DE LA BATAILLE ET DE L'ARMEMENT
temps la principale valeur de résistance, en permettant au légionnaire, à l'instar du Barbare, de ne plus porter de cuirasse' : mais renoncer et à la cuirasse et au javelot, c'est pour la légion abdiquer à tout jamais la force de son passé2.
En revanche, les états-majors romains, à l'exemple des rois d'Orient 3, se passionnaient pour la cavalerie lourde, ces cuirassiers ou cataphractaires dont le buste et les membres étaient revêtus de lamelles ou de mailles de fer, moulées en quelque façon sur tous les muscles et toutes les jointures4 : on transmit à des escadrons la solidité compacte de l'infanterie légionnaire5. Et je doute que cela fût une heureuse innovation, et qu'il n'eût pas mieux valu, contre ces bandes mobiles et insaisissables des brigands germaniques, donner tous ses soins à la cavalerie légère, à en multiplier les pelotons et à en accroître la souplesse6.
Du reste, la cavalerie s'était fort développée depuis le temps des Sévères : la Gaule revenait, dans les derniers siècles de sa vie romaine7, à ces beaux escadrons qui avaient fait l'orgueil de Vercingétorix8. Il y en avait de vingt espèces différentes9, chacun avec son nom, ses insignes et peut-être son allure propres. Et le chef même des armées de la Gaule, comme pour
i. T. VII, p. 291, n. 2; ici, p. 112, n. 2.