MOYENNE ET PETITE PROPRIETE
liberté ont leurs assises sur place, dans la ville qu'il habite et sur le terroir qui en dépend1 : et tel était, au temps d'Ausone, le décurion de Trêves ou celui de Bordeaux, à ceci près que sa maison de ville est secondaire pour lui, et que la chose nécessaire à sa dignité est de posséder une terre dans le Bordelais ou le Trévirois.
Le poète Ausone2nous a parlé du domaine héréditaire qui, de père en fils, lui est venu tout au moins de son bisaïeul. C'est une terre d'environ 260 hectares, 10o0 arpents, dont 2(10 en sol de labour, 100 en vignes, oO en prés, 700 en forêts, c'està-dire il u«i terre complète, pourvue de tous les éléments essentiels de revenus et de travail, dont Caton ou Varrou auraient admiré les harmonieuses proportions : elle a de quoi faire vivre une trentaine de familles et les faire vivre de bonne manière, les entretenir en pain, en vin, en viande et même en bois de chauffage et de construction. Je n'hésite pas à voir là le type parfait d'un domaine de décurion, tel qu'il pouvait en exister au moins une centaine dans chaque cité de la Gaule3.
Le même Ausone insiste sur la médiocrité de ce bien : il l'appelle une toute petite chose, un très mince héritage, pan um
1. Il est possible que, comme souvent au Moyen Age, le bien du bourgeois ou du curiale fût souvent aux aborda de la cité. En tout cas, Ammien nous montre un magistrat d'Andrinople possédant une terre in suburbanis (XXXI, 0, 2), et nous verrons chez Paulin de Pella (p. 1 4 S. n. 4, ici, n. 3) combien devaient être nombreuses les maisons de campagne aux environs immédiats de Marseille (cf. p. 192).