VII. — LES TROUPES DE CAMPAGNE
Olten, Strasbourg, Mayence, Cologne, leurs comtes ou leurs ducs, leurs garnisons et les forteresses de leurs ressorts, tout cela d'ailleurs se ramène à peu de chose, plusieurs milliers
p. 845) a supposé qu'il n'y avait pas de duc à Cologne, parce que la Seconde Germanie était sous l'autorité directe du maître de la milice. C'est tout à fait possible (autres faits d'administration directe, p. 21, n. 1, p. 20, n. 2, p. 110-1), mais la Notitia eût pu indiquer les lieux de garnison et les troupes de cette province.
1. Ici, p. 88-9; ajoutez les Lètes du pays de Tongres (p. 83, n. 4). — On peut cependant supposer, vu la place occupée par ces corps dans le répertoire des troupes de Gaule (Not., Occ, 7, 102-110), que la Germanie Inférieure ou Seconde avait renfermé les neuf formations suivantes, que l'on peut toutes regarder comme des legiones pseudocomitatenses : 1° les Tricensimani, vestige certain de la legio XXXe, à Xanten (cf. t. VII, p. 203, n. 2) ; 2° les Septimani juniores, portion d'une ancienne Vil* (legio), peut-être celle d'Espagne; 3° les Cornacenses, dont on a cru trouver le nom dans une brique de Rheinzabern (Corp., XIII, II, p. 164), mais où l'on peut également voir une légion campée à Tornacum, Tournai; 4° les Musmagenses, pour lesquels on doit penser à une garnison originellement à Mosomagus, Mouzon, lieu stratégique capital entre Trêves et Reims (cf. t. III, p. 394, n. 0, ou encore à une garnison de Maestricht (cf. t. VII, p. 197, n. 4, p. 200, n.3), qui a pu aussi s'appeler Mosomagus, « marché de Meuse » ; 5° les Romanenses, garnison de quelque castrum Romanum ou peut-être ancienne cohors civium Romanorum (cf. t. IV, p. 137-138, notes); G0 les Ursarienses [plutôt que la tradition manuscrite Cursarienses?] juniores, l'autre portion étant à Rouen (cf. p. 109, n. 1); 7° les liaidiatores; 8" les énigmatiques Abulci; 9° les Exploratoires : ces trois "sont portions de troupes qu'on retrouve en Rretagne et sur le Danube. — De toutes manières, ce sont là troupes de garnison de Germanie Seconde ou de Relgique Première, et, si le répertoire général des troupes de l'Occident les omet presque toutes (six sur neuf, et même la XXX" legio; 5, 272-274), c'est peut-être parce qu'on était en train de les effacer des rôles et que les événements militaires de la frontière du Rhin inférieur les avaient compromises ou supprimées.
2. Sans préjuger sur ceux-ci; cf. Riese dans Germania, III, 1919, p. 38 et s.
3. L'épigraphie de Cologne est fort pauvre pour le Ras Empire : je ne trouve que trois soldats ou gradés des nurneri (ou scltolw; cf. p. 90, n. 4) Armaturarum, QetUillum et Promotorum [ceux-ci, cavaliers que la Notitia ne connaît pas en Gaule]; Corp., XIII, 8330-2.
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d'hommes seulement *, de quoi bloquer quelques routes et donner l'alarme à l'armée de l'intérieur,
Car le gros des troupes 2 tiennent garnison dans les grandes villes de la Gaule, à Amiens3, à Reims4, à Châlons5, et quelquefois plus loin encore, à Paris6, à Autun7, à Chalon-sur- Saône3. Si la ville est trop petite pour recevoir un corps
1. Au maximum 21 000 hommes pour ces 21 corps, et encore cela me parait à peu près impossible (p. 102, n. 4, p. 115). Et je ne peux pas voir une garantie militaire suffisante chez les territoriaux (p. 97, n. 1). Il y avait eu sur le Rhin près de 100 000 hommes avant Trajan (t. IV, p. 136), au moins 50 000 après (t. IV, p. 469, 474).
