteur et le troupeau se furent mieux connus, tous les nuages se dissipèrent. Le feu de la persécution allait les purifier l'un et l'autre.
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piilatiun d'un des hommes les plus doctes de la France, et aussi devonsnous ajouter avec i'insoucinncc el Tincurie d'un des plus déplorables évèques de la cbrélienté. 11 avait traduit en français le pimandrc de Mercure-Trimegislc et fait paraître des commentaires sur Euclide. Aux travaux d'un érudit, il joignait la générosité d'un Mécène. A sa mort^ le duc d'Kpernon qui avait épousé sa nièce et qui fut son béri tier, se lit adjuger les revenus de Tévéché par voie d'économat , et les garda jusqu'en 1609.
Le roi nomma alors à ce siège Pbilippt; Cospéan^ né à Blons en Uaynaut, d'une famille obscure. Cospéan sut réparer par ses talents rinjustice de la fortune; il parcourut avec gloire la carrière évangéliquc , parut avec éclat à la cour et devint un des premiers prédicateurs de son époque. On lui donne la gloire d'avoir purgé la cbaire de ce vain étalage d'une érudition mal digérée et de ces comparaisons empruntées à la philosophie et aux trois règnes de la nature» et enfin, d'avoir substitué aux citations profanes la Bible et les Pères de l'église. Ses succès devaient le conduire h Tépiscopat , dont sa piété, son désintéressement et ses vertus le rendaient encore plus digne. Le roi le nomma, en 1607, à Aire, d'où il passa en 1622 â Nantes et en 1636 à Lisieux (1). Après sa première translation, le siège d'Aire fut occupé par Sébastien Leboutilhier, oncle du célèbre abbé de Rancé. Le cardinal de Richelieu, qui l'avait connu et estimé, lui donna d'abord le doyenné de Luçon, et l'élevaensuiteà l'épiscopal. Abel de Ste-Marthe fait le plus magnifique éloge de sa piété, de sa candeur, de sa charité et de sa dextérité à manier les esprits ; mais le ciel ne fit que le montrer à ses ouailles. 11 mourut à Mont-de-Marsan, le 17 janvier 162$, à l'dgc d'environ quarante-quatre ans. Il y en avait à peine un qu'il avait reçu l'onction sainte. Son frère Victor Leboutilhier fut nommé à sa place; mais il refusa l'église d'Aire pour prendre celle de Boulogne, d'où il passa plus tard à l'archevêché de Tours. Sur son refus. Aire fut donné à Gilles Boutaud , issu des seigneurs de Laubonnieu , dans le diocèse de Luçon.
Gilles nÂquit à Toursen 1594, et fut d'abord aumônier de Louis XIII, chanoine et archidiacre dans l'église de Tours et abbé de St-Rémyde-Sens. Il eut à son arrivée à Aire un vif démêlé avec le& chanoines, au sujet du serment que ceux-ci lui prêtèrent et que le prélat prétendait être un serment de vasselage et de fidélité, tandis que les chanoines prétendaient avec raison n'avoir prêté qu'un serment d'obé-
. I) Il avait ta irigucur «ic St-Ambroisc et il <'on.^orv.nii h la «-uur ol auprès ilii roi um* liborlr quo \o rnnlinal de RicWHcu. qui avait êlr ?on iVnlitT rn llK'olojrii*, rrai gmil <M rcvi rait. ;' Mrni. »\u rnrdinal de \U tr, tome 1 1.
<lien('«. Gilles eul aussi avec li>s jurats d'Aircel du Mas des ditVérends, qui se terminèrent par une transaction passée le 1«> juin 169C, et dans laquelle il ratifiait leurs fors ou privilèges. Les courses de taureaux, jeu favori de ces contrées, que le zèle du prélat ne put tolérer, lui suscitèrent encore de plus grandes traverses. Gilles ne recula pas devant les clameurs publiques, et non seulement il défendit les courses, mais il frappa d'excommunication ceux qui y assisteraient. Les foudres furent impuissantes, et ces jeux trop souvent ensanglantés continuèrent. Ils font encore Tornement de presque toutes les fêtes locales du diocèse, d*où ils ont passé dans les lieux circonvoisins. On rendit toujours justice aux motifs qui inspiraient le prélat et Ton ne cessa jamais de vénérer sa haute vertu. C'est le sort et la récompense de la véritable piété; elle se fait estimer de ceux même qui l'attaquent ou la combattent. Gilles pardonna sans peine les aberrations de ses diocésains. Il ne fut pas aussi insensible à Toutrage et aux persécutions qu'il essuya d'un grand du royaume. Il s'en plaignit au gouvernement, et n'ayant pas pu obtenir satisfaction, il abandonna un pays où son caractère sacré avait été si publiquement méconnu, et obtint sa translation au siège d'Evreux. L'église d'4irc déplora son départ. Gilles avait établi les Ursulines dans les villes de St-Sever et de Montde-Bfarsan, appelé les Capucins à Grenade, rebâti et embelli le palais épisc€î|M]^ et enfin jeté les fondements d'un séminaire dans l'ancienne abbaye du Mas. Son amour pour l'Ordre des Chartreux le porta à réunira la grande chartreuse de Bordeaux le prieuré de Labrit, qui (Hait à sa nomination.
