Marcellus Empiricus. XXXVI
5. C'est ici qu'intervenaient sans doute les seplasiarii ou droguistes proprement dits (à Narbonne, XII, 5074; à Cologne, XIII, 8354; dans le pays de Reims, L'Année épigraphique, 1910, 57).
La parfumerie ne restait pas en arrière. Les Gréco-Romains raffolaient d'essences et d'odeurs, et la Gaule se laissa prendre à ce raffinement. Elle vit s'ouvrir dans ses villes des boutiques accueillantes où des éta^^ères alignaient leurs vases à parfums et leurs pots de cosmétiques ' ; et à voir les images funéraires de certaines Gauloises, gardant à la main la fiole élégante à senteur subtile, on s'aperçoit de la place qu'elle avait occupée dans leur vie -. Cela, je pense, ne venait pas de la tradition celtique ^
Ce qui en venait certainement, c'était l'usage du savon. Les Gaulois en connaissaient de longue date' la fabrication, bien entendu à la potasse* et à la graisse : car je ne sais s'ils avaient déjà eu l'idée, à Marseille ou à Lyon, d'appliquer l'huile à cette industrie ^ Elle n'en était pas moins fort populaire dans toute la contrée, l'Italie elle-même s'en fit la cliente, et des placiers en savon parcouraient le monde, offrant
1. Unguentarius, XIII, 2G02, à Lyon sans doute; unguentarius Lugdunensis, VI, 9998; iinr/uentaria, XII, 1594, à Die; voyez les inscriptions des vasa unguentaria, XIII, 10025, 15-31. Turariiis a Narbonne (XII, 4518).
2. Très nombreuses représentations dans le Recueil d'Espérandieu.
.3. Pour les couleurs de teinture, p. 245. — Pour la peinture, on a reconnu surtout des couleurs à base minérale (poudre de craie pour le blanc; ocre ou mélange d'argile et de protoxyde de fer pour le jaune, le rouge et le brun; silicate de fer et de magnésie pour le vert; bleu égyptien), et, en proportions bien moindres, à base végétale (cendres de matières résineuses pour le noir) ou animale (cire et pourpre pour l'écarlate?); Henry de Fontenay, Note sur les couleurs antiques trouvées à Autun, Soc. Éd., n. s., III, 1874 (très utile). Huybrigts, Tongres et ses environs, 1901, p. 45 et s., signale la découverte, dans une villa, d'une centaine de bri(iucltes et tablettes de couleurs et d'une vingtaine de godets avec couleurs Mais peut-être la plus curieuse découverte, en cet ordre de choses, est-elle celle de Saint-Médard en Vendée, d'une boîte à couleurs, d'une palette en basalte, etc., avec quantité de couleurs, bleu égyptien, terre de Vérone, vert-de-gris, protoxyde de fer, poudre d'or mélangée avec une substance gommeuse, résine, cire et matières grasses pour vernis (analyses de Ghevreul; Fillon et de Rochebrune, Poitou et Vendée, I, 1861-4, Fontenay-le-Comte, p. 128 et s.).
4. Je ne peux pas exclure l'hypothèse de la connaissance, par les Gaulois, de la fabrication de la soude à l'aide des varechs. 11 faudrait analyser, au point de vue de cette fabrication et de celle de la potasse, les cendres de A'endée (p. 177, n. 4).
5. Cela est d'autant plus possible que Dioscoride signale des mélanges de cendres avec l'huile aussi bien qu'avec la graisse (De mat. med.,Y, 131, 132, 134. Kiihn, XXY, p. 799-801).
au choix du public, soit la fine pâte à laver et colorer, si précieuse pour la chevelure, soit les gros pains ronds recherchés des ménagères'.
Enfin, la Gaule sut tirer également profit de la cire de ses abeilles et de la résine de ses arbres. — Car les arbres résineux du pays, pins des Landes ou sapins des montagnes, étaient en ces temps-là aussi exploités, aussi riches en revenus qu'ils le sont devenus de nos jours ^ : la résine fournissait la matière des torches^ et de remèdes sans nombre^; la poix servait elle aussi à la pharmacie^ et, en outre, au calfatage des navires'', à la fabrication de certaines couleurs ^ au nettoyage des amphores ^ et à la préparation des vins "'. — Et bien plus que de nos jours, la cire des ruchers gaulois s'offrait à tous les emplois : on en tirait des moules à poteries '", des enduits
1. Negotiator artis saponariœ à Lyon, XIII, 2030; le bas-relief d'Épinal (Espérandieu, n" 4892), très curieuse représentation de la déesse patronne du métier, figurée au milieu de cuves et autres appareils. — Le mot sapo, qui est d'origine celtique (t. II, p. 300, n. 2), s'appliquait: 1' à une pommade plus ou moins liquide pour teindre les cheveux en blond, pommade qui se fabriquait peut-être à l'origine en Germanie, plus particulièrement chez les Chattes de Nassau et leurs descendants les Bataves, spuma Chattica ou Batava (Martial, XIV, 26; VIII, 33, 20); 2° une matière de même origine et de même destination, mais fabriquée en pains ronds. Mattiacx pilœ (Martial, XIV, 27) : l'une et l'autre espèces forment le sapo primitif des Gaulois et des Germains dont parle Pline (cf. t. II, /. c), constitué avec du suif et de la potasse; voyez aussi les gros pains ronds du bas-relief d'Hpinal; 3° une matière à laver le linge et le corps, préparée également en boules, Tx; Xtipoios'.; ta; Tzo:-/]T0t.(; crq^aipa; (Arélée de Cappadoce, De cur. morb.. Il, 13 = XXIV, p. 343-4, Kiihn; Galien, De. morb. san., VIII, 4 = X, p. 509, KiJhn; Sérénus Sammonicus, XI, vers 15o);4" un onguent médical dit également « savon gaulois » (Marcellus, VII, I; etc.); 5° un onguent à parfumer. — Il est possible que les Gallo-Romains connussent aussi une sorte d'empois pour apprêter le linge ou les bonnets (cf. p. 248, n. 2).
2. Ou tout au moins tels qu'ils l'étaient avant les derniers progrès faits par l'utilisation industrielle des résines.
3. Ausone, Epist., 4, 7 (Médoc; cf. ici, p. 204, n. 3); Paulin de Noie, Carm., X, 241 (pays de Buch). Cf. p. 264, n. 3.