I. — ORIGINE ET ROLE DES GR.\NDES VOIES
A mesure que naissaient ces villes nouvelles et que grandissaient ces villes anciennes, il fallait autour d'elles, pour leur permettre de mieux vivre et de travailler davantage, de recevoir
I. Bergier, Histoire des grands chemins de l'Empire romain, parue en 1622; nouv. éd., 1728 (que je cite; un des plus originaux travaux d'archéologie que l'on connaisse); A. Maury, Les Voies romaines en Italie et en Gaule, dans la Fievue des Deux Mondes, 1" juillet iS66; Desjardins, Texte explicatif de la Table de Peutinger [inachevé; ra|»port initial, 1" déc. 1866]; le même. Géographie de la Gaule d'après la Table de Peutinger, 1869; le même. Géographie hist. et adm. de la Gaule romaine, IV, 1893 (posthume); Besnier, art. Via dans \e Dict. des Antiquités (paru en 1915-0). Ilmanque un travail d'ensemble, et pour l'Empire et pour la Gaule : les cartes données par Desjardins et Longnon (Atlas, 2, parue en 1885) sont insuflisanles; celle des Kiepert (Formœ, n" 25, janvier 1912) est une honte; ce qu'il y a de meilleur est le résumé de Besnier. Je laisse de côté, sauf exceptions, les monographies locales, qui sont innombrables (cf. p. 3, n. 1) ; parmi celles qui intéressent le plus les conditions générales de la viabilité et de la construction, Quanlin et Boucheron, Méni. sur les voies romaines qui traversent le dép. de VYonne, Bull, de la Soc. des Se de l'Yonne, 1864, XVIll (travail modèle), — On rencontrera des renseignements précieux dans les manuscrits de voyages de Dubuisson-.\ubenay [milieu du xva" s.] à la Bibliothèque Mazarine, n"* 4i04-8 (cf. p. 116, n. 1). Pour la manière de retrouver les routes romaines, remarques originales et justes de Matruchot. Comment retrouver les voies romaines. Bulletin de la Soc. des Sciences de Semur, 1905, X.'^^.XIV.
82 LES GIIANDES ROUTES.
et d'expédier plus de choses, de faire rayonner plus loin leur activité et leur influence, il leur fallait un réseau plus touiïu de routes meilleures. Le chemin est pour une cité son moyen d'agir : c'est par lui qu'arrivent les matières et les idées dont elle se nourrit, et que s'écoulent les produits élaborés par elle. Si on a comparé les villes d'un pays aux organes d'un corps, on a pu dire des voies qu'elles servent à ce pays de veines et d'artères. C'est pour cela que l'Etat romain, si fortement épris du régime municipal, se passionna également, et plus qu'aucun autre dans l'histoire ancienne, pour la construction de grands chemins. Il posa en principe que les routes lui étaient aussi nécessaires que les armées, et que nul citoyen, nul membre de l'Empire, fût-ce l'empereur lui-même, n'était dispensé d'y travailler, de ses mains ou de ses deniers : le devoir de collaborer aux grands chemins était presque plus impérieux que ceux de payer l'impôt et de s'acquitter du service militaire ^ Les orateurs de Rome, ses tribuns, ses princes, parlaient de ses routes avec autant d'amour et d'orgueil que de ses colonies-; ils s'apercevaient bien que c'était le même sang, la même énergie qui circulait sur les unes et s'étalait dans les autres; route et ville étaient inséparables pour une pensée romaine: et les voies de la Gaule vont nous montrer les mêmes habitudes, les
11 y a de bons exemples d'observations topiques chez Pasumot, Dissertations, éd. Grivaud, 1810-3. Pour la comparaison avec les routes médiévales, Wilke, Die Franzœsischeii Verkehrsstrassen nach den Cliansons de Geste. 19[0 (Beihefte de Grœber, XXII; superficiel). — Pour les routes fluviales, L. Bonnard, La Naviijation intérieure de la Gaule à l'époque romaine, 1913.
1. C'est le principe que rappelle sans cesse le Code Théodosien, Deitinere muniendo (XV, 3), et il est visible qu'il remonte très haut; cf. Suétone, Auguste, 30. — L'analogie avec le service militaire peut être justifiée par l'expression de via militaris, et aussi parce que, de môme que l'armée dépend de l'empereur, la route lui est dédiée {titulis magnorum principutn dedicata, C. Th., XV, 3, 6; ici, p. 122-3, 128-9) : ce qui fait que le service des routes n'est pas en principe un sordidam niunus.
2. Pour les orateurs, Cic, Pro Fonteio, 4, 8 (ici, t. III, p. 36 et 112); De prov. cons., 2, 4; pour les tribuns, Plutarque, Caius Gracchus, 6-7; pour les princes, voyez les inscriptions des milliaires (ici, p. 122-124). Cf. Bergier, I, p. 92 : « De l'affection du sénat et du peuple romain vers les auteurs des grands chemins. »