2. Je parle maintenant des troupes de campagne, chargées d'accompagner le chef de l'armée (comitatus, qui signifie en principe le quartier général ou la cour de l'empereur), lesquelles troupes forment deux groupes, les legiones comitatenses, uniquement d'infanterie, et les troupes montées ou vexillationes comitatenses. — La Gaule possède vers 400 les 9 légions de campagne (7, 80-89; 5,239-247) : 1° Armigeri Defensores seniores; 2° les Lnnciarii Honoriani Gallicani (cf. p. 78, n. 5); 3° les Menapii seniores; 4° les Secundani Britones, sans doute les seniores de la II* Augusta, dont il reste les juniores en Rretagne (Occ, 7, 156; 28. 19); 5° les Ursarienses, différents, je crois, des Ursarienses à garnison fixe (p. 100, n. I, p. 109, n. 1); 6° les Honoriani Felices Gallicani, peut-être partie principale d'un corps dont les tronçons se trouvent en Orient (Or., 5, 62; 7, 37; cf. p. 78, n. 5); 7° les Prœsidienses; 8° les Geminiacenses ; 9° les Cortoriacenses : ces trois derniers noms ne doivent être que ceux des localités de garnison, Courtrai (Cortoriacus), Geminiacus (vers Gosselies sur la grande route de Ravai à Tongres, vers la frontière des deux cités). Praesidium (sans doute quelque burgus de route dans la même région). — En outre, les escadrons de campagne, vexillationes comitatenses (Occ, 7, 171-178; 6, 54 et s.) : 1° et 2° équités Honoriani seniores et juniores : ces deux corps semblent créés par Ilonorius avec des cavaliers Taïfales (cf. p. 85, n. 2; cf. Occ, 6, 16 et 59); 3° Armigeri seniores, détachés peut-être de la légion plus haut nommée (cf. aussi p. 99, n. 1); 4° et 5° les équités Octavo- Dalmatœ et Dalmatœ Passerentiacenses (sous réserves; cf. p. 93, n. 6); 6° équités Primi Gallicani (sans doute l'ancienne ala I Gallorum; cf. t. IV, p. 138); 7° Mauri Alites (sous réserves; cf. p. 93, n. 7); 8° Constantiaci Féroces, surnom, je crois, d'une ala ancienne de cavaliers barbares.
3. Ursarienses (cf. note 2) : Corp., XIII, 3492; autres : 3494 (p. 96, n. 6), 3495 (il s'agit d'un cavalier barbare, ayant son esclave près de lui; cf. p. 91, n. 3); pendant un temps, un numerus Catafractariorum (XIII, 3493), transféré plus tard en Orient (p. 78, n. 5). Amiens est évidemment un lieu très important de garnison à cause de sa manufacture d'armes et du voisinage du passage de Roulogne; cf. t. VI, p. 457, t. Vil, p. 238-9, ici, p. 51, n. 5.
4. Lieu de concentration militaire; t. VII, p. 187-8,237, n. l,p. 238, n.2; ici, p. 103.
5. Un numerus ou une vexillatio de Dalmates (cf. p. 93); Corp., XIII, 3457-8.
6. Un veteranus de Menapis (Corpus, XIII, 3033; cf. ici, n. 2); un exarcus, qui parait être un brigadier de cavalerie (Dessau, 9207).
7. Ammion, XVI, 2, 5 (en 356, cataphractarii et ballistarii; cf. t. VII, p. 188, n. 4; organisés sans doute là par Constance II, p. 113, n. 3); manufactures d'armes, ici, p. 51 ; en 330, les Joviani et Herculiani à la suite de Constant (cf. p. 94, n. 5, t. VII, p. 150, n. 2); autres dès Constance Chlore, t. VII, p. 119, n. 3.
