‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 255 sur 415 · LA CONSTRUCTION EN PIERRE · texte numérisé non relu

LA CONSTRUCTION EN PIERRE

s'inspira de Rome ou, par son intermédiaire, d'ateliers helléniques'. Et je ne saisis pas davantage une influence indigène dans les annexes de l'œuvre principal. Cloisons de maçonnerie, de briques ou de bois, plafonds de briques ou de poutres, escaliers droits, tournants, à paliers ou à vis-, chauffage central par calorifère et double plancher ou double muraille ^ caves voûtées*, portes et fenêtres % se retrouvent, et partout pareils, dans l'Empire romain en son entier. Parler longuement de ces procédés de bâtisse, ce serait faire l'histoire du monde antique et non celle de la Gaule. Peut-être le détail le plus original dans une bâtisse gallo-romaine, le seul qui remontât à la grande ferme celtique des vieux temps, était-il l'énorme cheminée qui tenait le fond des chambres, avec son conduit montant jusqu'au faîte de la maison '\ A part cela (et encore, sur ce point, on

1. Sans tenir toujours compte des diflérences de climat : « La faible inclinaison » des toits, en usage en Italie, fut appliquée « dans nos contrées du Nord pour lesquelles elle n'était point faite.... On en vint à couvrir les salles non voûtées... de Cluny comme on aurait couvert un temple ou une basilique à Naples ..; Choisy. p. 151. Cf. p. 222, n. 2, p. 355, n. •}.

2. Les marches, d'ordinaire plus hautes et parfois plus étroites et moins profondes que de notre temps. — Communication de Mazauric : à la Maison Carrée de Nîmes, les marches anli({ues devaient être de 0 m. 24 de hauteur, alors qu'on a donné aux marches modernes de l'escalier restauré 0 m. 2.1 ; la profondeur antique devait être inférieure de 2 à 3 centimètres à celle, 0 m. 32, qu'on a donnée aux marches actuelles, et serait par conséquent d'environ un pied romain.

3. Ou par conduites à l'intérieur de la muraille. Je pense ici aux thermes publics ou aux villas les plus riches: cf. Ciqnat cl Chapot, p. 298-9, 219 et s., et (toujours à consulter) Morin. Note sur les appareils de chauJJ'age, etc., dans les Méin. présentés par divers savants à l'Académie des Inscr., V s., VIII, 1869, IP p.

4. On a cru constater qu'elles ont été plus répandues en Gaule qu'en Italie. Voyez en particulier les sous-sols des habitations d'Alésia, bétonnés, avec escalier et soupirail. On en a signalé de semblables en Belgique et ailleurs. Les plus remarquables peut-être de la Gaule sont les soixante caves découvertes dans la forêt de Compiêgne : elles devaient être « recouvertes d'un plancher établi en maçonnerie supporté par de fortes solives en bois » ; parfois, <■ le sol est bétonné et des trous circulaires sont ménagés dans le béton de manière à recevoir des amphores » (Cauchemé, Descr. des fouilles archéologiques exécutées dans la forêt de Compiêgne, \V p., 1902).

5. Pour la charpente des portes et fenêtres, p. 229; pour les vitrages, p. 291. G. Sidoine, Epist., II, 2, il (la villa à'Avitacum en .\uvergne) : Iliemale triclinium,

qaod arcuatili camino sœpe ignis animatus pulla fuligine infecit; Sidoine, Carmina, 22, 189 et s. (dans la villa de Bourg sur Dordogne); Julien, Mis., p. 341, Sp. (dans son palais de Paris) : 'IVô /.aaivo;; tx -o/./.à xcôv ocy.r,aiTwv é/.eï ôëpjxaivefjOai. Il s'agit dans ces trois cas de pièces d'hiver. — Cf. t. II, p. 322.

peut douter '), lu (jaule n'a pas bâti autrement que le reste de l'Empire -.

Elle n'a pas, non plus, bâti plus timidement. Ni lampleur des voûtes n'a effrayé ses architectes dans la grande salle de Cluny à Paris % ni la hauteur des murailles aux Arènes de Nîmes ' ou au phare de Boulogne ^ ni la longueur des arcades à l'aqueduc de Metz ^ ni la combinaison de toutes ces hardiesses au Pont-du-Gard, long de deux cent soixante-neuf mètres \ haut de près de cinquante % et dont les voûtes d'arcade s'élèvent parfois, sur un écartement de près de vingt-cinq mètres, à plus de vingt mètres sur la route ^ Il n'est aucun des progrès réalisés hors de Gaule par l'art du constructeur'", qui n'ait aussitôt cherché son emploi au delà des Alpes, et on n'y fit jamais autre chose, en ce domaine, que suivre fidèlement des leçons gréco-romaines.

1. Les textes qui nous le font connaître (p. 221, n. 1) sont du Bas Empire, et il est possible ([ue ce vieux système de chauirage ait disparu presque partout chez les riches (comme de notre temps) devant le chauffage central. — On sait les innombrables discussions que la question des cheminées a provoquées chez les archéologues de tous les temps.

2. Voyez les remarques de Choisy, ici, p. 221, n. 1, et celles de Grenier, Habitations, p. 87-8 (cf. ici, p. 355, n. 3) : « Le plan général est conforme à celui de la villa classique. L'atrium avec ses galeries ouvertes », par exemple, qui était « un véritable contre-sens sousle climat rigoureuxde la Belgique », y fut adopté, ce qui « révèle uae application sans critique et routinière du plan traditionnel en Italie ». Ceci est très juste.

3. Longueur de la salle, 21 m. 24 ; largeur, 1 1 m. 64 ; hauteur, 14 m. 52 (environ 50 pieds).

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