‹ Histoire de la GascogneChapitre 8 sur 11 · ÉVÊQUES DE COMMINGES · texte numérisé non relu

ÉVÊQUES DE COMMINGES

Gilles de Souvré, cvèquc de Comminges, que nous avons vu aux Étalsde Paris, permuta son siège, en 1629, avec François de Donadîeu, évéque d'Auxerre. Celui-ci n'avait accepté sa translation que pour se rapprocher de l'évéque de Saint-Papoul, son frère ; mais pendant que ses bulles s'expédiaient de Rome, il tomba malade à Paris, et désespérant de recouvrer jamais assez de santé pour pouvoir administrer un diocèse, il se démit en faveur de Barthélémy de Donadieu, son neveu. Les cours de France et de Rome prêtèrent les mains à cette disposition du malade, et Barthélémy fut sacré le 8 décembre 162S, dans l'église des Carmélites, par les mains de son oncle. Le nouvel évéque ne comptait que trente-deux ans; mais la maturité de sa raison , la gravite de ses mœurs et la solidité de sa piété remplaçaient ce qui lui manquait du côté des années. 11 était né en 1572, à Montesquieu , dans le diocèse de Riez , d'une ancienne famille qui avait donné de nombreux soutiens k l'Eglise et à l'Etat. Au sortir des langes de l'enfance, on le confia aux soins d'un de ses oncles, abbé de Sl- Hilaire, qui s'appliqua à jeter dans son jeune cœur la semence des vertus. Après ses. premières études, il visita d'abord Rome, Naples et Venise, et parcourut ensuite toute la Hollande. Les voyages étaient alors le complément obligé de l'éducation. des jeunes gentilshommes. Barthélémy atteignit ainsi sa vingt-troisième année. Renonçant alors généreusement au monde^ il se voua à l'étude des lettres et s'attacha encore plus à former son cœur qu'à orner son esprit. 11 se prépara de la sorte aux hautes et saintes fonctions que le ciel lui destinaîL II voulut ouvrir sa carrière épiscopale par un pèlerinage. Avant d'entrer

DE LA GASCOGNE. ;)(k>

d^DS son diocèse, il alla se placer sous la protecliun de Notrc-Dainede^arsison. Cestdans ce pieux asile que les députés de son chapitre Tinrent le saluer, la veille de Pentecôte 1625. Le lendemain, il fil son entrée solennelle à St-Bertrand, au milieu d*un immense concours. 11 commença aussitôt la visite de son diocèse^ qu'il parcourut plusieurs fois dans tous les sens. Partout il fit briller sa piété, sa science, son lèie, sa prudence et surtout son inaltérable douceur et son inépuisable charité. Tant de travaux épuisèrent vite sa vie; il mourut en odeur de sainteté, dans le château d'Alan, le 12 novembre 1637. Ses entrailles furent inhumées dans la chapelle du château ; son coeur fut porté à réglise de St-Gaudens , et son corps déposé devant le grand antel de St-Bertrand.

Hugues de Labatut, chanoine cl archidiacre de St-Bertrand, le remplaça. Barthélémy de Donadicu, dont il avait partagé les travaui comme officiai et comme vicaire-général, Tavait désigné au choix du roi. Le pieux prélat ne s'était point trompé dans son appréciation. Hugues se montra son digne successeur. H mourut le jour des Cendres, 10 février 1544. Après avoir marché sur les traces.de son prédécesseur durant sa vie, il ne voulut pas en être séparé après sa mort. Il ordonna que ses cni railles, son cœur et son corps fussent partagés entre la chapelle d'Alan, Téglise de St-Gaudens et la cathédrale. Il reposa ainsi tout entier près des restes vénérés de son maître, de son bienfaiiear et de son modèle.

Gilbert de Choiseul parut avec éclat sur le siège de Comminges , même â côté de ces deux glorieux prélats. Il était frère du comte Doplessis-Praslin, depuis maréchal de France. Voué a l'Eglise presque dès le berceau, il fit de brillantes études et prit le bonnet de docteur. La renommée de ses vertus et de ses talents avait déterminé Hugues de Labatut, affaissé sous le poids du fardeau pastoral et accablé par les infirmités» h lui transmettre son évéché ; mais la mort l'empêcha d'eiécoter son dessein. Anne d'Autriche, instruite de ce qui se préparait, ne lui chercha pas un autre successeur. Gilbert fut nommé le 23 mai 1644; toutefois il ne reçut la consécration que le 8 avril 1616. La cérémonie se fit dans l'Eglise des Minimes, en présence du cardinal Barberini, légat du Saint-Siège, et de l'assemblée entière du clergé, alors réanie à Paris. L'archevêque d'Auch, assisté des évèques de Trojes et d'Aire, fut le prélat consécrateur. Le nouvel évêque renonça aoi abbayes de Boulancourt, de Chante<Merle et de Basse-Fontaine, et ne garda que celle de Saint-Martin de Troyes, où il introduisit la Réforme. Ami des études, il ne put voir sans douleur que le diocèse n'avait point encore de séminaire -. il afiecia aussitôt à cet usage une de ses maisons. Bientôt une peste affreuse vint décimer son troupeau.

ÎIISTOIIIE

Le digne pasleur sembla se multiplier pour lui prodiguer tous les secours d'une charité vraiment apostolique : on le vit aussi attentif à administrer de ses mains les sacrements aux malades, qu'à leur procurer les remèdes et les aliments dont ils avaient besoin. Son exemple porta quelques lAches curés, que la crainte du danger avait fait fuir, à retourner auprès de leurs ouailles. 11 assemblait régullèremeot chique année son synode diocésain, et aimait à préparer avec son clergé, sans faste et sans domination, les réformes à introduire dans le dioc^ Son amour ])our la pai!i^et sa dextérité k manier les esprits, le firent souvent choisir pour médiateur. Ce fut lui qui soumit au pape Alexandre VU les cinq fameuses propositions de Jansénius. Il refusa l'archevêché de Narbonnc, et n'accepta Tévèché deTournay que malgré lui et sur les ordres réitérés du roi , qui lui écrivit que le bien de l'État demandait de lui ce sacrifice. Ce prélat écrivait également bien en vers et en prose. On a de lui plusieurs ouvrages, dont le principal et le plus estimé est intitulé : Mémoires touchant la Religion. Louis de Rechigne-Voisin de Guron, son successeur, est moins connu ; on sait seulement qu'il fut nommé le K janvier 1671, et qu'il mourut à St-Bertrand le 20 mai 1673, à l'Age de 77 ans. Jean-François de Brisai de Denon ville, archidiacre, vicaire-général et officiai de Chartres, abbé de La Bussière et de Cannes^ qui remplaça Louis de Guron, fonda un séminaire à St-Gaudens et en confia la direction aui Jésuites. Il mourut le 12 avril 1710. Gabriel Olivier deLobîères de Bouchet, grand chantre de Rhodez, le remplaça le 22 juillet de la même année , et gouverna trente ans le diocèse. Il fut remplacé, k son tour, par Antoine de Lastic, vicaire-général de Tarbes et abbé de St-Guillaume-du-Désert. Antoine , né en 1709 , dans le diocèse de Clermont, reçut la consécration épiscopale le 9 décembre 1740. 11 venait d'être transféré k ChAlons-sur-Marne , lorsque la mort le surprit à Paris, le 23 décembre 1763. Charles- Antoine-Gabriel d'Osmond de Médavi, comte de Lyon, vicaire-général et officiai d'Auxerre, lai succéda sur le siège de Commingcs, et fut sacré le U' août 1754. Son pontificat fut encore plus long que celui de son avant-dernier prédécesseur. Parvenu à une extrême vieillesse , il se démit en faveur d*An(oine-Euslache d'Osmond, son neveu. Celui-ci nAquit à Saint- Domingue, le 6 février 1754. 11 se voua aux autels et s'attacha à l'archevêque de Toulouse, Lomcnie de Brienne, qui en fit un de ses vicaires-généraux. Son oncle le rappela ensuite près de lui et lui céda enfin son siège. Député aux États généraux, le nouveau prélat refusa le serment, et quitta le royaume.

« L'église cathédrale a pour patrons la Ste-Vierge et St-Bcrtrand, évêque. Le chapitre était composé de douze chanoines; de cinq archi-

tliacret > d'uD sacrislain , d'un grand ouvrier ei d'un prébsndier. La Bomination des dignités appartenait à l'évéquc, et celle des cdnonicals ■ux cbanoines chacun dans leur mois. Le bas-chœur était composé de quarante-uA bénéticiers, dont quatre hebdomadiers et un succenleur. L'évèquo faisait sa résidence ordinaire k Alan ; il était admis asi États de Languedoc ; plusieurs paroisses de son diocèse étaient du goorernemeDt de cette province, et formaient les petits États de NebonuD. On comptait dans ce diocèse deux cents paroisses environ , dont ? ingt-deux au moins étaient en Espagne : le séminaire était A St-Gandens. 11 j avait dans lateéme ville un chapitre, des religieuses de Notre-Dame^ 4m Dominicains et des Trinilaircs; des Augustins à Montrejeau, des Dominicains à l'Ile-cn-Dodon , des religieuses de FonteYraalt à St-Laurent, et plusieurs autres Communautés religieuses. L'évècbé valait 70,000 livres. »

ÉVÉQUES DE LECTOURE.

