Il est possible qu'on choisît de la brique très cuite
2. Il y a. depuis un demi-siècle, une tendance à rabaisser la réputation du ciment romain, à railler les expressions enthousiastes qu'il a provoquées chez nos devanciers (« ciment dur comme le fer, où l'on reconnoît le siècle des Romains », de La Sauvagere, Recueil, p. 109). J'ai peur (ju'on aille trop loin dans cette réaction. On a dit que le mauvais ciment romain a disparu, que le bon est resté : mais il faut avouer qu'il en est resté du bon en quantité considérable, et dans les moindres endroits. On a dit que le temps a contribué surtout à celte dureté : mais est-il sur que les llomains n'aient point prévu cet accroissement graduel de solidité"? Le ciment romain a trop frappé les observateurs, dès le Moyen Age, pour que sa gloire soit simplement le résultat d'un engouement. Et voyez n. 3.
3. Des précieuses expériences provoquées par Germain de Montauzan (p. 269- 271) il résulte « que non seulement les mortiers romains atteignaient à de très hautes résistances [110 et 120 kilogrammes par centimètre carré], mais encpre qu'on ne descendait pas au-dessous de résistances bien plus que moyennes »; la résistance moyenne de nos m?il)eurs mortiers ordinaires est de 30 à 35 kilogrammes (Debauve, Procédés et Matériaux de construction. 111. 1894. p. 356).
jours' et soude davantage aux pierres qu'il relie. Cela finit, pierres et ciment, par former un même bloc, un vrai rocher, si bien que pendant le Moyen Age les habitants de nos villes avaient pu se tailler des demeures et bâtir des escaliers à l'intérieur des maçonneries romaines, ainsi qu'ils l'eussent fait dans le flanc d'une colline-. Comparez à cet égard la ruine maçonnée des temps voisins de nous et celle de 1 ère des Antonins : celle-là s'effrite et se disloque, celle-ci se consolide souvent, comme pour s'incorporer au sol. Le cimentier italien avait peut-être une formule qui nous échappe % et très certainement un tour de main, des habitudes, une patience et une conscience professionnelles que nous ne retrouvons plus*.
Les stucateurs^ étaient, par rapport aux marbriers, les décorateurs des murs à meilleur compte ^ Eux aussi ont reçu d'Italie leurs pratiques de métier. Ce qu'ils ont fait nous frappe assez peu aujourd'hui, parce que la trace en a disparu avec les pièces intérieures des édifices. Pourtant, chez eux aussi, la besogne était bien faite ^ Ces enduits, d'ordinaire épais d'un à
1. On le répète du moins : Choisy, Vilruve, 1, p. 14, dit •• [)eul-ôtre » ; Germain de Montauzan, p. 268. « sans doute ».
2. A Bordeaux dans la muraille du Bas Empire, cf. Inscr. roin. de Bord:, II, p. 2S0. A Fréjus, les murailles d'Auguste ayant perdu leur parement de moellons, le mortier demeure intact et présente des alvéoles aux rebords aussi fermes que le roc (Tcxicr, 1" mém., p. 181-2). On a même pu prononcer le mot de « sorte de monolithe ». De même, le béton des routes, ici, p. 108 et s.
3. Ils durent exceller dans le choix de la matière première (p. 224, n. 1, p. 213, n. 8, p. 2I.Ï, n. 1) et dans l'étude dos proportions des mélanges (Vilruve, VIII, 6, 14), et réduire l'emploi de l'eau au strict nécessaire; voyez là-dessus les excellentes remarques de Chanoine, Bull, de la Soc. arch. de Sens, 18.^4. p. 1 et s., et de Clourau, Soc. arch. de Bord., I, 1874, p. 49-53.
4. Cf. p. 218. « Ce qui ne manque que trop souvent à nos maçons, c'est de savoir bien faire • (Germain do .Montauzan, p. 258).
5. Artifices lectores (cf. t. IV, p. 399); voyez aussi gypsarias. « plâtrier ■•, à Narbonne (XII, 4479). Opiis lecloriuin, C, XII, 2391-2. Bas-relief de Sens représentant le manœuvre préparant l'enduit, le stucateur l'appliquant et le polissant à l'aidé de la taloche, le peintre palette et pinceau en mains (Esp., n° 2767).
6. Sauf la valeur artistique qu'on put demander aux peintures ou aux moulages (p. 226, n. 1).
7. II serait bon de rechercher si Ion retrouve dans les restes de stuc galloromain les prescriptions de Yitruve (VII, 3, 5-7) : une couche de mortier fin, trois couches de poussière de marbre, chacune plus fine que l'autre (graneum, innrmor
deux pouces, consistant en de bon mortier et une forte couche de chaux très fine et de poussière de marbre, tenaient très solidement aux murailles, grâce aux clous à larges têtes qui en reliaient et fixaient les éléments; et quand les murailles se sont écroulées, d'énormes morceaux de stucs sont restés adhérents aux ruines gisant à terre; encore intacts dans leur épaisseur : rien de pareil au plâtre de nos plafonds, qui s'écaille si vite et tombe si aisément. A leur surface, les enduits, aplanis et lissés, étaient préparés pour recevoir, s'il y avait lieu, les moulures ou les peintures nécessaires à la décoration intérieure des chambres et des salles'.
Les marbriers - étaient surtout chargés du revêtement ou de l'ornement des bâtiments publics et des plus riches demeures. Il y en eut beaucoup dans les Gaules, car elles firent une effrayante consommation de marbres, copiant en cela tout l'Empire, esclaves comme lui de l'exemple hellénique. Aucune retenue ne fut gardée dans les monuments municipaux^ : quand on construisit la basilique de Nîmes, l'entreprise des marbres eut autant d'importance que celle des pierres^; dans les ruines de Trêves, on a signalé la présence de quarante espèces différentes ^ Les particuliers se laissaient gagner par la folie : une villa quelque peu élégante demandait ses marbres à l'Italie, à la
graneum). Les excellenles recherclies de Bulard sur les stucs de Délos [Fondation Piot, XIV, 1908) OQt montré l'origine gTecque de ces procédés.
1. Blanchet, Étude sur la décoi-alion des édifices de la Gaule romaine, 1913, p. 14-5, 52 et s. Voyez dans ce livre, p. 57-60, le résumé des discussions auxquelles ont donné lieu les manières d'appliquer la peinture, fresque (plus probable, udo tectorio, Vitruve, YII, 3, 7) ou encaustique. Sur les couleurs, ici, p. 262, n. 3. — Exceptionnellement, on fabriquait des tuyaux en chaux et sable (C. /. L., XIII, 3097).
2. Les niarmorarii (Agen, XIII, 915) sont sans doute souvent des entrepositaires et travailleurs plutôt (jue des extracteurs.
3. Même dans les édifices à destination vulgaire, comme l'amphilhéùtre de Fréjus, on constate au podium un revêtement de marbre en dallée de 15 centimètres (Texier, 3' mém., p. 255).
4. Exactor operis basilicœ marmorari et lapidari, XII, 3070 : basilique de Piétine? (p. 73j. Cf. ad marnioranduni balnenrn, XIII, 5416; temple marmore variatum, Grégoire, Hist. Fr., I, 32.