Le roi, en le transférant à Kvreux, confia le soin de l'église d'Aire' à Charles-François d'Anglure, conseiller d'état , abbé de Sl-Pierreaux-Monts et de la Creste et primicier de Metz. D'Anglure reçut l'onction épiscopale, le 25 mars 1650, dans l'église des Chartreux de Paris, des mains de Gaspard de Daillon de Lude, évéque d'Alhi , assisté des évèqucs d'Avranches et de Tarbcs. Néanmoins il ne lit son entrée à Aire que l'année suivante. Il ne resta sur ce premier siège que six ans, et passa d'abord à Castres et puis à Toulouse. Bernard deSarlac, abbé de Lcscale-Dieu , de St-Pont et de Lieu-Dieu dans les diocèses de Tarbes, de Vannes et d'Amiens, et maître de Voratoire et chapelle du duc d'Orléans, fut appelé à le remplacer le ^ juin 16irr et sacré le i^^ juin 1659 à l'institut de TOrnloire, par Dominique de Vie, assisté de Gilbert de Choiseul, évéque de Comminges^ et de Claudj Auvry, ancien évéque de Coutances. Bernard était né au château de Sariac, près de Castclnau Magiioac, et appartenait à une des plus anciennes familles de la Gascogne. 11 attaqua, mais avec aussi peu de succès que son prédécesseur , les courses do
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taurcaui. C'est à-pcu-près tout ce que nous savons de son épiscopal. qui se poursuivit jusqu'en 1072. Le prélat mourut dans son château de Sariac comme il revenait des États du Bigorre, où son titre d*abbé de Lescale-Dieu lui donnait entrée. Son cœur fut porté à Aire, mais son corps fut enseveli dans l'église de Sariac, à gauche de Vaatel. On vante sa libéralité. Elle fut grande en cflét; car il dépensa toute la fortune de la branche ainéc de sa maison, qui était considérable : on pourrait vanter encore son zèle pour la foi; car il fit abattre les temples protestants de Géaune et de Labaslide-d'Armagnac, et transporter ailleurs celui de St-Juslin.
Jean-Louis de Fromentières lui succéda. Né en 1632, à St-Denis de Gatinois, dans le Bas-Maine, il montra dès sa première enfance une grande assiduité h aller écouter les prédicateurs et surtout une aptitude étonnante à copier leurs gestes et à rappeler une partie de leurs discours. Son père, profitant de ses heureuses dispositions, ne négligea rien pour les cultiver. On le destina d'abord à l'Ordre de Malte , auquel sa naissance lui donnait droi t de prétendre ; maisunepiété affectueuse, des mœurs douces, le goût de l'étude et de la retraite déterminèrent sa vocation à l'état ecclésiastique. Il entra, en 1648, au séminaire des Oratoricns, sous les auspices du Père Sénault II n'avait que dii-huit ans lorsqu'il prononça son premier sermon. Le succès qu'il obtint ensuite dans les principales chaires de la capitale Je firent appeler à la cour, où il prêcha l'A vent de 1672. Louis XIV fut si content de ravoir entendu , qu'il le nomma évèque d'Aire Tannée suivante. Sans égaler les grands maîtres de l'éloquence, il se plaça près d'eux et se fit remarquer surtout par la solidité de ses principes et la pureté de sa morale. Une action noble et des gestes expressifs relevaient le mérite de ses compositions. Il fut sacré dans l'église du Valde-Grâce, le 1*^ octobre 1673, par rarchcvéque de Paris. Bossuct voulut être un des deux prélats assislans. Rendu dans son diocèse, le nouvel évêquc y gagna bientêt tous les cœurs par le charme irrésistible du sa douceur et le ton paternel de ses exhortations. Souvent il interrompait l'office divin pour adresser au peuple des exhortations familières. L'usccndant de ses vertus ranima la foi et épura les mœurs; il ramena plusieurs calvinistes au sein de l'Eglise catholique. Plus heureux que ses prédécesseurs, il vint h bout d'abolir pour quelque temps les courses de taureaux. Sentant sa fin approcher, avant d'avoir eu le temps de revoir ses œuvres, il défendit qu'on les imprimât quand il ne serait plus; mais les vœux d'un mourant ne sont pas toujours respectés. Ses œuvres parurent l'année même de sa mort (décembre 1684) . On y trouvedos sermons, des panégyriques et des oraisons funèbres., parmi lesquelles on romanpic celles de la reine Anne d'Autricho.
t)e la princesse de Conti cl surtoul celle du Pcro Senuult, son chefd'œuvre» ce qui fait autant d'honneur à son cœur qu'à son génie ; car elle lui fut inspirée par la reconnaissance. Ses sermons prouventqu'il possédait à fond les livres saints et les Pères ; mais on y voudrait un style plus pur» plus élégant et plus harmonieux. C'est à lui que l'église d'Aire doit les boiseries du chœur.