Guillaume II de Barton, que quelques-uns donnent pour coadjuteur à Jean de Barlon, son oncle, occupa le siège de Lectourc en 1544. Néanmoins, il ne fit son entrée solennelle dans sa ville épiscopale que le 17 mai 1551. Il;assi8ta au Concile de Trente , où il fut atteint de la peste, qui força de suspendre quelque temps cette célèbre ^ assemblée. Il échappa au terrible fléau , mais il ne traîna plus qu^une santé languissante jusqu*à sa mort, qu*on place vers 1571. On croit même qu'il s'était démis de son siège deux ans auparavant. Ce prélat aimait k s*entourer d*hommes instruits et vertueux, u 11 n'était jour da monde quMl n'eût à sa table aucuns professant la théologie, philosophie, bonnes lettres et histoire, et s'il y avait quelque docte passant, il recevait de lui commodité. >* Les goûts de son successeur furent diCKrents. « Il avait une très belle écurie, une meute nombreose, et il se montrait assez libéral k la noblesse qui le venait voir, loi faisant chère. » De Tèvêquc on ne trouvait en lui qu'une qualité, un grand amour pour les pauvres. Ce prélat, si peu digne du poste éminentqui lui avait été confié, appartenait à la maison de Bourbon et s'appelait Charles. 11 était lils du roi Antoine et de la célèbre Louise de La Beraudière. Jeté dans Téglise sans aucune vocation , il fut d'abord pourvu de l'évèché de Comminges, et passa à Lectoure vers 1509(1). Mais, sur l'un et l'autre siège, il se contenta d'avoir obtenu

(I) Soug son pontificat, Pithou cl Du Thou w rendirent à LiTlourc : rommo ils ■'arrivfrrnt qae la nuit et qa'ils tournaient nutuur dei fossi's , I«*> sentinelles qui f*Uieflt nir 1rs remparts tirèrent sur eui quelques coup^de mousquet. ■< Les Romain!* T aTaienl antrefoi* institué de< .«ai'nfk'es de tAureaux en l'honneur d«' la m^Tt^dr-

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de Rome Tinslilulion canonique. 11 ne se lit sacrer que lorsqu*il fut appelé à Tarcbevêché de Rouen.

Léger de Plas devait faire oublier vile un pareil pasteur. Né au cliAteau de Plas, dans le Limousin, d'une famille noble etancieoDe; il étudia les belles-lettres k Paris, et la philosophie avec le droit civil et le droit-canon à Toulouse. Après avoir ainsi orné son esprit des diverses connaissances qui complétaient l'éducation d'alors, il se retira auprès de l'évéque de Bazas, son oncle, et passa ensuite à Tarbei, dont l'évéque l'admit dans son intimité. Parvenu à Tftge de trente ans, il renonça à tous les avantages que le monde ou la vie cléricale semblaient lui réserver. 11 s'enferma dans un cloître tfC prit l'habit de St-Benolt ; mais il ne put échapper aux honneurs qu'il fuyait. La communauté de St-Martin-d'Alayrac l'élut pour prieur, et peu de temps après, le roi le nomma à Tévèciié de Lectoure. II Gt son entrée dans sa ville épiscopale, le 19 mai 1590. Les protestants l'avaient longtemps occupée : il eut le bonheur de la voir replacer sous l^slois des catholiques. Ce triomphe eût clé léger pour l'évéque. 11 fallait surtout ramener à la Foi les hérétiques cl détruire les désordres 4|u*avait semés l'hérésie. 11 craignit de ne pouvoir pas sufûre seul à ce travail; il demanda et obtint, dès IGOO, en qualité de coadjutcur, Jean d'Estretse, son neveu. Quelques années plus lard, il lui abandonna entièrement le gouvernement du diocèse, et se relira h son château de Plas, où il ne s'occupa que de son salut. La mort vint le frapper parmi ces pieui exercices, le 24 mars 1635, à TÂge de quatre-vingt-sii ans. Il fut enterré dans l'église de sa paroisse, dans laquelle il avait reçu le baptême et le sacerdoce. Ce saint prélat fut remplacé par un parent, héritier de ses vertus plus encore que de sa dignité. Jean d'Estresses était né dans le Limousin, patrie de son oncle, et avait porté longtemps le titre d'évéque de Laodicée. Il assista , en 1614, aui États généraux de Paris, et en 1621 à l'Assemblée du clergé, tenue à Bordeaux. Sa vie se passa dans la pratique des bonnes œuvres et surtout de la pénitence. Il mourut dans la ville de Miradoux, le 12 avril 1646, après avoir gouverné le diocèse près de quarante ans , comme coadjuteur ou comme titulaire. Louis de Larochcfoucault, baron de Yertcuil, lui fut donné pour successeur. 11 nâquil le 13 décembre 1615, et eut pour père François do Larochefoucault, cinquième du nom, duc et pair de

Dieux ; ce qui se remarquait par plusieurs inscriptions qu'on Toyait encore grarées Mr les pierres d'un tenple que la barbarie de nos gnores ciriles aTait ruiné , et dont on prétendait se sc^rrir pour bAtir un autre ». Ils y Tisilërent le chAtcan , oh le comte d'Armagnac fut assassiné. <« Les murailles sont encore teintas de son sang qu'on n'a pu elTacer jn.^qu'aojonrd'hui. » (Du Thou, p.ngc 3I5\

DE LA (;ASr.OGAK. 561.)

France et gouverneur du Poitou; et pour mère Gabriellc Duplessis- Lyancourt. Quoique nommé peu après la mort de son prédécesseur, il ne recul l'onction sainte que le 8 décembre 1649. 11 ne survécut que cinq ans à son sacre» et expira dans son château de Vcrteuil en décembre 1G54. Il touchait à peine à sa quarantième année. Pierr«.'- Lonis Gaset de Volorte, fils d'un premier présid^'nt au parlement de Bretagne et frère de François de Votortc, ambassadeur eitniordinaire du roi auprès de la diète de Ratisbonne, fut nommé par Louis XIV, le 9 février 1655, et sacré le 21 septembre, dans rég:lise des Jésuites de PoDtoisc, par le célèbre Marca, alors archevêque de Toulouse. Seize ans après, il voulut se rapprocher de sa famille, et obtint sa translation au siège de Vannes. (lette translation fut suivie de celle de llugues de Bar, qui passa de Dax à Lcctoure. Hugues était un prélat pieui, savant, et surtout très charitable envers les pauvres. Il fit rebâtir à ses frais le palais épiscopal, un des plus riants et des plus pitloreiques de France, et jeta les fondements d'un séminaire. Avecl'évéché, il possédait les abbayes de St-André, de Vertus et de Pontaut, dans les diocèses de Vienne, de Châloos et d'Aire. Il mourut le 22 décembre 1691, dans son diocèse, où il résida religieusement et où il Gt revivre la discipline ecclésiastique, trop négligée sous ses derniers prédécesseurs. On l'enterra dans le chœur de la cathédrale, où on lit encore sonépitaphe. François- Louis de Polastron, d'une très ancienne famille de l'Armagnac , lui fut donné pour successeur le 6 avril de Tannée suivante. Sa préconisation ne se lit pas attendre. 11 fut sacré à Paris le 9 novembre^ et prit possession de son siège le 22 décembre. Prélat pieux et zélé, il marcha sur les traces de Hugues de Bar, et publia, en 1690, de nouveaux statuts propres à consolider les réformes introduites par son vénérable prédécesseur. Il termina sa carrière le 13 octolre 1717, et fut remplacé par Louis dlIlicrs-d'Entragues , déjà nommé à Tévèché de Clermont. D'Ëntragues reçut l'onction sainte le 24 juillet 1718, et mourut deux ans après dans Tabbayc de Belle-Fontaine, qu'il avait en commande. Paul-Robert Uerlaud de Beaufort h; rcmi^ça à Lectourc. Il était déjà chanoine de la Sainte-Chapelle do Vincennes, abbé de Fare-Moutiers et doyen de l'église d'Ypres, lors quil fut promu à Tépiscopat le 8 janvier 1721. 11 siégea vingl-quntro ans,eteut pour successeur Claude-François deXarbonne-Pelct, vicairegénéral d'Arles, sacré le 19 mai 1716 et mort le 14 mai 1766, ù l'Age de soixante-huit ans. Pierre Cliainïlle de Jumillac de Cubjac, nC' dan<» le diocèse de Périgueux, fut alors appelé sur le siège de Lectourc. Agent général du clergé en 1755, le nouvel évèque termina sa carrière (16 juin 1772) pendant l'Assemblée du clergé à laquelle il avait été député par sa province. Louis- Emmanuel dcCugnnc devait rlor<> la lifte des évéquesdc Lectourc. Il naquit, en 1729, de Jcaii-Louis de

