‹ Histoire de la GascogneChapitre 4 sur 11 · ÉVÈQUES DE DAX · texte numérisé non relu

ÉVÈQUES DE DAX

Jean-Jacques du SauU, que nous avons laissé sur le siège de Dai « assista, en 1614, aux Etals du royaume. Il appela cette même année les Capucins à Dax, préférant ces religieux aux Jésuites dont rétablissement était presque arrêté. L'année suivante, il harangua le roi au nom du clergé et lui exposa avec force le malheureux état de la religion dans le Béarn. Il se fit rendre, en 1620, Féglise d'Orthez et empêcha les protestants d'avoir un cimetière dans la ville épiscopale. On dit que le roi le désigna pour le cardinalat; mais si le fait est vrai, sa mort prévint la bonne volonté du prince. Du Sault expira le 25 mai 1623, après avoir transigé avec son chapitre sur la collation des canonicats et de quelques autres bénéfices, et fut enterré devant le malire-autel de sa cathédrale. Il eut pour successeur Philibert de Sault , son neveu , qu'il avait obtenu pour coadjuteur sous le titre d'évéque d'Aure, et qu'il avait sacré de ses mains dans l'église de Dax , assisté des évoques de Bayonne et deTarbes. Philibert hérita des préventions de son oncle contre les Jésuites, il refusa de leur conGer le collège de Dax et aima mieux le donner aux Barnabites. Sous son épiscopat, la noble et belle basilique qu'avaient élevée et embellie ses prédécesseurs, commença à menacer ruine. Le prélat chercha à prévenir sa chute et consacra à cette œuvre des sommes considérables (1); mais il se montra surtout généreux envers les pauvres et les malheureux, qui pleurèrent vivement sa mort, arrivée le 11 novembre 1623 il repose à côté de son oncle.

Le siège fut alors donné à Jacques Desclaux , né à Mugron , d'une famille ordinaire, et simple curé d'igos, lorsqu'il fut promu h l'épiscopot. 11 dut son élévation au cardinal de Richelieu , dont son frère Pierre Desclaux, chanoine de Bordeaux, était le confesseur. L'humilité de sa naissance et celle des fonctions, qu'il avait exercées, ne purent le contenir dans la modération. Il eut, presqu'en arrivant à Dax, des démêles avec son chapitre auquel il disputait ses droits. Le temps ne fit qu'accroître la querelle; mais enfin les évêques d'Aire et de Baïas interposèrent leur autorité et firent accepter une transaction où les

(I) Il donna à son église, outre plusieurs riches oracments, une croix et uno lampe d'argcnl artistemenl Iravaillées, et lui légua plus tard sa ohapelle d'argent • Il établit une rente de mille ccas pour augmenter les revenus des clianotnes qui assistaient à matines, et détermina son chapitre à an'ecier a cette œuvre une reolr pareille.

droits (les deux parties étaient clairement définis. Durant ce déplora hic procès, la cathédrale croula. Ce désastre hâta la réconciliation; l'évéque et le chapitre éprouvèrent le besoin d'unir leurs efforts pour la relever. Ils mirent aussitôt la main à Tœuvre et poussèrent les travaux avec activité. Desclaux n'en vit point la (in; il mourut à Par s, le 4 août 1658, âgé de soixante-cinq ans; d'autres le font mourir à Dax, le 4 avril de cette année. Ce qui est constant, c'est que Guillaume Le Doux fut appelé à le remplacer le 5 octobre et sacré le 5 avril suivant. Le Boux était né en 1621, près de Saumur, dans une condition plus humble encore que Desclaux , car il eut pour père un batelier; mais il rehaussa sa nai!»sancc par ses talents et ses vertus. D'abord balayeur dans un collège, il entra ensuite chez les Capucins, qu'il quitta pour les Pères de l'Oratoire, parmi lesquels il ne put se fixer. 11 obtint alors une cure qu'il abandonna aussi pour une chaire de rhétorique. Ses talents étaient plus solides et plus mûrs que ne le laisserait soupçonner tant d'inconstance. Il se livra à la prédication et se fit entendre dans presque toutes les églises de Paris, il y défendit, durant les guerres de la Fronde, Tautorilé royale.