8. En 364-5, les Tungrecani et Divitenses (Ammien, XXVII, 1, 1 ; cf. t. VII, p. 236,
d'armée, ou si l'on redoute pour elle les méfaits delà soldatesque, on campe les hommes en dehors de l'enceinte municipale, mais à portée de ses remparts1. Je ne parle que de l'armée active et régulière, légions et escadrons ou corps auxiliaires-. Quant aux tètes, Sarmates et autres Barbares installés à poste fixe 2, ils- ne quittent pas leurs villages ou leurs cantonnements.
Encore tout cela3, garnisons de places fortes, corps de campagne et réserves territoriales, c'est bien peu de chose, et c'est tout au plus 70 000 hommes * qu'on trouverait entre Rhin et Pyrénées. Cela suffirait, évidemment, pour arrêter le Germain, si ces hommes étaient massés à la frontière3. Mais ils sont disloqués en cent corps disparates c, dispersés dans cent lieux divers, jusque sur le Rhône et jusque sur la Loire.
Il est vrai qu'en cas de grave péril on fait appel à
n. 5; ici, p. 94, n. S). Ghalou devait du reste à sa situation d'avoir reçu une garnison dès les premiers temps de l'Empire (t. VI, p. 429, n. 8). — Il est fort possible qu'il y ait eu à Bourges et à Albi, au moins au moment de leur organisation [sous Constance II? p. 78, n. 5] dos corps de cataphractaires.
1. Cf. Zosime, IV, 40, 2 (en Orient). — Sur ces répartitions des troupes en quartiers d'hiver, cf. Arnmien, XVI, 4, 1-3 (per municipia distributos... in slationibus) ; XX, 4, 9 (stationes in quibus hiemabant).
2. Je parle des opérations ordinaires : car ils demeurent à la disposition, non du maître de la cavalerie des Gaules, mais du maître général (p. 84, n. '.]).
3. Y compris palatins et garnisons maritimes, dont on va parler (p. 103, n. 1, p. 107 el s.).
4. J'ai peine à évaluer à mille hommes l'effectif d'aucun de ces corps(cf. p. 115-0: Mommsen, Ges. Schr., VI, p. 260 et s.), et je doute que beaucoup aient dépassé la moitié (plus près de 300 que de 500 dans l'Egypte byzantine; J. Maspero, p. 09, 115 et s.); et nous avons à peine cent formations (n. 6). — Nous arriverons à un chiffre similaire par une autre voie. L'armée au temps de Dioclétien fut fixée à un effectif de 435 276 hommes (389 704 pour l'armée de terre et 45 562 pour la flotte; Lydus, De mensibus, I, 27, p. 13, Wiinsr.h), et il n'est pas admissible que le chiifre ait été sensiblement changé en Occident au siècle suivant. Or, l'armée de Gaule constituait au plus un sixième de celle de l'Empire (d'après les nombres de corps de la Nolitia) : cela ramène à moins do 75 000.
."'». Voir I. VU, p. 42 et suiv.
6. U<;levés pour 400 d'après la Notiliu, en admettant qu'elle soit complète. I. Légion palatine : 1 (p. 94, n. 2). 11. Auxiliaires palatins : 16 (p. 103, n. 1). 111. Corps de cavalerie auxiliaire palatine : 4 (p. 103, n. 1). IV. Légions de campagne : '.I (p. 101, u. 2). V. Corpi de cavalerie de campagne : 8 (p. 101, n. 2). VI. Corps sur le Rhin : 21 (p. 97, ii.5, p. 99, n. 1, p. 100, n.l). VU. Corps de garnisons maritimes : 12 (p. 107, n.S.p. lus, n. 3,4,6,8, p. 10'.», n. 1-6). Vlll. Flottes: 6 (p. 108, n.5. p. 109, a. 9, p. 110, n. 2. 0-8). 1\. Cendamierie de montagne : 2 corps (p. 104, n. 5, p. 107, n. 3). X. Lètes : 12 corps (p. 82, n. 3, p. 83, n. 4). XL Sarmates : 6 corps (p. 85, n. 2). Total : 97.