Cugnac, seigneur d^ Givcrsac, et de Marie Souveraine de Roulillac , l'un et l'autre des premières familles de leur province L'évéque de Bayeui l'appela jeune près de lui, l'altacba à son diocèse en qualité de vicaire-général et lui fit obtenir l'abbaye de Conques. Le roi ajouta plus tard à ce ricbe bénéfice Tévèché de Lectoure. Le nouveau prélat reçut l'onction sacrée le 7 septembre 1772. Il fut député par sa province à la dernière Assemblée du clergé qui se soit tenue. 11 refusa le serment comme tous ses collègues, mais son âge ne lui permit pas de les suivre sur la terre d'etil. Mis en réclusion durant les jours sanglants de la Terreur, il échappa à la bâche révolutionnaire et se retira au château de Fondelin, près d'un neveu, que son mariage avec une des plus nobles et des plus riches hériiicres de la Gascogne avait attiré dans le Condomois. 11 y mourut subitement, en 1800, et fut enterré dans le caveau de sa famille.

« La cathédrale est dédiée sous l'invocation de St-Gervais et de St- Protais. Le chapitre était composé de quatre archidiacres, d*un grandchantre , de douze chanoines et de quatorze prébendes. Les dignités étaient à la collation de Tévéque, les canonicats à la collation alternative de l'évéqae et du chapitre en tout genre de vifcance. La plupart des titres de la cathédrale et de l'évéché se sont perdus pendant les troubles du seizième siècle. Les gens du pays disaient autrefois que l'évoque de Lectoure représentait Jésus-Christ; les quatre archidiacres, les quatre Èvangélistes, les douze chanoines, les douze Apôtres, les soixante-douze curés du diocèse, les soi lante-douze Disciples. Le diocèse renfermait soixante dix-sept paroisses environ et trente annexes divisées en trois archiprétrés. Il y avait dans la ville, des Pères delà doctrine chrétienne, qui avaient la direction du collège, des Dominicains, des Cordeliers, des Carmes, des Capucins , des Carmélites et des Oaristes urbanistes. L'évèque était seigneur de Lectoure avec le roi : il jouissait d'environ 40,000 livres de revenu. »

ÉVÉQUES DE CONDOM.

A Robert de Gontaud, avait succédé sur le siège de Condom Jean de Monluc. Le maréchal de ce nom, dont il était le troisième enfant, l'avait affilié, dans son enfance, h l'Ordre de Malte: c'était la véritable vocation de Jean. Aussi se montra -t-il, par son ardeur belliqueuse et son courage, digne du sang qui coulait dans ses veines. Il ne songeait qu'aux combats et à la gloire , lorsqu'après la mort de Robert de (jontaud, son père obtint pour lui l'évéché de Condom. Le pape hérita à sanctionner une nomination pareille. Néanmoins, il finit par expédier les bulles (décembre 1573.) Non seulement le nouvel évèque n'éiait point engagé dans les ordres, mais il n'avait rien de sacerdotal

DE LA GASCOGKE. 571

dans les mœurs. Sa promotion éveilla ses remords. 11 essaya de se former aui venus que demande l'épiscopat et surioutà Télude. Dans celte vue, il quitta sa patrie, et prenant avec lui Jean Ducbemin, un de set vicaires-généraux, il p^ssa en Italie : il s'y arrêta à peine, et ft'emlMrqua pour Blatte, afin de prendre congé du grand-mattre. A •on retour, il visita notre Dame de Lorette, Venise et Turin, où le duc de Savoie, qui avait connu et apprécié Biaise de Monluc durant ses camptgnes d'iulic, se plut à Taccueillir. Enfin, fl rentra en France et regagna Condom.

La cour, connaissant ses goûts, le chargea de réduire les protestants qui infestaient son diocèse, et d'attaquer Nérac. L'évèque obéit et leva des compagnies. On prétend qu'il les eierça dans sa cathédrale, qui n'avait point été rendue au culte depuis que Monlgommerry l'avait mutilée : on veut même qu'il ait fait servir cet édifice de théâtre à dei amusements profanes. II était temps qu'un pareil évêque déposât une charge pour laquelle il n'était point né. 11 résigna son évèché à Jean Ducbemin, moyennant une pension de 9,000 livres et la jouisiance du château de Cassaigne. Il se retira alors dans cette résidence, et après y avoir traîné deux ans les restes d'une vie épuisée par les fatigues delà guerre, et peut-être aussi par les excès de sa jeunesse, il mourut sur la fin de janvier ItfSâ (1).

Jean Duchemin, qui le remplaça, était né âTrignac dans le Limousin, de Guy Duchemin, seigneur de ce lieu, et de Jeanne de Comhon. 11 vint à Condom vers l'an IMO, attiré par Antoine de Lespinasse, Son onde , vicaire-général de Charles de Pisseleu, et fut pourvu d'une prébende qu'il changea depuis contre un canonicat. Ses talents le tirent choisir, en itno, pour aller à Paris représenter aux cardinaux de Lorraine, de Bourbon et de Pellevé tout ce que le diocèse avait souffert au passage de Montgommery. Ces trois cardinaux présidaient i Taliénation du temporel ecclésiastique dans le royaume. La négociation de Duchemin réussit, et Conduni fut déchargé du tiers de la somme qui lui avait d'abord été imposée. Quelques années plus tard, Jean de Monluc l'appela dans ses conseils et l'associa ensuite à ses voyages, et enfin, il lui céda son siège. Les bulles éprouvèrent qud-

(I) Son coMir et ses entraHles titrent cnteveliea dans le beau raaasoiée que sua soicesseor loi fll élever dans la chapelle de Cassagnc; mais soircorps fut porté dans ii* choenr de la cathédrale, où il repose près du tombeau qui attendit vainement les cendres de son père. Le collège de Conditm fut Tonde sous son épiscopat par >'. de Pellegrin de Liste, qui afTecU à cette œuvre la tut ilité de ses biens cédés plus tard à M. do Skiières pour 8,0001ivres. Pierre de Sarrau ilnnna,en I5S7, une maison située prè« dn local choisi d'abord pour cet établissement, ci comme HIe ^ Irouvaîl plu^ T«»ir M plu« commode, on y transporta Ir collogo.

que retard; le roi se servit de ce prétexte pour nommer le chancelier de Birague; mais le chancelier s'accommodait assez peu d'un évéché situé à rextrémité du royaume. Il accepta une pension légère et renonça À toutes ses prétentions. Duchemin, resté en6n paisible possesseur de son siège, marcha d'abord sur les traces de son prédécesseur. 11 connaissait comme lui Tort de la guerre. Aussi ne se décbargea-t*il sur personne du soin de réprimer les prolestants de Nérac. Il Icfa deâ troupes et mareha contr'eux : toutefois, après avoir forcé au repos ses turbulents voisins, il déposa le casque et ne reparut plus parmi les gens de guerre ; mais en renonçant h la guerre, il ne' dépouilla pas entièrement son caractère belliqueux. Il eut de fréquents démêlés avec tous ceux qui Tentouraient.

Vers Tan 1600 , les habitants de Condom se plaignirent de lui à Toccasion des élections consulaires et de Tadministration de Tbôpital. Les esprits commençaient à s'échauffer, lorsque le prélat se rendit à rbôtel-de-ville, le 6 février 1601, et y fît entendre un langage si judicieux et en même temps si paternel, quMl ramena la paix. Ce calme p dura jusqu'en 1611, époque où quelques consuls Grent de nouvelles entreprises contre ses droits, cherchant à étayer leurs prélenlioos de la calomnie. Duchemin fit convoquer le conseil de ville et chargea son neveu, dont il venait de faire son coadjuteur, d'y aller présenter sa justification; mais ses ennemis craignant que leurs machinations ne fussent mises à nu, empêchèrent le conseil de se réunir. Le triomphe du prélat ne fut qu'ajourné. Il profita de la solennité de Noél oè le peuple se pressait en foule sous les voûtes de la cathédrale. Il nninta en chaire et n'eut pas de peine à montrer la justice de sa cause et la pureté de ses intentions. Il fut moins heureux dans quelques autres différends qu'il eut avec les consuls, à l'occasion des préséances dans l'église, avec son chapitre à l'occasion de la justice criminelle et des réparations de la cathédrale, enfin avec son coadjuteur à roccasion de la pension qu'il s'était obligé à lui payer. Il mourut au milieu de ces tristes luttes, dans le château de Cassagne , le 31 juillet 1614 et fut enterré dans l'église parroissiale du lieu, où il s'était fait bâtir un superbe mausolée. Apre» sa mort, le chapitre ayant fait saisir tous ses biens, Duchemin de Pontauron, son neveu et son héritier, fat condamné à faire k l'église des réparations qui s'élevèrent, dit-on^ à plus de vingt mille écus (1).

