T. VI, ch. I (Talismans
9. Negotiator gladiarius à Mayence, XIII, 6677. Sous le Bas Empire, il y a des fabriques d'armes de tout genre à Argenton (fers du Berry, cf. p. 204, n. 8), d'armes spéciales à Màcon, Autun, Soissons, Reims, Trêves et Amiens {Not. dignilatum, Occ, 9).
demandèrent des couteaux, des dards et des lances'; et elle travailla aussi pour les gladiateurs-, dont quelques-uns même portaient des cuirasses en lames de fer^ Dans la vie domestique, la serrurerie atteignit alors son apogée, avec ses fermetures, ses pênes, ses gâches, ses cadenas, ses clés à dents variées, aux dimensions parfois énormes, compliquées comme des machines et lourdes comme des armes*.
D'aucun de ces objets et de ces outils de fer on ne peut dire que les Romains en aient révélé à la Gaule ou l'usage ou la forme. D'aucun il n'est probable qu'il soit d'importation étrangère. On pressent, à étudier la ferronnerie de la Gaule romaine, qu'elle s'est développée normalement, suivant ses habitudes nationales, d'après des types et une technique auxquels il n'y eut presque rien à ajoutera C'est peut-être la seule des industries à laquelle on soit tenté d'accorder ce mérite : et c'était celle qui s'adaptait le plus aux usages quotidiens de la vie laborieuse.
Cette rapide extension de toutes les industries est le fait le plus important que présente la vie économique de la Gaule à l'époque romaine. Jusque-là, se conformant aux lois les plus
1. Testament du Lingon, XIII, 5708; et aussi des épées de chasse; cf. p. 202, n. 1.
2. Voyez l'importance que prit à elle seule la fabrication des fourreaux d'épées de gladiateurs, p. 304, n. 7.
3. CoiUinuam ferri tegimen. Tac, Ann., 111,43; ici, t. IV, p. 158.
4. Deux systèmes de clés : 1° à ancre ou en T; 2° à soulèvement; cf. de Vesly, Revue des Et. anc, 1915, p. 209-210. — Les objets en fer sont plus rares dans la cuisine et l'équipement (hipposandales, Saint-Germain, Cat. somm., p. 86, salle XXVI; cf. IJspérandieu, n° 4611; représentation de fer à cheval, Esp., n''293j. Les plus-curieux sont les pipes en fer (par exemple au Musée d'Avenches).
5. Cf. Déchelctle, II, p. 1333 et s. : « Beaucoup de ces objets [gaulois] se retrouveront à l'époque impériale romaine avec des formes à peu près identiques et passeront sans modifications essentielles dans l'outillage moderne, leur type ayant été constitué déflaitivement dans ces temps reculés. »
visibles de sa nature, elle avait été surtout une terre bien cultivée ^ : elle ajouta alors aux mérites et aux denrées de son sol le travail de ses ouvriers et les produits de ses manufactures-. Rome la transforma à la façon dont Colbert voulut transformer la France.
Mais il V eut, entre l'œuvre du grand ministre et celle de l'Empire romain, une différence fondamentale. Celle-là fut le résultat d'une autorité publique : Colbert exigeait que la France s'entendît et se consacrât au fait de la fabrique, et ce fut lui qui fonda, surveilla ou soutint les principaux ateliers. L'Etat romain, au contraire, négligea le plus souvent d'intervenir^; les industries naquirent d'elles-mêmes, sous l'influence de faits naturels, la richesse de la contrée en matières premières, l'ouverture de relations internationales, l'invasion des habitudes grécoromaines, la dextérité des travailleurs indigènes, l'installation de fabricants étrangers.
Car le rôle de l'étranger, dans ce renouveau industriel, fut aussi grand qu'au temps de Colbert, et il se manifesta par les mêmes manières. Tantôt c'étaient des ouvriers ou des manufacturiers qui venaient s'établir en Gaule, ce qui fut le cas pour les travaux d'art, sculpture, mosaïque ou architecture". Tantôt c'étaient seulement des procédés et des modèles exotiques que les Gaulois faisaient venir, et qu'ils copiaient avec cette intelligence dans l'imitation dont s'était jadis émerveillé Jules César
1. Je dis surtout et non pas uniquement, parce qu'il faut tenir compte de l'importance que la vie industrielle avait déjà chez les Celtes (cf. p. 317, 237, 239 et s., 300 et s., 307-8).
2. Remarquez que Pline, qui se sert beaucoup de sources datant des premiers empereurs, fait de la Gaule légale de l'Espagne et presque de l'Italie pour sa production agricole (à la fin de son Histoire naturelle, XXXVll, 203); mais il rappelle que l'Espagne lui est supérieure laborum excitatione, servorum exercitio , autrement dit par l'activité industrielle.
3. Ceci ne peut avoir rien d'absolu : car l'État eut ses manufactures (p. 313, n. 6), et sa qualité de propriétaire de carrières, de mines, de fabriques ;cf. p. 215, 205-9, 313) l'empêchait d'être indifférent aux choses de la fabrication. De plus, nous verrons qu'il protégea ou enraya à certains moments certaines industries (p. 315-6). Enfin, rappelons les primes et encouragements {horlari privntim. ailjuvarc publiée donnés à la construction par certains gouverneurs (Tacite, Agr., 21).
i P. 14-1.3, 17-IS; t. VI, ch. 111.
leur premier maître ' : c'est ainsi qu'ils devinrent verriers à la façon des Orientaux, céramistes suivant le type des Toscans, bronziers comme les Campaniens, briquetiers et cimentiers à la manière romaine-.
De même que l'industrie s'appliqua à toutes les matières ouvrai)les du sol, elle s'accommoda de toutes les formes sociales de la vie commune. La forme monarchique fut représentée par la grande manufacture, dirigée ou possédée par un seul chef, occupant des centaines d'ouvriers ou d'agents, possédant ses succursales et ses ateliers distincts, dont chacun avait son contremaître, esclave ou affranchi du patron, parfois contre signant sa marque : telle fut la fabrique du maître verrier Frontin ^ Quelques-unes de ces grandes maisons appartenaient à des associés, en nom où en commandite, frères, parents ou simplement confrères \ Mais cette aristocratie de manufacturiers n'empêcha point, du moins sous le Haut Empire, la formation d'une bonne, voire d'une petite bourgeoisie industrielle, et même d'une plèbe de tout petits producteurs ^ Il y a quantité de marques de potiers