La cour le récompensa en lui donnant l'évêché de Dax, qu'il [)ermuta en 1667 contre celui de Périgueux. A propos de cette permutation, ses amis disaient que Le Doux était ne gueux« qu'il pvait vécu gueux et qu'il voulait Périgueux (périr gueux). 11 fut plus constant sur son dernier siège; il l'occupa trente -sept ans. Ajoutons qu'il honora partout son ministère par son désintéressement, et qu'il employa la plus grande partie de ses revenus â des fondations de charité. Ses sermons ont été imprimés en 1766, et se lisent encore avec plaisir. Lorsqu'il passa à Périgueux, le roi plaça h Dax , Hugues de Dar, fils de Guy de Bar, gouverneur de la ville d'Amiens et grand bailli do Picardie. Hugues fut sacré dans l'église des Pères de la Doctrine, par Daniel de Cosnac, évéque de Valence, assisté de Bernard de Sariac, évèque d'Aire, et de Matthieu Thoreau, évéque de Dole; il ne garda son siège que cinq ans, et fut transféré h Lectourc, le 8 janvier 1671 . Paul-Philippe de Chaumont lui fut donné pour successeur, à Dax. Frère puîné de Jean de Chaumont , seigneur de Boisgarnier, garde ordinaire du cabinet du roi, il succéda à son frère dans sa charge, et fut reçu, en 1650 , à l'Académie française. Louis XIV, dont il était lecteur, lui donna l'évêché de Dax, en 1671. L'amour do l'étude lui fit bientôt regretter sa vie libre et indépendante. Des gens inquiets, lui ayant suscité une injuste querelle, achevèrent de le dégoûter de l'épiscopat. Il se démit, en 1684, sous la réserve d'une pension de six mille livres, cl mourut, le 4 mai 1697.11 publia quatre ans auparaviint un ouvrage aussi solide que bien écrit, intitulé: Réflexions $ur le

iO HISTOIRE

('hriitianisme. Après lui, ses Jeux premiers successeurs s'arrélerenl h peine sur le siège de Dax.

Léon de Lalanne , né à Rordeaux, (ils el frorc d'un président au parlemenl de celle ville, fut nommé en i68i et transféré à Bayonne. le 15 août 1688, avant d'avoir été sacré ou même d*avoir été préconisé. Jean-Marie de Prugues, vicaire -général d'Aire, que le roi appela à Dat le m^me jour , ne reçut point l'onction épiscopale. Il mourut dans le mois de juin 1690, à Paris, où il était allé attendre ses bulles el prendre part à l'assemblée du clergé. Bernard d'Abbadie-d*Arboucate devait enfin consoler Téglise de Dai de son long veuvage. Il appartenait à une ancienne famille du Béarn et exerçait le ministère pastoral dans l'église de Marcillac (peut-être Marsolan), diocèse de Lecioure, qu'il gouvernait depuis quelque temps, lorsque le 15 août 1690, le roi le nomma à Dax. Il fut sacré le 26 octobre 1692, et siégea près de quarante ans. C'est le plus long épiscopat qu'ait va ce siège. Il mourut en 1733, étant aussi abbé deSt-Vincent-de-Luc. François. d'Andigné, vicaire-général de Lectoure, son successeur, parut à peine dans son diocèse. Sacré le 22 novembre 1733, il mourut à Dax dans le mois de juin 1736. Le roi nomma alors Louis-Marie de Suarèsd'Aulan, né à Avignon en 1699. Le nouveau prélat fut sacré le2jain 1737. Son épiscopat fut presqu'aussi long que celui de Bernard d'Arboucave, et le diocèse ne put que s'en applaudir; car il n'avait jamais eu à sa télé un pasteur plus pénétré de la sainteté de ses devoirs et plus occupé À les remplir; mais enfin les infirmités de Tâge et le désir de se préparer , dans le calme de la retraite, à ses derniers moments, l'engagèrent à se démettre, en 1771 , sous la réserve d'une pension de quinze mille livres. En s'éloignnnt , il eut soin de se choisir im successeur qui continuât ses œuvres, el jeta les yeux sur Charles- Auguste Lequien de la Neufville.