(I) Par une Iransaction du 8 octobre 1617, il s'obligea à cousiguer trente-six mille livres, parmi lesquelles deux mille sept cent cinquante Turent employées à garnir les Titraux dé fil de laiton, deux mille six cent ving-six à garnir de verre neuf vitraux, mille deux cents à peindre quatre vitraux, sept mille à orner lo chœur, quatre mille k couvrir l'église de plomb , et cinq mille sept cent soixante-trois à l'achat de deux rnlices d'argent et de quelques meuble? d'église.

DE LA GASCOr.ISE. :) > . j

Antoine de doux, qui succéda à Jean Duchemin, naquit à Trignac dins le Limousin, de Philippe de Coux et de Marie Duchemin, sœ ur du dernier évéque. Son oncle l'attira près de lui presqu'au sortir du" bercam, et prit soin de cultiver de bonne heure les heureuses dispositions dont le ciel l'avait doué. Il le nomma chanoine de sa cathédrale, lui fit obtenir une place de conseiller clerc au présidial de Condom, ei lonqn^il l'ordonna prêtre en 1595, il lui conféra la prévôté du chapitre et le titre de vicaire-général. Enfin, à la prière de la reine Marguerite, il le choisit pour son coadjuleur sous la réserve toutefols d'une pension de dix mille francs en faveur du comte de Carmain. La cour de France se prêta sans peine h cette transaction , mais Rome se montra plus difficile. Les bulles se firent attendre. Antoine. pour lever plutôt les difficultés, passa les Alpes accompagné d'un de ses frères, et trouva à Rome le célèbre cardinal Duperron avec lequel ilselîa d*amitié. Lecréditde Duperron était grand auprès du St-Siége. Il plaida la cause de son ami, et les bulles furent expédiées. Antoine futaacré le 25mara 160f , dans l'église de St-Louis, et prêta serment entre les mains du cardinal Montaltc, neveu de Sixte-Quint et doyen du sacré-eollége. Après son sacre, il alla placer son épiscopat sous la protection de Notre-Dame de Lorette. Il rentra enfin en France et vint soulager son oncle dans l'administration de son diocèse, dont il fit la visite générale en 1612. Mais bientôt l'harmonie disparut entre les deux parents, et de Coux dut s'éloigner. 11 apprit à Toulouse la mort de son ancien bienfaiteur, et s'empressa do reparaître au milieu du troupeau confié désormais exclusivement à ses soins. Toutefois il ne prêta serment k la ville et au chapitre que le 8 août 1616 (1) . Il s'attacha d'abord à effacer les traces des dévastations que les Religionnaires avaient laissées sur presque tous les édifices religieux de son diocèse, et après avoir réparé les églises, il répara et agrandit révècbé. Sujet fidèle et courageux, il déjoua deux fois les projets des rebelles et conserva Condom à la couronne , ce qui lui attira deux lettres de félicitation de la part de Louis XII 1. Mais en même temps Pontife ferme et courageui , il soutint hautement les droits du St-Siége

(fl) Il doBiM des KtalutH srn'Mlaui à son clergé, rôgla le scrrico dirin dam la chapelle de Monlrrâl et parmi loi deux compagaiei de Pénitents que possédait alors Condoai. Les Communautés religieuses se multiplièrent sous son administration. L'ordre des dates nous donne la fondation du couvent des ObserTanlins à la Montjoie le 17 juillet 16*23, des Claristos à L^plume le 3 avril 1626, des I>ominicains au Mas-d'Agenais le 11 décembre 1637, des Claristos n Lnrroumiou, on 164*2, et des l'rsaUnes à Anvillars le *2.% février 1616, outre le rouvont des l'rsulines fondé à Condom par la s«pur do Vordusan. novice nu couvent do (ïondrin.

à r Assemblée du cierge (1625), ce qui lui valu! une autre letlre quo lui écrivit le cardinal Spada au nom du souverain Pontife. A la piété, de Coux joignait l'amour des lettres et môme le culte des muMS, au sein desquelles il cherchait un délassement à des travaux plus sérieux. Le collège de Condom se mourait entre les mains de quelques prêtres séculiers. Il appela les Pères de TOraloire et leur fit bâtir le bel établissement qui est encore un des ornements de la ville. Tant de travaux n'épuisèrent pas ses libéralités. Les pauvres eurent toujours la preinicre i>art dans ses largesses; il versa dans leur sein d*aboDdantes aumônes. Il atteignit ainsi une extrême vieillesse. Ses infirmités qui se multipliaient lui commandaient le repos. Jean Destrades venait d'être nommé au siège de Périgueux. De Coux le détermina à prendre plutôt celui de Condom, sur lequel il se réserva une pension de dix mille livres; mais la translation n'avait pas encore été sanctionnée par RoD)e, lorsqu'une courte maladie enleva le vieui prélat dans la Ôl»»' année de son âge et la ii"*' de son épiscopat. Il emportait dans la tombe les regrets unanimes de ses diocésains. Sa bonté, sa douceur, son habileté à manier les cœurs lui avaient concilié tous les suffrages (1).

Jean Destrades, appelé à recueillir l'héritage d'Antoine de Coox, était fils de François Destrades, chambellan du roi, et de Suzanne de Secondât de Roques, de la famille qui donna depuis le présidant Montesquieu à la France. Il obtint ses bulles le 23 février 1648 et fut sacré le dimanche après Pâques dans l'église des Jésuites d'Agen, sa patrie. Barthélémy d'Elbène, évêque de cette ville , présida à la cérémonie, assisté d'Alain de Solminiac, le pieux évêque de Cahors, et de Gilbert de Choisealf évêque de Comminges. Le nouveau prélat ne se montra a Condom que le Mardi-Saint de l'année suivante. En 1651, il venait de commencer la visite pastorale, lorsqu'il apprit à Larroumieu que sa province l'avait député aux États de Tours. Il rentra aussitôt à Condom et prit le chemin de Paris, où il séjourna longtemps. Durant son absence , la ville fut décimée par la peste. Il mourut en peu de mois, dans son enceinte ou dans les campagnes voisines, près de quatre mille personnes. Les églises furent feroàiées, la cathédrale elle-même demeura quatre ou cinq mois sans offices. Les habitants avaient abandonné la ville ; ils campaient aux environs

(1) Comme les balles de son suc<:es9ear D'étaient point encore armées, le chapitre nomma des Tïcaires-généraax cl arrêta son choix sar Antoine et 'Jean de Cou, las deux neyeax du prélat, et Gérard Dupuy, un des archidiacres de la cathédrale. Da chanoine étant mort sur ces entrefaites, le chapitre Gt acte de jurisdiction et nomaa à la place vacante Robert Dapuy , ncreu du Ticairc capitniairr. Nous ignorons si celle nomination, pou conrormr aux Canons, fut maintonur.

DE LA GASaXifilù, :>7f)

dans des huiles. Margcan, vicairc-géoéral de rév^iiit^ s'était retiré àCtSMgDf, d'où il gouvernail le diocèse. Au milieu du deuil général , le corps de ville implora l'inlercession de St-Joseph et fil vœu d'aller processionnellemenl lous les ans , la troisième fête de Pentecôte chanlcr en son honneur , dans Téglise des Pères de TOratoire , une messe à laquelle les consuls et les jurais assisteraient un cierge à la main et feraient leur communion. Le vœu s'accomplit jitflqu'cD iim. Alors, durant une procession générale , présidée par Tévéque et faite à l'occasion du jubilé, le supérieur de l'Oraioirp n'ayant pas offert l'eau l>énite au chapitre, celui-ci se crut offensé. Les consuls entrèrent dans ce froissement d'amour-propre. On se cooleota désormais de se rendre à St- Jacques -dc-la-Bouquerie et d*j chanter la messe et l'antienne.

