De Pactitère, Paris à Vêpoque gallo-romaine, p. 06 et
ville '. Continuezplus loin dans la même direction : c'est, à quinze milles de là, à la frontière du Soissonnais, le théâtre de Cliamplieu, bâti dans la campagne, sur le plateau que borde la forêt de Compiègne-; et c'est, à vingt-cinq milles de Champlieu, la ville de Soissons, elle aussi avec son théâtre ^ et d'autres lieux de plaisir. On dirait que chaque fin d'étape est marquée par quelque rendez-vous de spectacle, ainsi qu'elle le fut, au Moyen Age, par un hospice de pèlerins.
A côté de ces ruines d'arènes ou de théâtres, nous rencontrerons toujours celles de temples et de thermes; et je ne connais pas d'exception à cette règle. Le temple, c'est le dieu, le sacrifice et la prière mis à la disposition de tous, de même que le théâtre et l'amphithéâtre offrent leurs jeux à tout venant. Mais les thermes, les lieux de bains, doivent passer aussi pour un des organes de l'assistance publique.
L'entrée en est libre, et, à des jours très nombreux, l'usage des bains y est gratuit''. Or, ce sont d'immenses et somptueuses constructions que ces thermes, celles où les cités et leurs bienfaiteurs ont tenu à étaler le plus de richesses^ : les salles, élégantes et spacieuses, en sont décorées de marbres coûteux,
1. Voyez les premiôies années du Comité arch. de Seiilis, en parliculier [IVJ, 1866, paru en ISG7, p. IG3 et s.
2. Cf. t. IV, p. 481; en dernier lieu, Espérandieu, V, p. 94 et s.
3. De Laprairie, Bull, du la Soc. hist. et arch. de Soissons, 11, 1848, p. 80 et s. Je ne sais si c'est au théâtre romain de Soissons que fait allusion Grégoire de Tours, //. Fr., V, 17.
4. Je ne crois pas à la gratuité permanente dans toutes les localités : si à Nîmes (XII, 3179) la colonie accorde à un vétéran balneuin gratuilum in perpetauin (pour lui et les siens, et sui), si les gens de Garguier {locus d'un pagus arlésiea près de Marseille) se plaignent qu'on leur ait enlevé ■< le bain gratuit dont ils jouissaient depuis plus de quarante ans » (XII, 594), c'est évidemment que la gratuité n'était pas un principe. L'exemple de Garguier et d'autres localités (p. 40, n. 7; ici, n. 5) montre que les plus petites bourgades de pagi avaient également leurs thermes publics.
5. En particulier des marbres. C'est ce qui résulte surabondamment des ruines (voyez en particulier celles des thermes de Sens, en dernier lieu, Espérandieu, IV, p. 5o et s.), des textes (cf. p. 324, n. 6), des inscriptions (Vaison, Xll. 1357, un haliitant laisse 50 000 sesterces ad porticuin anle thennas marmoribus ornandam; Narbonne, 4388; Le Pégue, chef-lieu de pagus voconce, 1708), et de l'exemple des empereurs à Home. ».
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de statues, de mosaïques et de peintures; tout autour s'étendent des portiques, des cours, des jardins, des terrasses, des salles de jeu et de gymnase'. Le populaire s'y repose, s'y instruit, s'y récrée, à la fois comme dans un musée, un casino et une promenade publique. Les jolies choses qu'il voit, sont un peu siennes à ce moment. En plus, il a le délassement des bains, chauds, tièdes ou froids, dans un beau local digne d'un prince, et il aies joies bruyantes et les facéties vulgaires des baignades en commun. Autant qu'une séance aux arènes, une partie de thermes est la joie que le boutiquier ou l'artisan escomptent dans leur semaine de travail. Vieillis et voisins de la mort, ils aimeront à parler des heures folâtres passées dans les biiins publics. Pour quelques-uns, c'est le souvenir le plus gai qu'ils emporteront de la vie. « Passant qui lis ces mots », dit l'épitaphe d'un petit bourgeois lyonnais, « va-t-en donc aux bains d'Apollon : j'y allais me baigner avec mon épouse, comme je voudrais bien le i^aire encore-. »
Grâce aux immenses thermes qui furent alors bâtis dans toutes les villes sans exception, et en outre dans toutes les bourgades et tous les lieux de foires ^ le plus humble des Gaulois put se procurer cette volupté nécessaire. Il y éprouvait, nuances à part, les mêmes sensations que le Viennois Asiaticus dans son palais de Rome'^ ou qu'un fils de sénateur dans les thermes de Titus. /V défaut de respect pour les droits supérieurs de l'homme, les usages romains admettaient le droit de tous à de certaines jouissances.
1. Splurristeria et xyslus à Nîmes (XII, 3304, 313")). en supposant qu'ils se rnllaclient à des thermes. Cf. encore p. 09, n. 3.
2. Tu qui legis vade in Apolinis lavari, quod ego cum conjuge feci : vellem si aduc possem; XIIT, 1983.