Cf. t. IV, p
l'Empire travaillait surtout pour sa défense ^ Aussi, au second siècle, quand on jugea inutile de maintenir une escadre à Fréjus -, on laissa le port s'envaser : car il ne servait plus qu'au trafic intérieur du pays, lequel était médiocre et n'intéressait pas l'Etat. La grande paix de l'Empire, loin de servir à ces rives de la Méditerranée, y apporta la solitude.
C'est donc à Narbonne que se parlèrent les elTorts publics, et je crois bien que la ville fut dotée de tous les ports et de toutes les jetées nécessaires pour faire d elle le principal entrepôt de la Gaule méridionale. Et pourtant, même là encore, on n'a point trouvé jusqu'ici les prodiges de bâtisse dont étaient coutumiers les ingénieurs maritimes du service impériaP. Le port de la ville fut surtout constitué par le lit de l'Aude, plus ou moins élargi en forme de bassin^; les replis des étangs voisins fournissaient des abris naturels qui furent -sans doute améliorés; des « roubines » ou canaux durent établir les jonctions nécessaires. Mais on eût pu faire bien davantage, et on ne toucha qu'à peine à ces petites mers intérieures, si propres à de grands travaux. Personne n'eut l'audace de copier en Gaule Ostie ou Alexandrie :
2. La dernière trace. Ires vague, de la (lotte de Fréjus est une inscription qui peut être contemporaine de Marc-Aurèle (C. /. L., XII, 258); mais il est possible qu'elle ait dispara beaucoup plus tùt. Elle existe en tout cas à l'avènement de Vespasien (t. IV, p. 198-9).
3. Remarquez que Sidoine Apollinaire, parlant des monuments de Narbonne, ne dit presque rien se référant à ses ports {insulis, salinis, stagnis, Jlumine, merce, ponte, ponlo, et c'est tout; Cannina, 23, 4.3-4).
4. Rou/.aud, dans ses minutieuses recherches, les premières vraiment sérieuses (i\ole sur les ports antiques de Narbonne, 1917, Bull, de la Commission arch.; documents, travau.x et mémoires qu'il a bien voulu me communiquer) n'a constaté aucun 1res gros travail d'ingénieur, mais seulement l'ulilisalion de sites naturels : 1" un grand port des arrivages maritimes à Cauquène (Cancana, île Sainte- Lucie, sur l'étang de Sigean; 2" un port des allèges sur l'Aude à Narbonne même près du pont; 3° un port d'étang à Capelles au fond de l'étang de Bages; 4" un très grand port, peut être le principal, au fond de l'étang de Campignol, joignant l'étang de Gruissan: 5" un canal de jonction (rohina antiqaa) entre les étangs de l'Ayrolle et de Sigean; 6° sans doute des quais le long de r.\ude. Ce sont peutêtre des constructions navales de Narbonne, quai et lanterne (ou tour à machine de déchargement), qui sont figurées, d'ailleurs assez grossièrement, sur la mosaïque des Narbonenses à Ostie (.\otizie degli Scavi. 1916, p. 327).
il est vrai que Narbonne était moins utile que ces deux villes à Rome et à l'empereur.
Ce fut tout aussi mal sur l'Océan. Si nous partons de la Bidassoa, il faudra attendre jusqu'à la Gironde^ pour rencontrer quelque œuvre d'art, le port intérieur de Bordeaux-. Ni l'îlot de Cordouan^ ni la pointe de La Coubre" ne semblent montrer des feux ou des phares. Entre la Garonne et la Loire, sur les côtes plus tard si vivantes de la Saintonge ^ et de la Vendée % rien ne rappelle l'intervention intelligente de l'Etat : La Rochelle même ne fut point comprise de lui \
Et ce sera partout ainsi jusqu'aux caps de la Picardie. Sauf sans doute à Nantes* et peut-être à Rouen'', les rivages de l'Armo-
1. Ni à Hendaye, ni à Saint-Jean-de-Luz, ni à Capbreton, ni à Arcachon, je n'ai trouvé la moindre trace d'un travail quelconque des Romains. Jusqu'à nouvel ordre, Bayonne n'offre rien de plus ancien que sa muraille du Bas Empire (t. IV, p. 594). Ce qu'il y a de plus curieux sur ce rivage est encore la villa maritime d'Andernos, au fond du bassin d'Arcachon.
2. P. 130, n. 1. — Comme dépendances du port de Bordeau.x : Blaye ou Blavia, qui appartient à sa cité, et peut-èlre Royan (Novioregum?, Itin., p. 459), qui appartient aux Santons (n. 5).
3. Cité d'ailleurs par les itinératres maritimes.: Cordano, Anon. de Ravenne, Y, 33. Les plus anciens feux mentionnés sont au xi" siècle (t. \, p. 9, n. 4).