‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 366 sur 415 · LE COMMERCE DE GROS · texte numérisé non relu

LE COMMERCE DE GROS

Narbonne \ Bordeaux-, Trèves^ Cologne\ et surtout 'Lyon ^ Pour les produits du dehors, il se constitua d'importantes maisons d'importation, qui se procuraient en Italie ou en Orient'' les marchandises les plus diverses, et se chargeaient ensuite de les disperser chez les vendeurs locaux. La plupart de ces maisons étaient, je crois, à double façade, c'est-à-dire que, si elles importaient d'Italie, elles achetaient également en Gaule pour le compte de leurs correspondants italiens : elles faisaient la commission en tout genre, la nature de la marchandise et l'espèce d'aiïaire leur importaient peu, pourvu qu'il v eût affaire

1. Le nombre des spécialités à Xarbonnc est remarquable : huiles (p. iTI, n. 7), blés, clavarius materiarius (bois de charpente ou de menuiserie), limarius (limes), gypsarius (plâtre), solearius (sandales), armariarius (armoires), ampullarius (fioles de verre ou de terre cuite), viminarius (vannerie), vestiarius, sagarius, turarius, purpurarius, vascularius, amilarius.fabcrœrarius,faberargentarius, aurifex,fabarius (fèves et légumes), lardarius, lanarius (cf. p. 243, n. 5), lintearius. pellio (peaux), capistrarius (licous et sellerie), pisior candidarius (XIL 4502; cf. p. 251, n. 7), seplasiarius, panucularius (pour pannicalarius'?. marchand de draps, Xll, 5073). Mais je repèle (cf. p. 336, n. 1) qu'il y a là sans doute à la fois fabricants, marchands de gros ou détaillants, et, en outre (cf. p. 234, n. 2, p. 250, n. i), que le nom du métier peut souvent ne désigner qu'une minime partie de son activité : nos bonnetiers ne vendent plus surtout des bonnets, ni nos luthiers des lutlis, et il est possible que le limarius tînt magasin d'instruments de fer, V armariarius iùl un menuisier et le lurarius un drogurste en tout genre.

2. Beaucoup de ces étrangers, si nombrou.x à Bordeaux, sont sans doute des négociants en gros, importateurs de produits de leur pays, par exemple le Séquane (XIII, 031) peut être un négociant en jambons, et ce ne peut être que le commerce qui attire les Trévires-à Bordeaux (XIII, 633-5\

3. Sans doule surtout à destination des camps ou des Germains: negotiator, XIII, 3660, 3703-5, 4155-7 (ceux-ci à Neumagen); cuparius et soccarius {p. 232, n. 3). Sous Tibère, il est question à Trêves de negoliatoribus Romanis (Tac. Ann., III. 42), lesquels peuvent être d'ailleurs des banquiers autant que des marchands.

4. Même remarque : negoliator, 8224; negotialor cretarius, 8350; negotiator lanio (boucher en gros , 8351; negotiator artis lapidariœ, 8352; negotiator seplasiarius (p. 261, n. 5). 8334. Remarquez l'abondance de Belges installés là, évidemment pour le commerce (8838-42; cf. ici, p. l.oO-l). — L'importance commerciale de Mayence est bicii moins sensible; on n'y trouve (lu'un negotialor gladiarius (p. 331. n. 4), des nianlicularii. des pannarii.

5. En premier lieu, les negotiatores vinarii (t. IV, p. 387, n. I); en outre, olcarius [?], lintiarius, sagarius, argentarins, muriarius, unguentarius, ars saponaria(p. 263, n. 1), ars prossarid (p. 246, n. 3), ars barbaricaria (p. 246. n. o), ars cretaria, vitrie, ferraria, caracteraria (p. 307, n. 7), macellaria, avec ou sans negotiator. A Lyon, le caractère de chef de maison de gros apparaît, pour ces individus, plus nettement qu'à Narbonne (ici, n. 1).

6. Mais je crois que les marchan lises orientales étaient le plus souvent achetées à Rome, par exemple les marbres (cL p. ;{24, n. 0). Cf. p. 32(», n. 7 et 0.

338 LE GOMMEHOK.

et qu'il V eût marchandise'. Comme de juste, c'était à Lyon que s'étaient installées les jurandes entreprises de cette sorte, et elles y dataient même des temps antérieurs à l'arrivée de César et de Plancus^

On en rapprochera les maisons de « nautes » ou d'armement (luvial et maritime qui s'étaient fondées à Lyon, à Arles et à Narbonne^ Car elles ne se bornaient pas à armer des navires, elles achetaient sur place et elles concentraient les marchandises destinées à former le fret au départ^, tandis qu'à l'arrivée leurs agents se chargeaient de constituer le fret de retour, marbres italiens ou bronzes de Campanie''.

A la frontière du l{liin, en particulier à Trêves et à Cologne, d'autres chefs d'entreprises s'étaient réservé le monde barbare. De ce côté, le trafic se faisait de deux manières'' : pour les tribus

1. Je crois de plus en plus que les diiréienls négoces s'ajoutaient et se soutenaient dans une m6me maison, quelle que fût sa raison extérieure, tout ainsi que chez les marchands du Moyen Age et dans nos alîaires de commission. C'est pour cela que les négociants de Lyon sont si souvent affiliés aux corporations les plus éloignées en apparence de leur métier (XIII, 1900, muriarias affilié aux nautes et aux lignaarii, etc.); voyez ce négociant en vins, de Lyon, qui est en même temps diffusor olearius ex Bœlica (C. /. L., VI, 29722), ce négociant dans la Germanie du limes, qui est à la fois negotiator arlis crelarix et negotiator pœnularius (Xlll, 6360).

2. Cf. t. III, p. 122, 142. Les negotiatores Ilalici de l'ère républicaine doivent avoir, je crois, pour héritier à Lyon le corpus splendidissiiniini negotialoruin Cisalpinorwn et Transalpinorum, (jui a une succursale, semble-t il, à Milan (il y a un Trévire parmi eux; XIII, 2029; V, 5911).— C'est un marchand en gros, sans doute de marchandises orientales, que ce riche Syrien qui s'inlilule (XIII, 2448) negotiator Luguduni et provincia Aqaitanica : il devait avoir ses entrepôts à Lyon et expédier des revendeurs ou colporteurs par toute l'Aquitaine. — Ce sont des marchands de ce genre que les negotiatores Britanniciani de Bordeaux (XIII, 634) et de Cologne (XIII, 8164 a) : ils devaient importer de Bretagne en Gaule (cf. Xlll, 8793, negotiator cretarius Britannicianus; Xlll, 7300; cf. p. 32.5, n. 7) et sans aucun doute faire aussi l'inverse.

Page 1