Dettrades rentra à Coudom sur la fin du carême 1651. et y resta jnsipi'à la mi-octobre 1658. Il partit alors pour Limoges où il alla attendre l'exécution d'une transaction qui devait lui enlever la charge pastorale. Avant de s'éloigner, il appela près de lui son chapitre et (OQS les fidèles de la ville, et les entraîna sur ses pas à la chapelle de Notre-Dame pour rendre grâces à Dieu de l'avoir élevé à Tépiscopat et pour lui demander pardon des fautes qu'il avait pu commettre durant son administration. La cérémonie se termina au milieu des larmes. Le prélat partit le lendemain. Il laissait à lous les ordres religieux de sa ville épiscopalc des preuves éclatantes de sa piété, et léguait douze mille livres et sa belle bibliothèque aui Pères de la doctrine chrétienne de Nérac , qu'il chargeait de donner l4>us les ans one m'ssion dans une des paroisses de son diocèse. Il y avait alors à la cour un jeune abbé qui n'avait d'ecclésiastique que la dignité. Charlet-Louis de Lorraine , ainsi se nommait cet abbé , était le fils aîné de Charlotte des Essarts , dame de Romoranlin , une des nombreuses maîtresses d'Henri IV , et de Louis de Guise , cardinal de Lorraine. Celui-ci , jeté malgré lui dans l'église , s'était contenté de recevoir le sous-diaconat et n'avait jamois voulu y ajouter les autres \>rdref sacrés. On prétend même qu'un mariage secret le liait à Charlotte; mais ni Rome , ni sa famille ne voulurent reconnaître un pareil engagement. Après la mort du cardinal , la dame de Romorantio, quoique doublement flétrie , contracta une union légitime avec le maréchal de l'Hôpital , gouverneur de Paris. Telles étaient les mœurs sous les derniers Valois : qu*on juge maintenant si la religion pouvait armer les bras à la St-Barihélemy et dans les combats qui suivirent. Tout ne le démontre que trop : c'est ailleurs que dans lo sentioient religieux qu'il faut chercher l'origine dos guerres du 15*- et du llk siècle. Charles-Louis fut, prcsqu'au sortir de l'enfance, pourvu

576 histoihe

deTabbayc deChably. Devenu plus grand, il suivit les exemples qu'il avait trouvés chez les auteurs de ses jours^ et ne songea qu'aux plaisirs. Ses équipages de chasse étaient les plus beaux de France; ses écuries rivalisaient avec celles des plus puissants seigneurs. Celte dissipation non-seulement épuisa vite son patrimoine » mais amena des dettes si considérables que le nouveau Prodigue fut obligé de quitter la cour.

Le comte Dcslrades, aimé et considéré de la reine-mère et du cardinal Mazarin, désirait pour lui et pour sa famille uneabbaye avec quelque pension. 11 proposa un échange entre son frère et Tabbé de Chably. L'affaire traîna en longueur. La maison de Lorraine, qui voulait conserver Tabbaye, fit naître des difficultés. Elle se servit de Tamourpropre du jeune abbé qui se révoltait à Tidée d'obtenir dispense comme enfant naturel. La procédure de permutation avait commencé le 16 juin 1658. Les brefs en furent expédiés dans le mois suivant ; cependant le 14 janvier 1659 Charles revint sur sa détermination et révoqua toutes les transactions passées. Il était allé s'enfermer à l'abbaye de St-Magloire, chez les Oratoriens, pour se reconnaître un peu et se préparer à Tépiscopat, ou peut-être pour se soustraire aux poursuites de ses créanciers. Les bons Pères l'engagèrent à garder son abbaye et à fuir une dignité pour laquelle il paraissait si peu fait. C'est sans doute d'après leur inspiration qu'il avait annulé son premier acte ; mais le comte Destrades retourna à la charge. Charles céda aux obsessions et retira son désistement. Ses bulles furent aussitôt exfiédiées (10 novembre 1659) . Le nouvel évoque fit prendre possession de son siège, le 25 mars, par Antoine de Coux et Bernard de Bressolles qu'il établit ses vicaires-généraux. Le 7 juillet suivant, il quitta Paris et fit son entrée à Condom sans aucune pompe. 11 donna les ordres anx quatre-temps de septembre et retourna peu après à Paris, où il demeura jusqu'au commencement du carême de l'année 1663. Il y fut affligé d'une grave maladie d'yeux. A ces atroces douleurs, se joignirent les poursuites de ses créanciers qui firent saisir ses revenus. Toutefois il obtint main-levée sur eux en leur abandonnant le tiers de ses rentes. ' Après avoir ainsi fait taire la rumeur publique, le prélat partit de Paris dans les premiers jours du carême et arriva à Condom dans la Semainte-Sainte. résolude travailler sérieusement à remplirses devoirs et à sanctifier le troupeau qu'il était chargé de conduire. Dans cette vue, il célébra le mardi de Quasimodo un synode diocésain qui dura trois jours. Au commencement du carême suivant, il ouvrit dans Condom une mission dont il présida presque tous les exercices. La croix fut plantée a l'entrée du Pradeau au milieu d'un concours tel quon n'en avait jamais vu de pareil. Le l'f mars 1665, il alla assister à l'Assemblée provinciale de Bordeaux. L'année suivante, des

troubles s'élevèrent au couvent des Claristes de Nérac. L'anlorité du Prélat fut méconnue; il fallut rinlcrvenlion du roi qui fit enlever la supérieure avec quatre sœurs des plus obstinées. On les conduisit à Lapluoie, d*où elles furent dispersées dans divers couvents : une supérieure étrangère fut placée è la tête de la maison, et avec elle entrèrent d'autres religieuses plus soumises. Cette révolte en guimpe et en béguin occupa un instant Louis XIV et ses ministres. D'autres opfWMiiions se formèrent contre l'évéque au sein de son chapitre. Comme on ne pouvait le combattre ouvertement, on chercha à le dégoûter de répiscopat. Le mauvais vouloir n*eut pas do succès. Le prélat méprisa cette lutte sourde et commença ses visites pastorales; mais trop long-temps étranger à toutes les notions de la piété, il porta dans le ministère apostolique le faste d'un grand seigneur et non la modestie d*un évéquc. Sa suite se composait d'environ vin^t chevaux elde ail moines. C'était grever les presbytères et mal édifier les populations. La fatigue du voyage et la longueur des cérémonies altérèrent une santé déjà trop ébranlée par les emportements de sa jeunesse. A peine rentré danason château de Cassagne, il tomba malade, et aTcc la maladie vinrent les pensées graves. La conversion fut cette fois complète. Dès qu'il se sentit mieux, il partit pour Paris afin de régler ses afiaires. 11 avait commencé à y travailler efficacement , lorsque le l«r juillet 1668, il fut frappé d'apoplexie et enlevé en quelques heures.

Le ciel destinait un ample dédommagement à l'église de Condom, et la tie de Louis de Lorraine allait être vite oubliée h. côté de celle de son successeur. Deux mois et demi après sa mort, Louis XIV, par des lettres datées de St-Germain-en-Laye, le 13 septembre 1669 , nomma Bossoft pour le remplacer; mais le pape Clément IX étant mort à la fin de cette année, les bulles se firent attendre. Bossuet prêcha, dans cet jnleryalle, les immortelles oraisons funèbres de la reine d'Angleterre et de la duchesse d'Orléans. 11 en envoya une copie à sa nouvelle épouse : c'était sans contredit le plus beau joyau de l'église de Condom. Pourquoi faut-il qu'on n'ait pas veillé avec soin h sa conserration? le président de Périgni étant mort au commencement de septembre 1670, Louis XIV manda Bossuet deux jours après et lui donna la place de précepteur du Dauphin. Cependant les bulles arritèrent, et Bossuet fut sacré le 21 septembre, à Pontoise, où se tenait alors l'Assemblée du clergé, par les mains de Charles - Maurice Letellier, coadjuteur de Reims. Il envoya aussitôt à Condom Hugues Janon, chanoine de Sl-Just-de-Lyon , auquel il adjoignit Bernard Bressolcs, et les chargea l'un et l'autre de prendre en son nom possession du siège, ce qu'ils firent le 9 novembre 1670. L'administration

diocésaine fut complètement renouvelée. Bressoles devint vicaîrc-gé' néral et eut l'offîcialité ; de Lagutère(l) fut promoteur. Le. nouvel évèquc c\igea que tous les vicaires, les prôtres et les religieux » en un mot tous ceux qui n'avaient pas charge d'âmes, prissent une nouvelle approbation, qui devait être réitérée tous les six mois , ou au plus dans Tannée. Le 7 juin 1671, il fit assembler le synode diocésain. On publia par son ordre des ordonnances dignes de celui qui les avait méditées. Une d'elles établissait la tenue des conférences ecclésiastiques ; une seconde réglait le temps et le mode de ces conférences. C'est à peu près ce que nous pratiquons de nos jours. Seulement, avant de lever la séance, le président donnait la réponse de l'évècbé sur les questions proposées à la conférence précédente , et proclamait le sujet de la conférence suivante. Un article de ces ordonnances, qui enjoignait la résidence non seulement aux curés, mais encore aux chanoines sous peine de privation des fruits et même de prison pour les contumaces, souleva le chapitre. II interjeta appel au parlement de Bordeaux. L'affaire était encore pendante lorsque Bossuet, prévoyant qu'il ne pourrait pas visiter fréquemment son diocèse, se démit, et le roi nomma, le 30 octobre, Jacques de Matignon, abbé de Plessis et doyen de Lisicux. Le diocèse fut néanmoins administré au nom de Bossuet jusqu'au 7 avril 1672. Nous avons recueilli avec un respect religieux tout ce qu'a fait pour Condom un prélat dont le zèle et la piété furent aussi grands que le génie.