Armand Basin de Bezons , frère du maréchal de ce nom , succéda à Fromentièrcs ; mais il n'obtint ses bulles qu'en 1693. Cinq ans après il fut transféré à Bordeaux, d'où il alla mourir sur le siège de Rouen. Louis Gaston de Fleuriau d' Armenonville, docteur de Sorbonne, cha noine de Chartres, abbé de Moreilles et trésorier de la sainte chapelle de Paris, le remplaça. Il fut sacré le 18 janvier 1699, dans la chapelle du séminaire de St-Sulpice, par Paul des Godets, évoque de Chartres. Prélat pieui, zélé et éminemment charitable, Louis Gaston rehaussa ses vertus par une grande simplicité de mœurs et une modestie dans ses habits encore plus grande. Il agrandit ou plutôt il bâtit le séminaire d'Aire, auquel il réunit la mense des religieux de l'ancienne abbaye du Mas, qui demeurèrent suprimés. Il acquit de l'Etat la partie du domaine d'Aire, que le roi possédait en sa qualité de duc de Guienne et de vicomte de Marsan. Il voulait agrandir le chœur de la cathédrale et rendre l'église plus vaste et plus belle ; mais sa translation au siège d'Orléaqs l'empêcha de mettre ses desseins à exécution. François-Gaspard de Lamez de Matha, abbé de St-Cyran, qui vint après, n'occupa le siège que trois ou quatre ans et mourut dans son diocèse le 30 juin 1710. Il eut pour successeur Joseph -Gaspard de Montmorin, grand-vicaire de Vienne.
Entré jeune au service, Montmorin commanda longtemps une compagnie de cavalerie; mais il conserva toujours sous les armes des mœurs pures. Il s'unit, le 10 février 16S4, à une épouse digne de lui, et en eut neuf enfants. La mort de sa femme, arrivée dans le mois de septembre 1700, lui ayant fait sentir le néant des choses du monde, il embrassa l'état ecclésiastique. Armand de Montmorin, archevêque de Vienne» l'appela près de lui et le nomma vicaire-général. Il le sacra évèque d'Aire, le 4 janvier 1711. La rectitude d'esprit suppléa chez le nouveau prélat à ce qui lui manquait du côté des études ecclésiastiques. Sa piété était exemplaire. Doux et bon, il accueillait les ecclésiastiques comme autant de membres de safamillc. Il excellait surtoul à dénouer, par sa douceur, les affaires les plus épineuses. Il termina, aidé de l'archevêque d'Aueh, le long procès de Tévéque et du chapitre d'Oleron. Lui-même vécut toujours dans la plus parfaite harmonie avec les chanoines de sa cathédrale. Ses derniers moments furent affligés par des douleurs de tout genre. Pendant qu'il était dans son
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palais en proie aui horreurs d*une longue maladie, qui devait le conduire au tombeau^ son qualricme (ils^ Thomas, abbé de Bonnevaux, jeune prêtre de la plus belle espérance, lui était enlevé rapidement. à Paris, où la province d'Aucb l'avait député à l'assemblée du clergé, et le malheureux père ne fut averti de son malheur que par les larmes et les sanglots de sa maison , qui lui apprenaient que la perte était consommée. Lui-mOmecédant presque malgré lui aux ordres réitérés de ses médecins, s'achemina vers la capitale où on se Qattait qu'il trouverait sa guérison ; mais Dieu en avait ordonné autrement. Son troisième fils Gilbert, qui lui avait été donné pour coadjuteur, le suivit dans ce voyage. Il crut pouvoir profiter d'un moment de répit que donnait la maladie de son père pour aller se faire sacrer. Il partît après avoir entendu sa confession et avoir reçu sa benédiclion ; mais ses prévisions furent trompées, et le surlendemain, pendant qu'on lui imposait les mains, l'auguste vieillard termina (7 novembre 1725) sa vénérable carrière avec un calme, une paix, une patience qui ne s'étaient pas un iuslanl démentis.
