XI. — LA DECADENCE DES CORPORATIONS
Ces intellectuels n'en ont pas moins pris le premier rang dans la société municipale. Entre la ville des Antonins et celle des Gratiens, la différence est singulière : à Narbonne, à Tou-
1. Je laisse de côté toutes les diversités de détail ; cf. Kuhn, Die Verfassung de? Rœmischen Reichs, I, p. 83 et s., p. 129 et s.
2. Elle date d'ailleurs de loin; cf. t. VI, p. 149, ri. 8 (le cas de Favorinus).
3. Voir l'œuvre tout entière d'Ausone; cf. ici, p. 271 et 372-3.
4. Le père d'Ausone, qui est médecin, est sénateur municipal à Bazas et à Bordeaux, mais en tant qu'immunis : curia me duplex et uterque senatus habebat,. muneris exsortem, nomine participent {Epie, 2,5-6).
louse, à Trêves, à Bordeaux même, il est maintenant question surtout de maîtres, d'étudiants et de discours1; et ce que nous y avons rencontré deux siècles auparavant, ce sont surtout artisans, métiers, industries et corporations 2. De ces gens de métier, à coup sûr, il ne peut manquer d'y en avoir encore; mais ils sont moins nombreux, et ils font de moins en moins parler d'eux. Et au dernier jour de ce siècle, l'empereur luimême s'écriait en une parole de tristesse : les cités de la Gaule ont à jamais perdu leur éclat, les ouvriers s'en vont et les ateliers sont vides 3.
Ce qui est bien le signe de la décadence de la vie industrielle, c'est le silence qui règne désormais autour des corporations professionnelles. Elles qui sous Hadrien avaient véritablement commandé aux cités4, ces puissances matérielles et politiques qu'avaient été les nautes de Paris, d'Arles ou de Lyon, je ne sais pas ce qu'elles sont devenues, et je me demande si elles n'ont point disparu, dissoutes faute de ressources ou supprimées par l'autorité impériale". Le collège, en qui s'était concentré tant de forces vives et d'énergies municipales, est une institution qui se meurt c. Quelques confréries se montrent encore aux jours de fêtes ou de cérémonies, et les badauds peuvent toujours admirer leurs bannières dans les cortèges officiels7. Mais dans la vie courante, il semble que ce ne soit plus