Jacques de Matignon fut sacré le 9 avril 1673, et le 25 octobre, vers les onze heures du soir, il arriva presque inopinément dans sa ville épiscopale Une indisposition l'empêcha de recevoir avant le 30 la visite des corps constitués; mais, dès son arrivée, il déclara ne povvoic prêter que debout le serment qu'il devait aux consuls. Ceux-ci l'exigent à genoux comme l'avaient rendu Jean Destrades et Louis de Lorraine. Le prélat, piqué contr'eux, leur en témoigna son mécontentement en les faisant attendre dans son antichambre lorsqu'ils vinrent lui pré-

(I) Cet ahhé est rauleiir <Iu manuscrit que nous avons cité. Bossuet lui écrivit U lettre suivante, dont la famille Lagnlère possède l'original. Paris, 39 duc. lfiC9. Monsieur, si j'eusse reçeu plustost votre lettre du 1er nov., vous cussies aussi reçev plustost vous-même les marques do ma reconnaissance pour les bontés que vous me témoignez. La charge que vous exercez Ci>t tellement importante , qa'on peut dire que celui qui s'en acquitte dignement est l'àmo d'un dioccso et le soutien de la discipline ecclésiastique. Plusieurs personnes , et entr'autres Monseigneur de Condon l'Ancien, m'ont parlé de vous avec éloge. J'espère que la présence ne diminuera rien de l'estime que j'en ai conçene et que j'aurai sujet de vous témoigner encore plus amplement qucje ne fais à présent que je suis, Monsieur, votre très affectionné s«»rvileur. L'abbé Bossuet, nommé à l'év. de Condom.

DE LA c;asco(;>e. 571)

WBler leurs premiers devoirs. 11 refusa môme d'écouler leur harangue idiit prétexte de donner audience au présidial. A la vue d'un pareil Bccueil, les consuls se retirèrent et ne parurent plus dans le palais épiscopal. Les csprils s'aigrirent et le nouvel évéque se retira avec toute sa maison à Nérac, chez les Pères de la doctrine chrétienne. Il passa tout l'hiver parmi eux, il revint à Condom pour y ofGcicr durani la Semaine-Sainte et y fîia son séjour. Quelque temps après, il rendit une ordonnance pour mettre en usage les conférences ecclésiastiques décrétées par son prédécesseur. Le prélat était extrêmement libéral : dur et avare pour lui-même, il distribuait presque tous sei revenus aux pauvres et aux églises. Ses charités lui ramenèrent les conirs, et il emporta les regrets universels, lorsqu'cn 1693, il échangea son évèché contre Tabbaye de Foigny. Avant de s'éloigner, il fonda une messe quotidienne dans sa cathédrale et établit dans le séminaire six bourses qu'il affecta à des élèves nés dans Condom. Mathieu Isoré d*Hervaut, fils de Georges, marquis d'ilervaul et de Marie de RoncheroUes, appartenant l'un et l'autre à deux des premières familles de France, fut appelé à lui succéder; mais il passa à l'archevêché de Tours atant d'avoir reçu ses bulles, et laissa l'évêcbé do Condom à Louis Mllon, né à Tours d'une ancienne famille de robe. Milon était aumônier du roi, chanoine de St-Martin et prieur de St-Marcul, et des Deuxlumeaux, lorsqu'il fut promu à l'épiscopat. 11 fut sacré à Paris dans Féglise des Jésuites le 14 février 1694. Don et charitable, il fonda un hôpital, qu'il confia aux Filles de la Foi. Il donna aussi à ces religieuses la direction d'un pensionnat, où seraient élevées les filles des hérétiques converties au catholicisme; il rebâtit quelques églises détruites par les Religionnaires et termina le palais épiscopal. Il mourut dans son diocèse au commencement de l'année 1721, ègé de soixante-dix-neuf

ans.

Emmanuel-Henri-Timoléon de Cossé-Brissac, vicaire-général de Lyon,, lui fut donné pour successeur. Nommé en 1735, il mourut à Paris le 27 avril 1754, Agé de cinquante-neuf ans. Quoique sa naissance lui donnât droit de prétendre aux plus hautes dignités ecclésiastiques, il se contenta du siège de Condom, auquel toutefois il ajouta les abbayes de Fontfroide et de St-Url)aîn. Louis-Joseph de Moptmorency-Laval et Etienne-Charles de Lomenie , si tristement célèbre sous le nom de cardinal de Drienue, n'imitèrent pas sa modération. Ils ne passèrent l'un et l'autre que trois ans à Condom et allèrent s'asseoir l'un sur le siège de Aletz, et l'autre, d'abord sur le siège de Toulouse et ensuite sur le siège de Sens. Alexandre-César d'Anleroche, fut appelé h succéder au dernier. Né à St-Flour en 1721, il fut d'abord chanoine de Brioude et devint ensuite vicaire -général de

r)80 HISTOIKK '

(.ambrai. C/csl là que le roi <illa le chercher pour lui confier Téglise de Condom , trop longtemps négligée sous ses deux prédécesseurs. Il reçut Tonclion épiscopale le 5 juin 1703» cl ne tarda pas à prendre en main Tadministralion du diocèse. Il s'occupa d'abord de sa cathédrale qu'il répara et assainit, et de la chapelle de Févêché qu'il rendit à sa destination première. Il édita ensuite un nouveau catéchisme plus complet et mieux rédigé que l'ancien, et fit réimprimer tous les livres liturgiques de son église. Après ces soins pieux, il travailla à embellir le château de Cassagne et le palais épiscopal dont il bâtît Forangcric, aggrandit les jardins et planta les cours. Une lutte aussi longue que passionnée, suscitée à l'occasion du droit de justice et de quelques autres prérogatives, vint suspendre ses travaux. D'Anterocbc resta vainqueur et honora son triomphe par sa modération. La sénéchaussée de Nérac le députa aux États-généraux; il y repoussa la Constitution ci?ilc du Clergé, refusa le serment, et se réfugia à Londres, où il mourut en 1792.

u Le chapitre de Condom se composait d'un prévôt, d*un grand archidiacre, d'un second archidiacre cl de douze chanoines, tous à la nomination de révèquc. Quatre hebdomadiers , quatre grands prébendicrs et huit petits formaient le bas-chœur. Le diocèse renfermait deux collégiales , Larroumieu et le Mas-d'Agcnais , cent cinquanteune paroisses et cent huit annexes. Le séminaire était sous la direction des Doctrinaires. L'évèque jouissait de 80,000 livres de revenu. »

ÉVÉQUES DE LOMBEZ.

A Bernard d'Ornézan , mort vers l'an 1552, succéda Antoine Olivier, fils de Jean Olivier, seigneur de Leuvillc, premier président au parlement de Paris et frère de François Olivier, chancelier de France. Il fut en même temps évéque de Digne et abbé de Val en Normandie. Il mourut le 27 février sans qu'on puisse assigner Tannée certaine de sa mort ; on sait seulement qu'il laissa à l'église de Lombèz ses joyaux et des biens trè«-considérables. Pierre de Lancrau, né dans l'Anjon, le remplaça vers l'an 1551, et bénit à Toulouse, le 7 avril 1577, dans l'église de la Dorade, Tabbé Jean Barrière, fon4atcur des Feuillants. Kn 1590, il assista au synode de Toulouse. Huit ans après, il demanda et obtint pour coadjuteur Jean Daffis, prévôt de St-Etienne. Ce fut le dernier acte de son épiscopat; car il mourut le 18 octobre de cette année, âgé, dit-on , de quatre vingt-neuf ans. Avant sa promotion , il avait transcrit en français et fait paraître à Avignon les méditations de Louis Vives. Daffis fut sacré sous le titre d'évéque d'Aure et siégea jusqu'au 1"^ février 1614 où il mourut. Il fut enterré dans

DE LA liASCOGHE. ^H\

DélropoHuiine de Toulouse, qu'il avait aidé à réparer. 11 eut iceneur Bernard, son neveu , conseiller et aumOnier du roi , ;aire apostolique et abbé de Lacazç-Dieu dans le diocèse Bernard reçut Fonction sacrée dans l'église métropolitaine de ré de Bordeaux , des mains du cardinal François de Sourdis. ui dans le mois de janvier 1628, et fut remplacé à son tour iDafGs son neveu. On vante de celui-ci la prudence, la science 'Cié des mœurs. 11 termina sa carrière le 16 novembre 1655. raqua alors quelque temps. Nicolas Le Maître , professeur ODDC et prédicateur du roi, fut désigné pour l'occuper ; mais it le 14 octobre de cette année avant d'avoir été sacré. Louis ligna aussitôt Jean-Jacques de Scguier de La Verrerie, qui fut é à Rome le 27 février 1662 et sacré dans l'église do la Sor- »6 août. Le nouveau prélat possédait aussi les abbayes de la de Livri. Il siégea jusqu'en 1671 , époque où il fut transféré

