GRANDE ET PETITE PROPRIÉTÉ
quelques arpents de bonne terre, il y verra pousser son blé et croître sa vigne. Et des précautions sont prises par TEtat pour que la misère ou l'ennui ne l'amènent pas à se débarrasser de son champ '.
Les hommes d'autrefois ne pouvaient dilTérer de ceux de notre temps. Ces boutiquiers ou ces professeurs que l'Empire multiplia dans les Gaules, étaient loin d'avoir pour la terre indifférence ou mépris. Tout au contraire, chacun d'eux a dû, comme le poète Horace-, mettre dans ses vœux une maison rustique, de beaux ombrages, et les petites émotions des vendanges que l'on espère. 11 y avait, chez tous ces gens des classes moyennes, l'étoffe d'un amateur des champs et d'un petit propriétaire.
L'industrie, le commerce, les professions libérales, tout en faisant contre-poids à la grande propriété, aidaient donc à former de moindres domaines. Pendant les beaux siècles de l'Empire, jusqu'à Marc-Aurèle, la terre, comme les capitaux, comme l'influence, comme l'autorité administrative, ne cessa de se morceler, de se diviser pour le profit du plus grand nombre ^ Un même mouvement de dispersion entraîna toutes les formes de la richesse, toutes les façons du bien-jêtre.
Puis, la Gaule était si favorable aux petits propriétaires! Elle leur offrait un sol bien découpé, une myriade de vallons dont chacun d'eux a cent replis pour enclore et abriter un domaine; les vastes espaces monotones y sont une rareté; le terrain y permet, cote à côte, les cultures les plus différentes \ Maintenant, par la grâce de Rome, elle connaît des variétés indéhnies de
1. J'ai peine à croire que les anciennes prescriptions interdisant la vente des biens assignés n'aient pas été maintenues. Mais il est certain que les vétérans ne se sont pas privés de les enfreindre dans certains cas (Tac, Ann., XIV, 27), qui d'ailleurs ne s'applicjuent pas aux vieilles colonies de la Gaule. Cf. Die SchriJ'lcn der Rœin. Feldinesser, II, p. 382-4 (lludorlV).