T. IV, ch. I
plèbe. La civilisation que propageait cet Empire, qu'elle vînt d'Italie ou de Grèce, sortait d'une origine municipale : dieux, images ou poésie, science, industrie ou négoce, c'était à de grandes villes de pierre, de brique et de marbre qu'on en était redevable, Rome ou Capoue, Athènes ou Carthage, Antioche ou Alexandrie. Il en résulta que la Gaule, inspirée par ces modèles, se laissa naturellement entraîner par le désir de la vie urbaine et par la passion de bâtir.
Ce désir était déjà né chez elle dans les derniers jours de l'indépendance, sous l'influence de Marseille' et de l'Italie ses voisines, d'usages plus pacifiques, de richesses plus grandes-. Mais au temps des empereurs, tout contribua à le rendre plus intense et à le réaliser.
La loi imposa à chaque peuplade une capitale, résidence des magistrats et centre de la vie publique^ La contagion de l'exemple fit que ces capitales, Lyon, Narbonne, Autun ou Bordeaux, s'accrurent et s'enrichirent à la façon de Rome. Les mœurs en s'adoucissant y attirèrent les hommes, riches ou pauvres, oisifs ou laborieux : les uns y trouvèrent plus de moyens de gagner leur vie, et les autres de dépenser leur fortune. C'était à la ville qu'on rencontrait les plus beaux temples, les jeux les plus riches, les maîtres les plus fameux. Rome, en bâtissant ses colonies, telles que Lyon ou Narbonne, proposait aux Gaulois un idéal de vie commune '\ Dès le temps d'Auguste, les autres capitales gauloises, Vienne, Autun, Reims, Bordeaux, se développaient à l'instar de ces modèles ^ Les grands quittaient sans
1. Justin, XLIII, 4, 1 : il s'apit dans ce texte, d'ailleurs, moins de la construction des villes que de celle de leurs remparts, urbes mœnibus cingere didicerunt; toutefois, étant donné que les peuples de la Gaule connaissaient de longue date des oppida ou des enceintes murales (t. 1, p. 176 et 177, et surtout les relevés d'enceintes publiés dans le DulieLin de ia Sociélc préhisiorique française depuis 1900). j'incline à interpréter ce texte comme s'il s'agiss;iit de bâtir de grandes villes régulières.