‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 188 sur 415 · VI. — DES CONDITIONS DES VOYAGES: SÉCURITÉ ET VITESSE · texte numérisé non relu

VI. — DES CONDITIONS DES VOYAGES: SÉCURITÉ ET VITESSE

Les empereurs n'ont point fait de très grands frais pour assurer la police de ces routes : il leur importait d'abord qu'elles fussent ouvertes à leurs soldats, et contre voleurs ou brigands les soldats se défendaient eux-mêmes. Ils ne pensèrent jamais à les doter d'une garde spéciale, analogue à l'ancienne maréchaussée ou à la gendarmerie actuelle : les seules troupes de ce genre que nous trouvions en Gaule sont des corps de police rurale entretenus par les municipalités avec l'assentiment de l'État. Quand elles ne suffisaient pas à la protection des routes, celui-ci recourait à ses troupes de ligne, et établissait des camps ou des postes aux principaux carrefours ^

Dans l'ensemble, les routes de la Gaule étaient plus sûres que celles du reste de l'Empire. Il y avait bien de temps en temps, et plus souvent que nous ne pensons *, des coups d'audace, des attaques à main armée, des convois enlevés, des voyageurs laissés morts sur la placée Mais la Gaule romaine ne nous

1. T. IV, p. 161, n. 8, p. 162, n. 6. — L'obélisque d'Arles, 15 m. 26 de hauteur, a dû être transporté d'Egypte par eau.

3. T. IV, p. 274-5, 288-290. Encore avons-nous remarqué (id., p. 289) que ces postes n'ont pas été permanents, et qu'il n'est pas prouvé qu'ils aient réellement fait fonction de police ou de gendarmerie; le texte de Suétone, Tib., 37, rend cependant la chose vraisemblable.

4. Voyez (t. IV, p. 503) les brigandages sous Commode, et peut-être aussi sous Marc-Aurèle (t. IV, p. 478) et sous Antonin (t. IV, p. 475).

5. Inscription de Lyon (XIII, 2282) : a latronibus interfecto ; autres morts de ce genre, XIII, 3689, 6429; même un soldat (Autun, XIII, 2667).

InS LA CIRCULATION.

ofîre point de ces sinistres récits de brigands ou de « cliaiiffeurs » ' analogues à ceux de la France d'autrefois. Remarquez qu'ils ne sont point rares dans l'Empire, en Afrique, en Grèce, en Italie même : la littérature d'imagination, romans et nouvelles, vivait alors en partie d'histoires de voleurs ou de bandits, filles enlevées ou voyageurs détroussés-; et, dans la réalité, des bandes opéraient parfois jusqu'aux portes de Rome, tenant tète aux prétoriens eux-mêmes ^ L'Eiii[)ire était un corps à la fois très puissant contre les ennemis du dehors et très faible contre ceux du dedans; à côté d'une organisation très savante, il présentait d'extraordinaires négligences d'entretien. Ses armées commandaient au monde, et les bandits infestaient ses routes.

La Gaule, du moins à notre connaissance, demeura plus souvent indemne de ce fléau. Ce fut d'ailleurs le mérite du pays plutôt que du prince : la misère y était moins grande, les mœurs plus douces, le sol mieux cultivé, l'activité plus régulière que dans les autres provinces : les routes se garantissaient ellesmêmes par leur propre mouvements

D'anciennes entraves habituelles en disparurent sous le nouveau régime °. On ne payait de droit de douane qu'aux frontières" du pays, aux Alpes, aux Pyrénées ou dans les ports. A l'intérieur, sauf quelques péages inévitables, on ne rencontrait plus que les octrois municipaux, exigés aux limites des cités : mais, étant donné que ces cités avaient de très vastes territoires, d'ordinaire égaux ou supérieurs à nos départements ^ la perception de ces droits locaux n'arrêtait le voyageur qu'à de longs intervalles, une ou deux journées de marche'.

1. Sauf sous Commode (p. 157, n. 4), et sans parler des temps troublés du iirsiècle.

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