B Roger, moine feuillant et prédicateur célèbre , le remplaça a. Sa voix se fit longtemps entendre dans les diverses chaires iltale, et son éloquence y remporta de glorieux triomphes. 11 roii fols, avec un nouveau succès, l'Aven t et le Carême devant IV et toute sa cour. Le monarque fut si ravi de ses talents fit wn ambassadeur auprès du duc de Toscane. Iloglïr devint fénéral de son ordre et enfin évéque deLombez. Il fut sacré glise des Feuillants le 30 janvier 1672 par rarcbevéque de uiité des évéques d'Amiens et de Tarbes. Il se rendit au QMS ouailles l'année suivante, et, pour ne pas abandonner un iqo*il aimait, il refusa un évéché plus considérable. Il mou- ) décembre 1680 à l'ège de quatre-vingt-quinze ans , après rtagé son héritage entre les pauvres, le séminaire et ses pan rensevclil dans son église avec celte simple épiiaphc qu il :tée lui-même. Priez Dieu par charité pour Varna de feu lïo^tr, ci-devant évêque de Lombez. Le 5 avril suivant, IV donna cet évéché a Antoine Fagon, (ils de Guy Armand fOD premier médecin. Antoine fut précunisé à Rome le 16 12, et reçut l'onction épiscopale le 22 mai suivant, dans lu de l'archevêché de Paris, par les mains du cardinal de Noail- ^mutn cinq ans après son siège contre celui de Vannes. *$ Guillaume de Slaupeuu , oncle d'Augustin , archevêque passa ainsi de Vannes à Lonibez. 11 obtint en 1732 la riche le Lezat, et mourut à Lombez le 17 février l7ol à l'âge d;* •onze ans. On rcnsevelitavec une grande pompe dans régli>o lie. Sa ville épiscopale lui doit le iwnt qui joint les deux rivc^ de

]a Save et la belle aVcnuc qui conduit à Samatan. Jacques Richié de f lerizi, vicaire-général de Rouen , fut appelé à lui succéder, quoiqu*à peine âgé de trente-deui ans. Son épiscopat fut plus court que ne laissait présager Fâge où il entrait , car il mourut à Montpellier le i4 juillet 1771. Il était aussi abbé commandataire de Chagc dans le diocèse de Meaux. Léon-François de Salignac de Laroolhe-Fénélon, petit neveu du célèbre archevêque de Cambrai, s'assit après lui sur le siège de Lombez. 11 naquit le 30 mai 173f , devint aumônier du roi dès qu'il eut été promu au sacerdoce , fut nommé quatorze ans après à Tévèché de Lombez et reçut l'onction épiscopale le 21 décembre 1751 dans la chapelle de Versailles. Héritier des >crtu8 de l'immortel archevêque de Cambrai, son grand oncle , il flt aimer et bénir son administration. 11 mourut aux eaux des Pyrénées, en 1787, à peine ftgc de cinquante-trois ans. Dieu voulut sans doute lai épargner la terrible épreuve qu'il préparait a l'épiscopat français. Le célèbre abbé Ma ury fut un de ses vicaires-généraux. Alexandre- Henri de Chavigny de Blot ferme la liste des évêqucs de Lombez. Il naquit le 11 janvier 1751, entra jeune dans Tétat ecclésiastique et fut sacré le 30 mai 1788. 11 prit bientôt la route de son dioc^ où 11 fut reçu avec la plus grande pompe et avec les transports de la joie la plus vire. Le ciel n'avait jamais paru ni plus riant ni plus beau. Rien ne laissait pressentir encore la t<^mpête qui allait fondre sur l'Église et disperser les pierres du sanctuaire. Henri do Chavigny quitta la France en 1790 et ne survécut pas à son exil; il mooruten 1805, à Londres, où il s'était retiré.

La cathédrale de Lombez est dédiée à la Ste-Yierge. Le chapitre se composait de douze chanoines nommés alternativement par Tévéque et par le prévôt, et de vingt-quatre prébendiers. La ville possédait des Capucins, des Capucines et des Bernardins. 11 y avait des Cordeliers et des Minimes à Samatan : enfîn, le diocèse se composait de cent paroisses et ne comptait qu'un prieure, celui de Tougel, sans aucune abbaye. L'évêque jouissait de 20,000 livres de revenu (1).

En parcourant la série des prélats que nous Venons de placer sous leurs yeux , nos lecteurs ont pu se convaincre comme nous que, bien différent de ce que nous l'avons vu h la naissance du protestantisme, l'épiscopat, du moins dans la Gascogne, ne montra peut-être jamais plus de lumières et de vertus que lorsque la houlette pastorale fut brisée dans ses mains. A Lcscar, Marc -Antoine de Noé, à Dax, Le Quien de la Neuville, Le Gain de Montagnac^ à Tarbes, de Cahusac de Caux, à Aire, Grégoire de St-Sauveur, à Bazas, ne le cédaient

(l)Noan ovon9 einprunlé à l'abbé Du Temps les olim^a puillnmelé» qui ((>riiimriit Ic5 divers cv^hcs" , oircpl* txnx qui Cfmccrnrnt Atirh, ('oii'lom cl LomlK*!.

eo rieD à leurs plus illustres prédécesseurs , et si quelques-uns de lean collègues n'occupaient pas leur siège avec autant de distinction, il n'en était du moins aucun dont la vie déshonorât le caractère sacré. Leur métropolitain marchait dignement à leur tête. Jusque là, on n'âTait tu dans lui qu*un prélat de mœurs douces, d'une piété tolérante, d'un cœur facile et bon. Rien encore n'avait révélé cette noble fermeté, ce courage calme et grave qu'il déploya dans la grande lutte, devant laquelle s*arrète notre histoire.

LTAssemblée nationale , en décrétant la Constitution civile du Clergé, ouvrit dans chaque mairie un registre sur lequel les ministres da culte devaient aller déposer leur adhésion ou motiver leur résistance. L'archetêque obéit à cette prescription; il se rendit à Thôtelde-TÎUe d'Aucb , accompagné de son secrétaire et de l'abbé Darrct, ' nn de ses vicaires-généraux. On lui présenta le registre ci il écrivit de il main la déclarajtion suivante : « Je déclare que ma conscience, mon honneur et l'intérêt spirituel de mes diocésains, mon amour pour la patrie, mon dévouement h la personne sacrée du roi, mon attachement sincère à tous mes concitoyens me défendent de prêter le serment tel qu'il est exigé par le décret du 27 novembre 1790. J'espère que je donnerai toujours l'exemple du respect que tout citoyen doit à Taulorité et à l'ordre public. Au surplus, je suis tellement convaincu, et il est tellement vrai que l'autorité temporelle , quelle qu'elle soit, ne peut pas déposer un évêque, que je ne cesserai jamais de me regarder comme archevêque d'Auch jusqu'à ce que l'Église m'ait dépouillé de ma qualité de métropolitain et ordonné de quitter monsiégo. » Et il signa Louis- jépollinaire, archevênut à^Auch, quoique le décret lui imposât le titre d'évêquc du département du tiers. En réponse à quelques questions de M. le Maire , il ajouta que les décrets portés parTAsemblée touchant l'Église,^ étant contraires à la foi et à la décision des évêqucs, seuls juges en matière religieuse, il ne pouvait prêter serment de les faire observer. L'abbé Darret fut encore plus explicite, et conclut en disant que, sur environ trois cent soixante curés que comptait le diocèse, trois cents au moins suivraient l'exemple de leur archevêque. L'abbé Darret n'avait pas trop présumé du clergé d'Auch. Le chilfrc des curés assermentés fut loin de s'élever jusqu'à soixante. Le langage des deux confesseurs de l'Évangile était trop ferme et trop énergique pour ne pas exciter des récriminations parmi des gens prévenus. L'abbé Darret fut décrété de prise de corps et incarcéré. On .se contenta d'ajourner l'archevêque, il en reçut la nouvelle sans la plus légère émotion. Au jour fixé, il comparut devant la commission chargée de l'entendre. Son cliapitm tout entier Youlut fc serrer autour de son chef ri raccompagn«T dans une occa

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tion aussi soIeDnelle. Le président de la commissioD élait une des gloires du barreau d'Àucb. Il accueillit le prélat avec les égards dûs à son caractère sacré, à son rang et à ses vertus, et se montra satisfait des explications qui lui furent données.