Charles-Auguste éiail né à Bordeaux, en 1726; d'autres disent, le 27 juillet 1728 , d'une ancienne et honorable famille. Après avoir achevé ses éludes et reçu le sacerdoce au séminaire de St-Sulpice, il revint dans sa patrie, où Louis-Jacques de Lussan, qui occupait alors le siège métropolitain de Bordeaux, se Tallacha bientôt en qualité de vicaire-général, et lui conféra peu après un canonicat dans son église. Le prince Ferdinand de Rohan, qui succéda à Jacques de Lussan, l'honora de la même confiance el voulut le sacrer de ses mains. La cérémonie se lit le 1*-^ mars 1772, dans l'église des Carmélites de St- Denis. L'abbé de la Neufville était depuis longtemps visiteur général decel Ordre, el on le força môme à conserver ce titre après son sacre. Tn saint remplaçait un saint; c'était le même zèle , la même piété, la même charité pour les pauvres. Lequien de la Neufville s'occupa

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Mirloul de Thôpiul de Dax; il le répnra, l'^grandil, le dola el le confia aux soins <les Jillcs de Sl-Vincent. La révolution vinl le suqirendre au milieu de ces occupations si dignes d'un pasteur. Sans selTrayer des dangers qui le menaçaient, il refusa d'abandonner son troupeau; mais h la fin il dut céder à la force.

« La cathédrale est sous Tin vocation de la Ste-Viergc. Le chapitre, qu on croit avec raison être de fondation royale, était composé de dix cbanoine^ sans dignitaires. Le plus ancien présidait aux délibérations en Tabsence deVévéque, qui avait un double suffrage. Les canonicais étaient à la collation du chapitre. La collégiale du Bourg du St-Esprit, fondée par Louis XI, était composée du doyenné, de la sacristie et de douze canoDicats , dont le chapitre était coUateur. 11 y avait aussi à Bidache un chapitre dont les canonicats étaient à la nomination du duc de Grammont. Le diocèse renfermait deux cents paroisses environ. 11 y avait à Dax des Capucins, des Carmes et des Barnabites, qui gouvernaient le collège. L'évêque de Dax présidait aux États de la Basse -Navarre , lorsqu'ils se tenaient dans son diocèse. L'évéché valait 30,000 livres environ. »

ÉVÉQUES DE BAYONNE.

En 1622, le roi Louis XIII transféra Bertrand Detchaux à l'archevêché de Tours, et choisit Tarchidiacrc de celte métropole pour le placer sur le siège de Bayonne. Claude de Reuil, ainsi se nommait cet archidiacre, avait été aumônier d'Henri IV, et il l'était aussi du roi régnant. Il parut à l'assemblée du clergé en 1625 et à l'assemblée des notables en 1620. il passa cette même année, d'autres disent en 1628, à Tévèché d'Angers^ et laissa le siège de Bayonne à Pierre de ' Bethune-Charost, qui fut transféré à la Meilleraye avant d'avoir été sacré. Claude essaya d'attirer à Bayonne les Ursulines ; mais qucf- ÉÊ qucs obstacles s'ètant opposés à ce qu'elles y fussent reçues , elles allèrent s'établir au St-Esprit, d'où elles envoyèrent des colonies à Olcron (1633), à St-Jean-de-Luz (1639; et à Dax (1651). Après la translation de Pierre de Bcthune, le roi appela à Bayonne Raymond de Montagne St- Gênez, d'une ancienne famille bordelaise, que l'auteur du livre des Essais h rendu célèbre. Raymond fut préconisé à Rome, le 13 juin 1631. Il avait exercé la charge de président au prèsidîal de Saintes avant d'entrer dans les Ordres sacrés. Son épiscopat, qui dura six où sept ans, fut marqué par une tentative infructueuse que les Espagnols firent contre le Labourt. ils surprirent Endaye, St-Jeande-Luz et Siboure, et attaquèrent ensuite Je fort du Socoa , dont la garnison, qui comptait à peine deux cents soldats, leur arracha une