Gilbert était supérieur du séminaire de St-Sulpice, lorsque son père l'appela près de lui. Il fallut qu'on fit violence à son humilité pour le déterminer à accepter Tépiscopat. Ami de la discipline et des études, il fit revivre quelques sages ordonnances de ses prédécesseurs, et établit l'usage des conférences déjà en vigueur dans plusieurs diocèses de la province. Le séminaire appela surtout ses soins. Il y introduisit la règle de St-Sulpice et le mit sous la conduite de l'abbé Lalanne, dont il fit depuis im chanoine et un de ses vicaires-généraux, et qui devait Aire remplacé {)ar un neveu digni* d'un pareil oncle. Gilbert de Montmorin siégea onze ans. En 1736, il fut transféré à Lnngres, et en s'éloignant il fit donner son ancien évôchéà François de Sarret de Gaujac. 4Ielui-ci était né à Beziers, en 1691 , d'une noble famille dans laquelle la vertu semblait depuis longtemps héréditaire. Apres avoir porté les armes quelques années, il renonça ù la carrière militaire pour se vouer aux autels. Mais, aussi humble que pieux, il dédaigna les avantages que son nom et ses vertus semblaient lui assurer dans l'Eglise, se consacra aux missions diocésaines et se iit agréger parmi les chapelains de Garaison. 11 évangélisa avec eux une partie de la province. Gilbert de Montmorin, qui connaissait les besoins du troupeau qu'il quittait, le demanda pour successeur au cardinal de Fleury. Le ministre, ravi du bien qu'on lui disait d*un prêtre que les iiens du sang unissaient à sa famille, acquiesça sans peine à cette demande.
Le nouveau prélat fut sacré à Paris, dans l'église du noviciat 8t- Dominiquo, faubourg St-Germain, le 29 mars 1736, par le cardinal de Polignac, assisté des éyéquos d<' Leclourc et de Condom Son élé-
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valion ne changea rien à si vie. On le vit, toujours aussi affable ci aussi zélé, parcourir les campagnes, s;> mêler aux populations cl continuer à donner des missions que ses pieux exemples, tombant maintenant de plus haut, rendaient plus fructueuses. Il termina, à la fin de novembre 1757, une vie sainte par une mort précieuse devant Dieu. Le souvenir dp ses vertus a survécu au naufrage du temps, et son nom est encore béni par ses anciennes ouailles. Il fut remplacé par Plai cart de Rajgecourt, né à Nancy, en 1708, d'une ancienne famille de Lorraine, chanoine tréfoncicr de Liège et aumônier du roi. On prétend que la cour, offensée de quelques vérités qu'il fit monter jus qu'au trône, obtint son éloignement ; qu'on l'envoya, pour ce motif, àrextrémité du royaume, et qu'on lui donna l'évéché d'Aire, en lui défendant d'en sortir. Ce qui parait certain, c'est que durant un long |K)ntilicatle nouvel évèquc ne s'éloigna jamais de son troupeau. Parvenu à un âge avancé, il demanda et obtint (4 juin 1780) pour coadjuteur, Sébastien-Charles- Philibert Roger de Cahusac deCaux, qu'il sacra de ses mains le 8 octobre, sous le titre d'évéquc d'Assnr. Ce sacre fut un des derniers actes de sa vie. Il mourut à Aire, en 1783. Roger de Caux , à qui il laissait son siège, était né dans le château de Caux (Aude)^vers la fîn de Tannée 1715. A une piété sincère et éclairée, à une bonté inépuisable, à une douceur et à une égalité de «'.-iractèrc que les événements les plus tragiques et les plus imprévus n'altérèrent jamais, il joignait une fermeté digne des temps aposlnliques.
« L'église d'Aire est sous l'invocation do St-JeanBaptiste; d'autres disent de la Ste* Vierge. Le chapitre était composé de dix chanoines, des archidiacres du Mont-de-Marsan et de Chalosse, d'un sacriste et d'un ouvrier. Six prél)endicrs et deux stipendiers formaient le basclitrur. L'évéque conférait les deux dignités et les deux offices. Il avait aussi la collation des canonicats vacans au mois de février. Le chapitre en corps conférait les canonicats vacants au mois de janvier. Les chanoines disposaient de ceux qui vaquaient dans les mois qui leur étaient a flectés. Il y avait dans le diocèse trois collégiales, savoir : StGirons, St-Louboucr et Pimbo : quatre abbayes et cent vingt huit paroisses environ avec quatre vingt-trois annexes divisées m six arcbiprétrés. La mense abbatiale du Mas-d'Aire avait été unie :i l'évé ché par Grégoire IX, et la mense conventuelle au séminaire, en 170i. L'église de cette abbaye avait joui des honneurs do concathédraltv Lo séminaire était gouverné par cinq prêtres séculiers, dont quatre dircc leurs et un supérieur. L'évèquc et le chapitre étaient seigneurs de la ville. Les revenus des fabriques des paroisses du diocèse appartenaient à Tévéque dans l'année bissextihv l/ovéché valait i5,000 livres. »
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