Cependant, la persécution avait grandi rapidement. L'Assemblée nationale interdit à tout ministre du culte, non assermenté, rexercice de ses fonctions sous des peines sévères. L'archevêque osa braver une défense que la religion ne saurait reconnaître. Les Quatre-Temps du Carême approchant, il déclara qu'il ferait Tordination marquée par les Canons. On accourut de plusieurs diocèses voisins, dont les prélats avaient déjà quitté la France. La cérémonie eut lieu à la cbapelle du palais et durant la nuit. Là, tout était de la prinhlve Église, et le pontife, et les lévites, et le dévoûmcnt, et la piété. Rfen n*y manqua, pas même les ténèbres et le mystère. Jamais ordination n*avait été plus i)pmbrcuse. On y compta, dit-on, près de deux cents ordinands. La tribu sacerdotale s'est toujours multipliée sous les persécutions. Mgr Double, le prédécesseur immédiat de l'évêque actuel de Tarbes, y fut promu au sacerdoce. L'autorité civile, instruite vaguement de ce qui devait se passer, fit environner de troupes le p£lais dès trois heures du matin. Mais la cérémonie, commencée un peu avant minuil, s'était terminée à deux heures, et le palais élait vide de tous les étrangers; l'archevêque lui-même l'avait quitté pour ne plus y rentrer. Il y laissait pour dernier souvenir un acte de piété et de courage. La noble et antique race des comtes d'Armagnac s'éteignit sur un champ de bataille à'Ia journée de CérignoUes. La liste des anciens archevêques d'Auch se clôt à Tordination du 19 février 1791. C'était presque rivaliser entr'cui de gloire et de bonheur à leurs derniers moments comme ils avaient rivalisé d'autorité et de puissance aux jours de leur prospérité. Totijours, du moins, c'était trouver la lin qu'ambitionnaient sans doute le grand seigneur et le prélat. L'arcbevèque partit dans la matinée pour Garaison , maison dépendante alors de son diocèse, mais située dans le nouveau département des Hautes-Pyrénées. Il y séjourna peu. Néanmoins, durant ce court séjour, il fit dans une chapelle solitaire du voisinage une seconde ordination presque aussi nombreuse que la première. Comme à Auch, la cérémonie eut lieu durant la nuit. Elle commençait à peine, lorsqu'on entendit les pas précipités d'un cheval traversant rapidement le bois au milieu duquel se cachait la chapelle. Dicntêt la porte est secouée; on se regarde, on s'effraie et l'on ouvre avec quelque précaution. Tout se calma aussitôt. On reconnut l'abbé Dartet, mort depuis ticairegénéral d'Auch : d'autres disent un diacre de Foix ou de Pamierf. Parti de loin , il n'avait pu arriver plutêl, et il venait recevoir le sacerdoce qui lui fut conf«!ré.

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Apres ce second acte de courageuse résistance à un décret inique» l'arcbevéquc dut fuir: mais il ne s'éloigna qu'autant qu'il le fallait pour éekipper à ses persécuteurs. 11 s'arrêta dans la vallée d'Aran et y fit une troisième ordination, où l'on vit affluer des lévites des diverses parties de la France. Cette inébranlable fermeté éveilla les suftceptibilitésdesnonveauimipistrcsimposésàrinfortuné Louis XVf. Ils réclamèrent auprès du gouvernement espagnol, et Mgr de Latourdu-Pin fut encore contraint d'abandonner cet asile. Plusieurs prélats de la Péninsule l'engagèrent à venir partager leur palais, mais il refusa leurs offres, et alla s'enfermer dans le célèbre monastère de Hontserrat, dont il édifia les plus fervents religieux par sa vie apostolique. Ihi fond de sa retraite, il veilla non seulement sur son diocèse, mais encore sur les diocèses dépendants de sa métropole qui perdirent leurs premiers pasteurs. Enfin, des jours meilleurs luirent sur la France. Bonaparte , devenu premier consul , rouvrit les tem pies et conclut avec Rome un concordat qui asseyait l'Église gallicane sur des bases nouvelles. Le Souverain- Pontife demanda à tous les évêques la démission de leur siège. Ma*^ de Latour-du -Pin s'empressa d'adhérer à l'invitation de Pie Vil, et rentra dans sa patrie. Il croyait avoir déposé pour toujours le fardeau de Vépiscopat; mais l'intérêt de rËglIse et les instances du cardinal Fcsch le déterminèrent bientôt à le reprendre. 11 devint, à Troyes, le successeur de Marc-Antoine de Noé, un de ses anciens suffragans. Celui-ci s'était arrête peu en Espagne et était passé en Angleterre. 11 y publia, eu 1801, une édition de ses œuvres. La même année , il donna sa démission pour fa cilitcr l'exécution du concordat. Après cet acte, il rentra en France et fut nommé dans le mois d'avril 1802 à l'évêcbé de Troyes ; mais à peine eut-il pris possession de sa nouvelle église, qu'il fut emporte par une maladie rapide (22 septembre 1802), au moment où le gouvernement français venait de le présenter pour un chapeau de cardinal. Quoiqu'il n*eût fait que se montrer à Troyes, il y fut vivement regretté. Il aimait les lettres qu'il cultivait avec fruit, savait l'hébreu et le grce, et possédait à fond tous les grands modèles de l'antiquité chez lesquels il avait puisé cette élégance de style et cette pureté de goût qui font le charme de ses productions. M^^ de Latour-du-Pin, chargé de recueillir son héritage, parut à Troyes le dimanche 6 janvier 1803. La simplicité de ses mœurs, le charme de sa conversation, sa charité envers les pauvres pour qui il avait une affection vraiment paternelle, la sagesse et rhabileié avec laquelle il réorganisa le diocèse, lui gagnèrent promptement tous les cœurs. 11 commençait «i goûter le fruit de ses travaux , lorsqu'une attaque d'apoplexie l'enleva subitement le 28 novembre 1807, à peine âgé de 63 ans. {}uv\-

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ques jours avanl sa mort» il venait d*6tre élu sénateur, et 8on élection eût été certainement ratifiée par l'empereur Napoléon, qui lui avait déjà donné de nombreuses preuves d'une estime toute particulière.

Les évéques de Comminges et de Lescar, d'Osmond et Le Quien de la Neufville, furent aussi appelés à prendre rang parmi les prélats, destinés à guérir les blessures de TÈglise de France. D*Osmond t'était retiré en Angleterre, d'où il envoya sa démission au Sl-Père. Ktant alors rentré en France , il fut aussitôt nommé à Tévèché de Nancy. L'empereur le transféra, en 1810, à l'archevêché de Florence; mais cette translation ne fut point reconnue par Rome. Après avoir passé trois ans en Italie, le prélat retourna à Nancy ,et mourut sur ce siège le 27 septembre 1823. Le Quien de la Neufville refusa d'abord l'évéché de Poitiers, comme il avait refusé av^t la révolution des sièges plus importants ou plus riches que celui de Dax. Néanmoins, on parvint à vaincre sa répugnance; mais sa santé, déjà affaiblie par la douleur et par Texil plus encore que par les années, s'étant altérée davantage au milieu de la violence faite à sa modestie et à son attachement à ses anciennes ouailles, il Gt aussitôt agréer sa démission. 11 vécut trois ans encore au sein d'une famille vénérée dont il était la gloire, et mourut le 28 octobre 1805. Le pieux d'Aviau de Sanzai, archevêque de Bordeaux , présida à ses funérailles; et quatorze ans après^ quand on transporta ses dépouilles mortelles du cimetière de Cenon dans Téglise paroissiale do ce village, il voulut encore présider lui-même à cette translation.

L'évêque d'Aire revit aussi la France, mais plus tard que ses quatre collègues. Il fut du petit nombre des prélats qdi refusèrent leur démission en 1801. Il adhéra h la lettre du 26 mars 1802, et signa les réclamations communes de 1803. Mais loin de chercher jamais à entraver l'administration, qui avjuit remplacé la sienne, il lui donna ses pouvoirs; c'était en ralilier les actes. Les événements de 1814 le ramenèrent dans sa patrie , d'où il écrivit au pape pour expliquer sa conduite. Il fit alors sa démission, en exigeant toutefois, dit-on, que l'évéché d'Aire fût rétabli. Il parait qu'il refusa lui-même de s*asseoir sur un des principaux sièges de France. Ce qui est certain, c'est que le nuilheur avait fortifié sa pièlé, et qu'il passa la fin de ses jours dans la pratique de toutes les vertus. Il mourut subitement à Paris dans la nuit du 30 octobre 1823. En lui s'éteignait la dernier évêque de la Gascogne, qui eût fait partie de Tancien Clergé.

FI.N l>E L\ NOTICK.

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