')i\ IIISTOIRi:

de Beauvcau» son oncle, il do int un des plus grands prélats de Téglise do France ; mais il ne siégea que sept ans à Bayonne. Les |>auvres, les églises el le palais archiépiscopal se rcssentireut de ses libéralités. 11 changea la disiK)silion intérieure de sa cathédrale; mais nous craignons que les changements qu'il y opéra n'aient nui au magniGque édiiicc qu'il voulait embellir. Le siècle de Louis XIV porta presque toujours une main malheureuse sur les éditiccs religieui des âges précédents : il parut surtout méconnaître le mérite et la beauté du style ogival. René de Beauveau fut enlevé h son troupeau qui Taimait, et il lia s'asseoir successivement sur les sièges de Tourna y, de Toulouse et de Narbonnc.

André Druillet , lils de Jacques Druillet , président aui requêtes du Parlement de Toulouse, le remplaça à Bayonne, le 23 avril 1707. Il était alors archidiacre et vicaire- général de Mcaux, Le cardinal de Noailles, assisté des évèques de Tournay et de Blois, le sacra dans la chapelle de son palais, lo 8 janvier 1708. Le nouveau prélat siégea près do vingt ans, et mourut dans son diocèse vers la fin de Fan 1725. Avec révôché de Bayonne, il possédait Tabbaye de St-Jeand'Angély. Pierre-Guillaume de Lavieuvillc , doyen de Nantes , qui vint après, futsacré dans la cathédrale de Meaux, le 22 août 1728, et mourut à Paris, le 4 juin 1737, âgé de cinquante-deui ans. Jacques Bonne-Gigault de Bellefoiit et (Christophe de Beaumont, les deux successeurs imniédiats de Pierre-Guillaume de Lavieuville, devaient s'asseoir l'un et l'autre sur le siège de Paris, où le second a laissé un nom immortel. Ils siégèrent à Bayonne, le premier de 1736, époque de son sacre, justju'en 1741, el Vd second de 1741 à 1744. Christophe de Beaumont céda ta place à Guillaume d'Arche, doyen et vicaire-général de Bordeaux, où il était né, eu 1702. D'Arche fut sacré le 15 septembre 174o, et fitson entrée à Bayonne le 14 décembre. Ses abondantes «iuniônes le tirent surnommer le père des pauvres; il versait dans leur sein presque tous ses revenus; il se réduisit même pour eux à la pauvreté, et, quand après sa mort en vendit ce qui lui avait appartenu, l'ameublement de sa chambre ne fut acheté que trente livres. Cette mort, précieuse devant Dieu, arriva le 13 octobre 1774. Jules- Basile Ferron de La Fcrronaic lui fut donné pour successeur. Il était né en 1733, au château de Sie-Marie-des-Anges, dans la Loire-Inférîeure, d'une noble et ancienne famille de Bretagne. Nommé éfèque de Hieux en 1770, il fut transféré à Bayonne en 1775, passa à Lizienx on 1783, et alla mourir, en 1802, près de Louis XVIII, dont il partagea l'exil. C'est à ce prélat que Bayonne doit l'avenue de Mousserôle, où il fit planter les beaux arbres qu on y voit. Etienne Pavée de Ville-Vieille, qui succéda a Jules de La Ferronaie, naquit au château

DE LA GASCOGNE. 5 if»

de Vieille, lo 31 décembre 1739, cl fut sacré évèque de Bayonnc le 11 janvier 1784. Forcé de quitter la France, il se réfugia en Espagne et mourut au couvent de TCNiva, dans le mois de mars 1793.

« L'évêque Arsius a laissé une description du diocèse, qui en étendait les limites jasq[u*à St- Sébastien dans le Guipuscoa. En 1790 il ne comprenait que soixante-sept paroisses environ et cinq annexes, dont les unes, situées dans le Labour, dépendaient du parlement de Bordeaux, et les autres, situées dans la Basse-Navarre, ressor tissaient au parlement de Pau. L'église cathédrale est dédiée sous l'invocation de la Ste- Vierge. Elle était desservie par docze chanoines élus par le chapitre et confirmés par l'évêque. Il ;y avait dans la ville des Dominicains , des Cordeliers, des Carmes, des Augustins, des Capucins, des Claristes, et des Filles de la Visitation. L*évécbé valait 30,000 liv. »

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