LE COMMERCE DE GROS
les plus proches, les marchandises s'échangeaient à des lieux de foires indiqués par l'autorité romaine'; pour les peuples lointains, on recourait à des caravanes, guidées ou escortées par des hommes des populations amies. Il n'était point impossible que le légat de la province frontière fournît un centurion et quelques hommes de troupes afin de faire respecter le convoi : ce qui arrivait si l'entreprise pouvait rapporter quelque avantage à l'empereur ou à l'Etat. C'est ainsi que, sous Néron, une petite expédition commerciale partit des bords du Danube et arriva, à travers les terres inconnues de la Vistule, jusqu'aux fameux gisements de l'ambre baltique -.
Ces grosses maisons, ces vastes entreprises exigent trop de capitaux, impliquent trop de risques et de périls, pour que
sortie devant les magistrats de cerlaines cités (Trêves? Cologne? Mayence?? cf. p. 339, n. 1); lieux et jours de foires fixés d'avance pour la rencontre avec les marchands étrangers (cf. ih.): etc. Mais il va de soi que bien des marchands allaient chez les Germains à l'insu de l'autorité et à leurs risques et périls. Certains finissaient par s'établir en pays barbare (Tac, Aim., II, 62), sans doute pour mieux organiser les échanges ou la contrebande avec les pays romains.
1. Voir p. 338, n. 6 ; proximi ob usuin coinmercioruin (Tac, G., 5). Outre les grandes villes, il pouvait y avoir des lieux de marchés convenus, par exemple Neumagen (Noviomagus = « marché neuf >>) chez les Trévires, à la frontière de la province militaire de Germanie Supérieure, où je constate bon nombre de ncgotiatores (p. 337, n. 3), Rindern (Arenacuin, Arenatluin), où je trouve sous Néron une colonie de cives Rémi groupés autour' d'un temple de Mars Cainulus (XIII, 8701), le port de Vechten ou FecLio sur le Vieux Rhin, où je trouve une colonie de cives Tungri (XIII, 8815). Vechten, si riche en ruines et en débris industriels, pouvait servir en particulier pour les relations maritimes, avec les tribus de la Frise et de la mer du Nord. Sur ces marchés qui servaient de lieux de départ pour les pays barbares, et où pouvaient être placés des bureaux, la douane de sortie, etc., cf. autrefois dans la Gaule du Midi, t. 111, p. 99, note.
2. Pline, XXXVII, 45 (t. IV, p. 146, n. 8). Je crois bien que cette expédition, qui d'ailleurs rapporta une fabuleuse cargaison d'ambre, étudia également avec soin la route commerciale {commercia ea et littora peragravit) : il est possible que certains détails géographiques fournis par Pline et surtout par Ptolémée viennent de son itinéraire. En outre, on peut supposer qu'elle procura quantité d'esclaves et de bétes rares, puisqu'elle fut organisée par le grand maître de la gladialure impériale. — Mais dans l'ensemble les expéditions de ce genre, du côté de la Germanie (ajoutez l'Irlande et la Scandinavie), ont été beaucoup plus rares, semble-t-il, que ne l'eût comporté la force de l'Empire romain; peut-être l'obstacle vint-il de l'instabilité du inonde germanique (cf. t. IV, p. 145-8). — Les trouvailles de trésors de monnaies romaines (cf. Mém. de la Soc. des Ant. du Ps'ord, n. s., 1872-7, p. 54) semblent prouver <jue les relations commerciales furent poussées jus(]ue dans le sud de la Suède, mais s'arrêtèrent après Septime (t. IV, p. 147}.
3iO LE COMMERCE.
l'accord entre les concurrents ne soit pas une condition nécessaire aux réussites. Sans pouvoir Taffirmer, on devine, dans le haut commerce de la (laule, un désir d'entent-e plus fort que les rivalités d'intérêts. Certains trafiquants ne travaillaient (|ue pour une seule province'; certains produits ne sortaient pas d'une zone déterminée-. Dans les plus grandes villes, les négociants se groupaient en syndicats suivant leur genre d'afïaire, par exemj)lc à Arles les armateurs maritimes, à Lyon les armateurs fluviaux et les marchands de vin^ Dans les simples bourgades, tous les commerçants se réunissaient en vue d'assurer leurs besoins communs^.
Il ne faut pas croire que ces besoins fussent toujours d'ordre moral, une prière aux dieux, un salut aux patrons, une flatterie aux princes. Si des marchands suppliaient la divinité ou adoraient l'empereur, soyons sûrs que c'était surtout pour le succès de leurs entreprises. Ils ne pouvaient oublier le métier lorsqu'ils se trouvaient ensemble. Les armateurs d'Arles ont écrit aux bureaux de Rome une lettre collective afin de se plaindre de poursuites et d'évaluations abusives. Ces syndicats ou ces corporations, c'étaient déjà des chambres ou des bourses de commerce ^
On serait tenté de croire que toutes ces maisons de gros ou de commission avaient été fondées par des étrangers, ainsi qu'il arrive le plus souvent dans les colonies des Etats européens. Il