‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 171 sur 473 · Ici, p · texte numérisé non relu

Ici, p

permettaient d'augmenter ses richesses ou de placer sa clientèle. Il était, à vrai dire, l'esclave de ses biens, il lui fallait toujours peiner pour les accroître et surtout pour les défendre. La jouissance paisible lui en était interdite. Quand sa fortune n'inquiétait pas l'autorité impériale, elle excitait les convoitises du fisc ou du Domaine : certains empereurs, comme Constance II ou Maxime, furent toujours à l'affût des terres à confisquer; ils guettaient les héritages l de clarissimes, à la façon dont l'Etat guette de nos jours les biens de mainmorte. Un riche sénateur, disait-on, ne respire pas quand il n'est pas lui-même au pouvoir. Procès à soutenir, parents à protéger, amis à pourvoir, serviteurs à délivrer, sa clientèle est toujours derrière lui pour le pousser, le refouler et comme l'engloutir dans la vie publique2. Il n'y paraît alors que pour satisfaire les appétits qui se groupent autour de lui et dont il n'est plus que l'instrument. Au service des siens il met sa juridiction de gouverneur ou de préfet; il l'utilise aussi à son profit pour connaître les occasions de bonnes affaires, et j'imagine que ces domaines possédés par les sénateurs dans toutes les provinces de l'Empire marquent les étapes territoriales de leurs carrières politiques3. On sent parfois, même chez les empereurs les plus énergiques, une lassitude, un sentiment d'impuissance à l'endroit de cette aristocratie qui s'appuie sur la terre et qui se protège par la fonction publique. Valentinien, le plus rude et le plus actif des Césars du quatrième siècle, se résigna parfois à fermer les yeux, et laissa les gouverneurs de province juger et condamner au gré de leurs convoitises 4. Dès lors ces clarissimes ou, comme on les appelait, ces « puissants », ces « hommes de haute puis-

Page 1